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Kristina Hooper | 26 novembre 2018

À la lumière des craintes d’un ralentissement économique mondial, la Fed va probablement passer à l’action

La fin de semaine dernière, j’ai eu l’occasion de voir une production de Macbeth. Bien que j’aie entendu ces mots plusieurs fois auparavant, j’ai été particulièrement frappée par une strophe de l’une des sorcières qui dit : « Au picotement de mes pouces, je sens qu’un maudit vient par ici ». Le « picotement des pouces » était à l’origine destiné à représenter la croyance historique selon laquelle les gens pouvaient pressentir l’arrivée d’un malfaiteur. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire un rapprochement avec le fait que certains investisseurs pressentent l’imminence d’un ralentissement économique.

La semaine dernière, le président du conseil de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jay Powell, a dit avoir observé des signes « inquiétants » d’un ralentissement économique mondial. Récemment, la Banque populaire de Chine a elle aussi émis une mise en garde contre un ralentissement. Point n’est besoin que les pouces nous picotent pour voir que le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro a chuté à 0,2 % au troisième trimestre, ce qui correspond à un taux de croissance d’à peine 1,7 % sur douze mois. Cela contraste nettement avec les taux de croissance de 0,4 % des premier et deuxième trimestres, et avec le taux de croissance annualisé de 2,7 % du quatrième trimestre de 2017. À cela s’ajoute la hausse, le mois dernier, du taux d’inflation de la zone euro, qui s’est hissé au taux annualisé de 2,2 %, par rapport à 1,4 % un an plus tôt. Cela risque de compliquer la tâche de la Banque centrale européenne qui a l’intention de cesser les mesures de relance à la fin de 2018. Étant donné que la croissance mondiale de l’année dernière a donné un sérieux coup de pouce à l’économie américaine, il va de soi que la Fed soit sur un pied d’alerte et surveille de près l’évolution de la croissance mondiale.

Ce que Jim Cramer a dévoilé la semaine dernière à son émission sur CNBC est encore plus troublant. Il a dit : « Si vous saviez combien de chefs d’entreprises m’ont parlé de la rapidité à laquelle les affaires ralentissent ». Ce à quoi il a ajouté : « Bon nombre d’entre eux sont déconcertés de constater que nous pourrions nous retrouver dans un dilemme de fin de cycle qui n’était pas censé se produire si tôt ».

La Fed semble prête à réagir à un ralentissement

Je crains depuis un certain temps que les guerres commerciales qui s’intensifient et le resserrement des politiques monétaires des banques centrales contribuent à un ralentissement tangible, quoique modeste, de la croissance mondiale. La bonne nouvelle est que la Fed semble enfin s’en inquiéter et qu’elle se dit prête à agir.

Rappelons que le marché boursier ne savait pas comment réagir à la nomination de M. Powell à la tête de la Fed, d’où le repli de février, lorsque l’ex-présidente du conseil de la Fed, Janet Yellen, a passé le flambeau à M. Powell. Encore la semaine dernière, on ignorait si la politique monétaire de la Fed, sous l’égide de M.  Powell, dépendait encore des statistiques, étant donné la cadence plus rapide et régulière des hausses de taux cette année. Les propos tenus la semaine dernière par le vice-président du conseil de la Fed, Richard Clarida, revêtent une grande importance, puisqu’il a confirmé dans une entrevue que la politique de la Fed dépend encore des statistiques. Il a ajouté que la politique de la Fed est près du taux neutre, ce qui semble contredire les propos tenus récemment par le président du conseil de la Fed, M. Powell, qui a affirmé que la Fed est encore « très loin » du taux neutre. M. Clarida a fait cette déclaration le lendemain que le président de la Banque de réserve fédérale d’Atlanta, Raphael Bostic, a émis l’idée que la Fed devrait adopter une « méthode axée sur la prudence » pour procéder aux prochaines hausses de taux, puisqu’on est près du taux neutre. Cela survient la même semaine où le président de la Réserve fédérale de Philadelphie, Patrick Harker, a dit qu’il n’est « pas convaincu » qu’il serait prudent de procéder à une hausse de taux en décembre.

Ceci vient une fois de plus confirmer ce à quoi je m’attendais. Je crois que même si la Fed va probablement relever son taux directeur en décembre, elle va sans doute ralentir la cadence en 2019. Qui plus est, la chute des taux des bons du Trésor américain à la fin de la semaine dernière sous-entend que d’autres investisseurs commencent à partager mon avis. Sincèrement, étant donné qu’un ralentissement se pointe à l’horizon, je pense que le moment est venu pour la Fed de commencer à dire aux investisseurs qu’elle oriente sa politique en fonction des statistiques et qu’elle est prête à intervenir si la situation se détériore.

Les vents contraires géopolitiques continuent de souffler

Évidemment, un certain nombre de vents contraires pourrait nuire aux marchés mondiaux, dont le budget de l’Italie et la débâcle du Brexit.

Nous avons vécu d’autres émotions fortes la semaine dernière, lorsque la première ministre britannique, Theresa May, a annoncé la conclusion d’un accord pour quitter l’Union européenne. Cette annonce a été suivie par la démission de plusieurs membres de son cabinet (dont le ministre chargé du Brexit) et a déclenché un mouvement en faveur d’une « motion de censure » mettant en cause la première ministre britannique.

Je me trouvais justement à Londres la semaine dernière, aux premières loges pour voir ce qui se passait. J’ai demandé à mon chauffeur de taxi ce qu’il pensait de l’accord de Brexit proposé par Mme May. Voici ce qu’il m’a répondu : « Vous êtes Américaine, n’est-ce pas? Dites-moi : Est-ce que les dindes votent en faveur de l’Action de grâce en Amérique? » Ensuite, il m’a expliqué qu’il ne veut rien entendre du Brexit et qu’il ne veut pas non plus que les électeurs disent « Oui » à ce plan. Certes, en tant que chauffeur de taxi londonien, il avoue bénéficier du commerce international et du tourisme, mais il soupçonne que de nombreux Britanniques qui habitent en dehors de Londres commencent à se rendre compte qu’ils en bénéficiaient eux aussi.

Je ne peux pas m’empêcher de me demander si un autre référendum sur le Brexit aura lieu au Royaume-Uni. Après tout, sachant ce qu’ils savent maintenant, les électeurs britanniques pourraient voter différemment si le référendum avait lieu aujourd’hui. En attendant, l’imminence du Brexit provoque des turbulences sur les marchés. La livre sterling a chuté la semaine dernière, tout comme l’indice FTSE 250. Je crois que c’était une réaction impulsive aux événements dramatiques survenus la semaine dernière et à l’incertitude grandissante provoquée par le Brexit, mais je m’attends à une reprise lorsque nous saurons plus de quoi il en retourne.

À surveiller

Cette semaine, nous allons surveiller cinq grands enjeux.

  1. Évolution de la situation commerciale. La semaine dernière, j’avais espoir que la situation commerciale s’améliore, lorsque le conseiller américain au Commerce, Peter Navarro, a déclaré que les « mondialistes », qui veulent faire changer d’avis le président Trump sur la guerre tarifaire avec la Chine, gagnent du terrain. Or, si je me fie au déroulement de la réunion de la Coopération économique Asie-Pacifique la fin de semaine dernière, je m’attends à une détérioration des relations commerciales. Les États-Unis, représentés par le vice-président Mike Pence, et la Chine, représentée par le président Xi Jinping, ont échangé des remarques acerbes et n’ont même pas pu se mettre d’accord sur une déclaration non contraignante à l’issue de la réunion. Je ne m’attends à rien de constructif à l’issue des négociations commerciales entre MM. Trump et Xi au prochain sommet du G20.
  2. Menace de suspension des services publics aux États-Unis. Les marchés pourraient chuter considérablement advenant une suspension des services publics aux États-Unis le 7 décembre. Même si une fermeture semble peu probable à ce stade-ci, la situation pourrait changer rapidement; c’est la raison pour laquelle nous allons suivre de près l’évolution de ce dossier.
  3. Vote du Congrès sur l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC). On craint que l’AEUMC ne soit en péril, étant donné que certains membres du Congrès s’y opposeront pour diverses raisons. Je pense que l’AEUMC finira par être adopté, mais quelques petites modifications y seront probablement apportées afin de rassurer suffisamment de législateurs.
  4. Chute des prix du pétrole. La chute des prix du pétrole continue de susciter des inquiétudes. Il semble que les prix du pétrole vont rester bas pendant un certain temps encore, ce qui oblige les investisseurs à en envisager les conséquences. Par exemple, la baisse des prix du pétrole aura des conséquences différentes d’un pays à un autre, selon qu’il exporte ou importe du pétrole. Qui plus est, la baisse des prix du pétrole, toutes choses étant égales par ailleurs, devrait atténuer les pressions exercées sur les coûts dans l’industrie chimique, qui utilise le pétrole comme ingrédient de base.
  5. Secteur des technologies de l’information. Le secteur des technologies de l’information continue de subir de très fortes pressions, parce que les investisseurs craignent de plus en plus que le secteur (en particulier les actions de FAANG) soit soumis à une réglementation plus stricte. J’ai déjà dit que cela pourrait se produire à l’issue des élections de mi-mandat et je crois que c’est plus probable que jamais. Cependant, ce n’est pas une raison pour que les investisseurs abandonnent le secteur des technologies de l’information; cela pourrait faire surgir de bonnes occasions de placement dans certains titres.

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