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Kristina Hooper | 5 janvier 2018

Dix attentes pour 2018

L’année dernière a été très bonne pour les marchés des capitaux. Les marchés boursiers de la plupart des pays ont enregistré des rendements positifs et de nombreux marchés, y compris celui des États-Unis, ont inscrit des gains à deux chiffres. À l’échelle mondiale, comme aux États-Unis, c’est le secteur des technologies de l’information qui a obtenu le meilleur rendement. Le secteur de l’énergie a obtenu le pire rendement à l’échelle mondiale et a été l’un des moins performants aux États-Unis.1

Comme la politique monétaire était accommodante dans de nombreuses régions du monde, nous n’avons pas été étonnés par la hausse des cours des actifs à risque ni par la faible volatilité. La plupart des marchandises ont dégagé des rendements positifs, à commencer par les métaux industriels, mis à part quelques exceptions. Du côté des devises, le dollar américain a été particulièrement faible et s’est déprécié par rapport à la plupart des principales devises, y compris l’euro.

Dans ce contexte, voici mes dix attentes pour les marchés et l’économie en ce début de 2018.

1. Penchant à la hausse pour les marchés boursiers mondiaux

À l’aube de 2018, je crois que deux principaux facteurs créent un penchant à la hausse pour les actions et d’autres actifs à risque à l’échelle mondiale, en l’occurrence la reprise de la croissance mondiale et le maintien des politiques monétaires accommodantes. Ce sont là deux facteurs très influents qui, selon moi, devraient soutenir l’ensemble des actifs à risque et plus particulièrement les actions. Cela ne signifie pas que nous sommes à l’abri d’une correction, surtout aux États-Unis, mais plutôt qu’elle serait de plus courte durée.

2. Plus de perturbations et une volatilité accrue

Les perturbations abondent en ce moment, ce qui accroît les probabilités d’une recrudescence de volatilité, alors qu’elle est extrêmement faible par les temps qui courent.

Perturbations géopolitiques. Les tensions s’intensifient un peu partout sur la planète, de la Corée du Nord jusqu’en Arabie saoudite. Cela étant dit, les perturbations géopolitiques n’ont habituellement aucune incidence sur les marchés boursiers, à moins qu’elles ne deviennent extrêmes. Et, lorsque c’est le cas, leur effet est généralement de courte durée. Ce qui m’inquiète le plus, c’est que divers pays en viennent à adopter des politiques plus protectionnistes en réaction aux perturbations géopolitiques provoquées par les mouvances nationalistes qui prônent la démondialisation. Il ne faut pas oublier que de nombreux économistes ont accusé le protectionnisme d’avoir exacerbé la grande dépression des années 30 et nous ne pouvons pas ignorer la menace très réelle du protectionnisme aujourd’hui.

Perturbations liées aux politiques monétaires. Les programmes d’achat d’actifs à grande échelle, qui ont été l’un des principaux outils de politique des grandes banques centrales au cours de la dernière décennie, sont des expériences qui ont eu un impact très significatif sur les cours des actifs et la volatilité des marchés. Maintenant que les banques centrales commencent à « normaliser » cette politique monétaire expérimentale, il y a un risque de perturbation des marchés des capitaux. Bien que ce ne soit pas mon scénario de référence, c’est fort probable, notamment parce que plusieurs facteurs augmentent les probabilités d’une erreur de politique monétaire. Premièrement, aux États-Unis, le nombre de membres du Federal Open Market Committee (FOMC) va augmenter considérablement en 2018, sans compter que l’organisme aura un nouveau président et vice-président du conseil. Deuxièmement, la Réserve fédérale américaine (la Fed) utilise simultanément deux leviers de politique monétaire : le taux des fonds fédéraux et le bilan de la Fed. Enfin, plusieurs autres grandes banques centrales commencent à normaliser leur politique monétaire, quoique très graduellement.

3. Taux bas pendant un certain temps encore et quête de revenu

Bien que de nombreuses banques centrales, dont la Fed, la Banque du Canada, la Banque d’Angleterre et la Banque centrale européenne (BCE), aient amorcé un léger resserrement de leur politique monétaire, celle-ci demeure très accommodante en termes relatifs. Dans ce contexte, on peut s’attendre à ce que les taux d’intérêt demeurent relativement bas et à ce que la quête de revenu de placement se poursuive en 2018.

4. L’endettement est un problème qui prend de l’ampleur

Je crois que l’effet de levier, y compris la dette publique et privée, va augmenter et comporter plus de risques dans certaines régions en 2018. De nombreux pays sont lourdement endettés et, à mon avis, auront de plus en plus de mal à gérer leur endettement cette année. L’endettement risque également de poser un problème pour les sociétés à fort levier financier, particulièrement pour les sociétés américaines en raison de l’adoption du nouveau projet de loi américain sur la réforme fiscale. Le taux d’endettement des ménages augmente dans de nombreux pays, ce qui laisse une faible marge d’erreur aux particuliers advenant une nouvelle crise.

5. Incertitude persistante au Royaume-Uni et leptokurtose accrue

Je crois qu’il est de plus en plus probable que les négociations sur le Brexit aboutissent à une issue extrême, soit une relation semblable à celle d’avant le Brexit entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, soit une absence totale de relation. Plus il faudra de temps pour parvenir à une entente, plus il est probable que les entreprises commencent à se relocaliser. De plus, l’économie du Royaume-Uni est aux prises avec un autre problème : la Banque d’Angleterre a décidé en novembre de procéder à une première hausse de taux en plus d’une décennie. Bien qu’elle n’ait pas à endiguer une forte croissance, la Banque d’Angleterre tente de soutenir la livre sterling afin de lutter contre le taux d’inflation relativement élevé au Royaume-Uni par suite de la dépréciation de la devise en lien avec le Brexit. Or, la Banque d’Angleterre a laissé entendre dans sa décision qu’elle n’a pas l’intention de procéder à un resserrement marqué de sa politique monétaire et la livre sterling n’a pas été aussi forte que ce à quoi la Banque d’Angleterre s’attendait. Cette situation est problématique et ouvre la porte à un scénario de stagflation. Nous allons suivre de près l’évolution de la situation en ce qui a trait à la livre sterling et à l’inflation.

6. Plein cap sur les grandes réformes structurelles

Les réformes structurelles sont essentielles à la viabilité et au maintien de la croissance dans de nombreuses économies du monde. Le président français, Emmanuel Macron, s’est lancé dans une ambitieuse réforme du droit du travail et a promis des baisses d’impôts des sociétés. Ce projet a déjà grandement amélioré la confiance des entreprises et pourrait entraîner une augmentation des dépenses en immobilisations. M. Macron entend également prendre l’initiative de réformes vitales pour la stabilité et la croissance futures de l’Union européenne. Le Japon s’affaire lui aussi à procéder à de grandes réformes structurelles, y compris une réforme des impôts des sociétés. Pour sa part, le premier ministre indien, Narendra Modi, s’apprête à lancer son pays dans des réformes transformatives. En 2017, l’Inde a adopté une taxe sur les produits et services, un plan de démonétisation, une nouvelle loi sur la faillite, un politique cadre d’inflation cible pour sa banque centrale et une loi sur la réglementation immobilière. La croissance ralentit en Inde et, selon moi, le pays devra continuer de procéder à des réformes pour stimuler la croissance. 

7. Accélération des dépenses en infrastructures

Un certain nombre de grands marchés ont désespérément besoin de dépenses en infrastructures, y compris les États-Unis et l’Inde. L’Inde a fait des infrastructures une priorité, tant dans les zones rurales (maisons, routes, électricité) qu’à l’échelle nationale. Aux États-Unis, le temps est venu de remplacer et de reconstruire divers types d’infrastructures, que ce soit des réseaux d’aqueduc, des ponts, des tunnels ou des structures de télécommunications. Les infrastructures peuvent être un puissant moteur de relance budgétaire à court et à plus long termes. En 2018, je m’attends à ce que les pays subissent davantage de pressions pour investir dans les infrastructures, ce qui pourrait entraîner une nette amélioration de la croissance économique et favoriser plusieurs secteurs d’activité (industrie, matériaux, télécommunications). En revanche, les pays qui ne feront pas des infrastructures une priorité cette année risquent d’en subir les conséquences à plus long terme.

8. Les fluctuations de change continuent de surprendre

Au cours de la dernière année, nous avons assisté à une dépréciation aussi marquée qu’inattendue du dollar américain, car les attentes de politique accommodante de la Fed et les revers politiques ont plombé la devise. Or, tout cela risque de changer en 2018, surtout si l’inflation devient une source de préoccupation et que la direction du FOMC change du tout au tout. De plus, les devises des marchés émergents ont réagi aux récents développements politiques. Je m’attends à d’autres surprises et épisodes de fluctuation en 2018. Un certain nombre de banques centrales vont probablement continuer de resserrer graduellement leur politique monétaire, ce qui devrait, tout dépendant du moment où les changements vont se produire, se répercuter sur les relations entre les différentes devises. Une reprise économique mondiale pas totalement synchronisée pourrait également contribuer à la fluctuation des devises.

9. Perspectives divergentes pour les marchandises

Les relations entre les différentes marchandises semblent changer, le prix des métaux étant désormais davantage tributaire de la demande des marchés émergents. Je crois que les métaux industriels vont continuer de bénéficier de l’augmentation de la demande mondiale et que le prix de l’or va subir diverses influences, notamment celle des investissements motivés par la peur et l’inflation. En gros, je m’attends à ce que les marchandises obtiennent des rendements divergents en 2018 et à une moins forte corrélation entre les actions et les titres à revenu fixe.

10. Rotation possible des gagnants

Il faut savoir que nous sommes encore en présence d’une conjoncture fortement influencée par les événements macroéconomiques. L’évolution de la situation politique et économique, notamment l’adoption de la réforme fiscale ou la possibilité qu’un plan de dépenses en infrastructures voie le jour, risque de provoquer des rotations relativement rapides des gagnants entre les différents secteurs et styles de placement sur le marché boursier américain pendant l’année. Il est fort probable que nous assistions également à des rotations des gagnants entre les catégories d’actif, les styles de placement et les secteurs à l’échelle mondiale, parce que la reprise économique mondiale ne sera pas totalement synchronisée et favorisera certaines régions et catégories d’actif à différents moments.

Éléments à retenir

En résumé, malgré les risques qui planent un peu partout, mon scénario de référence demeure que le marché boursier va continuer de bien performer en 2018, mais il faut s’attendre à des résultats inférieurs à 2017. Cependant, compte tenu de la recrudescence des risques pour les marchés des capitaux, nous restons à l’affût du potentiel de volatilité à la baisse.

  • Le moment est venu pour les épargnants de revoir la répartition de leur actif et de s’assurer que leur portefeuille est bien diversifié. Cela pourrait inclure leur exposition aux placements alternatifs faiblement corrélés aux actions et aux titres à revenu fixe, y compris les marchandises, l’immobilier et les stratégies en positions acheteur et vendeur, de même que les stratégies de marché neutre. Cela pourrait également inclure leur exposition aux actions mondiales, étant donné que la surpondération des titres nationaux est un véritable problème dans de nombreux portefeuilles
  • Comme les faibles rendements vont probablement perdurer en 2018, je crois que les épargnants devront trouver une variété de sources de revenus, incluant les titres productifs de dividendes et une grande variété de sous-catégories d’actifs à revenu fixe
  • Je pense que le secteur des technologies de l’information va encore obtenir des rendements élevés cette année en raison de son potentiel de croissance. Plus particulièrement, je m’attends à ce qu’il bénéficie de l’augmentation des dépenses en immobilisations et des dépenses des particuliers, à mesure que la croissance économique va s’améliorer
  • Enfin, les épargnants ne doivent jamais oublier que même si le taux d’inflation est bas, il peut toujours augmenter. Par conséquent, ils auraient intérêt à envisager la possibilité d’inclure des placements protégés contre l’inflation dans leur portefeuille

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1Sources : Standard & Poor’s et MSCI. Les actions américaines sont représentées par l’indice S&P 500. Les actions mondiales sont représentées par l’indice MSCI Monde tous pays.

La diversification ne garantit pas un profit et n’élimine pas le risque de perte.

Habituellement, les placements alternatifs comprennent plus de placements non traditionnels et emploient des stratégies de négociation plus complexes, y compris les opérations de couverture et l’effet de levier au moyen de produits dérivés, les ventes à découvert et des stratégies opportunistes qui évoluent au gré des conditions du marché. Les épargnants qui envisagent les produits alternatifs doivent se renseigner sur leurs caractéristiques uniques et sur les risques additionnels auxquels les stratégies utilisées les exposent. À l’instar de tous les placements, leur rendement va fluctuer. Vous pouvez perdre de l’argent.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 2 janvier 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas de ces estimations.

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