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Kristina Hooper | 26 octobre 2017

Les chefs d’États asiatiques restent au pouvoir; on ignore ce que feront les banques centrales

Les dix-huit derniers mois ont été marqués par le rejet du statu quo à l’issue de plusieurs élections, du vote du Brexit à l’élection présidentielle américaine en passant par le récent vote en Catalogne. La semaine dernière, les États-Unis et le Royaume-Uni ont continué de s’affairer aux changements découlant des élections, par contre, une région clé est allée à contre-courant et a choisi le statu quo comme moyen d’aller de l’avant.

Dans ce blogue, j’ai choisi d’aborder quatre grands thèmes qui ont dominé les manchettes la semaine dernière.

1. Aller de l’avant en maintenant le statu quo

Les électeurs japonais ont voté sans équivoque pour le statu quo, puisqu’ils ont reporté au pouvoir Shinzo Abe. La décision du premier ministre Abe de déclencher des élections anticipées en octobre n’était pas sans rappeler celle de la première ministre du Royaume-Uni, Theresa May, au printemps dernier. Or, la tournure des événements ne pourrait pas être plus différente : le premier ministre Abe a remporté une victoire éclatante, qui lui donne un mandat clair pour mener à bien son programme. Et, Dieu sait que son programme est ambitieux et porte essentiellement sur l’économie. Si tout se passe comme prévu, on peut s’attendra au maintien de la politique monétaire très accommodante. De plus, on sait que M. Abe a l’intention d’instaurer une taxe à la consommation mais, plutôt que d’utiliser le produit de cette taxe pour réduire la dette comme prévu à l’origine, il aimerait utiliser une partie des revenus pour financer l’éducation et les soins aux aînés. Il veut également permettre au Japon de redevenir une puissance militaire. Rappelons que, après la Seconde Guerre mondiale, le Japon a été contraint de renoncer à son armée traditionnelle et de s’en remettre à ses alliés. Or, dans le contexte actuel où ses alliés, tels que les États-Unis, pourraient être moins fiables, cet arrangement place le Japon dans une situation délicate, en particulier, compte tenu de la menace grandissante de la Corée du Nord. Il est logique que le Japon veuille se doter d’une force de frappe militaire, en particulier d’armements nucléaires. On peut s’attendre à une réaction similaire de la Corée du Sud. Cependant, ces initiatives risquent de provoquer une réaction de la Chine, qui cherche à maintenir le statu quo militaire en Asie.

Dans la même veine, le dix-neuvième congrès national du Parti communiste chinois a débuté la semaine dernière et, comme on s’y attendait, il y a eu des développements importants pour la Chine. D’abord et avant tout, le président Xi Jinping a manifesté son intention de rester en poste après la fin de son mandat. Il cherche clairement à consolider son pouvoir. Donc, en termes de leadership, le statu quo pourrait durer plus longtemps que prévu, mais cela ne signifie pas que le président Xi va regarder en arrière. D’ailleurs, il envisage de s’engager dans une période de changement pour la Chine : une « nouvelle ère » pour réaliser le « rêve chinois ». À l’instar de la hiérarchie des besoins de Maslow, où les besoins élémentaires doivent être satisfaits en premier, puis les besoins plus secondaires, la Chine se concentre sur des besoins plus secondaires, tels que l’équité, la justice, la sécurité et l’environnement, maintenant que les besoins économiques de base ont été comblés. Le président Xi a dévoilé un plan de développement en deux étapes. À la fin de la première étape, qui devrait durer de 2020 à 2035, la Chine prévoit instaurer un État de droit fort et devenir une influence mondiale, et devrait se hisser au rang des chefs de file mondiaux de l’innovation. Dans la deuxième étape, la Chine devrait devenir plus prospère et culturellement avancée, et une force encore plus puissante dans le monde.

L’élément à retenir de ce Congrès est que l’économie chinoise est en transition; plus précisément, elle passe d’une économie à « croissance rapide » à une économie plus mature axée sur un développement de grande qualité. Pour ce faire, la Chine doit veiller à ce que sa structure économique s’adapte et que ses moteurs de croissance évoluent. Cela signifie mettre davantage l’accent sur les industries manufacturières haut de gamme, la technologie Internet, le traitement de gros volumes de données, l’intelligence artificielle, l’énergie verte et d’autres industries de la «nouvelle économie». En plus d’une variété de réformes économiques, la Chine a une stratégie pour accroître son influence dans le monde; ce plan repose en partie sur une armée plus forte et plus moderne. Les retombées d’une économie arrivant à maturité incluent, bien sûr, une croissance plus faible.

2. L’incertitude géopolitique persiste

Les négociations sur l’avenir de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) se poursuivent sur un ton acrimonieux et avancent à pas de tortue. Par conséquent, elles ont été prolongées jusqu’au premier trimestre de 2018 dans l’espoir de régler les différends et de maintenir l’ALENA en vie. L’ALENA est une politique commerciale cruciale, et l’incertitude entourant son avenir devrait inquiéter les économies américaine, canadienne et mexicaine. Je suis particulièrement préoccupée par certaines demandes formulées récemment par les États-Unis, notamment celle qui veut que l’accord commercial soit résilié automatiquement dans cinq ans, à moins que les trois gouvernements n’acceptent de le conserver. Il me semble imprudent d’alimenter l’incertitude économique, car cela risque de décourager l’investissement des entreprises.

De même, une grande incertitude plane toujours sur les négociations entourant le Brexit. Dans une décision inattendue, même si le coût du « projet de loi sur le divorce » n’a pas encore été établi, l’Union européenne a accepté d’amorcer la deuxième phase des négociations sur le Brexit avec le Royaume-Uni, ce qui est certes une bonne nouvelle. Cependant, on ignore encore de quoi le Brexit sera fait et si les négociations et la ratification d’une entente peuvent effectivement être achevées d’ici mars 2019, une échéance très serrée. Par conséquent, je ne m’attends pas à ce que les entreprises britanniques dépensent plus qu’elles ne le devraient au cours de la prochaine année, étant donné le degré élevé d’incertitude économique qui plane sur le Royaume-Uni.

Que dire de l’incertitude entourant l’escalade des tensions avec la Corée du Nord et de l’inquiétude grandissante quant à ce qui se passerait si les États-Unis imposaient des sanctions à l’Iran et se retiraient de l’accord nucléaire. Dans ma tournée de présentations aux quatre coins du pays, on me demande encore pourquoi les marchés boursiers font fi de la menace de la Corée du Nord. Je crois que c’est parce que les investisseurs sont plus ou moins immunisés aux risques géopolitiques, étant donné que chaque fois qu’ils ont causé du tort aux marchés boursiers, ceux-ci se sont toujours redressés assez rapidement. Cependant, les marchés ne sont pas préparés à un événement qui irait au-delà d’une escalade verbale et mènerait à une situation extrême (appelé parfois événement de type cygne noir), comme par exemple si la Corée du Nord piratait des systèmes américains critiques ou faisait exploser une bombe à impulsion électromagnétique. Nous devons être vigilants à l’égard de ces risques extrêmes qui pourraient s’avérer perturbateurs.

3. L’orientation de la politique monétaire reste à déterminer

Aux États-Unis, une démarche de recrutement très public est en cours pour combler le poste de président du conseil du Federal Open Market Committee. Un nouveau candidat favori fait surface presque chaque jour. Apparemment, le président Trump a été particulièrement impressionné par son entretien avec John Taylor, professeur à Stanford, créateur de la « Règle de Taylor » et défenseur d’une méthode de formulation de la politique monétaire qui repose davantage sur des « règles », bien qu’il ait quelque peu assoupli sa position sur l’utilisation d’une formule pour déterminer l’orientation de la politique monétaire. Plus récemment, le président Trump a parlé favorablement de la présidente sortante, Janet Yellen. Autrement dit, à l’heure où j’écris ces lignes, on ignore encore qui occupera l’un des postes les plus importants au monde à ce stade crucial de retour à la normalisation du bilan.

Ce jeudi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, devrait annoncer si la BCE va amorcer le retrait graduel des mesures d’assouplissement quantitatif (AQ). C’est une annonce qu’on attend depuis longtemps et l’économie de la zone euro a agréablement surpris cette année, si bien qu’il est plus probable que la BCE amorce le retrait graduel des mesures d’AQ bientôt. Cependant, cela ne signifie pas que le tout va se dérouler sans incident. N’oubliez pas que plusieurs banques centrales des grands pays développés sont en terrain inconnu avec leurs bilans gonflés par leurs politiques monétaires expérimentales; qui sait comment les marchés pourraient réagir si la BCE joint les rangs de la Réserve fédérale américaine, de la Banque du Canada et des autres banques centrales et adopte une politique monétaire moins accommodante. Nous allons suivre de près l’évolution de la situation.

4. Le projet de loi sur la réforme fiscale américaine progresse

Les négociations sur la réforme fiscale proposée aux États-Unis sont en cours et les marchés semblent anticiper qu’elles seront couronnées de succès. Cependant, je n’insisterai jamais assez sur le fait que nous ne pouvons pas savoir avec certitude à quoi ressemblera ce projet de loi en bout de ligne (pour le moment, c’est un menu à la carte et les législateurs font la file à la cafétéria pour choisir les plats qui les intéressent) et, évidemment, s’il sera jamais promulgué et quand. Rien que ce matin, le président Trump, cédant aux pressions de l’opinion publique, a annoncé via Twitter que la baisse spectaculaire de l’avantage fiscal 401(k) n’était plus sur la table. Je persiste à croire qu’il y aura d’importantes négociations sur d’autres éléments du projet de loi dans les prochaines semaines. Par exemple, je m’attends au retrait de l’élimination de l’impôt successoral et à une vive contestation entourant l’élimination de la déduction fiscale de l’État et des municipalités.

Investir dans un contexte de volatilité

Pour toutes ces raisons, je crois que les chances sont minces qu’un ensemble de mesures fiscales d’envergure soit adopté. Fait à noter, le secrétaire du Trésor américain, Steven Mnuchin, a déjà prévenu le Congrès des dangers de ne pas adopter ce projet de loi fiscal. Il a dit précisément que si la réforme fiscale républicaine n’était pas entérinée, cela provoquerait une chute « considérable » des cours boursiers. Comme il le disait au magazine Politico : « Il ne fait aucun doute que la montée des marchés boursiers repose sur des attentes raisonnablement élevées que les baisses d’impôts et la réforme fiscale que nous proposons vont se concrétiser ». Ce sont les craintes que j’exprime depuis un certain temps. Les cours boursiers semblent refléter les attentes que le programme de l’Administration Trump sera mis en œuvre comme prévu. Éventuellement, une quelconque loi verra le jour, mais je m’attends à ce que le projet de loi qui a été déposé subisse suffisamment de changements pour finir par ressembler à un parent éloigné de la proposition de réforme fiscale actuelle.

À surveiller

Je vais surveiller plusieurs dossiers la semaine prochaine, notamment la réunion du conseil de la BCE, les négociations sur la réforme fiscale et les déclarations de bénéfices.

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Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 23 octobre 2017. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas de ces estimations.

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