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Kristina Hooper | 11 mai 2018

La croissance mondiale est-elle réellement « synchronisée »?

On peut dire sans crainte de se tromper que la phase de croissance économique commence à dater. Ce n’est pas la première fois que je mentionne qu’elle dure déjà depuis un bon moment; d’ailleurs, les États-Unis traversent la deuxième plus longue phase de croissance économique des cent dernières années. Or, les investisseurs doivent garder à l’esprit que, même si les observateurs parlent de « croissance mondiale synchronisée », d’autres économies amorcent à peine leur phase de croissance.

La croissance économique varie d’un pays à l’autre

La phase de croissance des États-Unis vient de franchir le cap des 106 mois, ce qui en fait la deuxième plus longue des cent dernières années.1 La plus longue phase de croissance a duré 120 mois (de 1991 à 2001), alors que la durée moyenne est de 58 mois.1 Pareil exploit nous incite à nous demander : « Combien de temps est-ce que cela va durer? »

À mon avis, cette phase de croissance a de nombreuses ramifications et pourrait facilement se poursuivre pendant un an encore pour diverses raisons. Premièrement, il faut prendre en considération la nature de la phase de croissance; pendant la majeure partie de ces 106 mois, la croissance a été plutôt faible. En particulier, la reprise de l’emploi a été anémique jusqu’à il y a quelques années à peine, ce qui me porte à croire qu’elle pourrait durer encore un certain temps. De plus, l’économie a reçu un coup de pouce récemment grâce à l’adoption de mesures de relance budgétaire de fin de cycle, dans le cadre de la réforme fiscale américaine. Jusqu’ici, la Réserve fédérale américaine (la Fed) a été très accommodante. D’ailleurs, les investisseurs ont semblé soulagés par le rapport sur l’emploi d’avril aux États-Unis, qui dépeint un scénario à la Boucle d’or et montre que l’économie va bon train, puisque la création d’emplois se maintient sans trop exercer de pressions sur les salaires.

Cependant, il importe de noter que, même si la croissance des salaires aux États-Unis n’était pas très forte le mois dernier, nous avons observé d’autres signes avant-coureurs d’une hausse du taux d’inflation (comme l’indice des dépenses de consommation personnelle de base), qui ont incité la Fed à modifier son discours sur l’inflation dans son annonce du 2 mai. Tout cela augmente les probabilités que la Fed relève ses taux quatre fois plutôt que trois cette année. Or, il ne suffit pas de surveiller l’augmentation du nombre de hausses de taux; la Fed pourrait aussi revoir son plan de normalisation du bilan et décider d’accélérer la cadence, ce qui pourrait être encore plus percutant. Il semble que la phase de politique monétaire très accommodante date encore plus que la phase de croissance économique aux États-Unis, quoique les destins de ces deux phases soient étroitement liés.

Toutes les phases de croissance économique ne datent pas autant.

  • La reprise économique du Japon a débuté quelques années après celle des États-Unis; selon les estimations du gouvernement japonais, la phase de croissance a débuté en décembre 2012. Elle dure depuis 65 mois, ce qui n’est pas tellement long par rapport aux États-Unis, mais il s’agit de l’une des phases de reprise les plus longues que le Japon ait connue depuis la Seconde Guerre mondiale.2
  • La phase de croissance économique de la zone euro en est encore à ses premiers balbutiements comparativement à celle des États-Unis. D’après le Centre for Economic Policy Research, la présente phase de croissance de la zone euro a débuté en avril 2013, ce qui correspond à seulement 60 mois.

Ces deux économies bénéficient d’une politique monétaire plus accommodante et la Banque du Japon ne resserrera probablement pas sa politique monétaire avant plusieurs années et la Banque centrale européenne va prolonger son programme de retrait graduel au moins jusqu’en septembre. Ces deux régions bénéficient d’un taux d’inflation relativement bas, ce qui donne à leurs banques centrales une certaine marge de manœuvre pour maintenir des politiques monétaires très accommodantes.

Dans les marchés émergents, certains pays, comme la Russie et le Brésil, viennent tout juste d’amorcer la phase de croissance économique, alors qu’en Chine, elle dure déjà depuis plusieurs années et, pendant la majeure partie de ce temps, le pays a enregistré un fort taux de croissance. En fait, la Chine est le pays qui a enregistré la plus forte croissance des grands marchés mondiaux pendant plusieurs années, mais elle a cédé sa place à l’Inde. (En passant, je crois que l’Inde pourrait enregistrer un taux de croissance du produit intérieur brut encore plus élevé au cours des années à venir en raison des réformes qu’elle a entrepris.)

Parler de croissance « synchronisée » est un peu réducteur

J’aborde la question parce qu’on entend constamment les experts dire que l’économie mondiale se trouve dans une conjoncture de « croissance mondiale synchronisée ». Pour la première fois en plusieurs années, la plupart des économies sont en phase de croissance mais, en réalité, c’est une vision un peu réductrice de la situation, qui fait abstraction des nuances entre les différents taux de croissance et les différentes durées de croissance économique. Je crains que l’emploi de ce terme donne aux investisseurs l’impression que la croissance économique tire à sa fin partout dans le monde, ce qui n’est pas le cas selon moi. Qui plus est, comme la croissance économique de chaque pays est unique, il faut comprendre les caractéristiques propres à chaque pays (y compris les mesures d’assouplissement monétaire de la banque centrale) pour bien déterminer si la phase de croissance tire à sa fin ou non; autrement dit, ce n’est pas parce que la phase de croissance dure depuis longtemps qu’elle tire nécessairement à sa fin.

Je crois que les divers stades de croissance économique mondiale illustrent bien l’importance pour les épargnants de diversifier leurs placements à l’échelle mondiale. En répartissant l’actif de leur portefeuille dans différentes économies dont le taux de croissance varie et qui en sont à divers stades du cycle économique, les épargnants se protègent contre le risque de perte.

D’autres enjeux commencent également à dater

Je pense qu’il vaut la peine de porter attention à d’autres enjeux qui commencent à dater. Par exemple, les préparatifs du Brexit. La première ministre britannique, Theresa May, a subi un revers la semaine dernière, lorsqu’elle a tenté de rallier son cabinet et le parlement afin de parvenir à un consensus sur le Brexit. Mme May a proposé la formation d’un « partenariat douanier » avec l’Union européenne (UE) une fois que le Royaume-Uni aura quitté l’UE, ce qui permettrait de maintenir une relation commerciale sans friction avec l’UE et de gérer en toute indépendance ses échanges commerciaux avec les pays extérieurs à l’UE. Malheureusement, elle n’est pas parvenue à obtenir suffisamment d’appui de son propre cabinet la semaine dernière, ce qui illustre bien l’opposition à laquelle elle fait face au sein de son propre parti, le Parti conservateur. Elle doit absolument obtenir suffisamment d’appuis pour que le Royaume-Uni puisse retourner à la table de négociation avec l’UE. Tout cela survient alors qu’il ne reste plus que dix mois avant que le Royaume-Uni ne quitte officiellement l’UE, en mars 2019. Comme les risques de perturbation vont en augmentant, nous allons suivre de près l’évolution de la situation.

Comme on le sait, les craintes soulevées par le protectionnisme commencent à s’éterniser et rien n’indique qu’elles vont s’estomper de sitôt. Les délégations commerciales des États-Unis et de la Chine se sont réunies la semaine dernière pour négocier, dans la foulée de la rhétorique commerciale enflammée entre le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping. À l’issue de ces réunions, la Chine a dit clairement que les deux pays sont encore loin d’en arriver à une entente. Comme je le soupçonnais, la Chine n’a fait aucune concession majeure. Espérons que, dorénavant, le ton sera plus cordial et permettra d’éviter les discours incendiaires ou, pire encore, l’adoption d’autres mesures protectionnistes qui pourraient perturber les marchés. Par ailleurs, les États-Unis tardent à décider si l’exemption des tarifs douaniers sur l’aluminium et l’acier sera maintenue pour le Canada, le Mexique et l’UE. Cette décision, qui devait être prise hier, a été reportée d’un mois.

Je réitère depuis un certain temps que l’instinct animal du marché n’est plus représenté par le taureau, mais plutôt par le chihuahua, créature beaucoup plus frêle, mais qui fait pas mal de bruit, bondit, retombe et tourne en rond. Il y a tellement de turbulence en ce moment que le marché de chihuahuas continue de japper et, parfois même de mordiller les chevilles des investisseurs.

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