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Kristina Hooper | 1 février 2018

Le monde a-t-il amorcé un virage en faveur de la protection économique?

La dernière semaine nous a rappelé que nous vivons dans un monde très global et interconnecté. Étant donné l’imbrication des relations internationales, la tendance à la démondialisation a de nombreuses conséquences et le protectionnisme pourrait devenir le plus gros risque économique qui soit.

La dépréciation du dollar américain sème l’inquiétude en Europe

Le dollar américain a attiré l’attention sur la scène internationale la semaine dernière au Forum économique mondial de Davos lorsque le secrétaire du Trésor américain, Steven Mnuchin, a vanté les mérites d’une devise faible : « Un dollar plus faible est bon pour nous en ce qui concerne le commerce et les occasions d’affaires ». Cette déclaration en a surpris plusieurs, étant donné que les pays participants se sont entendus pour ne pas « donner leur opinion » en ce qui concerne les devises; les marchés des changes ont réagi en faisant chuter davantage le dollar américain. Par contre, le prix de l’or a augmenté, vraisemblablement en raison des préoccupations entourant la dévaluation du dollar. Un dollar faible a certes des avantages distincts, en particulier de rendre les produits américains plus attrayants à l’étranger. Or, cela a aussi des conséquences majeures et moins souhaitables.

L’une de ces conséquences est que les États-Unis deviennent une destination moins désirable pour l’investissement étranger. Après tout, même si la valeur d’un investissement sous-jacent augmente, si la devise dans laquelle il est libellé se déprécie, le rendement réel d’un investisseur étranger peut être beaucoup plus faible. Les investisseurs étrangers pourraient trouver d’autres titres et instruments de dette plus attrayants, même si leurs rendements sont inférieurs, s’ils croient que la monnaie dans laquelle ils sont libellés est stable ou, mieux encore, qu’elle s’apprécie.

Une autre conséquence est que d’autres banques centrales s’inquiètent de voir leurs devises respectives s’apprécier, rendant leurs exportations moins concurrentielles. En s’attaquant aux conséquences d’un dollar américain plus faible par rapport à l’euro, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a averti que la BCE s’efforcerait de dévaluer l’euro si les États-Unis essayaient de dévaluer le dollar américain. Il a également rappelé qu’un euro fort pourrait empêcher la BCE d’atteindre sa cible d’inflation car les biens importés sont alors moins chers : « La récente volatilité des taux de change est une source d’incertitude qui nécessite un suivi quant à ses éventuelles répercussions sur les perspectives de stabilité des prix ». N’oubliez pas que beaucoup s’attendaient à ce que M. Draghi profite de cette occasion pour marquer un changement de position de la BCE à l’égard des mesures d’assouplissement monétaire, compte tenu de l’accélération de l’économie de la zone euro, mais ce ne fut pas le cas. Cela laisse présager que les mesures d’assouplissement quantitatif, que la BCE a commencé à réduire ce mois-ci mais dont la date d’échéance est incertaine, pourraient se poursuivre au-delà de septembre. Et, du même coup, cela signifierait un délai plus long avant que la BCE ne commence à relever les taux. En d’autres termes, il faudrait plus de temps pour commencer à normaliser la politique monétaire et « faire des provisions de munitions » en prévision de la prochaine crise.

En dépit des rumeurs, la Banque du Japon a décidé de garder le cap

De plus, la Banque du Japon a annoncé la semaine dernière son intention de laisser sa politique monétaire inchangée. Fait à noter, plus tôt dans la semaine, des rumeurs avaient circulé selon lesquelles la Banque du Japon amorcerait un resserrement, ce qui a provoqué des remous sur les marchés mondiaux. Les marchés ont été quelque peu soulagés de voir que la banque centrale la plus accommodante a décidé de maintenir une politique monétaire très accommodante dans un avenir prévisible, même si l’économie japonaise continue de s’améliorer. Après tout, la Banque du Japon semble obligée de maintenir des taux extrêmement bas, parce qu’elle doit rendre ses exportations concurrentielles, sans parler de la nécessité de rembourser sa dette publique à des taux d’intérêt bas.

Les barrières tarifaires américaines pourraient-elles inciter d’autres pays à emboîter le pas?

La semaine dernière, nous avons également été témoins de la menace grandissante de guerres commerciales avec l’annonce que les États-Unis imposeraient des tarifs commerciaux appréciables sur deux importations : les machines à laver et les panneaux solaires. L’imposition de tarifs sur seulement deux articles peut sembler un geste anodin, mais ces tarifs pourraient avoir un impact significatif à plusieurs égards. Les tarifs sur les panneaux solaires, qui sont fabriqués en grande partie à l’extérieur des États-Unis, pourraient ralentir les efforts visant à promouvoir l’essor des sources d’énergie renouvelable. De plus, les tarifs sur les machines à laver pourraient dissuader deux des plus grands fabricants non américains de construire des usines aux États-Unis et d’employer des Américains.

Et, évidemment, les barrières tarifaires n’existent pas en vase clos : les barrières tarifaires engendrent toujours plus de barrières tarifaires. D’autres pays pourraient imposer des barrières tarifaires sur les produits américains. Le perdant ultime est le consommateur, qui finit par payer plus cher pour se procurer le même article. Bien sûr, les autres pays peuvent aussi exercer des représailles par divers moyens, étant donné l’interdépendance des marchés. Un puissant moyen de représailles, qui semble échapper à beaucoup de gens, est qu’ils pourraient décider de réduire leurs achats de bons du Trésor américain ou, pire encore, de vendre certains des titres qu’ils détiennent ce qui, toutes choses étant égales par ailleurs, pourrait faire augmenter les coûts d’emprunt aux États-Unis.

Connexion vs protection

Nous avons pu constater les inconvénients de l’interconnectivité pendant la crise financière mondiale, lorsque la valeur de presque tous les actifs a chuté dans de nombreuses parties du monde; ironiquement, la seule chose qui semblait augmenter était la corrélation. Or, l’interconnexion semble avoir plus d’avantages que d’inconvénients. Le Fonds monétaire international a revu à la hausse son estimation de la croissance économique mondiale, compte tenu de « l’accélération de la croissance mondiale » et des retombées attendues de la nouvelle loi sur la réforme fiscale aux États-Unis.

En regardant vers l’avenir, il est important de reconnaître que les pays profitent économiquement de l’interconnectivité mondiale. La croissance économique mondiale à laquelle nous assistons en ce moment en est la preuve. Cependant, cette situation pourrait changer si certains pays s’entêtent à adopter des politiques protectionnistes, qu’il s’agisse de politiques commerciales ou monétaires. Le protectionnisme est une force potentiellement puissante qui pourrait freiner la croissance économique et nuire aux marchés boursiers. D’ailleurs, de nombreux économistes sont d’avis que le protectionnisme a exacerbé la grande dépression des années 30. Nous allons surveiller de près l’équilibre fragile sur lequel repose l’économie mondiale.

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Renseignements importants

Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 29 janvier 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de ces estimations.

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