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Kristina Hooper | 8 novembre 2018

Anticiper l’issue des élections de mi-mandat aux États-Unis

Le mois d’octobre est terminé et quel mois éprouvant ce fut pour les marchés boursiers. L’indice Dow Jones des valeurs industrielles a reculé de plus de 5 %, l’indice S&P 500 a chuté de 6,9 % (son pire mois en sept ans) et l’indice composé Nasdaq a perdu 9,2 % de sa valeur (son pire mois depuis novembre 2008).1 En dehors des États-Unis, l’indice MSCI EAEO s’est replié de 8 % pendant le mois, tandis que l’indice MSCI marchés émergents a clôturé en baisse de 8,7 %.1 Outre les marchés boursiers, les principaux indices obligataires, tels l’indice Bloomberg US Aggregate Bond et l’indice FTSE Russell Emerging Markets Broad Bond, ont également perdu du terrain.1 Les fiducies de placement immobilier, représentées par l’indice MSCI des FPI américaines, ont fléchi de 3 %, et les marchandises, représentées par l’indice Bloomberg des marchandises, ont terminé la période en baisse de 2 %.1 L’un des rares points positifs en octobre a été l’or, dont le prix au comptant a augmenté de 2,8 %.1

Les risques sont omniprésents sur les marchés mondiaux

Les marchés sont nerveux, et pour cause, compte tenu du resserrement des politiques monétaires et des risques géopolitiques.

Le Royaume-Uni est l’incarnation des risques géopolitiques. Il semble que les négociations sur le Brexit ont très peu progressé la semaine dernière, et le temps file. Or, Standard & Poor’s a annoncé la semaine dernière qu’un Brexit « sans accord » pourrait plonger le Royaume-Uni dans une récession modérée et réduire son potentiel de croissance à long terme. Le chômage prévu par S&P au Royaume-Uni advenant un Brexit « sans accord » pourrait atteindre plus de 7 %, le prix des maisons pourrait chuter de 10 % et les ménages pourraient perdre en moyenne 2 700 £ de revenus par an dès 2019.2 Le rapport de S&P est un rappel important des dangers de ce type de risque géopolitique.

Évidemment, la plus grande incertitude géopolitique demeure le commerce. Les cours des actifs à risque ont bondi la semaine dernière, après que le président américain Donald Trump a envoyé un gazouillis disant qu’il avait eu un appel très productif avec le président chinois Xi Jinping. J’étais très sceptique à propos de ce gazouillis, car la Chine et les États-Unis ont des opinions diamétralement opposées en matière de commerce. Nous avons vu maintes et maintes fois les investisseurs se réjouir du moindre signe d’amélioration de la situation commerciale, pour ensuite revenir rapidement à la réalité dès que d’autres signes indiquaient que la situation commerciale ne s’était pas améliorée. Par exemple, le Département de la justice américain a dévoilé jeudi que des accusations au criminel seraient déposées contre des entreprises chinoises et taïwanaises pour vol de secrets commerciaux. Il est clair que les États-Unis accentuent les pressions sur la Chine, plutôt que d’adopter un ton plus conciliant.

Je crois que les plus récentes données de l’indice ISM manufacturier américain, qui ont été rendues publiques la semaine dernière, montrent qu’il y a un autre canari dans la mine de charbon en matière de commerce. Bien que l’indice ISM manufacturier soit demeuré élevé en octobre, il a chuté considérablement par rapport à septembre, ce qui indique un ralentissement du taux de croissance.3 Plus particulièrement, l’indice des nouvelles commandes a atteint 57,4 %, en baisse de 4,4 points de pourcentage par rapport au taux de 61,8 % enregistré en septembre.3

Le rapport renfermait plusieurs commentaires sur l’incidence négative des tarifs douaniers sur plusieurs secteurs d’activité :

  •  Produits chimiques : « Les tarifs douaniers engendrent de l’inflation : augmentation du coût des importations, du fret et des coûts intérieurs pour les fournisseurs qui ont recours à l’importation. »
  • Industries manufacturières diverses : « La pression monte en raison des tarifs douaniers en voie d’être imposés. Il faut s’attendre à des retards de livraisons de matériaux en provenance de la Chine; une avalanche de commandes qui tentent de traverser la frontière avant l’entrée en vigueur des tarifs douaniers inonde les services de transport et le postes douaniers. »
  • Produits de pétrole et de charbon : « Les tarifs sur l’acier continuent de faire augmenter les coûts, même si nous nous approvisionnons en acier aux États-Unis. »

Cela étant dit, les retombées négatives des tarifs douaniers ne se sont pas encore répercutées sur les statistiques d’emploi aux États-Unis, qui ont été exceptionnelles en octobre. Le nombre d’emplois non agricoles créés est très impressionnant à 250 000.4 Or, comme d’habitude, mon attention était concentrée sur la croissance des salaires. Et, pour la première fois en près d’une décennie, le salaire horaire moyen sur douze mois a bondi de plus de 3 %.4 J’ai toujours pensé que 3 % était un seuil clé et que les marchés boursiers réagiraient négativement si le salaire horaire moyen atteignait ou franchissait ce seuil, car cela évoque le spectre d’un resserrement plus marqué et plus rapide des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine (Fed). D’ailleurs, c’est exactement ce qui s’est passé vendredi dernier, car il semble de plus en plus probable que la Fed va procéder à une quatrième hausse de taux cette année en décembre.

Perspectives des élections de mi-mandat aux États-Unis

Cette semaine sera consacrée aux élections américaines de mi-mandat. Je me suis fait poser tellement de questions sur les retombées de ces élections sur les marchés. Avant de vous faire part de mon opinion sur le sujet, je tiens à rappeler aux investisseurs ce vieil adage : À court terme, le marché se comporte comme une machine à voter et c’est souvent dans ces moments-là que les investisseurs réagissent impulsivement à certains événements tels que les élections. C’est seulement à plus long terme que le marché boursier se comporte comme un instrument de mesure et a tendance à mieux prendre en compte certains développements tels que les élections et l’ordre du jour politique qui en découle.

Qu’adviendrait-il si le Parti démocrate obtenait la majorité à la Chambre des représentants?

Commençons par le scénario de base de la plupart des sondeurs, c’est-à-dire un Sénat républicain et une Chambre des représentants démocrate. Si c’est ce qui se produit, je ne serais pas étonnée que les marchés boursiers réagissent d’abord de façon négative puisque, théoriquement, la Chambre des représentants démocrate va tenter par tous les moyens de faire obstruction à l’ordre du jour politique de l’Administration Trump. Alors qu’au cours de la première année, l’Administration Trump a mis de l’avant des politiques très favorables à la croissance et que les marchés boursiers ont réagi en conséquence, pendant la deuxième année, elle a mis l’accent sur des politiques susceptibles de nuire à la croissance économique – principalement le protectionnisme – et les rendements boursiers ont été très différents jusqu’ici cette année.

Ainsi, bien qu’il puisse y avoir un repli boursier si les démocrates obtiennent la majorité à la Chambre des représentants, je ne serais pas surprise si, en bout de ligne, les marchés réagissaient plus positivement à la perspective d’un meilleur équilibre des pouvoirs sur l’échiquier politique, surtout si le Congrès tente de reprendre la mainmise sur les tarifs douaniers par le biais du pouvoir exécutif. (N’oubliez pas que la Constitution des États-Unis a donné le pouvoir de percevoir des tarifs douaniers au Congrès, mais que celui-ci a cédé ses pouvoirs en matière de commerce au pouvoir exécutif au cours des 80 dernières années.) Il se peut aussi qu’après les élections de mi-mandat, surtout si la Chambre passe du côté des démocrates, l’Administration Trump craigne que ses politiques commerciales provoquent un ralentissement économique, ce qui, par le fait même, pourrait lui faire perdre les élections présidentielles de 2020. Par conséquent, l’Administration va peut-être adopter un ton plus conciliant en ce qui concerne ses guerres commerciales naissantes.

À mon avis, il y a aussi de fortes chances qu’une Chambre démocrate puisse travailler avec M. Trump sur un projet de loi important en matière de dépenses d’infrastructures. Je suis très favorable aux dépenses d’infrastructures car 1) elles peuvent réellement stimuler l’économie grâce à leur effet multiplicateur élevé et 2) elles représentent les dépenses en immobilisations du pays. Je crois que les États-Unis n’ont pas assez investi dans leurs infrastructures, si bien qu’elles tombent en ruines (en comparaison, les infrastructures de la Chine sont en bien meilleur état). Autant les dépenses en immobilisations d’une entreprise sont cruciales pour sa croissance économique, autant celles d’un pays le sont, en particulier dans les secteurs des services de télécommunications et des transports. Par conséquent, il y a effectivement un potentiel de gain si la Chambre passe du côté des démocrates.

Qu’adviendrait-il si les républicains conservaient leur majorité à la Chambre des représentants?

Si les républicains conservent leur majorité, je crois qu’on assistera à une reprise de soulagement à court terme, mais elle sera probablement de courte durée. Sur le plan politique, je m’attends à ce que le premier item à l’ordre du jour des républicains soit de rendre permanents les éléments de la loi sur la réforme fiscale de l’Administration Trump qui comportent une clause crépusculaire. Je pense que les marchés boursiers y réagiraient très favorablement à plus court terme, mais cela aurait un effet plus négatif avec le temps, compte tenu de l’augmentation du déficit fédéral, d’autant plus que, selon moi, le fait de rendre permanentes les baisses d’impôt ne favoriserait pas la croissance économique de manière significative à plus court terme. De plus, je crois que si les républicains avaient la majorité au Congrès, ils pourraient tenter d’offrir des baisses d’impôt à la classe moyenne, ce qui pourrait avoir un effet expansionniste, mais j’anticipe une vive résistance de la part des opposants aux déficits au Congrès.

Qu’en est-il du Sénat?

Bien qu’il semble extrêmement peu probable que la majorité dans les deux chambres du Congrès puisse basculer du côté des démocrates, je crois que ce scénario provoquerait certainement une réaction négative des marchés, car il évoque la possibilité d’une procédure de destitution.

En résumé, il est beaucoup plus facile d’anticiper la réaction des marchés boursiers aux élections à très court terme qu’à plus long terme, d’autant plus qu’avec le temps, une multitude de facteurs ont une incidence sur les marchés, y compris la politique monétaire de la Fed. Je suis convaincue que l’issue des élections de mi-mandat peut créer de la volatilité à la hausse et à la baisse à court terme.

En ce qui concerne le long terme : il est important de noter que, quelle que soit l’issue des élections, il est tout aussi possible d’adopter des politiques susceptibles de soutenir l’économie, que de laisser perdurer des conflits susceptibles de lui nuire. Quel que soit le parti qui remportera la victoire, j’espère seulement que le gagnant se concentrera sur les enjeux qui peuvent véritablement faire une différence dans l’économie américaine, plutôt que sur ceux qui permettent simplement de faire les manchettes.

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1 Source : Bloomberg L.P., données du 1er au 31 octobre 2018. 2 Source : Standard & Poor’s, « Countdown to Brexit: No Deal Moving Into Sight », 30 octobre 2018
3 Source : Institute for Supply Management, 1er novembre 2018
4 Source : U.S. Bureau of Labor Statistics, 2 novembre 2018

Toutes les données sont exprimées en dollars américains.

Renseignements importants

L’indice Dow Jones des valeurs industrielles est un indice pondéré selon la moyenne arithmétique du cours des 30 titres les plus fortement capitalisés et dont le capital est le plus largement réparti de la Bourse de New York.

L’indice S&P 500® est un indice non géré considéré comme représentatif du marché boursier américain.

L’indice composé NASDAQ est l’indice pondéré en fonction de la capitalisation boursière d’environ 3 000 actions ordinaires cotées à la bourse Nasdaq.

L’indice MSCI EAEO est un indice non géré conçu pour représenter le rendement des titres de sociétés à grande et à moyenne capitalisations de 21 marchés développés, y compris des pays d’Europe, de l’Australasie et de l’Extrême-Orient, à l’exception des États-Unis et du Canada.
L’indice MSCI Marchés émergents est un indice non géré considéré comme représentatif des actions des pays en voie de développement.

L’indice Bloomberg Barclays US Aggregate Bond est un indice non géré considéré comme représentatif du marché des obligations américaines à taux fixe de qualité supérieure.

L’indice FTSE Russell Emerging Markets Broad Bond mesure le rendement des titres de créance de qualité supérieure et à rendement élevé libellés en dollars américains émis par des gouvernements, des gouvernements régionaux, des entités parrainées par des gouvernements et des sociétés domiciliées dans plus de 60 marchés émergents.

L’indice MSCI des FPI américaines est un indice rajusté en fonction du flottant et pondéré en fonction de la capitalisation boursière qui est composé de FPI d’actions.

L’indice Bloomberg des marchandises est un indice largement diversifié qui suit l’évolution des prix des marchandises.

L’indice ISM manufacturier est calculé à partir des enquêtes menées auprès de plus de 300 entreprises du secteur manufacturier par l’Institute of Supply Management et suit l’emploi, la production, les stocks, les nouvelles commandes et les livraisons des fournisseurs.

Les dépenses en immobilisations (ou dépenses en capital, ou dépenses d’investissement) désignent l’utilisation des capitaux de l’entreprise pour acquérir ou améliorer les actifs physiques comme les biens, les immeubles industriels ou l’équipement.

Le prix au comptant est le prix actuel du marché auquel un actif est acheté ou vendu pour un paiement et une livraison immédiats.

Dans un Brexit « sans accord », le Royaume-Uni quitterait l’UE en mars 2019 sans accord officiel établissant les dispositions de leur relation.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 5 novembre 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.

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