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Brian Levitt | 5 juillet 2019

Le cycle économique américain fracasse un record. Qu’est-ce que l’avenir nous réserve?

Kristina : Le 1er juillet, le cycle économique américain a établi un nouveau record de longévité. C’est un jalon important, certes, mais qu’est-ce que cela signifie vraiment pour les investisseurs? La réponse pourrait vous surprendre. Pour aider à replacer ce cycle dans son contexte, j’ai confié cette édition de la Boussole hebdomadaire des marchés à mon collègue Brian Levitt, stratège des marchés mondiaux pour l’Amérique du Nord.

Longévité n’est pas synonyme de dynamisme

Brian : C’est officiel! Le cycle économique américain, qui en est à son 3 682e jour, a dépassé le très long cycle de 1992 à 2000.1 Il dure depuis plus longtemps que la période pendant laquelle les Beatles ont fait carrière ensemble. Sa durée dépasse celle de la diffusion de tous les épisodes originaux de la série Seinfeld à la télévision nationale américaine. Il est plus vieux que le réseau social Instagram.

On pourrait en dire long sur cette journée qui marque une durée record, mais, en soi, l’âge du cycle ne signifie pas grand-chose, tout comme l’âge d’une personne n’en dit pas nécessairement très long sur son état de santé ni sur sa productivité. Comparons par exemple la carrière des Beatles et celle de leurs compatriotes de l’Invasion britannique, Herman’s Hermits. Les Beatles ont produit 27 numéros 1 au palmarès en huit ans, comparativement à deux numéros 1 en 55 ans. Tout cela pour dire que la durée d’un cycle (ou d’une carrière musicale) à elle seule en dit très peu sur la productivité totale.

Comment la productivité du cycle actuel se compare-t-elle à celle des cycles antérieurs? Bien qu’il détienne le record du plus long cycle à ce jour, le cycle économique actuel a le malheur d’être le plus faible de l’après-guerre. Le taux de croissance cumulatif sur l’ensemble de la période se chiffre à environ 20 %, soit autour de 2 % par an, ce qui porte le produit intérieur brut (PIB) réel des États-Unis de 15,8 mille milliards de dollars en 2007 à 18,9 mille milliards de dollars aujourd’hui.2 Tous les autres cycles qui ont dépassé le taux de croissance cumulatif de 20 % du PIB réel (les cycles qui ont débuté en 1949, 1961, 1974, 1982 et 1990) ont atteint ce taux cumulatif en 16 trimestres en moyenne, pas en 10 ans.3

Durée et ampleur des cycles économiques américains de l’après-guerre

Real US GDP Growth = Taux de croissance réel du PIB américain

Indexed to 100 at Start of Expansion = Indexé à 100 points au début de l’expansion

Quarters of Expansion = Nombre de trimestres d’expansion

Source : Bloomberg, L.P., 30 juin 2019. Les rendements passés ne garantissent pas les rendements futurs.

La fin est proche… ou peut-être pas?

De nombreux investisseurs pourraient en déduire que ce cycle record tire à sa fin. Après tout, comme le disait le père de la littérature anglaise, Geoffrey Chaucer, en 1386 : « Toute bonne chose a une fin. » Heureusement, les cycles ne prennent pas fin tout bonnement parce qu’ils ont été « bons » ni parce qu’ils durent depuis longtemps. Les récessions sont plutôt le fruit de gros excès et de politiques qui ont échoué.

Cela étant dit, où en sont les États-Unis? À mon avis, la politique actuelle de laisser-aller, caractérisée par une faible croissance et un faible taux d’inflation, pourrait inciter la Réserve fédérale américaine à ne pas intervenir pendant une période indéfinie, ce qui risque de prolonger le cycle pendant plus longtemps que ce à quoi la majorité des gens s’attendent. En ce qui a trait aux excès, comparons la conjoncture actuelle à celles qui ont précédé les fins de cycles les plus spectaculaire du dernier siècle.

  • La crise bancaire de 1929 : À la veille de la grande dépression, le taux de crédit bancaire avait augmenté de 20,9 % par rapport à l’année précédente, comparativement au taux actuel de 5,6 % et à la moyenne à long terme de 7 %.4
  • La stagflation de 1980 : Au début de l’année 1980, le taux d’inflation avait augmenté de 14,8 % par rapport à l’année précédente et la Réserve fédérale américaine relevait les taux rapidement.5 En ce moment, le taux d’inflation est inférieur à 2 % et les anticipations d’inflation vont en diminuant.6 De son côté, la Réserve fédérale américaine a signalé que le prochain changement de taux d’intérêt sera probablement une baisse.
  • La bulle spéculative des valeurs technologiques de l’an 2000 : À la fin des années 90, les actions se négociaient à près de 30 fois les bénéfices de l’année précédente.7 Les actions étaient non seulement chères par rapport à leurs antécédents de valorisation, mais aussi excessivement chères comparativement à toutes les autres catégories d’actifs. En ce moment, les actions se négocient à 19 fois les bénéfices de l’année dernière, si bien que leurs cours sont modérément élevés par rapport à leurs antécédents de valorisation, mais bon marché par rapport aux obligations.8
  • La crise du marché de l’habitation en 2008 : En 2008, les ménages américains avaient accumulé des dettes équivalant à 132 % de leur revenu personnel disponible (RPD), leur dette hypothécaire représentant 100 % de leur RPD.9 Après une longue période de désendettement, la dette des ménages américains s’élevait à 98 % de leur RPD à la fin de 2018 et continue de diminuer, au point où leur dette hypothécaire ne représente plus que 66 % de leur RPD.10

À mon avis, en l’absence d’excès, à moins d’une erreur de politique majeure, le cycle actuel va probablement se poursuivre et continuer de battre des records de longévité. Je dirais aux investisseurs craintifs qui voient le cycle économique fracasser de nouveaux records et les marchés atteindre de nouveaux sommets, qu’il n’est probablement pas trop tard pour se lancer. Comme le disait si bien Chaucer : « Le temps et la marée n’attendent personne ».

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