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Kristina Hooper | 30 novembre 2018

Les banques centrales à la rescousse? N’y comptez pas trop.

Les actions ont poursuivi leur descente la semaine dernière et la plupart des principaux indices ont perdu du terrain par rapport au début de l’année, certains ont même chuté de plus de dix pour cent. Comme je le disais dans mon commentaire de la semaine dernière, on commence à voir des signes d’un ralentissement économique. Dans ce contexte, de plus en plus de gens s’attendent à ce que les banques centrales assouplissent leur politique monétaire, mais je doute que les banques centrales viennent à la rescousse cette fois-ci. Je pense plutôt que les banques centrales vont désormais constituer un facteur de risque.

Signes d’un ralentissement économique

Lorsque j’évalue l’état de santé de l’économie, un signe de ralentissement qui me saute aux yeux est bien sûr le repli boursier en cours. De plus, les investisseurs se sont rués vers les bons du Trésor, que je considère comme un indicateur plus précis que l’indice VIX, alors que le taux des bons du Trésor américain à 10 ans est descendu à 3,045 % à la fin de la semaine dernière.1 Les titres de créance de nature spéculative subissent des pressions, comme en témoigne l’indice Bloomberg Barclays CCC, qui a reculé de plus de 5 % au cours des deux derniers mois.1 De plus, les prix du pétrole ont chuté brusquement en seulement deux mois, ce qui laisse craindre un ralentissement de l’économie mondiale.

Même s’il n’est pas encore certain qu’un événement fatidique soit sur le point de se produire, on peut dire sans risquer de se tromper que de nombreux investisseurs sont en veille de récession ou, à tout le moins, en « veille de ralentissement ». Un signe d’intensification du ralentissement de l’économie américaine est apparu la semaine dernière, alors que les commandes de biens durables ont chuté de 4,4 %.2 Un seul indicateur ne suffit pas à confirmer un ralentissement, me direz-vous, mais il faut garder l’œil ouvert, d’autant plus que les modèles prévisionnels GDPNow de la Banque de réserve fédérale d’Atlanta et Nowcast de la Banque de réserve fédérale de New York prévoient une croissance beaucoup plus lente de 2,5 % pour le quatrième trimestre.3

Nous observons également des signes de ralentissement ailleurs sur la planète :

  • De toute évidence, un ralentissement économique est en cours dans la zone euro. Le plus récent indicateur de ce phénomène est l’indice des gestionnaires en approvisionnement (PMI) de la zone euro de novembre, qui a chuté à son plus bas niveau en quatre ans.4
  • Certaines économies asiatiques montrent des signes de ralentissement. Un exemple est la Corée du Sud, où la croissance de l’emploi a chuté considérablement et va probablement continuer de chuter en janvier, alors que le salaire minimum va augmenter de 11 %.5
  • L’indicateur composite avancé de la State Bank of India a amorcé une légère tendance à la baisse. De plus, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié ses prévisions de croissance pour l’Inde en 2019; elle s’attend à ce qu’elle ralentisse quelque peu, mais demeure tout de même élevée à 7,5 %.6

Qui plus est, la semaine dernière, le gouvernement américain a publié un rapport sur les changements climatiques qui fait état de conséquences dévastatrices pour l’économie au cours des prochaines décennies. La Banque d’Italie a exprimé de sérieuses inquiétudes quant aux retombées de la hausse des taux obligataires (bien que cela ait eu un effet positif en incitant le gouvernement italien à réduire ses dépenses prévues pour 2019). Par ailleurs, le président français Emmanuel Macron a subi énormément de pressions politiques par suite de l’adoption d’une taxe sur l’essence qui a attisé la colère de nombreux citoyens français et déclenché de grandes manifestations.

Quoi qu’il en soit, les banques centrales n’interviendront probablement pas

Dans un monde où les banques centrales sont quasi-omnipotentes, les mauvaises nouvelles peuvent être porteuses de bonnes nouvelles. Autrement dit, l’idée reçue veut que suffisamment de mauvaises données entraînent un assouplissement de la politique monétaire. On s’attend déjà de plus en plus à ce que la Réserve fédérale américaine (Fed) relâche l’accélérateur l’an prochain. Et, elle ne sera probablement pas la seule. Selon le Financial Times, des dirigeants d’entreprises européennes ont rencontré en privé des représentants de la Banque centrale européenne (BCE) la semaine dernière pour discuter de leurs préoccupations concernant la santé de l’économie. On ne peut que supposer qu’ils ont rencontré les représentants de la BCE parce qu’ils veulent que la banque centrale maintienne une politique monétaire très accommodante.

Or, je crois que cette idée reçue, qui a fonctionné par le passé, ne fonctionnera peut-être plus. Après tout, le taux d’inflation sommaire a peut-être diminué en raison de la chute brutale des prix du pétrole, mais la Fed se préoccupe plutôt du taux d’inflation de base, qui exclut les prix de l’énergie et des aliments. La croissance des salaires est un facteur déterminant du taux d’inflation de base. Si le taux de croissance des salaires indiqué dans le rapport d’octobre sur l’emploi aux États-Unis se maintient, à savoir une hausse du salaire horaire moyen de plus de 3 % sur douze mois,7 la Fed n’aura peut-être pas la marge de manœuvre nécessaire pour pouvoir mettre le resserrement sur « pause ». Bien que j’anticipe que la BCE maintienne une politique monétaire très accomodante au cours des prochains mois et même qu’elle prolonge le retrait graduel des mesures de relance, ce ne sera que temporaire, puisque le mandat du président de la BCE, Mario Draghi, se termine en octobre 2019. S’il est remplacé par un président plus belliciste, la situation pourrait facilement changer.

Conclusion : Nous ne pouvons pas présumer que les banques centrales vont continuer de jouer le rôle de puissant filet de sécurité, comme ce fut le cas au cours de la dernière décennie. Au contraire, elles seront probablement désormais un facteur de risque. Compte tenu de la tourmente économique actuelle et en l’absence de filet de sécurité des banques centrales, je m’attends à une recrudescence de volatilité. Dans ce contexte, je crois que les caractéristiques fondamentales des entreprises deviendront davantage un levier de rendement boursier qu’au cours de la dernière décennie, alors que les banques centrales des pays développés procuraient un bon filet de sécurité à tous les actifs à risque.

Malgré le pessimisme ambiant, je m’attends à ce que les marchés boursiers se redressent quelque peu et terminent l’année en légère hausse, à tout le moins par rapport à aujourd’hui.

Voici les événements à surveiller cette semaine

L’actualité devrait occuper une place très importante cette semaine :

1)   Sommet du G20. Tous les yeux seront rivés sur la réunion Xi Jinping-Donald Trump en marge du sommet du G20. Les attentes d’une amélioration des relations commerciales entre les deux pays par suite de ce tête-à-tête sont élevées. Cependant, je demeure très sceptique, car les présidents chinois et américain divergent encore énormément d’opinion en matière de commerce. Si les deux chefs d’État parviennent ne serait-ce qu’à une diminution des tensions, je m’attends à une très forte reprise des marchés boursiers.

2)   Brexit. La fin de semaine dernière, la première ministre britannique Theresa May a franchi l’étape la plus facile de sa tâche dans le dossier du Brexit : obtenir l’approbation de son plan par l’Union européenne. Cependant, obtenir l’approbation du parlement sera une tâche plus difficile et cette éventualité semble très incertaine à ce stade-ci. D’ici là, je m’attends à ce que la devise et les actions britanniques fluctuent.

3)   Menace de suspension des services publics aux États-Unis. Depuis mon commentaire de la semaine dernière, les probabilités d’une suspension des services publics ont augmenté parce que le président Trump semble disposé à laisser la situation se détériorer pendant qu’il tente d’obtenir le financement nécessaire pour la construction de son mur frontalier. Les investisseurs doivent garder à l’esprit que 75 % des dépenses publiques sont déjà financées jusqu’en octobre 2019, mais comme ils semblent marcher sur des oeufs en ce moment, une suspension des services publics pourrait entraîner une certaine volatilité sur les marchés boursiers américains.

4)   Intensification possible des agressions entre la Russie et l’Ukraine. La fin de semaine dernière, la Russie a saisi trois navires de la marine ukrainienne. Le Conseil de sécurité des Nations Unies tiendra une réunion d’urgence à ce sujet et cela pourrait exacerber les tensions.

5)   Publication jeudi du procès-verbal de la réunion du FOMC. Le procès-verbal du Federal Open Market Committee (FOMC) va nous aider à mieux comprendre l’état d’esprit des membres de la Fed, du moins celui qui régnait il y a quelques semaines, lorsqu’ils se sont réunis. Ce document est important, parce qu’il pourrait nous indiquer s’ils ont changé d’avis quant à un resserrement en 2019.

6)   Déclarations des membres de la Fed. Nous allons également porter attention aux déclarations des membres du FOMC cette semaine, à l’approche de la prochaine réunion de la Fed, les 18 et 19 décembre, en particulier au discours du président de la Fed, Jerome Powell, prévu pour mercredi. Nous voulons savoir si M. Powell fera écho aux propos tenus récemment par d’autres membres de la Fed, qui semblent vouloir adopter une position plus accommodante.

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