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Kristina Hooper | 20 juillet 2018

Tarifs douaniers, bénéfices et politiques : Qu’est-ce qui influence les marchés cette semaine?

Ce ne sont pas les événements à surveiller qui manquent cette semaine : l’Union européenne et la Chine se réunissent pour parler d’investissements étrangers, le président russe Vladimir Poutine et le président américain Donald Trump se rencontrent en Finlande et le président du conseil de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jay Powell, présente son témoignage semestriel devant le Congrès. L’un de ces événements parviendra-t-il à détourner l’attention des marchés de la forte période de déclaration des bénéfices du deuxième trimestre?

Avant de vous parler des événements à l’ordre du jour cette semaine, je crois qu’il est important de replacer dans leur contexte les événements clés de la semaine dernière :

1. Les guerres commerciales ont monté d’un cran

Tôt la semaine dernière, l’Administration Trump a annoncé que des tarifs douaniers américains pourraient être imposés sur 200 milliards $ de biens chinois. Cela représente une expansion importante et rapide des guerres commerciales, qui survient peu de temps après l’imposition par les États-Unis, le 6 juillet, de tarifs douaniers sur 34 milliards $ de biens chinois, mais la riposte de la Chine ne s’est pas fait attendre.2 Comme je m’y attendais, cette annonce a exercé des pressions à la baisse sur les cours boursiers, mais l’effet a été de courte durée car les investisseurs ont vite recommencé à s’intéresser aux bénéfices, qui sont très élevés jusqu’ici. Ce qui aide, c’est que la Chine n’a pas encore annoncé de mesures de représailles. Il est probable que ces nouveaux tarifs franchissent rapidement la période de consultation et puissent entrer en vigueur dès septembre.

Bien qu’il soit trop tôt pour quantifier l’impact des guerres commerciales sur la croissance du produit intérieur brut (PIB), je crois que les investissements des entreprises seront durement touchés, compte tenu du degré élevé d’incertitude entourant la politique économique engendré par cette situation. Pour avoir une meilleure idée de la situation, il faut se reporter aux commentaires formulés dans le numéro de juin du Rapport de l’ISM sur le secteur manufacturier3 du Institute for Supply Management des États-Unis, qui a été rédigé avant l’avalanche de tarifs douaniers imposés en juillet et dans lequel une entreprise explique que : « la politique tarifaire américaine et le manque de prévisibilité, conjugués aux menaces de guerres commerciales, causent une instabilité générale dans le monde des affaires et nuisent à la croissance des investissements. »

Une autre entreprise a déclaré ceci : « Nous exportons dans plus de cent pays. Nous nous apprêtons à modifier la répartition des chargés de clients au sein de nos usines et unités opérationnelles, compte tenu des enjeux commerciaux (par exemple, nous allons délocaliser la production pour le marché chinois des États-Unis vers le Canada pour éviter les tarifs douaniers plus élevés). Au sein de notre entreprise, il y a un sentiment d’incertitude en raison des guerres commerciales potentielles. » Une autre entreprise a dit ceci : « L’incertitude qui plane sur les tarifs américains et la riposte tarifaire du Canada, du Mexique et de l’UE continuent de compromettre nos efforts de planification stratégique. La planification d’urgence (en réaction à l’imposition de tarifs douaniers) requiert énormément de main-d’œuvre qui pourrait être utilisée pour des projets plus productifs ».

En outre, pour de nombreux consommateurs, les tarifs douaniers pourraient annuler tous les bienfaits de la législation sur la réforme fiscale en faisant augmenter les prix des biens. Une autre entreprise a ajouté ceci dans le numéro de juin du Rapport de l’ISM sur le secteur manufacturier3, « les tarifs douaniers sur l’acier prévus par l’article 232 ont désormais une incidence sur le prix de l’acier et la capacité de production aux États-Unis. Le prix de base de l’acier a déjà augmenté de 20 % depuis mars ». De plus, certaines industries pourraient subir les contrecoups de l’anéantissement de la demande, comme ce fut le cas des machines à laver aux États-Unis (qui étaient la cible de tarifs douaniers imposés précédemment).

Nous ne pouvons pas ignorer la menace considérable que le protectionnisme représente pour l’économie mondiale, même si les investisseurs continuent de tenter de l’ignorer. Ce lundi, le Fonds monétaire international, lors de la présentation de sa mise à jour des Perspectives de l’économie mondiale, a beaucoup insisté sur l’intensification des conflits commerciaux et a expliqué que « cela pourrait faire dérailler la reprise et peser sur les perspectives de croissance à moyen terme, en influant directement sur l’affectation des ressources et la productivité, ainsi qu’en faisant monter l’incertitude et en pesant sur l’investissement ».4 Le problème ne se règle pas, il produit plutôt des métastases. Je crois que ce sera une force récurrente qui exercera des pressions à la baisse sur les cours boursiers à l’échelle mondiale.

D’autres signes de peur sont apparus sur les marchés

Alors que les actions mondiales sont revenues en territoire positif pour l’année (selon l’indice MSCI Monde tous pays), on note d’autres signes de peur qui me semblent plus fiables. Au moment d’écrire ces lignes, le taux des bons du Trésor à 10 ans s’élevait à 2,831 %, ce qui est nettement inférieur au 3 % d’il y a à peine quelques mois.De plus, l’écart de taux entre les bons du Trésor à 2 et à 10 ans continue de rétrécir et a chuté à 25 points de base, son plus bas niveau en plus d’une décennie4

Certains pensent que la Fed pourrait mettre fin à la normalisation de son bilan dès l’an prochain, ce qui risque de précipiter l’inversion de la courbe des taux. Je doute que la Fed mette fin aussi vite à la normalisation de son bilan (par contre, je crois que la vague de dégagement est en soi une expérience, alors il se peut que nous ayons bien des surprises). Cependant, je suis persuadée que le risque d’inversion de la courbe des taux est bel et bien réel et qu’il pourrait se produire d’ici la fin de 2018. De plus, certains marchés à terme prévoient un ralentissement économique d’ici la fin de 2019, étant donné que les dépôts à terme en eurodollars et les contrats à terme sur fonds fédéraux signalent la cessation possible des hausses de taux d’ici la fin de 2019.

3. La France remporte une fois de plus la victoire

Pour la France, la meilleure nouvelle de la semaine est sa victoire en finale de la Coupe du Monde. À mon avis, la victoire de la France sur le terrain de soccer fait écho à quelques-unes de ses récentes victoires sur la scène politique et économique. La récente série de victoires de la France a débuté avec l’élection d’Emmanuel Macron, outsider politique qui a créé son propre parti et a été élu président à peine un an plus tard.

M. Macron a orchestré la réforme de la France et de l’Union européenne (UE). Il a certes commis des bévues en cours de route, mais la confiance des entreprises a augmenté considérablement depuis son arrivée au pouvoir et on prévoit que la croissance du PIB va remonter à près de 2 % en 2018-2019.6 M. Macron est devenu le chef de facto de l’UE du fait de l’érosion du pouvoir de la chancelière Angela Merkel en Allemagne et la France a récolté quelques sièges sociaux provenant de Londres parce qu’il a vanté les mérites de son pays auprès des entreprises établies au Royaume-Uni à l’approche du Brexit. Son ascension fulgurante au pouvoir montre bien qu’un électorat frustré par le statu quo peut donner sa chance à un outsider dont les politiques économiques sont susceptibles d’améliorer la croissance économique à court et à plus long termes.

4. Les devises mondiales réagissent aux événements géopolitiques

Il s’en est passé des choses sur les marchés des changes pendant la semaine, surtout en lien avec les événements géopolitiques. La livre sterling s’est brièvement appréciée au début de la semaine, après l’annonce de l’accord de Chequers, qui fait état des modalités de la relation post-Brexit du Royaume-Uni avec l’UE, puisqu’il s’agit d’un accord de « Brexit doux » favorable aux entreprises. Cependant, cet élan a été freiné brusquement par la démission de plusieurs membres du Cabinet ainsi que par les commentaires du président américain Donald Trump, qui a déclaré que les États-Unis n’ont pas l’intention de conclure un accord commercial avec le Royaume-Uni.

De plus, compte tenu des craintes suscitées par l’escalade des guerres commerciales, le dollar américain s’est apprécié, tandis que d’autres devises, dont l’euro et le yuan, ont continué de se déprécier. À mon avis, c’est en partie parce que les investisseurs s’attendent à ce que les États-Unis gagnent ces guerres commerciales ou, à tout le moins, en sortent avantagés par rapport à leurs partenaires commerciaux. Cependant, je m’attends à ce que le dollar américain se déprécie légèrement par rapport à ces autres devises lorsque les investisseurs vont commencer à réaliser que les risques auxquels l’économie américaine est exposée sont tout aussi grands que ceux qui menacent les autres économies.

5. La Chine affiche une forte croissance

Le taux de croissance du PIB de la Chine pour le deuxième trimestre a atteint 6,7 %, comme prévu. Les ventes au détail ont augmenté de 9 %, ce qui est supérieur aux attentes, tandis que la production industrielle a déçu en hausse de 6 %.7 J’en déduis que la Chine est en position de force et capable de tenir tête aux États-Unis dans sa guerre commerciale naissante, si bien que l’on peut croire le ministère chinois du Commerce lorsqu’il affirme qu’il va « riposter comme d’habitude ».

Voici les événements à surveiller cette semaine :

1. Le sommet UE-Chine. Cette réunion survient à un moment critique pour certains des principaux partenaires commerciaux de l’Amérique. La réunion va porter sur un certain nombre de sujets, y compris attirer les investissements étrangers en Chine. Or, il semble évident que la question des tarifs douaniers sera le sujet de l’heure. Le gouvernement chinois a déjà ouvert la porte à l’UE en vue de tisser des relations commerciales plus étroites. Je m’attends à ce que la Chine obtienne un certain succès lors de ce sommet, étant donné qu’elle s’efforce d’assouplir sa position sur sa politique Fabriqué en Chine 2025 et d’offrir de petits incitatifs à l’UE. Pour sa part, l’UE pourrait vouloir se rapprocher de la Chine, puisqu’elle est constamment critiquée par les États-Unis pour ses pratiques commerciales.

2. D’importantes données sur la croissance aux États-Unis.</strong> Les statistiques sur les ventes au détail aux États-Unis ont été dévoilées lundi et font état de la vigueur des dépenses de consommation. Les statistiques sur la production industrielle aux États-Unis seront rendues publiques plus tard cette semaine et je m’attends à ce qu’elles témoignent d’une amélioration modérée. Ces statistiques vont probablement corroborer ma perception, à savoir que la croissance de l’économie américaine s’accélère, mais aussi que les risques augmentent. Le Livre beige de la Fed est tout aussi important, car il donne habituellement un bon aperçu de l’attitude des entreprises. Nous verrons bien si la peur observée sur les marchés obligataires ressortira dans les commentaires des gens d’affaires des quatre coins des États-Unis. Je croirais que oui, car ce fut le cas dans le Rapport de l’ISM sur le secteur manufacturier, ce qui constitue une véritable menace pour la vigueur de la croissance économique pour les trimestres à venir.

3. La semaine des perspectives de la Fed.</strong> La Fed a publié son plus récent Rapport sur la politique monétaire, qui sera suivi par le témoignage semestriel du président du conseil de la Fed, Jay Powell, devant le Congrès cette semaine. Je m’attends à ce qu’il se fasse bombarder de questions sur les craintes suscitées par la guerre tarifaire, étant donné que de nombreux membres du Congrès sont préoccupés par la question des échanges commerciaux. Je pense qu’il sera également question de la courbe des taux, qui a occupé une place importante lors des récentes réunions du Federal Open Market Committee.

Je suis confiante que M. Powell va donner des précisions sur ce que la Fed envisage de faire pour éviter l’inversion de la courbe des taux, puisque les mesures qui seront adoptées risquent de précipiter une possible inversion et, si l’on se fie aux commentaires du président de la Banque de réserve fédérale d’Atlanta, Raphael Bostic, qui a dit : « j’ai la responsabilité de veiller » à ce que la courbe des taux ne s’inverse pas.8 J’espère aussi qu’il nous fera part de son point de vue sur la normalisation du bilan, à savoir si la Fed va continuer d’accélérer le processus de normalisation, compte tenu des préoccupations entourant les liquidités mondiales ou s’il se peut que la Fed mette un terme à la normalisation du bilan dès l’an prochain, comme certains le laissent entendre. Une autre question importante qui, du moins nous l’espérons, sera abordée et à laquelle M. Powell va répondre est de savoir si la Fed pense avoir suffisamment de munitions pour contrer la prochaine récession, si elle survenait dès l’an prochain.

4. La saga du Brexit. Le nouveau secrétaire d’État britannique chargé du Brexit a publié un Livre blanc sur le plan de « Brexit doux » proposé par le Royaume-Uni. Son document a été presque complètement éclipsé par la visite de M. Trump au Royaume-Uni, mais il a reçu de vives critiques. On peut s’attendre à ce que la première ministre britannique, Theresa May, et son Cabinet défendent vigoureusement ce plan cette semaine, car il a probablement été examiné plus en détail. Contrairement à la sagesse populaire, je ne crois pas que le leadership de me May a été affaibli par les propos tenus à son endroit par M.  Trump la semaine dernière. Au contraire, je crois qu’il y a de meilleures chances qu’elle réussisse à faire adopter un plan de Brexit doux, d’autant plus que les Brexiteurs purs et durs n’ont pas offert de plan de rechange, ce qui, à mon avis, devrait être bénéfique pour les entreprises et la croissance économique du Royaume-Uni.

5. Le sommet d’Helsinki. Au moment d’écrire ces lignes, Putin et Trump sont réunis en Finlande. À l’instar du sommet du mois dernier entre les États-Unis et la Corée du Nord, je suis persuadée que cela n’aura aucune incidence sur les marchés.

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1 Source : The Wall Street Journal, « U.S. Unveils Additional Tariffs on $200 Billion More in Chinese Imports », 10 juillet 2018.
2 Source : CNBC, « Trade War begins : US and China exchange $34 billion in tariffs », mis à jour le 6 juillet 2018.
3 Source : Institute for Supply Management.
4 Source : Fonds monétaire international.
5 Source : Bloomberg L.P., 15 juillet 2018.
6 Source : Organisation de coopération et de développement économiques, mai 2018.
7 Source : Bloomberg L.P.
8 Source : Bloomberg News, « Fed’s Bostic Says Job is to Prevent Inversion of the Yield Curve », 16 mai 2018.

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