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Kristina Hooper | 26 septembre 2018

Les marchés boursiers n’ont pas fait de cas des risques géopolitiques

La semaine dernière, nous avons eu de mauvaises nouvelles concernant les échanges commerciaux et le Brexit, pourtant les marchés boursiers mondiaux n’en ont pas fait de cas et ont poursuivi leur ascension. Aux États-Unis, l’indice S&P 500 a atteint un nouveau sommet (mais les gains ont été limités à quelques secteurs) et le taux des bons du Trésor à 10 ans a franchi le seuil clé de 3 %.1 Étant donné que le taux des bons du Trésor américain à 10 ans est habituellement une bien meilleure jauge de la peur que n’importe quel indice boursier (comme l’indice VIX), je ne peux pas m’empêcher de me demander pourquoi le taux des bons à 10 ans a augmenté et s’il va continuer d’augmenter?

Facteurs qui ont une incidence sur le taux à 10 ans

Pour comprendre cette augmentation, il faut connaître les facteurs qui ont une incidence sur le taux à 10 ans. C’est bien connu, les trois facteurs déterminants du taux à 10 ans sont les prévisions de croissance, les anticipations d’inflation et la prime d’échéance.

En termes clairs, la prime d’échéance est définie comme le rendement excédentaire que les investisseurs exigent pour s’engager à détenir une obligation à long terme, plutôt que d’opter pour une série d’obligations à plus court terme. Dans une note de recherche en 2007, la Banque de réserve fédérale de San Francisco disait ceci : « les attentes des investisseurs quant à l’orientation des taux d’intérêt à court terme sur la durée de vie de l’obligation à long terme constituent un facteur clé de la prime d’échéance. »2 Et, cette prime dépend aussi évidemment des perspectives économiques. C’est la raison pour laquelle une hausse du taux des bons du Trésor à 10 ans par rapport aux taux des bons à plus court terme est habituellement considérée comme un facteur positif, car cela sous-entend que les investisseurs sont plus optimistes à l’égard des perspectives économiques.

Cela étant dit, la « prime d’échéance » est une catégorie fourre-tout soumise à la loi de l’offre et de la demande. Et, cette loi est influencée par la vente et l’émission de titres de créance par la banque centrale, ainsi que par les investissements motivés par la peur et par le rendement, comme je l’ai déjà expliqué dans mes blogues.

Les « investissements motivés par la peur »

Parlons un peu des investissements motivés par la peur. Habituellement, lorsqu’ils sont préoccupés par les enjeux macroéconomiques et les conditions du marché, les investisseurs se tournent vers leur « valeur refuge » de prédilection, qui est de plus en plus les bons du Trésor américain. Lorsque la demande de bons du Trésor augmente, les taux chutent proportionnellement. La semaine dernière, nous avons assisté à une foule de situations qui, selon moi, auraient dû inquiéter les investisseurs :

  • Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine ont augmenté; la Chine a récompensé ses autres partenaires commerciaux en réduisant leurs tarifs douaniers dans le but d’aliéner les États-Unis. Selon moi, c’est une sage décision qui montre que la Chine s’attaque au différend commercial comme un joueur d’échec, tandis que les États-Unis se comportent plutôt comme un joueur de dames.
  • Lors d’une réunion cruciale des 27 pays membres de l’Union européenne (UE), le plan de Chequers pour le Brexit (qui énonce les dispositions de la relation post-Brexit du Royaume-Uni avec l’UE) proposé par la première ministre britannique, Theresa May, a été rejeté. M. May subit des pressions de plus en plus fortes de l’intérieur du Royaume-Uni, mais un Brexit sans accord semble de plus en plus probable.
  • Le gouvernement italien doit statuer sur le budget d’ici le 27 septembre mais, comme je le disais plus tôt, ce budget doit concilier les intérêts divergents de son gouvernement de coalition et du mandat de l’UE en matière de discipline budgétaire.

Je suis étonnée de constater qu’à l’issue d’une semaine pleine de rebondissements et de préoccupations macroéconomiques, les investisseurs ont continué d’investir dans des actifs à risque, au détriment des valeurs refuges, comme les bons du Trésor.

Les craintes entourant l’inflation s’intensifient

À mon avis, la récente hausse du taux à 10 ans, surtout à la lumière d’autres événements récents comme l’intensification des guerres commerciales, est attribuable à une augmentation des anticipations d’inflation. Bien que les investisseurs célèbrent les rendements boursiers et le redressement de la courbe des taux (qui laisse sans contredit présager que nous nous éloignons d’une récession), je suis inquiète parce qu’à mon avis, l’inflation provoquée par les tarifs douaniers va nuire à l’économie mondiale, pas rien qu’à l’économie américaine.

De mon point de vue, l’activité boursière de la dernière semaine semble indiquer que les investisseurs commencent à comprendre que les guerres commerciales deviennent réalité et que les États-Unis risquent de se retrouver dans le camp des perdants. Je dirais que cette compréhension se reflète dans la hausse des anticipations d’inflation, facteur qui a une influence sur le taux des bons du Trésor américain à 10 ans, dans la récente dépréciation du dollar américain et dans le rendement des actions chinoises la semaine dernière. L’indice composé de la Bourse de Shanghai a bondi de plus de 4 % la semaine dernière, après avoir été malmené pendant la majeure partie de 2018.3

À surveiller

Les prochains jours s’annoncent très mouvementés :

  • Une suspension des services publics aux États-Unis semble de plus en plus probable car, cette semaine, la Chambre doit faire adopter un important projet de loi qui inclut les dépenses militaires et intérieures prévues pour les prochains mois. Or, le président Donald Trump a menacé d’apposer son véto à ce projet de loi, qui prévoit des dépenses largement inférieures à sa demande de 5 milliards de dollars pour la construction d’un mur le long de la frontière américano-mexicaine. Je pense que les États-Unis parviendront à éviter de justesse une suspension des services publics, mais il va sûrement y avoir du suspense.
  • La date butoir du 30 septembre arrive à grands pas dans le dossier de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain entre les États-Unis et la Canada. À mon avis, il est peu probable que les deux pays parviennent à s’entendre avant la date limite, mais je ne serais pas surprise de voir le délai prolongé.
  • Les tensions commerciales vont probablement se poursuivre, voire même s’intensifier, étant donné que la Chine a annulé les négociations sur les échanges commerciaux qui devaient avoir lieu cette semaine.

Plus important encore, la Réserve fédérale américaine (Fed) va se réunir la semaine prochaine. Selon moi, le taux des fonds fédéraux va très certainement grimper à 200 ou 225 points de base. Je vais surveiller les signes de préoccupations entourant les tarifs douaniers et les autres raisons qui pourraient inciter la Fed à ne pas procéder à une autre hausse de taux en 2018, de même que les signes qui montrent que la Fed s’inquiète de plus en plus de l’inflation, ce qui pourrait évidemment la forcer à relever à nouveau les taux d’intérêt en décembre.

À mon avis, les événements récents nous rappellent l’importance de la protection contre l’inflation dans un portefeuille de placement, car l’inflation augmente souvent quand on s’y attend le moins. Plusieurs catégories d’actifs peuvent offrir une certaine protection contre l’inflation, y compris les titres protégés contre l’inflation, les titres immobiliers, les marchandises et les titres aurifères.

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1 Source : Bloomberg L.P., au 20 sept. 2018.
2 Source : « What We Do and Don’t Know about the Term Premium », Banque de réserve fédérale de San Francisco, 20 juillet 2007.
3 Source : Bloomberg L.P., au 21 sept. 2018.

Renseignements importants

Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.

La diversification ne garantit pas un profit et n’élimine pas le risque de perte.

L’indice S&P 500® est un indice non géré considéré comme représentatif du marché boursier des États-Unis.

L’indice de volatilité du CBOE® (VIX®), l’un des principaux instruments de mesure des attentes de volatilité à court terme, est établi en fonction du prix de levée des options de l’indice S&P 500.

L’indice composé de la Bourse de Shanghai est un indice pondéré en fonction de la capitalisation boursière qui suit le rendement boursier quotidien des actions de catégories A et B cotées à la Bourse de Shanghai.

Les valeurs refuges sont des placements dont la valeur est susceptible de se maintenir ou même d’augmenter en périodes de volatilité des marchés.

Dans un Brexit « sans accord », le Royaume-Uni quitterait l’UE en mars 2019 sans accord officiel établissant les dispositions de leur relation.
Un point de base représente un centième d’un point de pourcentage.

La courbe de taux illustre les taux d’intérêt, à un moment précis, de différentes obligations ayant la même cote de solvabilité, mais différentes dates d’échéance et sert à projeter les variations des taux d’intérêt et l’évolution de l’activité économique.

La valeur des titres indexés sur l’inflation fluctue en fonction des variations des taux d’intérêt réels; elle a tendance à diminuer lorsque les taux d’intérêt réels augmentent et à augmenter lorsque les taux d’intérêt réels baissent. Les paiements d’intérêts sur ces titres varient généralement en hausse ou en baisse avec le taux d’inflation. Les taux d’intérêt réels représentent des taux d’intérêt nominaux (ou déclarés) réduits par l’incidence attendue de l’inflation.

Les placements dans des instruments immobiliers peuvent fluctuer en fonction de facteurs économiques, juridiques ou environnementaux qui se répercutent sur les valeurs des biens, les loyers ou les taux d’occupation des immeubles. Les entreprises immobilières, y compris les FPI ou des structures similaires, sont généralement des sociétés à petite ou moyenne capitalisation et leurs actions peuvent être plus volatiles et moins liquides.

Les marchandises peuvent exposer un épargnant à une plus grande volatilité que les titres traditionnels comme les actions et les obligations et leurs prix peuvent varier considérablement en fonction de la météo, de la politique, des règles fiscales, ainsi que des changements réglementaires et de la conjoncture boursière.

Les fluctuations du prix de l’or et des métaux précieux pourraient nuire à la rentabilité des entreprises du secteur de l’or et des métaux précieux. Les changements de conjoncture politique ou économique des pays où les entreprises du secteur de l’or et des métaux précieux exercent leurs activités pourraient avoir une incidence directe sur le prix de l’or et des métaux précieux.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 24 septembre 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.

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