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Kristina Hooper | 22 janvier 2019

Les marchés sont aux prises avec le dysfonctionnement du gouvernement

La semaine dernière, nous avons été témoins du dysfonctionnement du gouvernement dans plusieurs pays. Tandis que les politiciens du Royaume-Uni et des États-Unis ont continué de défrayer la manchette, le Fonds monétaire international a dévoilé un rapport qui laisse entrevoir un ralentissement de la croissance économique.

Le Royaume-Uni va-t-il décider de partir ou de rester?

Au Royaume-Uni la semaine dernière, le parlement a rejeté massivement le projet de loi sur le Brexit de la première ministre Theresa May et le lendemain, elle a évité de justesse de perdre une « motion de censure » déposée par le chef de l’opposition, Jeremy Corbyn. La question est de savoir « À quoi doit-on s’attendre? » Les votes de la semaine dernière n’ont fait qu’accentuer l’écart qui sépare les deux camps – d’une part, ils ont fait augmenter les probabilités que le Royaume-Uni décide de quitter l’Union européenne sans accord. Et, d’autre part, ils ont fait augmenter les probabilités que le Royaume-Uni décide de rester dans l’Union européenne (EU).

La semaine dernière, la nouvelle a provoqué une appréciation de la livre sterling, ce qui laisse présumer qu’un des deux camps, celui des gens qui veulent que le Royaume-Uni reste dans l’UE – ou qui sont en faveur d’un Brexit très doux – a beaucoup plus de chances de l’emporter. L’UE a fait savoir sans équivoque qu’elle ne fera aucune concession qui augmenterait l’appui de la proposition de Brexit de Mme May. À mon avis, il est plus probable que la date butoir du 29 mars prévue par l’article 50 soit reportée et qu’on assiste à un deuxième référendum sur le Brexit. Plus de 170 chefs d’entreprise ont rédigé un contre-éditorial dans le quotidien The Times la semaine dernière, pour plaider en faveur d’un deuxième référendum sur le Brexit : « La priorité est maintenant d’éviter à tout prix une sortie de l’UE sans accord. Pour ce faire, le seul moyen envisageable est de demander aux citoyens s’ils souhaitent toujours quitter l’UE… Les politiciens ne doivent plus perdre de temps à rêver. Nous exhortons les dirigeants politiques des deux principaux partis à se prononcer en faveur d’un scrutin populaire. »

Annegret Kramp-Karrenbauer, qui va succéder à la chancelière allemande Angela Merkel en tant que chef du parti de l’Union chrétienne-démocrate, a uni sa voix à celle des autres chefs de partis allemands pour lancer un cri du cœur aux Britanniques, dans un article publié dans The Times, et les rassurer en leur disant que l’Europe aimerait qu’ils restent dans l’UE : « Sans votre grande nation, ce continent ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui… Après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne ne nous a pas abandonnés. Elle a accueilli l’Allemagne en tant que nation souveraine et puissance européenne. » L’article énumère aussi ce qui manquerait à l’UE si le Royaume-Uni décidait de partir et termine en disant que « plus que tout, les Britanniques, nos amis de l’autre côté de la Manche, nous manqueraient ».

La balance semble clairement pencher en faveur d’un Brexit doux ou d’un deuxième référendum. D’ailleurs, le débat s’est déjà déplacé vers ce qui pourrait être un deuxième scrutin référendaire, qu’il porte sur une question binaire (telle que « partir ou rester », à l’image du premier référendum) ou qu’il propose diverses options quant au type de relation que les Britanniques aimeraient entretenir avec l’Union européenne (les options possibles seraient de rester dans l’UE, un Brexit doux, un Brexit dur, etc.)

Hier, la première ministre May a dévoilé son Plan B pour le Brexit, qui ressemble énormément au Plan A. (Si les Plans A et B étaient des nouveau-nés, il faudrait mettre du vernis à ongles sur l’orteil d’un des deux bébés pour les différencier.) Mme May a rejeté du revers de la main l’option d’un deuxième référendum ainsi que l’idée de reporter la date butoir prévue par l’article 50. En réaction à cette position très ferme, le chef du parti travailliste, M. Corbyn, a annoncé qu’il envisageait plusieurs votes au parlement sur les options qui permettraient au Royaume-Uni d’éviter un « Brexit sans accord », y compris la tenue d’un autre référendum sur le Brexit.

Dans ce contexte, la possibilité d’un retrait a certes augmenté. Nous allons suivre de près l’évolution de la situation.

La paralysie des services publics aux États-Unis risque-t-elle de nuire aux marchés boursiers?

Le Royaume-Uni n’est pas la seule nation à apprendre à composer avec le dysfonctionnement du gouvernement; les États-Unis sont également doués en la matière. La paralysie partielle des services publics a franchi le cap du mois et il n’y a aucun signe de règlement en vue; fait à noter, les marchés boursiers n’ont pas encore réagi à la situation. La grande question que les gens me posent en ce moment est de savoir si cela risque de changer et quand.

Je crois que les marchés boursiers sont soutenus par l’optimisme quant à une possible résolution de la guerre commerciale opposant les États-Unis et la Chine ou, à tout le moins, d’une amélioration de la situation. Et, comme je l’explique ci-dessous, les investisseurs ont de bonnes raisons d’être optimistes. Cependant, je crois que la paralysie des services publics pourrait finir par avoir une incidence sur les marchés boursiers.

Selon moi, la plus grande menace qui plane sur les marchés boursiers est une décote des États-Unis. Fitch Ratings a averti qu’une décote pourrait survenir dès cette année si la paralysie des services publics se prolonge et si les dysfonctionnements se généralisent, ce qui aurait un impact sur les futures décisions de politique budgétaire, notamment en ce qui a trait au plafond de la dette publique. Rappelez-vous à quel point les marchés se sont effondrés à l’été 2011, lorsque la notation de la dette souveraine américaine a été rétrogradée par Standard & Poor’s.

La sagesse populaire veut que l’impact économique de la paralysie des services publics sera passager, puisque les employés de l’État vont éventuellement toucher leur salaire rétroactivement, comme ce fut le cas par le passé. Or, cette perception repose sur une résolution relativement rapide de la paralysie des services publics. Plus elle s’éternise, plus cela risque de nuire à la croissance économique. Or, les cours boursiers pourraient certainement chuter dans la perspective d’un ralentissement de la croissance économique.

Une autre complication qui pourrait survenir en lien avec la paralysie partielle du gouvernement est que les investisseurs ne savent pas exactement quels organismes gouvernementaux sont visés parce qu’ils dépendent de sources de financement temporaires et quelles en seront les conséquences si la situation perdure. Par exemple, j’ai entendu dire que le nombre de voyages par avion a chuté parce que les gens préfèrent éviter de prendre l’avion pour éviter les longues files d’attente aux contrôles de sécurité. Si cela est confirmé par les données réelles, les actions des compagnies aériennes pourraient en souffrir. Et, tandis que de nombreux fonctionnaires licenciés continuent de travailler sans être rémunérés, le nombre de voyageurs pourrait diminuer davantage avec le temps, ce qui ajouterait aux problèmes créés par la paralysie des services publics.

Par ailleurs, il y a lieu de s’inquiéter des retombées que la plus longue paralysie des services publics de l’histoire des États-Unis aura sur la confiance des entreprises et des consommateurs. Le plus récent indice de confiance des consommateurs, rendu public la semaine dernière, montre une forte baisse de confiance. De plus, l’incertitude en matière de politique économique amène habituellement les entreprises à reporter ou à réduire leurs dépenses d’investissement et l’embauche.

Enfin, on ne peut s’empêcher de se demander ce qui se passerait si les États-Unis étaient confrontés à une grave menace extérieure, que ce soit une guerre ou une autre crise financière de l’envergure de celle de 2008-2009. Les législateurs pourraient-ils parvenir à travailler ensemble pour le bien commun? La crainte de cette possibilité pourrait réellement miner la confiance.

Le FMI prévoit un ralentissement de la croissance économique

Nous ne devons pas nous inquiéter uniquement du dysfonctionnement du gouvernement; plus important encore, nous devrions nous préoccuper du ralentissement de la croissance. Hier, le Fonds monétaire international (FMI) a publié des révisions à ses Perspectives de l’économie mondiale. Le FMI prévoit désormais que l’économie mondiale devrait progresser de 3,5 % en 2019 et de 3,6 % en 2020, soit 0,2 et 0,1 point de pourcentage de moins que prévu en octobre dernier.1

Le FMI a donné plus de détails sur ses perspectives, expliquant que les risques qui planent sur ses prévisions pointent vers un ralentissement : « Une intensification des tensions commerciales par rapport à celles déjà intégrées dans les prévisions demeure l’une des principales sources de risques qui pèsent sur les perspectives. Les conditions financières se sont déjà resserrées depuis l’automne. Plusieurs éléments déclencheurs outre l’intensification des tensions commerciales pourraient accentuer l’aversion pour le risque, ce qui nuirait à la croissance, en particulier compte tenu de l’endettement élevé des secteurs public et privé. Les principaux déclencheurs potentiels sont le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne ‘sans accord’ et un ralentissement plus marqué que prévu de l’économie chinoise. »

Comme vous pouvez le constater, un certain nombre de ces risques de ralentissement économique sont liés au dysfonctionnement des gouvernements et à d’autres enjeux géopolitiques.

La Chine connaît sa plus faible croissance depuis 1990

Juste avant que le FMI ne publie ses prévisions de croissance économique révisées à la baisse, la Chine a annoncé que son taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) pour 2018 se chiffre à 6,6 %.2 Bien que ce soit son plus bas taux de croissance depuis 1990, il est conforme aux attentes. Les prévisions du FMI font craindre un ralentissement marqué de la croissance économique. Or, je persiste à croire que la Chine parviendra à relancer suffisamment son économie par le biais de sa politique budgétaire et monétaire. Par exemple, les autorités chinoises ont annoncé vendredi dernier qu’elles augmenteront les mesures de relance budgétaires, monétaires et administratives. Ces mesures incluent une exemption de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour les petites entreprises et une injection massive de liquidités par la Banque populaire de Chine.

De plus, la Chine aurait aussi avantage à ce que le différend commercial qui l’oppose aux États-Unis prenne fin rapidement, ce qui semble possible si l’on se fie aux récentes actualités. On a appris que le secrétaire du Trésor américain, Steven Mnuchin, a proposé de lever une partie ou même la totalité des  tarifs sur les importations chinoises. Puis, vendredi dernier, on a appris que la Chine a offert de réduire le déficit de la balance commerciale entre les États-Unis et la Chine en achetant plus de biens des États-Unis. En augmentant les importations annuelles de biens en provenance des États-Unis d’une valeur combinée supérieure à mille milliards de dollars, la Chine chercherait à réduire son excédent commercial, qui s’élevait à 323 milliards de dollars l’an dernier, pour le ramener à zéro d’ici 2024.3

C’est le genre de concession mineure que je pense que les États-Unis devraient accepter afin de pouvoir déclarer la fin de la guerre commerciale sino-américaine, car il serait trop difficile d’obtenir des concessions majeures dans certains domaines comme la propriété intellectuelle. Ne soyez pas trop enthousiastes. Juste au moment où les guerres commerciales entre les États-Unis et la Chine semblent se résorber, nous pourrions assister au déclenchement d’une guerre commerciale entre les États-Unis et l’UE.

Voici ce que nous allons surveiller :

Le grand événement de la semaine sera le Forum économique mondial de Davos, dont le thème de cette année est la mondialisation et qui tombe à un moment très opportun, compte tenu des efforts de démondialisation déployés par divers pays. Malheureusement, des perturbations dans certains pays ont empêché plusieurs chefs d’État de se rendre à Davos. Le président Donald Trump et la délégation américaine n’y assisteront pas en raison de la paralysie des services publics, tandis que le président français Emmanuel Macron doit s’affairer à régler la crise des gilets jaunes. Comme on le sait, la première ministre britannique, Theresa May, a d’énormes problèmes de régie interne à régler et n’ira évidemment pas à Davos. De son côté, le premier ministre indien, Narendra Modi, et le président chinois, Xi Jinping, ont choisi de ne pas y assister pour se concentrer sur les enjeux locaux.

À la lumière de la révision à la baisse des prévisions de croissance du FMI, notamment pour la zone euro, nous allons également accorder une attention particulière aux nombreuses statistiques économiques européennes qui seront rendues publiques cette semaine, y compris l’indice de confiance des consommateurs et l’indice manufacturier des gestionnaires en approvisionnement (PMI). Nous allons aussi surveiller l’indice PMI manufacturier Caixin de la Chine, car tous les regards seront braqués sur cet indicateur étant donné l’inquiétude que suscite la menace d’un ralentissement de l’économie chinoise cette année.

Je tiens à réitérer que je m’attends à ce que la croissance économique mondiale ralentisse en 2019, mais pas énormément; et cela correspond aux attentes du FMI pour 2019. Cela étant dit, j’admets qu’il y a des risques de baisse évidents, notamment parce que les problèmes avec lesquels certains pays doivent composer (comme la paralysie des services publics aux États-Unis, l’incertitude liée au Brexit, les manifestations des gilets jaunes en France et les tarifs sur les biens chinois) pourraient réunir les « conditions idéales » pour transformer un léger ralentissement en un ralentissement plus marqué. Nous allons suivre de près l’évolution de toutes ces situations.

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1 Source : Fonds monétaire international, 12 janvier 2019
2 Source : CNBC, « China’s economy grew 6.6% in 2018, the lowest pace in 28 years », 20 janvier 2019
3 Source : Bloomberg, L.P.

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