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Rob Waldner | 18 juillet 2018

Cinq risques qui planent sur les marchés des titres à revenu fixe

Invesco Fixed Income est confiante quant aux caractéristiques fondamentales d’ici la fin de l’année. La croissance mondiale est forte et l’inflation est faible. Depuis que les banques centrales ont délaissé les mesures de relance, le resserrement des conditions de crédit donne du fil à retordre aux titres risqués. Cela étant dit, les politiques des principales banques centrales demeurent généralement accommodantes et nous nous attendons à ce que la Réserve fédérale américaine procède à un resserrement graduel et à ce que les autres banques centrales mettent encore un certain temps à normaliser leur politique. Néanmoins, l’incertitude politique, les tensions commerciales et un repli des marchés émergents ont mis les investisseurs à rude épreuve ces derniers mois. Nous croyons que ces facteurs vont continuer de générer de la volatilité et que la prudence est de mise. Cependant, cette volatilité accrue va engendrer de nouvelles occasions de placement pour les porteurs de titres à revenu fixe dans un contexte d’excellentes caractéristiques macroéconomiques et fondamentales du marché des titres de créance. Voici cinq risques que nous suivons de près.

1. Resserrement des conditions de crédit

Les conditions de crédit mondiales se sont légèrement resserrées cette année en raison du retrait graduel des mesures d’assouplissement quantitatif aux États-Unis, de la hausse des taux d’intérêt à l’échelle mondiale et de la fin de la croissance synchronisée observée en 2017. Comme l’inflation demeure faible, nous nous attendons à ce que les banques centrales resserrent leur politique plus lentement. Cela devrait contribuer à la stabilisation des conditions de crédit à mesure que l’année va avancer et favoriser les titres risqués. Cependant, les investisseurs devraient user de prudence, parce que si l’inflation s’accélère, nous pourrions assister à un resserrement plus radical de la politique monétaire. Cela pourrait provoquer un resserrement soudain des conditions de crédit et perturber les marchés. L’intensification des tensions commerciales pourrait également générer un resserrement inattendu.

2. Accroissement des frictions commerciales

La rhétorique commerciale et les mesures tarifaires ont semé la discorde entre les États-Unis et ses principaux partenaires commerciaux. Bien qu’un compromis politique soit possible, une « guerre commerciale » généralisée et prolongée constitue un risque et les événements des dernières semaines ont augmenté les probabilités d’une escalade des tensions.

Les risques associés au protectionnisme, comme le ralentissement du commerce mondial, pourraient nuire à la croissance et à l’inflation mondiales. Aux États-Unis, les fortes hausses des tarifs douaniers entraîneraient probablement une hausse du taux d’inflation. Cependant, cette inflation serait probablement temporaire, davantage semblable à une hausse d’impôts qu’au type d’inflation stimulée par la demande que les autorités monétaires recherchent. Nous croyons que les plus fortes retombées sur la croissance attribuable à la hausse des tarifs douaniers vont dépendre de l’ampleur de la détérioration des conditions du marché. À notre avis, un choc commercial accompagné d’un repli boursier marqué serait beaucoup plus susceptible de générer une piètre croissance qu’un choc commercial isolé.

En Europe, nous entrevoyons des risques de perte plus significatifs pour l’économie de la zone euro si certains sous-secteurs tels les importations de voitures sont ciblés. En Chine, nous croyons que le gouvernement chinois privilégie la négociation (plutôt que les mesures de représailles). À notre avis, plus la Chine va ouvrir son marché intérieur, abaisser ses tarifs douaniers et accroître la protection du droit de propriété intellectuelle, plus elle pourra dialoguer avec les États-Unis. Toutefois, nous savons fort bien que l’incertitude à l’égard des politiques commerciales des États-Unis pourrait persister. Ces dernières semaines, l’Administration Trump a surpris toute le monde en instaurant de nouveaux tarifs douaniers et elle pourrait poursuivre sur cette lancée à l’approche des élections de mi-mandat qui se tiendront cet automne aux États-Unis. De plus, la Chine est déterminée à garder le cap sur sa stratégie « Fabriqué en Chine 2025 » pour accroître sa position concurrentielle mondiale dans les secteurs des technologies et manufacturier. L’Administration Trump a apparemment exigé que la Chine cesse de subventionner les industries de haute technologie dans le cadre de cette initiative. Les deux pays auront sans doute beaucoup de mal à s’entendre là-dessus.

3. Politiques européennes

Les manchettes politiques de la zone euro se sont concentrées sur deux pays clés. En Italie, un nouveau gouvernement de coalition populiste a été formé et, en Allemagne, le gouvernement de coalition au pouvoir est aux prises avec des différends internes. Outre ces manchettes, la politique a été mouvementée partout sur le continent : des grèves en France en réaction à la réforme du président Emmanuel Macron, un nouveau gouvernement en Espagne et, bien entendu, le Brexit au Royaume-Uni.

Plusieurs grandes questions demeurent sans réponse. L’incertitude politique mènera-t-elle à une énorme perte de confiance de la part des entreprises et des consommateurs? Les plateformes politiques nationales nuiront-elles à la consolidation des institutions de la zone euro? Les marchés financiers exigeront-ils de plus grosses primes de risque si l’incertitude s’accroît, ce qui pourrait mettre un terme à la forte reprise?

La majorité d’entre nous pensons que les problèmes épineux finiront par être résolus : le gouvernement de coalition italien atteindra ses objectifs tout en respectant le cadre budgétaire de la zone euro, un compromis sur l’immigration sera trouvé et calmera la grogne en Allemagne et dans d’autres pays, et un accord sur le Brexit sera finalement conclu. Cependant, le degré de risque a de toute évidence augmenté.

Vu que les banques centrales arrivent à la fin de leur programme de relance, elles seront moins aptes à procurer un crédit de sûreté si la situation s’envenime, ce qui rend les marchés encore plus nerveux. Nous sommes d’avis que cela pourrait procurer de bonnes occasions de placement aux tenants de la gestion active, car les marchés pourraient réagir de façon exagérée en tentant d’escompter des événements peu probables mais aux retombées considérables.

4. Économie et politique monétaire chinoises

La Chine s’est attaquée à un défi de taille en décidant de délaisser son modèle économique axé sur les exportations en faveur d’un modèle orienté sur la croissance intérieure. La transition d’une économie essentiellement dirigée vers une économie de marché pourrait provoquer des bévues politiques et des perturbations des marchés.1 Bien que le gouvernement soit parvenu à stabiliser la situation après quelques épisodes de sorties massives de capitaux et de volatilité du renminbi en ayant recours à diverses mesures monétaires et réglementaires, le spectre d’une recrudescence de sorties de capitaux et de pressions sur la devise plane toujours sur l’économie du pays. Cela pourrait déstabiliser l’économie chinoise et les marchés financiers mondiaux. Plus récemment, le gouvernement s’est affairé à abaisser le degré de risque financier en tentant de réduire le taux d’endettement dans de nombreux secteurs de l’économie. La réglementation plus sévère des sociétés financières (en particulier en ce qui a trait aux activités bancaires parallèles) a restreint les prêts et provoqué un ralentissement de la création de crédit. Bien que cela ait entraîné un ralentissement économique modéré, le gouvernement a déclaré qu’il préconise la « qualité » de la croissance, plutôt que la « quantité ».

Nous surveillons les signes d’un ralentissement économique plus que modéré, tandis que le gouvernement tente de trouver le juste équilibre entre réglementation financière plus sévère et injections de liquidités dans le système. Une recrudescence des pressions sur les flux de capitaux ou sur la devise nuirait probablement aux marchés. Or, nous nous attendons à une stabilité généralisée des indicateurs de croissance et financiers dans un proche avenir.

5. Politiques et politique monétaire dans les marchés émergents

Les risques qui planent sur les marchés émergents (ME) sont essentiellement reliés à l’incertitude politique et, dans une moindre mesure, à leur sensibilité à la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis et à la vigueur du billet vert. La sagesse populaire veut que les ME soient très vulnérables lorsque le dollar américain et les taux américains sont en hausse. En effet, les pays des marchés émergents dépendent du financement extérieur, principalement en dollars américains. Cependant, les ME, en tant que catégorie d’actif, n’ont pas toujours éprouvé des difficultés en périodes de hausses des taux d’intérêt aux États-Unis et d’appréciation du billet vert; de 2004 à 2006, les actifs des ME se sont bien comportés même s’ils ont souffert de la première hausse des taux aux États-Unis au début de 2004. En outre, la plupart des pays ont plus qu’assez de liquidités extérieures pour financer leur passif extérieur qui arrivera à échéance au cours de la prochaine année. Les deux exceptions sont l’Argentine et la Turquie, dont les marchés des titres à revenu fixe et les devises ont été extrêmement volatils ces dernières semaines. L’Argentine a depuis conclu un accord de confirmation avec le Fonds monétaire international qui, si elle se conforme aux exigences du programme, devrait lui procurer un financement extérieur suffisant jusqu’à la fin de 2019. La Turquie a jusqu’ici eu recours à l’augmentation de son taux directeur pour stabiliser sa devise.

Il faut sélectionner les titres avec soin

L’incertitude entourant les retombées des diverses élections dans les ME (notamment celles qui se sont tenues récemment en Turquie et au Mexique, ainsi que les élections brésiliennes prévues en octobre) sera le thème dominant pour les marchés d’ici la fin de l’année. Dans chaque cas, on craint que la politique monétaire devienne moins favorable aux marchés et plus interventionniste. Qui plus est, cela pourrait engendrer une plus forte volatilité du cours des actifs. D’ailleurs, les indices de risque politique des ME sont généralement en hausse. Par conséquent, nous sommes de plus en plus sélectifs et optons pour une attitude attentiste envers les pays dont l’issue des élections pourrait entraîner une politique monétaire moins favorable aux marchés. À l’heure actuelle, nous privilégions les marchés des pays dont les caractéristiques fondamentales nous apparaissent encourageantes, où il n’y a pas d’incertitude politique et dont les évaluations boursières sont attrayantes.

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1 Source : The Brookings Institution, China’s economy and financial markets: Reforms and risks, Eswar Prasad, 27 avril 2016.

Renseignements importants

Le retrait graduel des mesures de relance désigne la diminution progressive des activités de la banque centrale visant à contrer une piètre conjoncture économique.

L’assouplissement quantitatif (AQ) est une politique monétaire utilisée par les banques centrales pour relancer l’économie lorsque la politique monétaire normale s’avère inefficace.

Les risques d’investir dans des titres d’émetteurs étrangers, y compris ceux des marchés émergents, peuvent inclure la fluctuation des devises étrangères, l’instabilité politique et économique et les problèmes liés à l’imposition étrangère.

Les titres à revenu fixe sont exposés au risque de crédit de l’émetteur et aux retombées des fluctuations de taux d’intérêt. Le risque de taux d’intérêt fait référence au risque que les cours obligataires chutent si les taux d’intérêt augmentent et vice versa. Un émetteur peut être incapable de rembourser les intérêts ou le capital de ses emprunts, ou les deux, ce qui fait chuter la valeur de ses titres de créance et abaisse sa note de crédit.

Les placements dans des sociétés établies dans la Chine élargie ou qui exercent une partie de leurs activités dans cette région comportent les risques suivants : la nationalisation, l’expropriation ou la confiscation de biens, la difficulté à obtenir et à assurer l’exécution d’un jugement, ou les deux, la modification ou l’abandon des réformes économiques, les conflits armés et la dépendance de la Chine à l’égard des économies des autres pays asiatiques, dont beaucoup sont des pays en voie de développement.

Beaucoup de pays de l’Union européenne sont exposés aux risques économiques élevés associés à l’endettement élevé, notamment parce qu’ils détiennent des créances souveraines de pays européens comme la Grèce, l’Italie et l’Espagne.

Ce document est à des fins éducatives uniquement et ne constitue pas une recommandation quant à la pertinence de toute stratégie en placement pour un épargnant donné. Invesco n’offre pas de conseils fiscaux. Les renseignements fiscaux contenus aux présentes sont généraux et non exhaustifs. Les lois fiscales fédérales et d’État sont complexes et changent constamment. Les épargnants devraient toujours consulter un conseiller juridique ou un fiscaliste concernant leur propre situation. Les opinions exprimées ci-dessus sont celles des auteurs; elles sont fondées sur la conjoncture actuelle et peuvent changer sans préavis. Ces opinions peuvent différer de celles d’autres spécialistes en placement d’Invesco.

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