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Kristina Hooper | 18 avril 2018

Comme la saga commerciale entre les États-Unis et la Chine se poursuit, une position d’aversion au risque est-elle justifiée?

La semaine dernière, nous avons assisté à une intensification de la rhétorique protectionniste entre les États-Unis et la Chine. La semaine s’est terminée sur une note négative, alors que le président américain Donald Trump a publié un gazouillis dans lequel il propose d’imposer pour 100 milliards de dollars de plus de tarifs douaniers, auquel la Chine a aussitôt répliqué, malgré un congé important, promettant d’égaler la plus récente ronde de tarifs et de livrer une lutte « sans merci » aux États-Unis. En réaction à la menace de la Chine, M. Trump a admis que les États-Unis pourraient en « souffrir », alors que le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a concédé que, bien que ce soit peu probable, « il y a un risque qu’une guerre commerciale éclate ».

Nous sommes encore loin d’une guerre commerciale à ce stade-ci, mais l’intensification des tensions commerciales prend la tournure que je craignais. En toute honnêteté, je ne vois pas pourquoi la Chine ferait des concessions aux États-Unis, d’autant plus que les hauts responsables de la Maison-Blanche, pour tenter de rassurer les citoyens américains, ont déclaré que les menaces américaines n’étaient qu’un argument de négociation.

Mes cours de négociations à la faculté de droit remontent à plusieurs années, mais je suis à peu près certaine qu’on nous avait appris que si votre adversaire sait que vous bluffez, il est peu probable qu’il accepte de faire des concessions. Il est encore plus improbable que la Chine accepte de faire des concessions majeures si les États-Unis font cavalier seul, sans demander l’aide de ses principaux partenaires commerciaux, d’autant plus que le président chinois Xi Jinping a consolidé son pouvoir et est indéniablement plus fort que jamais. Bien sûr, l’indice composé de la Bourse de Shanghai a chuté de plus de 10 % par rapport à son sommet de janvier,1 principalement en raison des préoccupations liées à la guerre commerciale, mais comme la majorité des citoyens chinois n’ont pas investi une grande partie de leur valeur nette sur les marchés boursiers, ceux-ci ne devraient pas exercer tellement de pressions sur le gouvernement chinois pour qu’il fasse des compromis. Comprenez-moi bien, je ne dis pas que les États-Unis n’ont pas raison de mener une lutte contre la violation des droits de propriété intellectuelle mais, selon moi, sa méthode a de faibles probabilités de succès. La stratégie américaine est particulièrement périlleuse, car la Chine pourrait avoir recours à des instruments de rétorsion peu orthodoxes, tels que la dévaluation de sa monnaie ou la cessation totale ou partielle des achats de bons du Trésor américain, ou encore la vente des bons du Trésor américain qu’elle détient.

Les investisseurs réagissent à la recrudescence de volatilité

Comme on pouvait s’y attendre, les investisseurs américains ont pris cette menace protectionniste plus au sérieux la semaine dernière. La volatilité des marchés boursiers, qui avait chuté en milieu de semaine, a augmenté à la fin de la semaine. Les actions des marchés émergents se sont également repliées, tandis que les marchés boursiers asiatiques ont enregistré de légères pertes.2 L’exode massif vers les bons du Trésor la semaine dernière en dit encore plus long sur la peur des investisseurs; les flux de capitaux n’avaient pas été aussi élevés en plus de deux ans. Après avoir augmenté en milieu de semaine, le taux des bons du Trésor à 10 ans est redescendu, puis a clôturé à 2,79 %.1

Les investisseurs sont nettement plus pessimistes. La question est de savoir si le passage à une position d’aversion au risque est justifié à ce stade-ci?

Afin de bien répondre à cette question, nous devons explorer les deux facteurs clés qui ont jusqu’ici favorisé la hausse des cours boursiers à l’échelle mondiale : 1) l’amélioration de la conjoncture économique mondiale et 2) le maintien de politiques monétaires accommodantes.

  1. Malgré les récentes déceptions, les données suggèrent que les perspectives de croissance mondiale demeurent intactes, mais non sans quelques obstacles de taille. Bien que le taux de chômage aux États-Unis se soit maintenu à son niveau le plus bas, le rapport sur l’emploi américain pour le mois de mars est loin de correspondre à un scénario à la Boucle d’or. L’augmentation du nombre d’emplois non agricoles est relativement faible, à 103 000; par contre, la croissance des salaires a été passablement élevée, à 0,3 % sur un mois et 2,7 % sur douze mois. (Rappelez-vous que la croissance des salaires est le paramètre du rapport sur l’emploi auquel le Federal Open Market Committee [FOMC] accorde le plus d’importance, compte tenu de l’incidence qu’elle peut avoir sur l’inflation. Si la tendance se maintient, le FOMC pourrait décider de procéder à quatre hausses de taux au lieu de trois cette année.)

En France et en Allemagne, l’indice des gestionnaires en approvisionnement (PMI) pour le mois de mars a chuté. Au Royaume-Uni, l’indice PMI manufacturier s’est établi à 55,1 points, tandis que celui du secteur tertiaire s’est fixé à seulement 51,7 points. En Chine et au Japon, les indices PMI manufacturier et du secteur tertiaire ont augmenté en mars.3 En dépit de ces hausses et de ces baisses, il est important de souligner que les indices se maintiennent au-dessus de 50 points dans toutes ces régions, ce qui indique que la croissance économique se poursuit. Bien que la récente Enquête sur les perspectives des entreprises de la Banque du Canada indique un ralentissement de la croissance du PIB cette année, j’ai été surprise de constater que les dirigeants d’entreprises demeurent confiants; j’ai trouvé cela très révélateur, car le Canada risque de souffrir du protectionnisme en général et plus particulièrement du retrait possible des États-Unis de l’ALENA. Les prévisions d’embauche, qui sont positives, et les projets d’investissement des entreprises, qui demeurent élevés par rapport au trimestre précédent, sont beaucoup plus importants que la confiance. Bien que la conjoncture de croissance mondiale ait perdu de son élan, elle reste positive.

  1. La politique monétaire demeure accommodante. Dans son allocution de vendredi dernier, le président du conseil du FOMC, Jerome Powell, a laissé entendre que la normalisation de la politique monétaire demeure sur la bonne voie. Il a expliqué qu’il est encore « trop tôt pour dire » quel effet une guerre commerciale opposant les États-Unis et la Chine pourrait avoir sur les perspectives économiques et a ajouté qu’il n’a constaté aucune retombée « jusqu’ici ». C’est logique qu’il ne puisse pas se prononcer, car il est impossible de formuler des hypothèses tant qu’on ignore comment la situation va tourner. Cependant, cela attise l’incertitude à savoir comment la Fed pourrait réagir si la situation commerciale se détériorait, en particulier en ce qui a trait à un possible ralentissement du resserrement, ce qui, en passant, comporte un risque d’incertitude politique. Sinon, le message de M. Powell se résume à dire que le marché du travail se porte bien et que l’inflation va augmenter, mais ni l’un ni l’autre de ces enjeux ne semble poser de problème. J’en déduis que, pour le moment, la Fed prévoit des hausses de taux graduelles et modérées. Malgré tout, je continue de craindre que les statistiques indiquent une hausse suffisante du taux d’inflation pour obliger la Fed à resserrer plus rapidement sa politique monétaire.

À surveiller

Même si ces deux facteurs clés demeurent intacts, cela ne signifie pas qu’il n’y a aucun risque. Je persiste à croire que le risque le plus probable est que la politique monétaire se resserre plus rapidement que prévu. (L’épicentre de ce risque est, bien sûr, les États-Unis). Et, un resserrement ne signifie pas seulement que les taux vont augmenter plus rapidement que prévu; une menace beaucoup plus grande à mon avis serait une accélération de la normalisation du bilan par la Fed. Dans ce contexte, je ne crois pas qu’un exode vers les actifs à risque soit justifié, mais j’encourage fortement les épargnants à miser sur une vaste et profonde diversification. Cela peut se traduire par une exposition adéquate aux actions internationales et à petite capitalisation, une exposition à une grande variété de sous-catégories d’actifs à revenu fixe et une exposition adéquate à des solutions de rechange faiblement corrélées aux actions traditionnelles et aux titres à revenu fixe. Les épargnants devraient consulter leur conseiller en sécurité financière pour savoir quelle répartition de l’actif convient à leurs besoins.

Voici les éléments à surveiller dans les prochains jours :

  1. Surveillance des valeurs technologiques. Je m’attends à ce que les valeurs technologiques demeurent en proie à des soubresauts comme en mars, tandis que le P.-D.G. de Facebook, Mark Zuckerberg, témoigne devant le Congrès et que les marchés anticipent une réglementation plus stricte de certaines entreprises technologiques dont Facebook.
  2. Surveillance des bénéfices. J’entrevois une bonne période de déclaration des bénéfices, ce qui devrait soutenir les marchés boursiers. Au 6 avril, 53 sociétés de l’indice S&P 500 ont dévoilé des prévisions de bénéfices positives pour le premier trimestre, ce qui est nettement supérieur à la moyenne sur cinq ans. Seulement 23 sociétés ont déjà déclaré leurs bénéfices pour le premier trimestre et 74 % d’entre elles avaient déclaré des ventes plus élevées que prévu au 6 avril4 et je m’attends à ce que cette tendance se poursuive.
  3. Surveillance du protectionnisme. Le président chinois Xi Jinping prononcera une allocution au forum de Boao. On s’attend à ce qu’il tente d’adoucir le ton de la rhétorique protectionniste, mais le contraire ne m’étonnerait pas. Nous allons suivre la situation de près car si M. Xi Jinping ne parvient pas à apaiser les craintes des investisseurs, les marchés vont demeurer turbulents.

 

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1 Source : Bloomberg, L.P., au 6 avril 2018.
2 La volatilité des marchés boursiers est représentée par l’indice de volatilité du CBOE® (VIX®), qui mesure les attentes de volatilité à court terme en fonction du prix de levée des options de l’indice S&P 500. Les marchés émergents sont représentés par l’indice MSCI Marchés émergents et les marchés asiatiques par l’indice MSCI Pacifique. Source : Bloomberg, L.P.
3 Source : IHS Markit, au 6 avril 2018.
4 Source : FactSet Research Systems.

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Les actions de petites et moyennes entreprises sont habituellement plus vulnérables aux événements défavorables, peuvent être plus volatiles et illiquides ou faire l'objet de restrictions à la revente.

Habituellement, les placements alternatifs comprennent plus de placements non traditionnels et emploient des stratégies de négociation plus complexes, y compris les opérations de couverture et l’effet de levier au moyen de produits dérivés, les ventes à découvert et des stratégies opportunistes qui évoluent au gré des conditions du marché. Les épargnants qui envisagent les produits alternatifs doivent se renseigner sur leurs caractéristiques uniques et sur les risques additionnels auxquels les stratégies utilisées les exposent. À l’instar de tous les placements, leur rendement va fluctuer. Vous pouvez perdre de l’argent.

L’aversion au risque fait référence à un comportement motivé par un changement de tolérance au risque; les investisseurs se tournent vers des placements moins risqués lorsqu’ils perçoivent le degré de risque comme étant élevé.

La prise de risque fait référence à un comportement motivé par un changement de tolérance au risque; les investisseurs se tournent vers des placements plus risqués lorsqu’ils perçoivent le degré de risque comme étant faible.

L’indice MSCI Marchés émergents est un indice non géré que l’on considère représentatif des actions des pays en développement.
L’indice MSCI Pacifique mesure le rendement des sociétés à grande et à moyenne capitalisations de cinq marchés industrialisés de la région du Pacifique.
L’indice composé de la Bourse de Shanghai est un indice pondéré en fonction de la capitalisation boursière qui suit le rendement boursier quotidien des actions de catégories A et B cotées à la Bourse de Shanghai.
Les indices des gestionnaires en approvisionnement reposent sur des sondages mensuels menés auprès des entreprises du monde entier et évaluent la conjoncture économique dans les secteurs manufacturier et tertiaire.

L’Enquête sur les perspectives des entreprises de la Banque du Canada est publiée quatre fois par année et est réalisée à partir d’entrevues menées auprès des cadres supérieurs d’environ 100 entreprises.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 9 avril 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de ces estimations.

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