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Perspectives, commentaire et expertise de placement

Kristina Hooper | 27 septembre 2017

Comprendre les hauts et les bas des prix des marchandises

Au cours des dernières semaines, les prix des marchandises ont fluctué grandement, différents facteurs ayant une incidence sur différentes marchandises. Vu que les investisseurs se posent beaucoup de questions sur les marchandises et sur les causes des fluctuations des prix, surtout depuis les catastrophes météorologiques survenues ces dernières semaines, cette semaine, je vais me pencher sur cette catégorie de placements (mais je vais tout de même conclure avec un bref commentaire sur les événements clés de la semaine dernière).

Premièrement, examinons ce qui est survenu sur les marchés des marchandises récemment :

  • La semaine dernière, les prix des métaux ont chuté, l’or étant le plus durement touché, car il est de plus en plus probable que la Réserve fédérale américaine va hausser les taux d’intérêt en décembre. Cependant, la recrudescence des tensions entre les États-Unis et la Corée du Nord ont fait grimper le prix de l’or vendredi
  • Avant et après le passage de l’ouragan Irma en Floride, nous avons assisté à des fluctuations des prix des contrats à terme sur une denrée agricole en particulier, le jus d’orange. Son prix a augmenté en prévision de l’ouragan dévastateur, puis est redescendu après Irma car les dommages causés aux récoltes d’oranges n’ont pas été aussi étendus que prévu
  • Avant cela, le prix du pétrole brut s’est replié après que l’ouragan Harvey a déferlé sur Houston, même si le prix de l’essence avait monté. Cela est attribuable à la fermeture temporaire d’une forte proportion de raffineries de pétrole au pays, ce qui a réduit la demande de pétrole brut simplement parce que la capacité de raffinage n’était pas suffisante. Maintenant que la plupart des raffineries de pétrole sont rouvertes, la production revient à la normale et la demande de pétrole brut, réprimée depuis plusieurs semaines, a augmenté, entraînant le prix du pétrole brut intermédiaire de l’Ouest du Texas au-dessus de 50 $ le baril

Comprendre les facteurs à l’origine des prix des marchandises

Pour comprendre les marchandises, il faut connaître les différents facteurs qui ont des retombées sur elles. Il faut d’abord savoir qu’il y a une grande variété de marchandises pouvant être regroupées ni plus ni moins en cinq catégories : énergie, métaux précieux, métaux industriels, agriculture et bétail. L’énergie en particulier est extrêmement diversifiée, car elle renferme le pétrole, le gaz naturel, le charbon et les énergies renouvelables, qui du même coup, comprennent l’énergie solaire, l’énergie hydroélectrique, l’énergie géothermique, l’énergie éolienne et l’énergie de biomasse (la biomasse est habituellement produite à partir de déchets de nombreuses sources, dont l’éthanol et l’huile végétale).

La météo. La météo et les catastrophes naturelles ont de profondes répercussions sur de nombreuses marchandises, comme je l’ai mentionné ci-dessus. Les sécheresses peuvent nuire aux récoltes et réduire la production de denrées agricoles, ce qui fait grimper les prix. Par contre, de bonnes conditions météorologiques peuvent produire une abondance de denrées agricoles, ce qui peut faire baisser les prix. Par exemple, une récolte record aux États-Unis l’année dernière a généré une offre excédentaire de céréales qui n’est pas encore épuisée, permettant ainsi de maintenir les prix bas. En outre, de récents rapports font état de plantation tardive de soja (important aliment de base dans beaucoup de régions) au Brésil à cause du temps sec, ce qui a fait bondir le prix du soja. (En passant, j’ai peur que les changements climatiques entraînent davantage de catastrophes naturelles qui perturberaient encore plus les prix.)

Les facteurs géopolitiques. Les risques géopolitiques ont aussi un impact sur les marchandises, tel que je l’ai mentionné ci-dessus. L’or et, dans une certaine mesure, le platine et l’argent, sont perçus comme des « valeurs refuges » et sont considérés comme des sources fiables d’accumulation de valeur. Par exemple, le prix de l’or a monté en flèche par suite des attentats terroristes du 11 septembre aux États-Unis. Et, les développements géopolitiques peuvent avoir des retombées sur les marchandises telles le pétrole. Par exemple, habituellement, lorsqu’il y a de l’agitation politique dans des grands pays producteurs de pétrole, les craintes de réduction de la production donnent généralement lieu à une hausse du prix du pétrole.

Le cycle économique. Le cycle économique influence également une variété de marchandises, surtout les métaux industriels. Lorsqu’on assiste à une croissance économique, la demande de métaux industriels est habituellement plus élevée; ils constituent un volet important des secteurs de la construction et manufacturier. Un des métaux industriels, en l’occurrence le cuivre, sert à différentes applications allant du câblage électrique à la tuyauterie, et son prix est surveillé de près. On parle souvent de ce métal comme du « Dr cuivre » pour son rôle comme indicateur de tendance de l’orientation de l’économie.

L’inflation. L’inflation et les attentes d’inflation ont toujours eu des répercussions sur le prix de l’or. C’est parce que la hausse du taux d’inflation diminue habituellement la valeur des liquidités. Résultat, les investisseurs sont plus enclins à déplacer leurs liquidités vers l’or, ce qui fait grimper le prix de cette marchandise. Par exemple, vers la fin des années 70 aux États-Unis, l’inflation a augmenté de façon exponentielle, tout comme le prix de l’or, qui est passé de 135 $ en 1977 à 850 $ en 1980.1

Le dollar. Beaucoup de marchandises mondiales sont libellées en dollars américains, y compris le pétrole brut, le cuivre et l’or. Cette relation est inversement proportionnelle : lorsque le dollar américain est plus fort, le prix du pétrole brut est habituellement plus bas, toutes choses étant égales par ailleurs. Lorsque le dollar américain est plus vigoureux, il faut plus d’argent pour acheter un baril de pétrole brut, ce qui fait baisser la demande et, par conséquent, chuter le prix du pétrole. Par contre, lorsque le dollar est plus faible, il faut moins d’argent pour acheter un baril de pétrole brut, ce qui fait augmenter la demande et, par conséquent, monter le prix du pétrole. Le premier trimestre de 2015 est un bon exemple de cette relation, alors que l’indice du dollar américain a avancé de 4,4 % et que l’indice des marchandises Bloomberg a fléchi d’environ 6 %.2

Fait à noter, la Chine vient d’annoncer son intention de lancer un contrat à terme sur le pétrole libellé en yuans et elle voudrait faire de même avec beaucoup de marchandises clés. Reste à voir quel sera l’impact de cette décision sur la relation entre le dollar américain et le prix du pétrole, mais à ce stade-ci, les retombées seront probablement minimes; il est probable que les contrats libellés en yuans deviennent fort prisés par des pays assujettis à des sanctions imposées par les États-Unis comme la Russie, l’Iran et le Venezuela, mais il est peu probable qu’ils attirent des investisseurs d’autres pays.

L’offre. Évidemment, l’offre joue également un rôle important dans les prix des marchandises. Par exemple, chaque semaine, l’Energy Information Administration des États-Unis publie son rapport sur les stocks de pétrole. Toutes proportions gardées, une hausse des stocks fait habituellement baisser le prix du pétrole brut. De même, lorsque l’OPEP annonce une entente sur la production, cela peut avoir une incidence sur le prix du pétrole. Enfin, le nombre de puits en activité selon Baker-Hughes, rendu public chaque vendredi, donne une indication de la production de pétrole et de gaz en mer. Plus ce nombre est bas, moins les prévisions de production sont élevées et plus cela exerce des pressions à la hausse sur le prix du pétrole brut (et vice versa).

Les marchandises en perspective

Je crois que le nombre de substances considérées comme des marchandises va augmenter au fil des ans. Une marchandise qui jouera un rôle prépondérant, selon moi, est l’eau. Le pétrole a certes provoqué de nombreuses guerres, mais l’eau aussi et elles pourraient se multiplier, car la pénurie d’eau est un problème qui prend de l’ampleur.

On pourrait dire que les cryptodevises, comme le bitcoin, sont aussi des marchandises, au même titre que l’or. Après tout, le bitcoin doit être extrait et l’offre mondiale est limitée. À l’instar de l’or, les gens investissent dans le bitcoin, tant pour spéculer que pour accumuler de la valeur.

En ce qui concerne les marchandises traditionnelles, on pourrait assister à une perturbation majeure de la demande au cours des prochaines décennies. La semaine dernière, un fonctionnaire chinois a annoncé que la Chine envisage d’éliminer les véhicules à combustibles fossiles (essence et diesel) d’ici 2050. La Chine se joint à un nombre grandissant de pays qui veulent retirer progressivement de la circulation les véhicules à combustibles fossiles d’ici quelques décennies, dont les Pays-Bas, l’Inde, la Norvège, la France et la Grande-Bretagne. Si cela se concrétise, nous assisterons probablement à une très forte baisse du prix du pétrole à long terme. Cette décision pourrait avoir un impact aussi marqué sur l’avenir du prix du pétrole que la décision de Sir Winston Churchill en 1912 de remplacer le charbon par le pétrole comme source d’énergie des navires de la marine britannique, ce qui a fait bondir la demande de pétrole et, du même coup, entraîné une augmentation de la production de pétrole.

Élément à retenir

Comme je le disais plus tôt, je crois qu’il est temps pour les épargnants de revoir leurs placements alternatifs, compte tenu de leur besoin de protection contre le risque de perte et de diversification. Un secteur clé de la catégorie des placements alternatifs est celui des marchandises. Bien que les prix des marchandises puissent fluctuer considérablement, comme je l’ai mentionné ces dernières semaines, ils ne fluctuent habituellement pas de pair avec les autres catégories d’actif du portefeuille, comme les actions et les obligations, si bien qu’elles peuvent jouer un rôle important dans la diversification d’un portefeuille.

Et, puisque tellement de facteurs différents peuvent influer sur les prix des marchandises (par exemple, les prix des denrées agricoles ne fluctuent pas nécessairement au diapason avec le prix de l’énergie), je crois qu’investir dans une stratégie de marchandises diversifiées, contrairement à une stratégie axée sur une seule marchandise comme le pétrole ou l’or, peut ajouter un degré de diversification.

Un mot sur la Réserve fédérale américaine, sur l’Allemagne et autres

La semaine dernière, les investisseurs ont été témoins de plusieurs événements un peu partout sur la planète qui nous rappellent les répercussions que peuvent avoir les risques géopolitiques et de politique monétaire :

  • Le Federal Open Market Committee s’est réuni la semaine dernière et a annoncé que la normalisation du bilan va débuter en octobre. Même si la Réserve fédérale américaine prévoit réduire son bilan très lentement et très prudemment, il y a toujours un risque que cela provoque des perturbations
  • Les élections en Allemagne, qui ont eu lieu en fin de semaine dernière, montrent des signes de « ras-le-bol d’Angela Merkel », le parti de la chancelière Angela Merkel a récolté environ 33 % des voix, contre 41,5 % en 2013.3 Ces élections montrent que la vague populiste/protectionniste récolte encore des appuis appréciables, puisque le parti anti-immigration et anti-UE Alternative pour l’Allemagne est allé chercher 13 % des voix3. Comme l’on pouvait s’y attendre, je crois que MmeMerkel devra former un gouvernement de coalition, ce qui risque d’entraîner certains changements. L’euro s’est déprécié à l’annonce de l’issue des élections
  • Theresa May a livré son allocution cruciale sur le Brexit à Florence vendredi dernier. Elle en a surpris plusieurs en proposant un délai de deux ans avant le Brexit complet, ce qu’elle appelle une « période de transition ». Même si le fait qu’elle se montre en faveur d’un Brexit plus en douceur représente une bonne nouvelle en soi, je m’inquiète de plus en plus de la confiance des entreprises au Royaume-Uni et évidemment des dépenses des entreprises, compte tenu de l’incertitude que cela occasionne
  • Le premier ministre japonais, Shinzo Abe, a déclenché des élections anticipées, probablement pour gagner des appuis pour avoir monté le ton à l’endroit de la Corée du Nord, dont l’agressivité est de plus en plus alarmante

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1 Source : FactSet Research Systems.

2 Sources : Bloomberg L.P. et la Réserve fédérale de St. Louis.

3 Source : CNN.

La diversification ne garantit pas un profit ou l’élimination du risque de perte.

Habituellement, les placements alternatifs comprennent plus de placements non traditionnels et emploient des stratégies de négociation plus complexes, y compris les opérations de couverture et l’effet de levier au moyen de produits dérivés, les ventes à découvert et des stratégies opportunistes qui évoluent au gré des conditions du marché. Les épargnants qui envisagent les produits alternatifs doivent se renseigner sur leurs caractéristiques uniques et sur les risques additionnels auxquels les stratégies utilisées les exposent. À l’instar de tous les placements, leur rendement va fluctuer. Vous pouvez perdre de l’argent.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 25 septembre 2017. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas de ces estimations.

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