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Kristina Hooper | 5 avril 2018

Cinq éléments à surveiller en avril

Le premier trimestre de l’année s’est soldé par une légère baisse des indices des principaux marchés industrialisés et une faible hausse des indices des principaux marchés émergents. Cependant, ces chiffres révèlent une période très mouvementée au cours de laquelle les spéculateurs ont perdu des plumes. Les marchés obligataires ont également été volatils, le taux des bons du Trésor américain à 10 ans est passé de 2,41 % au début du trimestre à un sommet de 2,94 % pour clôturer à 2,74 %.1 En ce début de deuxième trimestre, il y a cinq événements clés à surveiller.

1. Croissance mondiale

Dans mes voyages, la question qui revient sans cesse est la suivante : est-ce que la récente faiblesse des marchés boursiers mondiaux laisse présager un ralentissement économique mondial? Mon scénario de référence est qu’en dépit des risques accrus, je crois que la croissance va aller en accélérant. Mon scénario repose sur les récentes statistiques économiques de la plupart des grands marchés et sur la révision à la hausse de l’estimation de croissance mondiale pour 2018 de l’Organisation de coopération et de développement économiques. Cependant, il faudra suivre de près l’évolution des statistiques économiques, compte tenu de l’augmentation des risques, tel que mentionné ci-dessous.

 2. Dot plots

Le rapport sur l’emploi de mars aux États-Unis sera rendu public le 6 avril et devrait indiquer la création de beaucoup d’emplois non agricoles et pourrait même révéler une autre baisse du taux de chômage. Mais le plus important, c’est que je m’attends à une hausse du salaire horaire moyen. Ce rapport pourrait avoir l’effet d’un catalyseur, surtout s’il est soutenu par des données ultérieures montrant une plus forte croissance des salaires, qui inciterait la Réserve fédérale américaine (Fed) à procéder à plus de trois hausses de taux cette année.

Rappelez-vous que la Fed a publié des dot plots révisés en mars dans lesquels le Federal Open Market Committee (FOMC) maintenait sa prescription de politique monétaire pour 2018, mais entrevoyait des changements majeurs pour 2019. Or, je crois que si les statistiques économiques sont suffisamment bonnes cette année, ce qui me semble probable, le FOMC va réviser ses dot plots à quatre hausses de taux cette année. Il faut s’attendre à ce que les marchés réagissent négativement à cet ajustement, surtout si le taux des bons du Trésor à 10 ans se maintient autour des seuils récents.

3. Abordabilité de la dette

À mesure que les coûts d’emprunt augmentent, la dette devient une préoccupation majeure pour les consommateurs, les entreprises et le gouvernement. Dans son plus récent rapport sur la stabilité financière mondiale, le Fonds monétaire international a émis une mise en garde contre le surendettement croissant dans différentes économies.2 Les États-Unis ont affiché un déficit budgétaire de 3,5 % du produit intérieur brut (PIB) l’année dernière, soit le déficit le plus élevé de tous les pays industrialisés autres que le Japon, et il devrait augmenter encore cette année.3 Cela ne fait qu’augmenter la dette publique globale des États-Unis, qui s’élevait à 78 % du PIB en termes nets au 31 décembre 2017.3 Il faut actuellement 8 % des recettes de l’État américain pour assurer le service de la dette, mais avec l’augmentation de la dette et, plus important encore, la hausse des taux, Moody’s estime que ce chiffre atteindra 20,4 % en 2027.4

Un facteur aggravant est que la durée moyenne à l’échéance des titres de créance américains est inférieure à six ans5 (ce qui est beaucoup plus court que les autres pays industrialisés comme le Royaume-Uni), ce qui signifie que la plupart des obligations américaines à faible rendement devront être échangées contre des titres de créance plus chers d’ici cinq à dix ans, ce qui fera augmenter les coûts d’intérêt futurs. Ce problème ne se limite pas aux États-Unis et pourrait avoir des effets négatifs sur les détenteurs de titres de créance dans toutes les économies où les taux augmentent. Par exemple, les propriétaires résidentiels canadiens pourraient subir des pressions s’ils ont une hypothèque à taux variable ou à taux fixe de courte durée qui devra être refinancée au cours de la prochaine décennie.

4. Protectionnisme persistant

En fin de semaine, la Chine a annoncé des mesures de rétorsion contre les importations américaines en imposant des tarifs douaniers à compter du 2 avril sur 128 produits totalisant environ 3 G $US; de nombreuses denrées agricoles sont visées par ces tarifs. Également pendant la fin de semaine, le président américain Donald Trump a une fois de plus brandi la menace du retrait des États-Unis de l’Accord de libre-échange nord-américain, si le mur entre les États-Unis et le Mexique n’était pas construit. Certains économistes ont minimisé l’importance des tarifs annoncés jusqu’ici, mais je tiens à souligner qu’il ne faut pas prendre cette situation à la légère. Les mesures protectionnistes pourraient facilement faire boule de neige si le ton continue de monter.

Par ailleurs, nous devrions suivre de près l’indice d’incertitude en matière de politique économique. Fait à noter, malgré une déréglementation importante au cours de la dernière année, l’incertitude en matière de politique économique a augmenté récemment et je soupçonne que la ferveur protectionniste y est pour quelque chose. Par le passé, nous avons constaté une relation inversement proportionnelle entre l’incertitude en matière de politique économique et les dépenses des entreprises, alors nous allons suivre de très près ce paramètre et les dépenses projetées des entreprises.

5. Traumatisme des valeurs technologiques

Le secteur des technologies de l’information a fait piètre figure au cours des deux dernières semaines de mars et a entraîné l’ensemble du marché boursier dans son sillage. C’est tout un revirement de situation, car ce secteur a été l’un des principaux leviers du rendement boursier des dernières années.

Même si je crois que le secteur des technologies de l’information va continuer d’éprouver des difficultés à court terme, je reste confiante, car ses caractéristiques fondamentales demeurent bonnes. Selon FactSet Research Systems, le secteur des technologies de l’information devrait se classer au troisième rang au chapitre de la croissance des bénéfices (sur douze mois) parmi les onze secteurs d’activité, soit 22,0 % pour le premier trimestre. Qui plus est, les sept sous-secteurs des technologies de l’information devraient enregistrer une croissance des bénéfices et cinq d’entre eux devraient afficher un taux de croissance à deux chiffres. Pour l’année civile 2018, on prévoit que le secteur des technologies de l’information va obtenir le deuxième taux de croissance des revenus le plus élevé de tous les secteurs.6 Certes, il est difficile de prévoir à quoi ressemblera la réglementation et, par conséquent, l’incidence qu’elle aura sur les revenus des sociétés. Cependant, je doute que la réglementation détruise les modèles d’affaires, d’autant plus que les entreprises technologiques jouent un rôle clé dans l’avenir de l’économie mondiale.

Éléments à retenir

Bref, les ides de mars sont chose du passé, mais je crois que la volatilité va persister. Nous allons devoir garder à l’esprit les principaux risques qui planent sur mon scénario de référence de croissance mondiale en 2018. Dans ce contexte, nous devrions pouvoir saisir des occasions d’accroître l’exposition aux actifs à risque à des valeurs plus attrayantes. Parallèlement, je crois qu’il est important de veiller à une bonne diversification, incluant une exposition adéquate aux stratégies de placement alternatives, compte tenu de leur faible corrélation passée avec les actions et les titres à revenu fixe.

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1 Source : Bloomberg, L.P.
2 Source : Rapport sur la stabilité financière dans le monde, FMI, octobre 2017
3 Source : Congressional Budget Office
4 Source : Moody’s Investors Service, « Preeminent Financial, Economic Position Offsets Weakening Government Finances », février 2018.
5 Source : OECD Sovereign Borrowing Outlook 2018
6 Source : FactSet Research Systems, au 30 mars 2018.

La diversification ne garantit pas un profit et n’élimine pas le risque de perte.

Habituellement, les placements alternatifs comprennent plus de placements non traditionnels et emploient des stratégies de négociation plus complexes, y compris les opérations de couverture et l’effet de levier au moyen de produits dérivés, les ventes à découvert et des stratégies opportunistes qui évoluent au gré des conditions du marché. Les épargnants qui envisagent les produits alternatifs doivent se renseigner sur leurs caractéristiques uniques et sur les risques additionnels auxquels les stratégies utilisées les exposent. À l’instar de tous les placements, leur rendement va fluctuer. Vous pouvez perdre de l’argent.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 2 avril 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de ces estimations.

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