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Kristina Hooper & Arnab Das | 14 décembre 2018

Actions mondiales : Trois thèmes à surveiller en 2019

Points importants à retenir

  • Selon nous, la disparité de la croissance économique persistera probablement encore pendant un certain temps.
  • Les perturbations géopolitiques sont sur le point d’aboutir à une fragmentation structurelle.
  • Le problème de la dette est répandu et il devient de plus en plus préoccupant au moment où les taux augmentent.

Lorsque nous scrutons 2019, nous entrevoyons trois grands thèmes qui persisteront durant la nouvelle année.

Thème no 1 : Écarts de croissance

Même si nous nous attendons à ce que la croissance économique reste robuste, nous avons assisté à une plus grande divergence au chapitre de la croissance au cours de l’année passée. Nous croyons que ces écarts de croissance persisteront probablement, mais qu’ils pourraient être restreints par la vigueur de la consommation et des investissements aux États-Unis (et aussi par l’importance des mesures de relance en Chine), ce qui contribuera sans doute à doper la croissance dans le reste du monde, du moins à un certain degré. Nous nous attendons aussi à une certaine disparité au chapitre de l’inflation l’année prochaine, avec des pressions à la hausse sur les salaires et le renchérissement des coûts des intrants dans certaines économies.

Thème no 2 : Perturbations

Perturbations liées à la politique monétaire. La Réserve fédérale américaine (la « Fed ») continuera probablement sur la voie de hausses graduelles des taux. Il faudrait probablement un revirement à la baisse considérable des données économiques ou une sévère correction du marché boursier américain à ce stade pour que la Fed se détourne de cette voie de hausses des taux. La Fed s’efforce aussi par ailleurs de normaliser son bilan – un puissant outil en lui-même – en même temps qu’elle relève ses taux. Cette course prédéterminée exige que des actifs d’un montant considérable soient enlevés du bilan de la Fed chaque trimestre, ce qui signifie une grande possibilité de perturbations boursières (nous avons déjà vu la politique monétaire des États-Unis déséquilibrer les marchés émergents en 2018). En outre, la Banque centrale européenne (BCE) doit mettre fin à son programme d’assouplissement quantitatif dès la fin de 2018, ce qui pourrait contribuer à perturber davantage les marchés obligataires de la zone euro dans lesquels on constate à nouveau de plus larges écarts de résultats. Il y a aussi le risque qu’en octobre 2019 un président plus strict remplace Mario Draghi à la tête de la BCE, ce qui pourrait à son tour intensifier la volatilité des actions et des obligations de la zone euro. En outre, les marchés émergents sont de plus en plus nombreux à resserrer leur politique monétaire – beaucoup le font pour procéder au même rythme que la Fed – ce qui se traduit par un contexte global moins accommodant.

Perturbations géopolitiques. Nous avons constaté au cours des derniers mois de graves perturbations géopolitiques qui menacent la fragmentation structurelle de l’économie mondiale. Celles-ci contribuent d’ores et déjà à des disparités régionales en matière de croissance et à une forte volatilité dans les marchés financiers. À titre d’exemples, le rejet du leadership d’Angela Merkel dans diverses régions d’Allemagne, la difficulté que le Royaume-Uni éprouve à orchestrer sa sortie de l’Union européenne (UE) et les tensions de l’Italie avec l’UE sur sa volonté d’augmenter ses dépenses publiques en violation des règles de la zone euro contribuent à la volatilité et aux pressions dans les marchés européens, y compris sur l’euro, les obligations d’État et les actions – en particulier les actions bancaires. Ce sont là des facteurs qui brideront sans doute la croissance au Royaume-Uni, en Italie et dans une certaine mesure dans toute l’Europe. Le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire iranien a contribué à l’envolée des prix du pétrole parce que les partisans de la ligne dure, en exigeant que de nombreux pays respectent les sanctions, ont entraîné un resserrement de l’offre de pétrole. Mais l’accord d’exemptions à plusieurs pays a réduit ce risque et contribué à une correction prononcée des prix du pétrole – tous ces facteurs se répercutant sur les devises et les marchés de nombreux pays exportateurs et importateurs de pétrole. Bien entendu, le plus gros risque géopolitique est la possibilité d’une guerre commerciale totale, ce qui au stade actuel semble plus probable que non. Une telle situation pourrait exercer des pressions sur la croissance économique de diverses manières : elle accroît l’incertitude de la politique économique, ce qui réduit d’ordinaire les investissements des sociétés; elle fait augmenter les prix des intrants ce qui réduit les marges bénéficiaires ou est répercuté sur les consommateurs qui, à leur tour, réduisent leurs dépenses dans d’autres secteurs; ou elle se traduit par un effondrement de la demande. En fin de compte, une telle situation peut perturber les chaînes d’approvisionnement et rendre les économies moins efficaces et productives. On espère que les négociations reprendront, à commencer peut-être par une trêve à la réunion au sommet du Groupe des 20 à la fin de novembre lorsque le président chinois Xi et le président Trump sont censés se rencontrer. Nous avertissons cependant que tout rebond pourrait être temporaire parce que les préoccupations américaines s’étendent à plusieurs domaines en dehors du commerce, y compris la protection de la propriété intellectuelle et la sécurité nationale.

Thème no 3 : Surendettement        

Le monde devient de plus en plus endetté. Dans son récent Rapport sur la stabilité financière dans le monde, le Fonds monétaire international a mis en garde contre le surendettement croissant de diverses économies. Le problème est répandu – affectant ménages, entreprises et pays – et il devient plus préoccupant au fur et à mesure que les taux augmentent. Par exemple, les propriétaires de logements canadiens commencent à donner des signes d’être sous pression, car bon nombre d’entre eux détiennent des prêts hypothécaires à taux variable. Les obstacles contre lesquels de nombreux pays émergents ont buté en 2018 sont attribuables en partie aux coûts de financement plus élevés. Au fur et à mesure que la normalisation de la politique monétaire continuera et s’accélérera au cours des années à venir, ces pressions s’intensifieront probablement. Outre les effets à court terme des pressions de la dette, il y a aussi des effets à long terme : plus on dépensera d’argent pour le service de la dette, moins il y en aura pour la consommation ou à des fins plus productives comme les investissements. Cette combinaison peut avoir des conséquences négatives aussi bien sur la croissance dans le cycle actuel que sur le potentiel des économies lourdement endettées à long terme.

Incidences pour les marchés

Au fur et à mesure que la politique monétaire se normalisera, nous croyons que les marchés des capitaux se normaliseront également, ce qui se traduira par l’érosion du soutien donné par la politique de la Fed aux actions américaines. Dans ce contexte, nous nous attendons à ce que la volatilité persiste et que la corrélation entre les marchés financiers nationaux (et aussi entre les actions dans les pays) continue de diminuer face à un regain d’importance des données fondamentales. La normalisation de la politique monétaire des États-Unis laisse entendre par ailleurs que les marchés américains des actifs sont sujets à un retour à la moyenne au cours de ce cycle inhabituel, avec des risques de baisse émanant des tensions commerciales et de la situation géopolitique. Le retour à la moyenne pourrait se traduire par une baisse des taux obligataires et des taux d’escompte pour les flux de trésorerie des entreprises. Cela se refléterait probablement par des primes de risque plus élevées pour les titres de créance des sociétés et pour les actions. Par ailleurs, le potentiel de fragmentation même partielle provoquée par les perturbations géopolitiques se traduirait probablement par une plus forte volatilité et peut-être une capacité moindre des entreprises à dégager des bénéfices si les entreprises américaines ont moins accès aux marchés mondiaux, y compris la Chine (qui est jusqu’à présent supposée être encore un important moteur de la croissance mondiale et une importante source de croissance de revenus et de bénéfices pour les sociétés aussi bien américaines que multinationales).

Même avec ces risques de baisse et cette volatilité, nous nous attendons à ce que les obligations américaines enregistrent une détérioration relative de leur performance et que les actions américaines affichent de modestes gains en raison de leur plus grande exposition à l’économie américaine et parce qu’elles sont structurellement plus isolées des frictions en matière de commerce et de géopolitique. Dans la zone euro et au Japon, nous tablons sur le soutien continu des actifs risqués en raison d’une politique monétaire plus accommodante, ce qui, à notre avis, devrait se traduire par un rendement modeste des actions dans ces régions malgré leur croissance économique relativement faible. Dans les marchés émergents, nous nous attendons à ce que ce rajustement des prix provoqué par la Fed s’étende encore aux marchés mondiaux en raison d’un dollar plus fort, des taux obligataires plus élevés aux États-Unis et des conditions financières plus strictes dans le monde. Ceci laisse entendre une hausse des pressions sur les devises des marchés émergents, des pressions à la baisse sur la croissance et des pressions à la hausse sur l’inflation – un scénario problématique pour les actions, les obligations et les devises des marchés émergents. Il est cependant tout à fait possible que d’ici le milieu de 2019, la Fed réduise sa normalisation au fur et à mesure que la croissance ralentira, ce qui devrait se traduire, à notre avis, par une certaine modération des répercussions susmentionnées sur le plan des placements.

Nous nous attendons à ce que les marchandises restent dans une situation inhabituelle au vu de la tendance à un dollar fort, de la disparité entre les États-Unis et le reste du monde, et du risque de révision à la baisse de la croissance mondiale qui entraînera l’ensemble des secteurs des marchandises. Les métaux de base sont les marchandises les plus exposées à ces risques de baisse, entraînés par le ralentissement en Chine résultant du désendettement et les pressions généralement à la baisse sur les dépenses en capital dans le monde provoquées par les tensions commerciales. Compte tenu de cela, les risques géopolitiques et les tensions commerciales permettent d’envisager un maintien des disparités parmi les marchandises, le pétrole en particulier, où les tensions au Moyen-Orient pourraient déclencher de nouvelles pressions à la hausse sur les prix. Les produits de base hors métaux sont toujours exposés à l’évolution des négociations entre les États-Unis et la Chine, les tarifs appliqués par la Chine sur les exportations de produits agricoles américains servant de monnaie d’échange à la table des négociations qui pourrait entraîner un répit ou une concession à une nouvelle ronde de tensions ou des augmentations de tarifs.

Dans un tel contexte, nous croyons que l’exposition à des actifs risqués est importante si l’on veut atteindre ses objectifs à long terme – étant donné que nous constatons encore une préférence plus marquée pour les actions en particulier, quoiqu’elle diminue. Il sera crucial de gérer ce risque de baisse et cela sous-entend, à notre avis, une bonne diversification parmi les actions et les titres à revenu fixe. C’est important compte tenu des divergences de croissance entre les différentes économies. Et surtout, nous croyons que l’exposition à des placements non traditionnels peut renforcer la diversification et atténuer le risque en cette période d’incertitude. Cela pourrait comprendre des stratégies comme des portefeuilles neutres par rapport au marché et d’autres catégories d’actif ayant une faible corrélation entre elles, surtout celles qui sont en mesure de produire un revenu.

 

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Les opinions dont il est question ci-dessus sont celles de Kristina Hooper et d’Arnab Das au 15 novembre 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de ces estimations.
Ce contenu est destiné uniquement à des fins d’information et ne vise pas à recommander une stratégie de placement à un épargnant en particulier. Les épargnants devraient toujours consulter leur conseiller financier avant de prendre des décisions de placement. Les opinions exprimées ci-dessus sont celles des auteurs; elles sont fondées sur la conjoncture actuelle et peuvent changer sans préavis. Ces opinions peuvent différer de celles d’autres spécialistes en placement d’Invesco. À moins d’indication contraire, toutes les données sont au 15 novembre 2018.

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