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Kristina Hooper | 10 octobre 2018

Emplois, commerce et économie : Qu’avons-nous appris la semaine dernière?

La semaine dernière a été particulièrement mouvementée. La publication de données clés nous a procuré le plus récent aperçu de l’activité économique mondiale et les négociations gouvernementales ont établi les limites d‘importantes relations commerciales. Voici ce que nous avons appris et devrons surveiller.

Publication du rapport sur l’emploi de septembre. Aux États-Unis, le taux de chômage a baissé – malgré l’accroissement de la population active – ce qui explique en partie le degré élevé de confiance des consommateurs. À mon avis, l’économie est clairement très saine et en forte croissance même si seulement 134 000 emplois ont été créés en septembre.1 Bien que ce nombre d’emplois non agricoles soit nettement inférieur aux estimations et encore plus à mes attentes, il a été compensé par la révision à la hausse des résultats d’août et de juillet.

La croissance du salaire horaire moyen a monté d’un bon 0,3 % pour le mois; pourtant, il n’a pas franchi le cap des 3 %, s’établissant à 2,8 %.1 Cela devrait apaiser les craintes entourant l’inflation dans l’immédiat et empêcher le taux à 10 ans d’exploser, selon moi. Cependant, nous devons surveiller la situation de près, car la guerre tarifaire naissante est aussi susceptible de générer beaucoup d’inflation.

Élections brésiliennes.

Le premier tour de scrutin des élections présidentielles est survenu la fin de semaine dernière. Jair Bolsonaro, candidat populiste d’extrême-droite, a récolté de loin le plus de votes, presque suffisamment pour gagner au premier tour de scrutin. Il affrontera Fernando Haddad au deuxième tour de scrutin plus tard dans le courant du mois. Ni un ni l’autre est favorable aux entreprises, mais je persiste à croire que les marchés vont clairement préférer M. Bolsonaro dans cette lutte à finir à deux; c’est une bonne chose parce tout porte à croire qu’il va remporter une victoire écrasante.

Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC)

Depuis l’annonce, la semaine dernière, d’un accord commercial trilatéral entre les États-Unis, le Mexique et le Canada, j’ai eu l’occasion de prendre connaissance du pacte. Voici ce que j’en retiens :

Pour le Canada, le développement le plus positif – à part le fait d’avoir conclu une entente – est que le pays va pouvoir éviter ce qui aurait pu être des tarifs douaniers sur les importations d’autos et de pièces d’automobiles dévastateurs qui ont fait l’objet d’une menace par le président américain Donald Trump dans l’intérêt de la sécurité nationale. À présent, le Canada et le Mexique bénéficient chacun d’une exemption sur 2,6 millions de véhicules de promenade.2

L’accord renferme une disposition exigeant qu’un pays membre informe les autres s’il amorce des négociations sur les échanges commerciaux avec un pays qui n’a pas une économie de marché (on parle bien entendu de la Chine) et stipulant que le pays membre pourrait être pénalisé. Si ces pourparlers aboutissent à un accord commercial avec un pays qui n’a pas une économie de marché, le pays membre pourrait être exclu de l’AEUMC. C’est un ajout très significatif qui est conçu pour que la Chine ne conclue pas facilement d’accords commerciaux avec le Canada et le Mexique. Selon moi, cette disposition est une tentative des États-Unis de faire un pied-de-nez à la Chine; cela ravive sans aucun doute le différend commercial entre les deux pays.

Cet accord n’est pas tellement différent de KORUS (accord commercial signé récemment par les États-Unis et la Corée), en ce sens que les États-Unis étaient en fin de compte disposés à faire de gros compromis. Certains interpréteront cela à tort comme un signe que les États-Unis vont faire la même chose lors des négociations avec la Chine. Je crois que c’est peu probable et qu’on ne devrait pas s’y attendre; les États-Unis ne semblent pas chercher de compromis avec la Chine et je prévois que le différend commercial avec la Chine va continuer d’empirer et va même se propager à la politique étrangère (nous avons récemment été témoins d’une multiplication des accusations d’agressions armées et d’un ton plus virulent dans la récente allocution du vice-président américain Mike Pence, et je crois que ce n’est pas fini).

Étant donné qu’il s’agit techniquement d’un nouvel accord, il est régi par les exigences du U.S. Trade Priorities and Accountability Act of 2015. Cette loi prévoit un échéancier qui stipule que l’accord ne peut pas être conclu avant le 29 novembre; il semble qu’il soit décidé qu’il sera signé par les trois chefs des pays membres le 30 novembre. Par conséquent, il est peu probable qu’il soit ratifié par le Congrès avant le début de 2019. Je pense que les probabilités sont très bonnes que l’AEUMC soit ratifié, même si la Chambre devait passer à une majorité démocrate après les élections de mi-mandat en novembre. C’est parce que ce n’est pas une entente bilatérale; en fait, c’est un remaniement de l’ALENA sans changements majeurs.

Cependant, une ombre au tableau se dessine : certains experts en commerce ont émis l’idée que l’Administration Trump pourrait décider de se retirer de l’ALENA afin d’exercer des pressions sur le Congrès pour le contraindre à adopter l’AEUMC, ce qui risque de déclencher une bataille au Capitole. Je crois que c’est peu probable car l’issue des élections de mi-mandat n’est pas sensée changer l’appui du Congrès à l’AEUMC, comme je l’ai expliqué ci-dessus. Toutefois, nous ne pouvons pas faire fi des détracteurs, qui croient que l’AEUMC éloigne ces pays encore plus du libre-échange en resserrant les exigences des règles d’origine, en normalisant la sécurité nationale comme justification des tarifs douaniers et en abaissant la protection des entreprises étrangères. Et, pour les autos moins chères assemblées au Mexique, ce ne serait peut-être pas pratique de changer la production. Cela signifie que les fabricants choisiront peut-être de refiler les tarifs douaniers de 2,5 % aux consommateurs américains, ce qui serait regrettable, d’autant plus que cela aurait probablement un impact sur beaucoup d’Américains à faible revenu qui n’ont pas les moyens de faire face à une hausse des prix.

L’adoption de cet accord suggère que la Banque du Canada peut procéder à des hausses de taux, compte tenu des perspectives accrues de croissance économique soutenue par suite de l’adoption de l’AEUMC. Pour ce qui est des États-Unis, je crois que la conclusion de cet accord signifie qu’ils peuvent désormais consacrer plus de temps et d’effort à leur différend commercial avec la Chine, ce qui n’est probablement pas positif, à mon avis.

Le ralentissement économique en Chine

En septembre, l’indice des gestionnaires en approvisionnement (PMI) de la Chine s’est fixé à 50,8 points, ce qui est nettement en-deçà des 51,3 points du mois d’août.3 C’est tout de même mieux que l’indice manufacturier Caixin de septembre, qui s’est établi à 50,0 points, sous les 50,6 points enregistrés en août.3 Je tiens à souligner que l’indice PMI chinois du secteur tertiaire a obtenu un résultat plus impressionnant de 54,9 points.3

L’économie chinoise a ralenti, mais très peu. À mon avis, ce serait une erreur de penser que cela signifie que la Chine va capituler devant les États-Unis dans cette guerre commerciale. La Chine est capable de faire augmenter les dépenses intérieures; d’ailleurs, c’est déjà commencé. De plus, la Banque populaire de Chine (BPC) vient tout juste de décider de réduire le coefficient de réserves-encaisse (CRE) pour une quatrième fois cette année, ce qui devrait contribuer à soutenir la croissance économique. Comme l’explique la BPC dans une courte déclaration sur son site Web, cette réduction vise à « apporter un soutien supplémentaire au développement économique réel, améliorer la structure de liquidité des banques commerciales et des marchés financiers et réduire les coûts de financement ».

Voici les événements à surveiller :

Le commerce entre les États-Unis et la Chine. Nous allons surveiller de près l’évolution de la situation entre les États-Unis et la Chine. Malheureusement, je m’attends à ce que la situation continue de se détériorer, parce que les États-Unis ne cessent de « titiller » la Chine avec, par exemple, la disposition de l’AEUMC qui porte sur les « pays qui n’ont pas une économie de marché », qui vise clairement la Chine. Évidemment, les enjeux commerciaux débordent dans la sphère de la politique étrangère et la tension monte de ce côté également.

L’Italie et l’UE. Comme prévu, les négociations budgétaires entre l’Italie et l’Union européenne (UE) sont houleuses. À la fin de la semaine dernière, le gouvernement de coalition italien tentait d’apaiser la colère de l’UE et des investisseurs, après s’être fait critiquer pour avoir annoncé une cible de dépenses publiques qui porterait le déficit à 2,4 % du produit intérieur brut (PIB), ce qui contrevient à son engagement envers l’UE. Bien qu’elle maintienne ce plan de dépenses pour l’an prochain, l’Italie s’engage maintenant à réduire ses cibles de déficit budgétaire en 2020 et 2021. Comme on s’y attendait, le taux des obligations italiennes à 10 ans a monté en flèche et s’élève à 3,593 %, un sommet en quatre ans et demi.4 La hausse des coûts d’emprunt exerce des pressions sur le service de la dette de l’Italie. Nous allons surveiller cela de près, car les taux risquent d’augmenter à un point tel que le pays pourrait avoir beaucoup de mal à rembourser sa dette et pourrait même ne plus être capable de la rembourser.

La Réserve fédérale américaine se dit prête à agir. Comme je l’ai déjà dit, tout ce qui surviendra d’ici la prochaine réunion de la Réserve fédérale américaine (Fed) va déterminer si la Fed va procéder à une quatrième hausse de taux cette année, alors, nous suivons ce dossier avec énormément d’intérêt. Jusqu’à présent, les statistiques économiques américaines sont encourageantes, l’indice ISM manufacturier est élevé à 59,8 points pour septembre et l’indice ISM du secteur tertiaire s’établit à 61,6 points, ce qui est exceptionnellement élevé.5 Comme prévu, l’indicateur GDPNow de la Banque de réserve fédérale d’Atlanta prévoit désormais que le PIB du troisième trimestre va atteindre 4,1 %.6 Cependant, cela ne suffira peut-être pas à inciter la Fed à relever les taux de nouveau, compte tenu de la faible croissance des salaires. Dans une allocution prononcée la semaine dernière, le président du conseil de la Fed, Jerome Powell, a louangé l’économie américaine, mais a ajouté que rien ne prouve que nous sommes en présence d’une surchauffe du marché du travail ni que celui-ci exerce de fortes pressions à la hausse sur les prix (c’est d’ailleurs ce qui est ressorti du rapport sur l’emploi de septembre, qui fait état d’un faible taux de croissance du salaire horaire moyen). M. Powell a ajouté que la Fed sera particulièrement attentive à tout changement des anticipations d’inflation et qu’elle est prête à « agir avec autorité si les anticipations déviaient de façon marquée, à la hausse ou à la baisse ».

Les négociations sur le Brexit. La date limite de mars 2019 fixée pour le Brexit arrive à grands pas et le très important sommet de l’UE, qui se tiendra les 17 et 18 octobre prochains, est imminent. D’après un rapport de Reuters du 5 octobre, les négociateurs de l’Union européenne sur le Brexit ont déclaré être « sur le point » de pouvoir conclure un accord avec la Grande-Bretagne. Cela laisse présager que le différend acrimonieux sur la question de la frontière irlandaise est peut-être sur le point d’être résolu. Comme nous avons déjà entendu cela, je suis plutôt sceptique, mais je vais suivre la situation de près et avec optimisme.

L’économie du Japon. Les statistiques économiques japonaises sont très bonnes, mais la confiance des entreprises dénote une certaine inquiétude à l’égard de la menace d’une guerre commerciale avec les États-Unis. À mon avis, les États-Unis vont exercer énormément de pressions sur le Japon en matière d’échanges commerciaux, mais je crois que le premier ministre japonais, Shinzo Abe, sera très ferme et va tenter de calmer les ardeurs des États-Unis en s’inspirant du livre de jeux du Canada. Je suis persuadée que le différend commercial finira par être résolu, mais cela ne se fera pas sans rhétorique et menaces, ce qui pourrait ébranler davantage la confiance des entreprises japonaises. Nous allons suivre de près l’évolution de la situation.

La volatilité des marchés boursiers. La semaine dernière, les marchés boursiers ont atteint un autre nouveau sommet avant de se replier fortement. Nous assistons de toute évidence à une réévaluation des cours boursiers américains, tandis que les taux obligataires augmentent. De plus, je crois que les marchés commencent à escompter les dégâts que les tarifs douaniers risquent de causer à l’économie. À mon avis, la volatilité va persister et nous pourrions assister à un repli bref, mais marqué, au quatrième trimestre.

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1 Source : Bureau of Labor Statistics, 5 octobre 2018.
2 Source : Reuters, « Trump administration says trade pact will bring auto jobs back to U.S. », 1er octobre 2018.
3 Source : Reuters, « China factory sector hurt in September as trade frictions bite », 30 septembre 2018.
4 Source : Bloomberg, L.P., 8 octobre 2018.
5 Source : Institute for Supply Management, 1er octobre 2018.
6 Source : Banque de réserve fédérale d’Atlanta, 5 octobre 2018.

Renseignements importants

Le produit intérieur brut est un indicateur généralisé de l’activité économique d’une région qui mesure la valeur monétaire de tous les produits finis et services produits dans cette région au cours d’une période donnée.

L’indice des gestionnaires en approvisionnement (PMI) de la Chine, indicateur souvent utilisé pour mesurer la santé économique des secteurs manufacturier et non manufacturier (tertiaire), est calculé officiellement par le Bureau national chinois de la statistique.

L’indice des gestionnaires en approvisionnement (PMI) Caixin/Markit de la Chine est un sondage privé qui cherche à évaluer la santé économique des secteurs manufacturier et non manufacturier en fonction des réponses des cadres supérieurs des achats.

L’indice ISM manufacturier mesure la santé économique du secteur manufacturier américain et est calculé par l’Institute of Supply Management à la lumière de sondages menés auprès d’entreprises manufacturières.
L’indicateur GDPNow cherche à prédire le taux de croissance du produit intérieur brut américain réel avant la publication des estimations officielles du gouvernement.

Un coefficient de réserves-encaisse est imposé par les banques centrales et fixe les réserves minimales que les banques commerciales doivent maintenir.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 8 octobre 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.

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