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Kristina Hooper | 9 mai 2019

Les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine butent et les actions chutent

Les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine se sont envenimées ces derniers jours et risquent de dérailler temporairement.

Tout a commencé lorsque le président Trump a menacé de porter les tarifs sur 200 milliards de dollars de biens chinois à 25 % le 10 mai, sous prétexte que la Chine étire le processus de négociation et tente de « renégocier » l’accord. Il a aussi menacé d’imposer des tarifs de 25 % sur d’autres biens. La Chine a riposté en menaçant de mettre fin aux négociations sur les échanges commerciaux prévues cette semaine entre les États-Unis et la Chine.

Que doit-on comprendre de ces développements? Premièrement, cela montre que les États-Unis sont pressés de conclure un accord. Cela sous-entend que les relations commerciales ont un impact négatif sur l’économie américaine, alors que l’Administration commence à planifier les élections présidentielles de 2020. Cela peut sembler difficile à croire, compte tenu des très bonnes statistiques économiques américaines des derniers temps, y compris le produit intérieur brut (PIB) du premier trimestre largement supérieur aux attentes et l’excellent rapport sur l’emploi d’avril. Cependant, je crois que les guerres tarifaires nuisent à l’économie américaine et que la situation pourrait empirer. Des signes avant-coureurs se sont déjà manifestés; on n’a qu’à penser au plus récent indice ISM manufacturier. En avril, il s’établissait à 52,8 points, en baisse de 2,5 points par rapport aux 55,3 points enregistrés en mars.1 Le signal qui est particulièrement préoccupant est l’indice des nouvelles commandes, qui se chiffre à 51,7 points, un recul de 5,7 points par rapport aux 57,4 points du mois de mars.2 Certains commentaires des gestionnaires en approvisionnement du sondage ISM appuient ma thèse voulant que les tarifs causent des problèmes :

« Les tarifs font grimper les prix des pièces d’ordinateurs et les fabricants s’approvisionnent ailleurs qu’en Chine, dans des pays qui ne sont pas touchés par les tarifs. » (Ordinateurs et produits électroniques)

« Nous surveillons les tarifs et les problèmes frontaliers avec le Mexique, qui constituent une menace potentielle. Une fois que l’accord commercial avec la Chine aura été conclu, la situation va se stabiliser avec les fournisseurs et cela va faciliter la gestion des coûts. » (Machinerie)

Même si elles ont augmenté ces derniers mois, probablement en raison des incitatifs inclus dans les mesures de réforme fiscale, les dépenses d’investissement des entreprises demeurent relativement faibles, ce qui dénote la grande incertitude causée par la politique économique issue de la guerre commerciale opposant les États-Unis et la Chine, qui fait chuter les dépenses d’investissement. Cela a été confirmé par certains commentaires qui ont été formulés dans les réponses au sondage ISM manufacturier :

« L’incertitude entourant les prix des produits de base, qui découlent en partie des craintes d’un ralentissement économique et des politiques commerciales et tarifaires, a incité mon entreprise à réduire ses dépenses d’investissement en 2019. Nos dépenses d’investissement en 2019 vont se maintenir sensiblement au même point qu’en 2016. » (Produits de pétrole et de charbon)

« [Nous] surveillons de près la situation frontalière avec le Mexique et les tarifs. » (Équipement de transport)

Cela a également été confirmé par d’autres commentaires d’entreprises. Par exemple, dans le Livre beige de mars de la Réserve fédérale américaine, on peut lire ceci : « de nombreux contacts dans le secteur manufacturier ont dit craindre une baisse de la demande mondiale, des coûts plus élevés en raison des tarifs et l’incertitude persistante à l’égard des politiques commerciales ». Par ailleurs, une étude menée par la Banque de réserve fédérale de New York, la Princeton University et la Columbia University a conclu que les tarifs sur l’acier et l’aluminium ont fait payer aux entreprises et aux consommateurs 3 milliards de dollars par mois en coûts additionnels en 2018. D’après une étude du Peterson Institute for International Economics, les tarifs sur l’acier et l’aluminium ont fait augmenter les prix des produits en acier de près de 9 % l’année dernière, ce qui représente 5,6 milliards de dollars en coûts additionnels pour les utilisateurs d’acier.

Bien que la Chine ait enregistré de meilleures statistiques économiques récemment, notamment en ce qui concerne son PIB, son plus récent indice PMI est décevant. De toute évidence, la Chine aimerait conclure un accord elle aussi, puisque les guerres commerciales nuisent à son économie. Cependant, elle ne veut surtout pas se voir forcée de conclure un accord qui comporte des clauses indésirables. Alors, comme on pouvait s’y attendre, la Banque populaire de Chine (BPC) a annoncé tôt lundi matin une réduction du coefficient de réserves-encaisse (CRE) qui va injecter 280 milliards RMB dans les marchés, ce qui laisse présumer que la Chine n’a pas l’intention de reculer, mais cherche plutôt à relancer la croissance économique pour composer avec les effets négatifs des tarifs additionnels.

À mon avis, les autorités chinoises vont tout mettre en œuvre pour atténuer les accès de volatilité des marchés financiers en ayant recours à des mesures de relance monétaire si nécessaire. Cela s’inscrit dans la foulée des mesures de relance monétaire et budgétaire musclées adoptées par la Chine depuis près d’un an. De plus, la Chine va probablement continuer de stimuler son économie pour s’assurer que les États-Unis ne seront pas en mesure de la forcer à accepter un accord commercial qu’elle jugerait défavorable.

Malheureusement, la conclusion d’un accord commercial entre les États-Unis et la Chine avait été escomptée dans les cours boursiers américains et chinois et c’est la raison pour laquelle nous avons assisté à un repli marqué. Ce repli a semé énormément d’incertitude quant à l’issue des négociations et forcé les investisseurs à prendre en considération la possibilité qu’un accord commercial ne puisse pas être conclu à court terme et que les tarifs augmentent. Voilà pourquoi nous nous attendons à une forte volatilité.

Nous assisterons peut-être à l’adoption d’autres mesures, comme la Chine qui pourrait multiplier les mesures de relance, et à la profération d’autres menaces, comme les États-Unis qui pourraient modifier leurs exigences de contrôle des exportations pour causer du tort à la Chine.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il est peu probable que les actions américaines et chinoises et les obligations chinoises enregistrent des replis aussi marqués qu’à l’automne 2018, et ce, pour plusieurs raisons. Premièrement, les États-Unis, mais surtout la Chine, ne seront probablement pas aussi proactifs pour contrer les retombées négatives boursières et économiques des guerres tarifaires. Deuxièmement, la Réserve fédérale américaine a adopté une politique monétaire beaucoup plus accommodante, qui devrait contribuer à calmer les marchés des capitaux à l’échelle mondiale.

À mon avis, les épargnants doivent s’attendre à ce que la volatilité perdure, surtout à la baisse, à mesure que la situation va progresser. Que les États-Unis et la Chine concluent ou non un accord commercial sous peu, je crois que les replis provoqués par les tarifs vont procurer de bonnes occasions de placement dans les actions américaines et chinoises et dans les obligations chinoises aux investisseurs qui ont un horizon temporel suffisamment long. Évidemment, ils devront sélectionner les titres avec soin, mais les occasions vont se multiplier lorsque nous assisterons à des replis provoqués par la peur.

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