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Kristina Hooper | 3 mai 2018

Cinq éléments à retenir d’avril et cinq éléments à surveiller en mai

En avril, nous avons appris quelques grandes leçons sur l’orientation probable des banques centrales, sur les craintes grandissantes à l’égard du protectionnisme et sur la sensibilité des marchés à la moindre variation des indicateurs clés. Voici mes cinq éléments à retenir d’avril avril et mes cinq éléments à surveiller en mai.

Cinq éléments à retenir d’avril :

  1. Divergence des banques centrales. La Banque du Japon a surpris les observateurs des banques centrales du monde entier en abolissant l’échéancier qu’elle s’était fixé pour atteindre son taux d’inflation cible. La Banque du Japon a pris cette décision pour gérer les attentes, parce qu’elle avait l’impression que les marchés commençaient à considérer l’échéancier comme une date butoir, plutôt que comme une prévision. De même, lors de la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) la semaine dernière, il semble que la politique monétaire n’ait pas été à l’ordre du jour, aux dires du président de la BCE, Mario Draghi. Draghi a déclaré que le Conseil des gouverneurs de la BCE s’est plutôt penché sur la situation économique de la zone euro, étant donné qu’il est « clair que depuis notre dernière réunion, tous les pays ont connu, à un degré ou à un autre, un ralentissement de la croissance ou une perte d’élan ».

Élément clé à retenir. Bien que le gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, ait déclaré qu’il croit que l’économie peut encore atteindre sa cible d’inflation d’ici l’exercice 2019, la Banque du Japon craint visiblement d’être coincée par les attentes de resserrement dès l’an prochain. Elle veut avoir plus de flexibilité, ce qui est logique, d’autant plus qu’il se peut que ses perspectives d’inflation soient révisées à la baisse. Cela pourrait très bien signifier que la Banque du Japon va maintenir une politique monétaire ultra-accommodante pendant encore plus longtemps. De son côté, la BCE semble encore loin de terminer le retrait graduel des mesures d’assouplissement quantitatif et encore plus loin de relever les taux. Cependant, je tiens à souligner que ce n’est pas le cas des autres banques centrales. La Banque centrale de Chine a resserré sa politique monétaire et la Réserve fédérale américaine (la « Fed ») semble aller de l’avant sans hésiter avec des hausses de taux. Cela laisse présager que certaines banques centrales vont soutenir beaucoup plus les actifs à risque que d’autres.

  1. Craintes protectionnistes persistantes. Bien qu’ils semblent attirer moins l’attention des médias, les tarifs douaniers demeurent une grande source de préoccupation, tant pour les entreprises que les banques centrales. À l’issue de la réunion de la BCE la semaine dernière, M. Draghi a expliqué qu’on ignore encore les retombées des mesures de protectionnisme, puisqu’en gros, ce ne sont encore que des menaces pour le moment, mais il a ajouté que le protectionnisme peut « avoir de profondes et rapides répercussions sur les affaires, sur la confiance des exportateurs… et la confiance peut, à son tour, avoir une incidence sur la croissance». Lorsque le procès-verbal du Federal Open Market Committee (FOMC) a été rendu public en avril, nous avons appris que la Fed s’est elle aussi inquiétée des effets du protectionnisme lors de sa réunion de mars. Et, nous avons bien sûr constaté les préoccupations entourant les tarifs douaniers dans le plus récent Livre beige de la Fed, dans lequel on pouvait lire que les chefs d’entreprises s’inquiètent de la hausse des coûts des intrants. Il y a plusieurs semaines, la Brookings Institution a publié un article de David Dollar et de Zhi Wang sur les effets potentiels négatifs d’une guerre commerciale opposant les États-Unis et la Chine. Cet article mettait en lumière une possible augmentation des coûts, parce que certains éléments de la liste des produits visés par les tarifs douaniers sont des « composants », autrement dit des produits qui servent d’intrants dans la fabrication d’un produit fini.

Élément clé à retenir. Le protectionnisme pourrait non seulement faire augmenter considérablement les coûts pour les consommateurs, mais aussi rendre les produits finis moins concurrentiels. Rien de tout cela ne favorise le libre-échange ou la croissance économique.

  1. Fin de la croissance des bénéfices. Les bénéfices des sociétés ont augmenté pendant plusieurs trimestres, et la plus récente période de déclaration des bénéfices a été particulièrement forte. Or, la crainte sous-jacente est la suivante : Est-ce la fin de la croissance des bénéfices? Quand les bénéfices vont-ils plafonner? Et, lorsque Caterpillar a déclaré en gros ceci : « les bénéfices ne pourront pas augmenter davantage », cela a touché une corde sensible des investisseurs.

Élément clé à retenir. Je m’attends à ce que les marchés demeurent nerveux, parce que les investisseurs cherchent des signes leur indiquant que les bénéfices ont atteint un sommet. Évidemment, les investisseurs vont attendre avec impatience les annonces de bénéfices prévisionnels des sociétés.

  1. Ralentissement de la croissance. Les estimations préliminaires font état d’un taux de croissance annualisé du produit intérieur brut de 2,3 % pour le premier trimestre1 aux États-Unis, ce qui marque une forte baisse par rapport au taux de croissance du quatrième trimestre. Nous assistons peut-être à la continuation d’une tendance historique qui veut que la croissance soit moins forte au premier trimestre que pendant le reste de l’année. Or, nous observons également un ralentissement de la croissance dans la zone euro et au Royaume-Uni. D’ailleurs, la croissance économique au Royaume-Uni a chuté à un taux plancher en plusieurs années, ce qui indique que l’économie britannique est sous pression à l’approche de la date officielle du Brexit.

Élément clé à retenir. À l’instar de l’agitation dont nous avons été témoins la semaine dernière à l’égard des bénéfices des sociétés, je crois que les marchés seront de plus en plus sensibles au moindre signe de ralentissement de la croissance mondiale cette année, car presque tout repose sur le maintien de la croissance économique. Je pense que, pour la plupart des économies, il ne s’agit que d’une pause, après laquelle la croissance va reprendre. Cependant, le moindre signe de ralentissement de la croissance risque de provoquer une réaction négative des marchés.

  1. Le taux des bons du Trésor américain à 10 ans a franchi le cap des 3 %. Cela s’est produit la semaine dernière.2 Bien que le taux à 10 ans soit par la suite redescendu sous ce seuil, cela marque une étape cruciale aux multiples conséquences (je vous invite à lire mon article précédent intitulé Signaux envoyés par les taux : Déconstruction d’un indicateur clé du marché).

Élément clé à retenir. Les marchés sont de plus en plus sensibles à certains événements, comme les variations du taux des bons du Trésor américain à 10 ans. Je m’attends à ce que cela continue, ce qui risque d’attiser la volatilité.

Cinq éléments à surveiller en mai

  1. Sensibilité accrue. Comme je l’ai mentionné plus haut, je crois que les marchés seront de plus en plus sensibles aux signes de plafonnement de la croissance mondiale ou des bénéfices, ou les deux, tout comme ils sont sensibles aux variations du taux des bons du Trésor à 10 ans. On peut donc s’attendre à des réactions exagérées des marchés boursiers aux statistiques économiques, aux annonces des entreprises et à d’autres événements à première vue sans grande importance.
  2. Décision de la Fed. Les membres du FOMC vont se réunir cette semaine et je m’attends à ce que l’inflation soit à l’ordre du jour. Nous avons remarqué qu’un certain nombre d’indicateurs pointent vers une hausse du taux d’inflation, notamment l’indicateur d’inflation de prédilection de la Fed, l’indice des prix des dépenses de consommation personnelle, qui a grimpé de 1,9 % en mars.3 Si tel est le cas, je crois que la Fed va procéder à trois autres hausses de taux cette année et, plus important encore, je me demande si cela va inciter le FOMC a accélérer la normalisation du bilan, ce qui pourrait avoir un impact beaucoup plus marqué sur les marchés qu’une autre hausse de taux. Nous ne nous contenterons pas de lire attentivement l’annonce de cette semaine (dans laquelle la Fed va probablement déclarer que le taux d’inflation s’est rapproché de sa cible), nous allons également lire le procès-verbal de la réunion dès qu’il aura été rendu public pour mieux analyser le point de vue du FOMC sur l’inflation.
  3. Décisions concernant les tarifs douaniers. Le président américain Donald Trump va décider s’il va appliquer les tarifs douaniers de 25 % aux importations d’acier et d’aluminium de l’Union européenne, qui bénéficient d’une exemption provisoire. Il s’agit d’une décision cruciale qui pourrait nuire considérablement à la croissance économique de la zone euro, qui a déjà ralenti, comme en témoigne le récent ralentissement du taux de croissance de la masse monétaire au sens large (M3). Par ailleurs, il ne faut pas oublier que cela pourrait plonger le monde dans un état de protectionnisme plus profond. Nous allons certainement suivre de près cet enjeu, car l’abolition de cette exemption pourrait provoquer une réaction négative des marchés, du moins en Europe.
  4. Iran. M. Trump va bientôt prendre une décision concernant l’accord sur le programme nucléaire de l’Iran; on attend sa décision d’ici le 12 mai prochain. Le président français Emmanuel Macron a tenté de sauver cet accord lors de sa visite aux États-Unis la semaine dernière et de ses échanges diplomatiques subséquents avec l’Iran, mais même lui doute d’être arrivé à ses fins. Cela risque d’accroître l’incertitude et d’exercer davantage de pressions à la hausse sur le prix du pétrole et à la baisse sur les cours boursiers.
  5. Négociations sur les échanges commerciaux entre les États-Unis et la Chine. Une délégation commerciale américaine rencontrera des responsables chinois à Beijing cette semaine. Il semble que la Chine ait décidé d’adopter la ligne dure dans ces négociations; jusqu’ici, elle a indiqué qu’elle refuse même d’acquiescer aux deux principales demandes commerciales de l’Administration Trump (soit la réduction obligatoire du déficit commercial entre les États-Unis et la Chine et un plafond sur les investissements chinois dans les industries technologiques les plus avancées du pays). Nous allons suivre de très près l’évolution de ce dossier, qui semble de plus en plus voué à l’échec, ce qui, une fois de plus, risque d’accentuer le protectionnisme.

En terminant, je tiens à rendre hommage à tous ceux et celles qui ont été touchés par l’attaque au camion-bélier survenue à Toronto la semaine dernière, qui a coûté la vie à une de nos collègues d’Invesco et en a blessé une autre. Mes pensées et mes prières accompagnent les victimes, leurs familles et leurs amis.

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