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Kristina Hooper | 1 août 2018

Faut-il craindre une crise des liquidités?

L’un des principaux risques pour les marchés dont je vous parle depuis plus d’un an est la normalisation du bilan. Je l’ai dit, et je le répète, l’assouplissement quantitatif était une vaste expérience et il en va de même de l’allégement du bilan. La normalisation du bilan a débuté il y a plus de six mois et on commence à en ressentir les effets. L’effet le plus marqué touche les liquidités.

Les trois phases d’assouplissement quantitatif  de la Réserve fédérale américaine (la Fed) ont mis en circulation une énorme quantité de liquidités sur les marchés américains et mondiaux. Cela a été fait délibérément; c’était le traitement choc qu’il fallait pour « lubrifier » les marchés et l’économie et les aider à se remettre de la crise financière mondiale. Les achats d’actifs à grande échelle par les autres banques centrales, y compris la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon et la Banque centrale européenne (BCE) ont ajouté à l’abondance de liquidités sur les marchés pendant près d’une décennie. Aujourd’hui, la marée se retire. La normalisation du bilan de la Fed s’accélère à un rythme effarant. La Banque d’Angleterre a mis un terme à sa dernière série de mesures d’assouplissement quantitatif et a annoncé en juin qu’elle envisage de se départir des actifs qu’elle détient plus tôt que prévu. La BCE a réduit ses achats et prévoit y mettre fin d’ici décembre. Ainsi, la Banque du Japon est la dernière grande banque centrale à poursuivre ses achats d’actifs jusqu’en 2019 et, lors de son témoignage devant le parlement japonais il y a plusieurs mois, le gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, a déclaré qu’il y avait des discussions internes sur la façon d’amorcer le retrait du programme d’achat d’obligations.

Les problèmes de liquidités touchent les marchés émergents

Au début de juin, le gouverneur de la Banque de réserve de l’Inde, Urjit Patel, a rédigé un contre-éditorial dans le quotidien The Financial Times dans lequel il a sonné l’alarme sur le problème des liquidités mondiales, en expliquant que les effets combinés de la normalisation du bilan et de l’émission de toujours plus d’obligations d’État américaines (parce que les déficits des États-Unis augmentent sans cesse) ont créé un assèchement des liquidités : « Le financement en dollars s’est évaporé, notamment sur les marchés des obligations d’États souverains. Les marchés émergents ont été témoins d’une forte inversion des flux de capitaux étrangers au cours des six dernières semaines, dépassant souvent les 5 milliards $US par semaine. Résultat, les obligations et les devises des marchés émergents ont perdu de la valeur. » Autrement dit, les États-Unis ont sorti leur gros aspirateur et aspirent les dollars.

Il va sans dire que les marchés émergents ont des problèmes de liquidités, comme le faisait remarquer M. Patel. Cependant, les problèmes de liquidités ne se limitent pas aux marchés émergents.

Les effets de la diminution des liquidités se propagent

Investopedia définit la liquidité comme la mesure dans laquelle un actif ou un titre peut être rapidement acheté ou vendu sur le marché sans nuire à son prix. Et, la liquidité du marché est définie comme « la mesure dans laquelle un marché, tel que le marché boursier d’un pays ou le marché immobilier d’une ville, permet d’acheter et de vendre des actifs à des prix stables ».

Si l’on se fie à la simple définition ci-dessus, les signes d’une baisse de liquidité sont apparus dans d’autres catégories d’actifs, puisque nous avons assisté à une diminution de la stabilité des prix des actifs. Par exemple, le repli boursier éclair survenu en février indique que les marchés boursiers sont moins liquides.

La normalisation n’est pas la seule force qui agit sur la liquidité

Évidemment, d’autres forces contribuent à la diminution des liquidités. Par exemple, ironie du sort, la situation est exacerbée par la Dodd-Frank Act (loi qui vise à encadrer les secteurs bancaire et financier), qui a été promulguée en 2010 aux États-Unis. Je m’explique : comme cette loi exige que les banques détiennent une plus forte proportion de leurs actifs sous forme de liquidités, elles ne peuvent pas détenir autant de titres négociables. Comme les banques détiennent moins de titres négociables, elles sont beaucoup moins aptes à jouer leur rôle de teneurs de marché. De plus, d’autres forces, comme les transactions à haute fréquence, peuvent exacerber les problèmes de liquidités.

Éléments à retenir

Je tiens à insister sur le fait qu’à ce stade-ci, nous en sommes seulement à l’étape des signaux d’alerte qui laissent présager des problèmes de liquidités, à mon avis, nous sommes encore loin de la zone de danger. De plus, les marchés bénéficient de plusieurs sources de soutien pour le moment, y compris une bonne période de déclaration des bénéfices, la forte croissance économique mondiale (le taux de croissance du produit intérieur brut des États-Unis pour le deuxième trimestre est particulièrement impressionnant) et ce qui semble être une diminution des tensions entre les États-Unis et l’Union européenne en matière de tarifs douaniers. Cependant, je ne peux pas passer sous silence le fait que, selon moi, l’accélération de la normalisation du bilan risque de provoquer une accélération des problèmes de liquidités.

Cela ne signifie pas que les épargnants devraient abandonner les marchés financiers; je crois plutôt qu’ils devraient se préparer à la possibilité d’une volatilité accrue des actions et des titres à revenu fixe. Ceux qui ont une moins bonne tolérance à la volatilité auraient peut-être intérêt à opter pour des catégories d’actif reconnues comme étant moins volatiles, comme les actions productives de dividendes, et miser sur des placements ayant un faible facteur de volatilité. Et, évidemment, une bonne diversification qui inclut une exposition adéquate aux catégories d’actif alternatives peut contribuer à réduire la volatilité de l’ensemble du portefeuille.

À surveiller

La semaine prochaine sera également importante au chapitre des bénéfices des sociétés et des statistiques économiques, notamment en raison de la publication du rapport sur l’emploi aux États-Unis, le vendredi 3 août. Je m’attends à de très bons résultats, de l’ordre de 200 000 dans le segment des emplois non agricoles.

Peut-être plus important encore, nous aurons des déclarations de quelques grandes banques centrales cette semaine.

  • Le conseil de la Banque du Japon va se réunir et sa réunion sera suivie d’une conférence de presse, tout comme la Banque d’Angleterre.
  • La Banque d’Angleterre se trouve dans une position délicate, compte tenu de l’incertitude qui plane sur sa politique économique en raison du Brexit. On s’attend à ce qu’elle procède à une hausse de taux, mais je suis de celles qui pensent que ce serait une erreur, alors j’espère que la Banque d’Angleterre va opter pour le statu quo à l’issue de cette réunion.
  • Les conseils des banques centrales du Brésil et de l’Inde vont également se réunir et je suis persuadée que l’un des sujets à l’ordre du jour sera la situation actuelle en matière de liquidités.
  • Enfin, le conseil de la Fed va lui aussi se réunir. On s’attend à ce qu’il envoie un message clair disant que d’autres hausses de taux sont à prévoir (malgré les doutes des marchés). Bien que la Fed envoie ce message, je persiste à croire qu’une quatrième hausse de taux cette année va dépendre grandement des statistiques économiques des prochains mois, elle est loin d’être coulée dans le béton. J’espère aussi qu’il abordera plus en détail la normalisation du bilan, ses retombées sur les liquidités et, bien que j’en doute fort, la possibilité de rajuster le tir, à la lumière des problèmes de liquidités.

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Renseignements importants

Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.

La diversification ne garantit pas un profit et n’élimine pas le risque de perte.

L’assouplissement quantitatif (AQ) est une politique monétaire utilisée par les banques centrales pour relancer l’économie lorsque la politique monétaire normale s’avère inefficace.

Le produit intérieur brut est un indicateur généralisé de l’activité économique d’une région qui mesure la valeur monétaire de tous les produits finis et services produits dans cette région au cours d’une période donnée.

Habituellement, les placements alternatifs comprennent plus de placements non traditionnels et emploient des stratégies de négociation plus complexes, y compris les opérations de couverture et l’effet de levier au moyen de produits dérivés, les ventes à découvert et des stratégies opportunistes qui évoluent au gré des conditions du marché. Les épargnants qui envisagent les produits alternatifs doivent se renseigner sur leurs caractéristiques uniques et sur les risques additionnels auxquels les stratégies utilisées les exposent. À l’instar de tous les placements, leur rendement va fluctuer. Vous pouvez perdre de l’argent.

Les actions ordinaires ne garantissent pas le versement de dividendes. Les dividendes ne sont versés que lorsqu’ils sont déclarés par le conseil d’administration d’un émetteur et le montant de tout dividende peut varier au fil du temps.

Le placement factoriel est une stratégie de placement qui consiste à choisir les titres dans lesquels on investit en fonction de certaines caractéristiques et attributs. Le facteur de faible volatilité utilise les classements de volatilité et cherche à réduire autant que possible les effets des fluctuations du marché. Évidemment, une faible volatilité ne peut pas être garantie.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 30 juillet 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de ces estimations.

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