Blogue Invesco Canada

Perspectives, commentaire et expertise de placement

Kristina Hooper | 14 janvier 2019

La confiance des investisseurs est toujours au rendez-vous malgré les nombreuses sagas géopolitiques

Depuis le début de 2019, les sagas macroéconomiques et géopolitiques se multiplient. Or, les investisseurs semblent faire fi des joutes politiques qui se déroulent aux quatre coins du globe. Quels sont les enjeux qui influencent les marchés aujourd’hui et quels seront ceux qui prendront le relais au cours des prochaines semaines?

Le Royaume-Uni va procéder à un scrutin déterminant sur le Brexit

Le 15 janvier, le parlement britannique va se prononcer « pour » ou « contre » le projet de loi sur le Brexit de la première ministre Theresa May. Vous vous souvenez peut-être que ce scrutin devait avoir lieu en décembre, mais a été reporté car il était fort probable que ce projet de loi ne réussisse pas à recueillir suffisamment de voix pour être adopté. Les perspectives ne semblent guère plus reluisantes pour Mme May et certains pensent que le scrutin sera de nouveau reporté pour les mêmes raisons. La bonne nouvelle est qu’il est moins probable qu’on assiste au pire des scénarios, le « Brexident » (c’est-à-dire un Brexit « sans accord »), puisque le parlement vient d’adopter deux projets de loi qui puniraient en quelque sorte le gouvernement du Royaume-Uni en cas de Brexit « sans accord ». En outre, il est de plus en plus probable que la date du Brexit (fixée à l’heure actuelle au 29 mars) soit reportée, ce qui devrait aider à éviter le scénario d’un Brexit « sans accord ».

Que se passera-t-il au Royaume-Uni si la date du Brexit est reportée? Cela pourrait mener à une option « clés en main », inspirée de la relation entre la Norvège et le Royaume-Uni. Cependant, je persiste à croire qu’on se dirige vers un deuxième référendum sur le Brexit. Pendant la fin de semaine, Mme May a dit que si le parlement rejette sa proposition, le Brexit n’aura probablement pas lieu. Cette déclaration se voulait un avertissement aux citoyens britanniques, mais elle risque plutôt d’inciter certains députés à rejeter sa proposition et à se prononcer en faveur d’un deuxième référendum sur le Brexit.

La paralysie des services publics américains s’inscrit dans l’histoire

Aux États-Unis, la paralysie partielle des services publics dure depuis plus de trois semaines; c’est désormais la plus longue paralysie des services publics aux États-Unis et elle semble vouloir s’éterniser. Même si elle touche seulement environ 25 % des services de l’État, plus elle se prolonge, plus elle nuit à l’économie américaine. Jusqu’ici, les marchés boursiers semblent indifférents à la paralysie des services publics, mais cela risque de changer si la dette américaine subit une décote de l’une ou l’autre des agences d’évaluation du crédit.

Un débat national s’amorce en France

En France, le président Emmanuel Macron ne parvient pas à calmer la colère des citoyens à son égard, qui se traduit par neuf semaines de manifestations des gilets jaunes dans les rues de Paris. Je savais que ses réformes seraient difficiles à avaler (mais je croyais qu’elles favoriseraient la croissance économique), mais j’ai été surprise de voir une telle résistance.

Lorsque j’étais en France en novembre dernier, je demandais sans cesse aux gens pourquoi M. Macron faisait face à autant d’opposition. J’ai été surprise d’apprendre que cela n’avait rien à voir avec ses politiques, mais plutôt avec sa façon de les communiquer; beaucoup de gens trouvent qu’il manque d’empathie. (Je me souviens de la colère des citoyens français lorsqu’un ancien président qui semblait manquer d’empathie a déclaré que les paysans mangent du gâteau quand ils n’ont pas de pain.)

La nouvelle tentative de M. Macron pour dissiper la colère des citoyens est un débat national d’une durée de trois mois (appelé le grand débat) qui commence cette semaine. Cette série d’assemblées publiques se veut un forum de discussion ouverte et honnête pour connaître l’opinion des citoyens. M. Macron a promis qu’aucun sujet ne serait interdit, mais a aussi déclaré que cela n’aurait pas d’incidence sur sa réforme économique. Comme on pouvait s’y attendre, dans un récent sondage publié dans le quotidien Le Figaro, 70 % des répondants disent que le grand débat « ne servira à rien ». Je crains que cette initiative ne fasse qu’attiser la colère des citoyens français et précipite la chute de M. Macron. À mon avis, si cela se produisait, ce serait dommage car ses réformes sont prometteuses. De plus, il était sur le point de devenir l’héritier de la chancelière allemande Angela Merkel en tant que leader de facto de l’Union européenne.

Les bénéfices pourraient être décevants, mais les investisseurs demeurent confiants

Les investisseurs qui misent sur les bénéfices en guise de bonnes nouvelles risquent d’être déçus. La semaine dernière, plusieurs entreprises de prestige, dont Macy’s, Kohl’s, Delta, Jaguar Land Rover, Constellation Brands et American Airlines, ont révisé à la baisse leurs bénéfices. Ces révisions s’ajoutent aux avertissements d’Apple et de FedEx la semaine dernière. Je soupçonne que, parce que les «P» (cours des actions) ont beaucoup baissé, les «E» (bénéfices) n’ont pas fait l’objet d’un examen aussi minutieux. Mais cela pourrait facilement changer. La saison des résultats est potentiellement décevante, nous voudrons donc la suivre de près. Je soupçonne que, parce que les « C » (cours boursiers) ont beaucoup baissé, les « B » (bénéfices) n’ont pas fait l’objet d’un examen aussi minutieux. Mais cela pourrait facilement changer. La période de déclaration des bénéfices risque de décevoir et nous allons suivre la situation de près.

En dépit de tout ce qui précède, la confiance des investisseurs était décidément au rendez-vous la semaine dernière. À mon avis, les investisseurs se concentrent exclusivement sur les deux grands risques qui ont plané sur les marchés boursiers au cours de la dernière année : la guerre commerciale et le resserrement de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed). Comme ces risques semblent écartés, du moins pour le moment, les investisseurs ont poussé un soupir de soulagement.

  • Les investisseurs ont de toute évidence été encouragés par les récentes négociations sur les échanges commerciaux entre les États-Unis et la Chine. Bien qu’il n’y ait pas eu de percée majeure la semaine dernière, on a appris que le président américain, Donald Trump, était impatient de parvenir à un accord et que le vice-premier ministre chinois, Liu He, s’était contre toute attente joint aux pourparlers, ce qui démontre leur importance. Les négociations sur les échanges commerciaux devraient reprendre sous peu et on s’attend à ce que Liu He continue d’y participer, ce qui est un autre bon signe, selon moi. Je suis de plus en plus optimiste quant à la résolution prochaine de ce différend commercial, mais les États-Unis vont probablement devoir faire quelques concessions mineures, car je persiste à croire qu’il n’y a aucune raison que la Chine fasse des concessions majeures. L’économie chinoise a subi des effets de ce différend commercial, mais la Chine préférerait adopter des mesures de relance plus musclées, plutôt que de capituler devant les États-Unis. C’est ce qui est ressorti la semaine dernière dans un éditorial du quotidien The China Daily, journal d’État chinois, dans lequel on pouvait lire que la Chine « ne cherche pas à résoudre les frictions commerciales en faisant des concessions déraisonnables et qu’elle entend conclure un accord en vertu duquel les deux parties vont mettre de l’eau dans leur vin ».

 

  • La Fed semble avoir mis la pédale douce sur le resserrement. Le président du conseil de la Fed, Jay Powell, a laissé entendre que la Fed allait peut-être réviser à la baisse la politique monétaire préconisée (les « dot plots ») pour 2019. Il s’est dit inquiet des perspectives des marchés financiers et du ralentissement économique mondial et américain; il a tenu à préciser que la politique monétaire de la Fed n’est pas établie à l’avance et qu’il est disposé à faire preuve de flexibilité. Le vice-président du conseil, Richard Clarida, a également pris la parole la semaine dernière et a rassuré les marchés; il a dit que le taux d’inflation est bas, ce qui permet à la Fed d’être patiente. Cependant, je tiens à souligner que bien que l’indice américain des prix à la consommation signalait une baisse du taux d’inflation sommaire la semaine dernière, le taux d’inflation de base (qui exclut les prix des aliments et de l’énergie) a augmenté. Qui plus est, cette hausse était généralisée. Bien que je me réjouisse de voir que la Fed insiste sur sa volonté d’être flexible, je crains que la hausse du taux d’inflation vienne réduire sa marge de manœuvre au cours de la prochaine année. Même si mon scénario de référence n’inclut pas un taux d’inflation beaucoup plus élevé, c’est une possibilité et nous allons surveiller cela de très près. Enfin, je crains que la Fed n’ait pas la même souplesse à l’égard de la réduction du bilan. D’ailleurs, M. Powell a répété la semaine dernière que la Fed allait continuer de réduire son bilan parce qu’elle doit le ramener à un « seuil plus normal ».

 

Voici ce que nous allons surveiller :

Je m’attends à ce que les investisseurs continuent de faire fi des nombreuses sagas géopolitiques et de se concentrer sur la guerre commerciale et la Fed. Les nouvelles concernant ces deux sujets fusent de toutes parts et, selon moi, cela risque d’influencer grandement les rendements boursiers cette semaine. Quoi qu’il en soit, nous allons suivre avec beaucoup d’intérêt la période de déclaration des bénéfices; cette semaine, de nombreuses grandes banques mondiales vont dévoiler leurs bénéfices et les actions vont peut-être commencer à réagir.

 

En terminant, nous allons surveiller le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) de la Chine, qui sera rendu public à la fin de cette semaine. Aujourd’hui (le 14 janvier), le gouvernement chinois a annoncé que les exportations chinoises ont diminué de 4,4 % sur douze mois en décembre et que les importations ont chuté de 7,6 % comparativement à un an plus tôt.1 Les investisseurs ont immédiatement puni les titres des sociétés américaines fortement exposées à la Chine, ce qui laisse présumer que les marchés seront effrayés si le taux de croissance du PIB de la Chine est décevant. Je ne m’attends pas à une grande déception quant à la croissance du PIB chinois, compte tenu de l’augmentation des dépenses intérieures, mais nous allons attendre de voir les données.

Autres blogues de Kristina Hooper

Trois éléments à retenir de mes quatre jours en Europe
11 avril 2019

Six enjeux à surveiller en avril
3 avril 2019

Une Fed accommodante et une courbe de taux inversée suscitent des craintes sur les marchés
27 mars 2019

La politisation : une menace grandissante pour les banques centrales
20 mars 2019

Il y a du changement dans l’air alors que la Fed, la Banque du Canada et la BCE font volte-face
14 mars 2019

Quels compromis les États-Unis accepteront-ils pour conclure un accord commercial avec la Chine?
7 mars 2019

Que cache la volte-face de la Fed en matière de normalisation?
28 février 2019

Cinq épées de Damoclès suspendues au-dessus des marchés
13 février 2019

La Fed change son plan de match
4 février 2019

Marchés mondiaux : Huit enjeux à surveiller cette semaine
28 janvier 2019

Les marchés sont aux prises avec le dysfonctionnement du gouvernement
22 janvier 2019

La confiance des investisseurs est toujours au rendez-vous malgré les nombreuses sagas géopolitiques
14 janvier 2019

Est-ce possible qu’il y ait un vrai gagnant dans la guerre commerciale opposant les États-Unis et la Chine?
7 janvier 2019

Pas de congé en vue pour les perturbations mondiales
24 décembre 2018

Mettre le repli en perspective
12 décembre 2018

Les banques centrales à la rescousse? N’y comptez pas trop.
30 novembre 2018

À la lumière des craintes d’un ralentissement économique mondial, la Fed va probablement passer à l’action
26 novembre 2018

Nous connaissons les résultats des élections de mi-mandat, mais que signifient-ils pour les marchés?
13 novembre 2018

Anticiper l’issue des élections de mi-mandat aux États-Unis
8 novembre 2018

Cinq enjeux qui secouent les marchés mondiaux
26 octobre 2018

S'abonner au blogue

Abonnez-vous pour être informé sur la publication de : *


Voulez-vous vous abonner an anglais?

Abonnez-vous pour recevoir des courriels d’Invesco Canada Ltée au sujet de ce blogue. Pour vous désabonner, veuillez nous envoyer un courriel à blog@invesco.ca ou communiquez avec nous.

1 Source : The Wall Street Journal, « China’s exports take a surprising fall in December », 14 janvier 2019
Renseignements importants
Dans un Brexit « sans accord », le Royaume-Uni quitterait l’UE en mars 2019 sans accord officiel établissant les dispositions de leur relation.
Les « dot plots » de la Réserve fédérale désignent un graphique que la banque centrale utilise pour illustrer ses perspectives de la trajectoire des taux d’intérêt.
L'indice des prix à la consommation (IPC) mesure la variation des prix à la consommation et est compilé par le U.S. Bureau of Labor Statistics.
Le produit intérieur brut (PIB) est un indicateur généralisé de l’activité économique d’une région qui mesure la valeur monétaire de tous les produits finis et services produits dans cette région au cours d’une période donnée.
Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 14 janvier 2019. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.