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Kristina Hooper | 20 juillet 2017

Examen du marché : Les forces perturbatrices dans le monde

L’un des principaux thèmes que j’ai cernés pour 2017 et par la suite est la perturbation mondiale. La perturbation peut prendre de nombreuses formes et elle peut être une force positive ou négative. L’économiste Joseph Schumpeter a soutenu que la perturbation peut être une force positive pour les économies – d’où l’expression « destruction créatrice ». La perturbation – aussi bien positive que négative, géopolitique ou monétaire – est actuellement manifeste dans le monde entier.

Changements en cours en France

Commençons par la France. La perturbation a un caractère politique en France, mais je la considère comme positive. Un nouveau leader d’un parti politique qu’il a créé il n’y a pas longtemps tente de rendre la France plus attrayante pour les entreprises. Le président Emmanuel Macron avait déjà surpris les sceptiques l’an dernier; le parti politique qu’il a créé peu auparavant a remporté une majorité décisive au parlement en juin et il va maintenant de l’avant avec un programme favorable à la croissance et orienté vers des réformes. Ses efforts portent avant tout sur la réforme du travail, ce qui est logique compte tenu du chômage relativement élevé en France.

À titre d’exemple, le taux de chômage dans la plus importante économie de la zone euro, l’Allemagne, est actuellement de 3,9 %; en France, la deuxième plus importante économie de la zone euro, il est en revanche nettement plus élevé à 10 %.1 Il est bien connu que les chefs d’entreprises expliquent ce phénomène en racontant des anecdotes sur les difficultés de recrutement en France que causent les rigoureux règlements imposés aux employeurs. Bon nombre d’entre eux préfèrent éviter de recruter des travailleurs supplémentaires plutôt que de prendre une décision qu’ils ne pourraient pas renverser plus tard. On pourrait faire valoir que de nombreux travailleurs valides sont au chômage en raison de cette philosophie.

Le président Macron compte changer tout cela en rendant la vie plus facile pour les employeurs en France – en décentralisant le processus de négociation collective au niveau de l’entreprise en vue d’une plus grande souplesse afin de rendre la France plus compétitive comme l’Allemagne ou les pays scandinaves. M. Macron voudrait aussi limiter le montant des indemnités de départ et réduire le taux d’imposition des sociétés, qui est de 34 % actuellement, à 25 % dans cinq ans – ici encore afin de rendre la France plus compétitive. En outre, M. Macron compte ramener le déficit public cette année à 3 % du produit intérieur brut (PIB), la cible fixée par l’Union européenne (UE). L’an prochain, il envisage de réduire certains impôts des particuliers, y compris l’impôt sur la fortune. Il est vrai que ces réductions d’impôt envisagées ne seront pas faciles vu que la dette de la France par rapport à son PIB est relativement élevée, de sorte qu’il est difficile de réduire les revenus au moment où le gouvernement a besoin de tous les euros sur lesquels il peut mettre la main. M. Macron semble néanmoins prêt à encaisser une diminution des revenus à court terme afin de pouvoir réaliser ses objectifs de croissance à long terme.

L’accent que met M. Macron sur la croissance a suscité l’enthousiasme d’une manière semblable à ce qui s’est produit à la suite de l’élection aux États-Unis et qui a renforcé la confiance des entreprises et des consommateurs. L’indice de la confiance des milieux d’affaires en France de l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE) et l’indice PMI manufacturier de France sont tous les deux en hausse. Le sentiment des consommateurs est encore plus positif, et l’indice de la confiance des consommateurs en France de l’INSEE est à son plus haut depuis dix ans. Cependant, comme nous l’avons constaté aux États-Unis, ce sentiment ne se transforme pas toujours en activité économique – du moins pas dans l’immédiat. Il ne faut pas oublier, cependant, que le parti fondé par M. Macron a remporté la majorité au parlement et que son cabinet a approuvé de nombreuses importantes modifications au code du travail, ce qui devrait aider M. Macron à atteindre ses objectifs. Étant donné ces catalyseurs, son programme pourrait porter fruit. En plus, M. Macron voudrait réformer l’UE. Si M. Macron arrive à faire adopter ses réformes en France, il se pourrait très bien qu’il arrive à faire de même pour l’UE, ce qui pourrait entraîner encore plus de croissance à moyen terme.

Le Brexit plane sur le Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, la perturbation politique va aussi bon train. Dans ce cas-ci, cependant, la perturbation prend selon moi une tournure un peu plus négative, car le pays tente de naviguer dans des eaux inconnues après le divorce envisagé avec l’UE. Le Brexit suscite une très grande incertitude et c’est ce qui représente le plus gros risque pour les perspectives économiques du Royaume-Uni. Les chefs d’entreprises ont fait part de la frustration que leur cause la démarche rigide de la première ministre Theresa May pour la séparation du Royaume-Uni de l’UE, et il semble que le cabinet de la première ministre n’arrive pas à décider si le Brexit doit être total ou non. Ce qui complique les choses, c’est que le mouvement en faveur d’un second référendum sur le retrait du Royaume-Uni de l’UE prend de l’ampleur quoiqu’un vote à ce sujet semble très peu probable.

Bien que plusieurs redoutent ce qu’un Brexit net et total peut infliger à l’économie britannique, les commentaires de l’ancien premier ministre Tony Blair, qui cherche désespérément à trouver un compromis qui permettrait à la Grande-Bretagne de rester dans le marché unique, font espérer une démarche plus souple. M. Blair propose un compromis qui tient compte des préoccupations des Britanniques au sujet de l’immigration, mais permettrait de préserver le libre-échange. Il reste à voir si M. Blair parviendra à changer le cours des négociations sur le Brexit, mais cela pourrait avoir de véritables effets positifs pour l’économie britannique s’il parvient à orchestrer ne serait-ce qu’une sortie moins brutale de l’UE. Seul un Brexit net et total semble probable pour le moment, mais il reste une mince possibilité que le Royaume-Uni puisse poursuivre un autre scénario.

Les perturbations politiques secouent l’Amérique du Sud

Il y a aussi en Amérique du Sud des perturbations qui sont tout à fait de nature politique. Au Brésil, la semaine dernière, l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva a été condamné à près de dix ans en prison, ce qui aggrave l’instabilité du pays. Son successeur, Dilma Rousseff, avait été elle aussi jugée coupable lorsqu’elle était présidente et le président en exercice, Michel Temer, fait aussi face à des accusations de corruption. La condamnation de M. Lula complique le panorama politique actuel, car il était en tête de file pour prendre la direction du pays lors des prochaines élections. La bonne nouvelle, c’est que le Brésil semble être à l’abri de ce genre d’instabilité politique. Même si le PIB du Brésil est en contraction, sa croissance durant le premier trimestre a été la plus forte des deux dernières années.

Ce qui se passe au Brésil n’est vraiment rien en comparaison des récents événements au Venezuela. L’assemblée législative du Venezuela a été la cible de violence au cours des dernières semaines. Triste à dire, un référendum informel, organisé par l’opposition pour démontrer son rejet des révisions constitutionnelles proposées par le président Nicolás Maduro, est devenu sanglant lorsque des tireurs ont fait feu sur la foule et tué une femme. Le Venezuela est en état de crise depuis des années, mais nous avons constaté une escalade de la violence au cours des derniers mois. Il semble que ce pays se dirigera vers moins de liberté et une plus grave pénurie de marchandises et de commerce – ce qui semble probable – ou qu’une révolution y aura lieu, ce qui pourrait se traduire ou non par un meilleur gouvernement.

Réformes financières en Chine

Il semble que des perturbations, quoique de nature financière, arriveront sous peu en Chine. La conférence nationale sur la finance, qui se réunit tous les cinq ans et qui a historiquement affecté le secteur financier, a eu lieu la semaine dernière. Le président Xi Jiping a exprimé son vœu de voir une réglementation plus rigoureuse et davantage de réformes dans le secteur financier. Nous constaterons sans doute, par conséquent, un désendettement appréciable, en particulier parmi les entreprises d’État dont l’endettement s’est alourdi au cours de la dernière décennie. La réforme financière devrait avoir à moyen et à long terme des effets positifs pour l’économie chinoise, mais elle pourrait se révéler un léger vent contraire à court terme. Quoi qu’il en soit, le gouvernement chinois adoptera probablement une approche graduelle, à pas mesurés, ce qui devrait atténuer les perturbations dans l’ensemble.

Potentiel de perturbation monétaire en Amérique du Nord

Nous commençons finalement à constater la possibilité de perturbation de la politique monétaire en Amérique du Nord. La Banque du Canada a pris la semaine dernière une décision historique dans sa politique monétaire en relevant ses taux d’intérêt pour la première fois en sept ans. On ne s’attendait pas à une hausse des taux plus d’un mois auparavant, mais elle a bien été télégraphiée le mois dernier et elle a été rapidement anticipée à l’avance de son annonce. Cette décision est une arme à double tranchant. Elle devrait être considérée comme un vote de confiance dans l’économie canadienne qui a affiché une forte croissance durant le premier semestre de l’année. Des taux plus élevés pourraient, cependant, brider l’économie canadienne durant le second semestre de l’année. Cela arrive à un moment où le Canada bute sur des problèmes qui sont à court terme dans le secteur du logement, mais pourraient avoir des répercussions négatives sur la croissance économique en exerçant des pressions à la baisse sur les investissements résidentiels et même sur les dépenses de consommation en général. (Une théorie économique connue sous le nom de « l’effet de richesse » laisse entendre que les consommateurs dépensent davantage lorsqu’ils ont l’impression que leur avoir net pourrait être plus élevé, et que cet avoir net dérive essentiellement de la valeur de leur portefeuille de placements et de leurs biens immobiliers.)

Même si la Banque du Canada ne semble pas prête à resserrer davantage sa politique monétaire, certains craignent qu’elle ne prenne les devants en relevant les taux d’intérêt juste au moment où le marché du logement a besoin de taux plus bas. Cela laisse entrevoir la possibilité de perturbations qui pourraient avoir des conséquences négatives – du moins à court terme.

Aux États-Unis, la présidente de la Réserve fédérale (la « Fed »), Janet Yellen, a témoigné devant le Congrès au sujet des plans de normalisation de la politique monétaire de la Fed. Mme Yellen a exprimé le désir de voir la normalisation du bilan de la Fed commencer « relativement tôt », mais elle a apaisé les craintes d’accélération du rythme du resserrement de la politique monétaire en admettant que les projections d’inflation de la Fed sous-entendent des risques de baisse. Elle a laissé entendre en plus que le taux actuel des fonds fédéraux n’est pas loin du taux neutre. Les actions américaines étaient en hausse à la suite de ses commentaires, réaction qui donne quelque peu à réfléchir. Après tout, Mme Yellen est une présidente de la Fed probablement en fin de mandat au vu des commentaires qui circulent sur la prochaine nomination de Gary Cohn, actuellement président du comité des conseillers économiques, comme prochain président de la Fed. Il y a, en outre, plusieurs sièges vacants à combler au comité de politique monétaire (une nomination a été approuvée la semaine dernière), ce qui veut dire que la composition de la Fed pourrait pencher pour plus de fermeté – ce qui rend le témoignage de la semaine dernière de Mme Yellen virtuellement discutable. De la délicatesse est requise pour dénouer la politique monétaire, mais il se pourrait que cette approche ne continue pas s’il y a un changement de régime à la Fed. Cela crée un potentiel de perturbation de la politique monétaire.

Perspectives d’avenir

Cette semaine sera relativement calme. Les plus importants événements seront les réunions de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Banque du Japon vers la fin de la semaine. Il n’y aura probablement pas de surprises, mais nous voulons accorder une attention particulière à tout acte de langage – en particulier de la BCE que l’on surveille de près pour des signes de resserrement monétaire éventuel.

Ces jours-ci, les perturbations semblent courantes dans les économies du monde entier et elles s’accompagnent d’un potentiel de plus grande volatilité dans les marchés financiers. Pendant que nous examinons les perturbations et leurs répercussions éventuelles, nous ne devons pas oublier que les perturbations peuvent certes créer des risques mais également présenter des occasions de placement aux investisseurs. Cela signifie que ces derniers doivent mettre l’accent sur la protection contre une baisse du marché et sur la sélectivité lors de la composition de leur portefeuille.

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1 Source : Organisation de coopération et de développement économiques.

L’indice de confiance des entreprises de France est calculé par l’INSEE et mesure le degré d’optimisme des cadres d’entreprises et des secteurs commerciaux et industriels dans les performances de l’économie française et leurs opinions à l’égard des perspectives de leurs organisations.

L’indice PMI manufacturier de France mesure le degré d’activité des directeurs d’achats dans le secteur de la fabrication.

L’indice de confiance des consommateurs de France mesure les tendances cycliques telles que les perçoivent les ménages et contribue à l’évaluation des perspectives économiques de la France.

Les opinions susmentionnées sont celles de Kristina Hooper en date du 17 juillet 2017. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration de plus grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas les résultats futurs. Ils comprennent des risques, des incertitudes et des hypothèses; il n’est pas garanti que les résultats réels ne soient pas considérablement différents des attentes.

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