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Kristina Hooper | 21 septembre 2017

La Fed va-t-elle amorcer la normalisation cette semaine?

Les indicateurs de risques géopolitiques et monétaires pointent dans différentes directions aux quatre coins du monde. Fait à noter aux États-Unis, les marchés se demandent si les lueurs de bipartisanisme sont de bon augure pour l’adoption de la loi sur la réforme fiscale et la Réserve fédérale américaine (Fed) se prépare à ce qui pourrait être l’une des réunions les plus importantes de son histoire.

La semaine dernière : Bipartisanisme, la Banque d’Angleterre et le Brexit

La semaine dernière, nous avons assisté à une diminution des risques géopolitiques dans une grande région du monde : les États-Unis. Rappelez-vous que la semaine précédente, on nous a annoncé, à la surprise générale, que le président Donald Trump avait conclu une entente avec les démocrates pour relever le plafond de la dette publique et financer temporairement le gouvernement et débloquer des fonds d’urgence pour venir en aide aux sinistrés de l’ouragan Harvey. Dans un premier temps, l’entente n’a pas été très bien accueillie. Cependant, les investisseurs semblent avoir reconsidéré la décision du président de tendre la main au parti d’opposition. C’est sans doute parce que l’entente conclue par le président avec les démocrates augmente les probabilités que la loi sur la réforme fiscale soit adoptée cette année, de même que la possibilité que d’autres grands dossiers bipartisans et pro-croissance, comme les projets d’infrastructures, voient le jour. À mon avis, cela explique en partie pourquoi le cours des actions américaines a continué de grimper et l’indice S&P 500 a franchi la barre des 2 500 points vendredi, et ce, pour la première fois de son histoire.

La semaine dernière, nous avons également assisté à une recrudescence du risque de politique monétaire au Royaume-Uni. La Banque d’Angleterre se trouve dans une situation peu enviable, car le taux de chômage est extrêmement bas et l’inflation atteint des seuils problématiques, mais l’économie du Royaume-Uni va vers l’inconnu tandis que le pays se prépare à négocier le Brexit. On ignore encore comme l’économie va tirer son épingle du jeu et cette incertitude accroît les risques liés à la normalisation de la politique monétaire à ce stade‑ci. La Banque d’Angleterre a décidé de laisser son taux directeur inchangé, mais le procès-verbal de sa réunion indique qu’elle a l’intention de commencer à relever son taux directeur sous peu, après presque une décennie au taux actuel. Une hausse des taux d’intérêt pourrait s’avérer très risquée alors que le pays s’efforce de négocier le Brexit, d’autant plus que l’échéancier est très serré.

Cette semaine : La Fed va-t-elle amorcer la normalisation de son bilan?

Les grands enjeux de la semaine prochaine demeurent les risques géopolitiques et de politique monétaire :

  • Les Nations Unies se réuniront cette semaine et on s’attend à de nouveaux développements dans le dossier de la Corée du Nord, qui doit composer avec des sanctions plus sévères. Tandis que nous attendons et espérons une sorte de détente, nous allons accorder une attention particulière à la confiance des entreprises dans des pays comme le Japon et la Corée du Sud. Par exemple, la confiance des entreprises japonaises a diminué pour la première fois en environ quatre mois, probablement en raison des tensions avec la Corée du Nord. Nous voulons nous assurer que cela ne dissuadera par les sociétés de dépenser et ne fera pas dérailler la croissance économique.
  • Cette semaine, nous allons également assister à l’allocution cruciale de la première ministre du Royaume-Uni Theresa May sur le Brexit. Ce sera l’occasion de fournir des détails, du moins c’est ce que beaucoup espèrent, et de donner le ton aux négociations en cours. Suivront peu de temps après les élections nationales en Allemagne.

Cependant, la plus grande nouvelle de la semaine viendra probablement de la réunion du Federal Open Market Committee (FOMC), qui se tiendra ce mercredi.

Le conseil de la Fed va se réunir pour ce qui pourrait être l’une des plus importantes réunions de son histoire. La Fed ne devrait pas annoncer de hausse des taux d’intérêt, mais il se peut qu’elle dévoile le début de la normalisation de son bilan. Ce serait un événement historique : au cours de la dernière décennie, la Fed a porté la taille de son bilan d’environ 800 milliards $ à plus de 4 mille milliards $ au terme de trois rondes d’achats d’actifs à grande échelle. Aujourd’hui, la Fed semble disposée à défaire ce qu’elle a fait, quoique très lentement et très soigneusement.

Comme je l’ai déjà dit, quand on évalue les retombées possibles des outils de politique monétaire, on constate que la normalisation du bilan risque beaucoup plus d’avoir une incidence sur les marchés que les hausses de taux d’intérêt. Après tout, la Fed n’en est pas à ses premières armes en matière de gestion des cycles de hausses de taux d’intérêt, mais on ne peut pas en dire autant de la normalisation du bilan à grande échelle. N’oublions pas que la Fed n’a jamais eu à réduire un énorme bilan. Ainsi, à l’instar du Royaume-Uni, qui est aux prises avec les négociations sur le Brexit, le Fed se trouve en terrain inconnu.

En juin, la Fed a dévoilé son plan de normalisation du bilan. Et, évidemment, le plan élaboré sous l’égide de la présidente du conseil, Janet Yellen, est aussi soigné et prudent que possible. La Fed prévoit commencer à réduire les réinvestissements de façon très graduelle :

  • Au départ, les réinvestissements dans les bons du Trésor, qui représentent environ 55 % du bilan de la Fed, vont diminuer de 6 milliards $ par mois. Le seuil va augmenter de 6 milliards $ tous les trois mois jusqu’à ce que la réduction des réinvestissements ait atteint le maximum de 30 milliards $ par mois.
  • La réduction graduelle des réinvestissements sera encore plus modeste du côté des titres adossés à des créances immobilières, qui représentent environ 40 % du bilan actuel de la Fed. Au départ, les réinvestissements seront réduits de 4 milliards $ par mois. Le seuil va augmenter de 4 milliards $ tous les trois mois jusqu’à ce que la réduction des réinvestissements ait atteint le maximum de 20 milliards $ par mois.

N’oubliez pas que la Fed a songé à inclure une « échappatoire » dans le cadre de ce plan de normalisation. Dans l’addenda au Policy Normalization Principles and Plans publié par le FOMC la semaine dernière, la Fed notait « … que le comité est prêt à reprendre le réinvestissement des paiements de principal reçus sur les titres détenus par la Réserve fédérale si les perspectives économiques venaient à subir une détérioration importante qui nécessiterait une réduction considérable des taux cibles du Comité à l’égard des fonds fédéraux ». En d’autres mots, la Fed veut conserver autant de flexibilité que possible et se réserver le droit d’arrêter temporairement la normalisation du bilan si nécessaire. Une détérioration importante de l’environnement économique serait nécessaire pour que la Fed décide de recommencer le réinvestissement. Par contre, cela signifie que la Fed ne se trouve pas entièrement sur une route déjà tracée et qu’elle est dans une certaine mesure « dépendante des données ».

En bref, le plan de normalisation du bilan de la Fed cherche à perturber le moins possible les marchés. L’objectif de la Fed de mettre la normalisation de son bilan à l’arrière-plan et de mettre l’accent sur les taux des fonds fédéraux comme outil politique principal semble devoir se concrétiser. C’est certes mon scénario de référence. Cependant, nous devons nous préparer à la possibilité que le « retrait des mesures d’AQ » ait autant d’impact que les mesures d’AQ, ou d’assouplissement quantitatif, sur les marchés des capitaux. Nous devons également nous inquiéter de ce que tous les sièges vacants au FOMC pourraient signifier pour ce plan de normalisation du bilan. Mon hypothèse est qu’une fois le plan annoncé et mis en branle, le FOMC ira jusqu’au bout. Cependant, nous ne pouvons pas tenir cela pour acquis. Il y a un risque distinct que les nouveaux membres veuillent orienter le FOMC dans une direction plus belliciste.

Éléments à retenir pour les épargnants

Nous suivrons le processus de normalisation de près, étant donné le pouvoir du bilan de la Fed comme outil. Du côté des titres à revenu fixe, je crois que les épargnants devraient envisager d’investir dans des placements qui peuvent procurer une certaine diversification car, après tout, comme c’est une situation que nous n’avons jamais vécue, nous ignorons tout de la façon dont les différents instruments à revenu fixe vont réagir à la normalisation du bilan, et dans des titres qui peuvent offrir un potentiel de revenu adéquat puisque les taux relativement faibles devraient durer passé le début du processus de normalisation. Cela pourrait vouloir dire inclure des sous-catégories d’actifs comme les obligations municipales et les obligations des marchés émergents. Enfin, comme l’instabilité géopolitique risque d’attiser la volatilité des marchés, les épargnants soucieux d’accroître la diversification de leur portefeuille pourraient penser à augmenter leur exposition aux catégories d’actif alternatives qui ne sont pas corrélées avec les marchés, comme les stratégies d’immobilier et de marchandises.

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La diversification ne garantit pas un profit ou l’élimination du risque de perte.

Habituellement, les placements alternatifs comprennent plus de placements non traditionnels et emploient des stratégies de négociation plus complexes, y compris les opérations de couverture et l’effet de levier au moyen de produits dérivés, les ventes à découvert et des stratégies opportunistes qui évoluent au gré des conditions du marché. Les épargnants qui envisagent les produits alternatifs doivent se renseigner sur leurs caractéristiques uniques et sur les risques additionnels auxquels les stratégies utilisées les exposent. À l’instar de tous les placements, leur rendement va fluctuer. Vous pouvez perdre de l’argent.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 18 septembre 2017. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas de ces estimations.

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