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Kristina Hooper | 30 novembre 2017

L’épineuse question de l’inflation

La semaine dernière, l’inflation aux États-Unis a retenu l’attention. Le procès-verbal de la plus récente réunion des membres du Federal Open Market Committee (FOMC), rendu public la semaine dernière, a révélé qu’un certain nombre de membres du FOMC se questionnent à savoir si la conjoncture de faible inflation est passagère comme ils l’ont d’abord cru.

On peut même lire dans ce procès-verbal que certains membres du FOMC songent à reporter les prochaines hausses de taux jusqu’à ce qu’on soit plus sûrs que l’inflation va se diriger vers le taux cible de 2 %. On dirait que la Réserve fédérale américaine cherche encore à comprendre pourquoi la courbe de Phillips1 ne tient plus, pourquoi le taux de chômage peut se maintenir autour de 4 % sans alimenter la croissance des salaires et, par le fait même, l’inflation.

Le procès-verbal de la plus récente réunion de la Banque centrale européenne (BCE) a aussi été rendu public la semaine dernière. Il montre que le Conseil des gouverneurs de la banque centrale est confiant que la croissance économique va s’accentuer, mais pas aussi confiant quant au pronostic de l’inflation. Après tout, même si la croissance économique s’est améliorée considérablement ces derniers mois, le taux d’inflation de la zone euro s’élève à seulement 1,4 % sur douze mois, ce qui est inférieur à la moyenne à long terme (depuis 1991) de 1,98 %.2

L’incertitude de la BCE à savoir si le taux d’inflation peut augmenter de façon durable se reflète dans sa volonté de ne pas donner de date de fin des achats d’actifs. Selon le procès-verbal de la réunion, les achats d’actifs vont continuer « jusque fin septembre 2018 ou au-delà, si nécessaire, et, en tout cas, jusqu’à ce que le Conseil des gouverneurs observe un ajustement durable de l’évolution de l’inflation conforme à son objectif ». Insistant sur l’incertitude quant aux perspectives d’inflation, plusieurs membres du Conseil des gouverneurs ont même proposé de dissocier le plan d’allégement du bilan de la BCE de l’inflation.

Les investisseurs semblent préoccupés par l’inflation, bien qu’elle semble peu probable

Étant donné que l’inflation semble faible et que la relation avec la courbe de Phillips est remise en question dans un certain nombre d’économies, cela m’étonnerait qu’on assiste à des flux importants de capitaux dans les titres du Trésor protégés contre l’inflation (TIPS). La semaine dernière, 1,2 milliard de dollars ont afflué vers les fonds communs de placement et les fonds négociés en bourse qui investissent principalement dans les TIPS.3 Il s’agit de la troisième plus grosse rentrée de fonds hebdomadaire à ce jour. On dirait que certains investisseurs se préoccupent soudainement de l’inflation; la question à 64 000 $ est la suivante : pourquoi?

Le taux d’inflation et les attentes d’inflation dans différentes économies demeurent faibles. D’ailleurs, la présidente du conseil de la Réserve fédérale américaine, Janet Yellen, commence à se demander si la conjoncture de faible inflation ne va pas perdurer. Voici ce qu’elle a déclaré dans une allocution à la NYU Stern School of Business la semaine dernière : « Mes collègues et moi ne sommes pas certains que l’inflation soit transitoire et nous surveillons la situation de près ». Rappelez-vous qu’au cours de la dernière décennie, alors que le pays a adopté une politique monétaire très accommodante, certains économistes craignaient une poussée inflationniste, ce qui ne s’est pas produit. Aujourd’hui, alors que la politique monétaire est un peu moins accommodante, une hausse du taux d’inflation semble encore moins probable.

Peut-être que les inquiétudes suscitées par une hausse de l’inflation découlent de la tendance à la démondialisation observée dans différentes régions du monde. Reportez-vous à la publication de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de 2008 intitulée « Mondialisation et hausse des prix à la consommation dans les pays de l’OCDE ». L’article soutient que le ralentissement de l’inflation au début des années 90 et 2000 découle d’une « augmentation marquée de l’ampleur de la mondialisation ».4 D’autres articles soulèvent les mêmes arguments et donnent des raisons valables qui expliquent pourquoi la mondialisation a contribué à la baisse du taux d’inflation. Si la mondialisation a fait chuter le taux d’inflation, il serait logique de penser que la démondialisation pourrait le faire grimper.

Or, un vent de démondialisation semble se lever, ce qui pourrait inquiéter les investisseurs. Par exemple, il est fort probable que le Royaume-Uni quittera l’Union européenne, l’un de ses principaux partenaires commerciaux, sans un accord commercial. Par ailleurs, les négociations sur l’Accord de libre-échange nord-américain ont été prolongées jusqu’au premier trimestre de 2018 dans l’espoir de renouveler cet important accord commercial, mais il semble de plus en plus probable qu’il soit résilié. Puis, il y a la position des États-Unis sur les accords commerciaux en général, qui consiste à éviter carrément les accords commerciaux multilatéraux, comme le Partenariat transpacifique, en faveur des accords commerciaux bilatéraux.

Éléments à retenir

Les investisseurs s’attendent peut-être à une hausse de l’inflation à plus long terme, compte tenu de la puissante vague de démondialisation qui déferle en ce moment, ou ils veulent à tout le moins se prémunir contre cette possibilité. Il faut dire qu’une semaine de données sur les investisseurs américains, c’est loin d’être suffisant pour tirer des conclusions, d’autant plus que les marchés obligataires ne semblent pas refléter les anticipations d’inflation, ce qui explique sans doute pourquoi la courbe de taux s’est aplatie. Cependant, les récents flux de capitaux dans les TIPS pourraient bien jouer le rôle du canari dans la mine de charbon, signe qu’il vaut certainement la peine de surveiller de près l’inflation, les anticipations d’inflation et l’évolution de la démondialisation. Et, compte tenu de la tendance vers la démondialisation, les investisseurs auraient peut-être intérêt à se pencher sérieusement sur les mesures à prendre pour protéger leur portefeuille contre l’inflation.

 

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1 La courbe de Phillips est la théorie selon laquelle il existe une relation inversement proportionnelle entre le taux d’inflation et le taux de chômage.
2 Source : Eurostat; données au 31 octobre 2017.
3 Sources : Bank of America Merrill Lynch et EPFR Global.
4 Source : Nigel Pain, Isabell Koske et Marte Sollie, « Mondialisation et hausse des prix à la consommation dans les pays de l’OCDE », Études économiques de l'OCDE n ° 44, 2008/1.

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