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Kristina Hooper | 24 janvier 2018

Les perturbations abondent, mais cela aura-t-il une incidence sur les marchés?

Depuis un an, je vous répète que la perturbation est un thème dominant pour les marchés et l’économie. Au cours de la dernière semaine, à la lumière de la suspension des services publics aux États-Unis, des efforts soutenus pour former une coalition en Allemagne et de la conclusion d’un accord olympique en provenance de la péninsule coréenne, tout indique que le thème de la perturbation reste à l’avant-scène, en particulier les perturbations géopolitiques.

Le gouvernement américain sera-t-il paralysé, les cours boursiers vont-ils réagir?

Au moment où j’ai rédigé le présent commentaire, il y avait une suspension des services publics aux États-Unis, mais des rapports indiquaient qu’un projet de loi sur les dépenses à court terme pourrait être approuvé prochainement pour financer le gouvernement jusqu’au 8 février. Ce phénomène est désormais monnaie courante en Amérique. Il y a eu 18 suspensions des services publics de durées variables au cours de chaque présidence depuis Gerald Ford, à l’exception de la présidence de George W. Bush. La plus longue suspension a duré 21 jours (et s’est produite pendant la présidence de Bill Clinton), mais la majorité sont beaucoup plus courtes. La plupart des suspensions ont eu lieu pendant la présidence de Ronald Reagan; il en a présidé un grand total de huit.

La suspension des services publics dénote un haut niveau de dysfonctionnement politique mais, comme la plupart des risques géopolitiques, elle n’a généralement pas de retombées durables sur les marchés financiers. En fait, d’après mon analyse de la performance des marchés boursiers au cours des dernières suspensions des services publics, il semble que les marchés soient de moins en moins sensibles à ce type de perturbation, car les investisseurs se familiarisent avec le processus de fermeture et de réouverture du gouvernement. En règle générale, les cours boursiers ont baissé pendant les suspensions des services publics dans les années 70 et 80, mais ils sont demeurés généralement stables et ont parfois même augmenté pendant les suspensions plus récentes. Bien que la suspension actuelle soit inhabituelle dans la mesure où un parti contrôle à la fois les pouvoirs exécutif et législatif du gouvernement, je ne m’attends pas à de graves conséquences; autrement dit, elle ne devrait pas avoir de retombées durables sur les marchés boursiers.

La France et l’Allemagne cherchent à tisser des liens politiques

Pendant ce temps en Allemagne, la chancelière Angela Merkel a fait des progrès depuis septembre dans sa tentative de former un gouvernement de coalition. Après avoir échoué l’automne dernier à réunir les partis favorables aux entreprises et à l’environnement dans un gouvernement de coalition, Mme Merkel a tenté de séduire un ancien allié, le Parti social-démocrate (SPD). Bien que le SPD ait précédemment refusé de former un gouvernement de coalition avec Mme Merkel, les dirigeants du parti ont voté dimanche en faveur de l’amorce d’un processus de négociations en vue de former un gouvernement de coalition avec le parti de Mme Merkel. Même si je crois que c’est un pas dans la bonne direction, c’est loin d’être un fait accompli. Le parti s’est simplement engagé à entamer des pourparlers, rien de plus. Il y a toujours le risque que les tentatives échouent et que des élections anticipées doivent être déclenchées en Allemagne. Jusqu’à présent, l’économie et les marchés financiers allemands ne se sont pas inquiétés de ce qui est désormais la plus longue période postélectorale sans qu’un gouvernement se soit formé depuis la Seconde Guerre mondiale. Cependant, je crois que, tant et aussi longtemps que l’économie mondiale continuera d’afficher une forte croissance, tout va continuer de bien aller, même s’il est nécessaire de déclencher des élections anticipées.

Alors que Mme Merkel se concentre sur les relations intérieures et travaille d’arrache-pied pour former un gouvernement, il semble que le président relativement nouveau de la France, Emmanuel Macron, mise de plus en plus sur les relations extérieures. Tout a commencé avec le discours de M. Macron, en septembre, qui plaidait en faveur d’une réforme ambitieuse de l’Union européenne (UE). La semaine dernière, il a rencontré la première ministre du Royaume-Uni, Theresa May, pour aborder la question du Brexit. Il y a quelques éléments à retenir de cette réunion. Premièrement, l’UE ne semble pas intéressée à élaborer une relation sur mesure avec le Royaume-Uni; elle préférerait une relation standard inspirée du modèle norvégien-britannique ou de la relation Canada-Royaume-Uni. Deuxièmement, il semble que M. Macron ne soit pas seulement le leader de la France, mais aussi le leader officieux de l’UE étant donné la vulnérabilité de Mme Merkel dans son pays natal.

Les Jeux Olympiques réunissent la Corée du Nord et la Corée du Sud – du moins pour le moment

Les vents de changements géopolitiques, s’ils soufflent assez fort, peuvent déstabiliser des institutions et forger de nouvelles alliances. Un développement inhabituel qui a émergé ces dernières semaines des tensions accrues entre les États-Unis et la Corée du Nord est l’amélioration des relations entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. Bien qu’ils soient encore loin d’avoir atteint la paix et l’harmonie, les deux pays ont entamé des pourparlers et, dans un geste surprenant, ont décidé que leurs athlètes respectifs marcheront ensemble sous un drapeau unifié aux prochains Jeux Olympiques.

Je préfère attendre que la situation évolue davantage avant de clamer haut et fort que nous assistons à la chute d’un mur de Berlin des temps modernes. Il se peut que ce soit une tentative de la Corée du Nord de montrer à la Chine qu’elle désapprouve sa décision d’appliquer de manière plus stricte les sanctions commerciales imposées par les Nations Unies à la Corée du Nord. (La Chine ne souhaite pas la réunification de la Corée, car elle pourrait devenir une superpuissance économique beaucoup plus redoutable.) Les événements des derniers jours ont soutenu cette thèse, alors que les États-Unis ont félicité la Chine d’avoir coopéré avec les sanctions et excorié la Russie de les avoir transgressées.

Cette semaine : Reprise des négociations sur l’ALENA

Comme je l’ai déjà mentionné, le plus gros risque de marché lié aux perturbations géopolitiques est le protectionnisme, qui nuit au commerce. Le protectionnisme peut être un puissant frein à la croissance économique, ce qui signifie qu’il peut également avoir un impact négatif sur les marchés boursiers. Il ne faut pas oublier que de nombreux économistes ont accusé le protectionnisme d’avoir exacerbé la grande dépression des années 30 et nous ne pouvons pas ignorer la menace très réelle du protectionnisme aujourd’hui.

C’est cette semaine à Montréal que reprennent les négociations sur l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), au lendemain d’un tweet du président américain Donald Trump qui a qualifié l’ALENA de « farce ». En dépit des multiples manœuvres politiques, il semble probable que les négociations sur l’ALENA vont demeurer non résolues pendant un certain temps encore. Le Mexique tiendra des élections nationales cet été et il se peut que les négociations soient suspendues avant la campagne. À mon avis, le scénario idéal serait que les négociations se terminent plus tôt que tard et que les trois parties en cause décident de moderniser cet accord commercial qui date de 25 ans. Cependant, la modernisation de l’ALENA prendra probablement beaucoup de temps, d’où ma conclusion que les négociations s’étireront probablement pendant plusieurs mois. De plus, même si les États-Unis choisissent de se retirer, ce qui, à mon avis, est le pire scénario pour les trois économies, il faut savoir que le retrait de l’ALENA nécessite un préavis de six mois. Par conséquent, nous aurons tous le temps de digérer la mauvaise nouvelle, le cas échéant.

Éléments à retenir

En résumé, les tensions s’intensifient un peu partout sur la planète. Cependant, les perturbations géopolitiques n’ont habituellement aucune incidence sur les marchés boursiers, à moins qu’elles ne deviennent extrêmes. Et, là encore, l’impact est généralement à court terme; on assiste habituellement à une baisse du marché boursier et du taux des bons du Trésor américain à 10 ans, et peut-être aussi à une augmentation du prix de l’or. L’exception à la règle est le protectionnisme, qui peut avoir des répercussions sur le commerce, la croissance économique et les marchés financiers, mais davantage par le biais d’un lent processus d’érosion, par opposition à une chute soudaine.

Nous ne pouvons pas ignorer que souvent les perturbations peuvent faire surgir des occasions, comme l’a souligné l’économiste Joseph Schumpeter à propos de l’innovation économique et du cycle économique. Je crois que la théorie de la destruction créatrice peut aussi s’appliquer à la géopolitique : le « vent de la destruction créatrice » peut déchaîner des forces positives autour du globe, créant de nouveaux partis politiques et de nouvelles institutions susceptibles d’être plus efficaces et favorables à la croissance économique.

À mon avis, la France en est un bon exemple : à pareille date l’année dernière, le pays était en proie à la discorde, alors que de puissants mouvements extrémistes de droite et de gauche s’inquiétaient à savoir qui pourrait éventuellement unir une nation aussi divisée, étant donné que l’électorat est de plus en plus las du système bipartite traditionnel. Emmanuel Macron a formé un nouveau parti politique et, en l’espace d’un an, a été élu président et son parti a remporté la majorité au Parlement. Cette semaine, il va accueillir des dirigeants d’entreprise à l’occasion d’un sommet qui précède le Forum économique mondial de Davos afin de promouvoir la France comme destination favorable aux entreprises, une affirmation qui aurait été considérée comme plutôt absurde il y a quelques années à peine.

Et, comment oublier le bitcoin, qui est né et a grandi dans la foulée de perturbations géopolitiques. N’eût été de la crise financière mondiale et de la crise de la dette en Grèce, je doute qu’il y aurait eu autant de demande pour une monnaie numérique totalement dépourvue d’intervention gouvernementale et de participation des banques privées. Ces deux crises ont été si perturbatrices qu’elles ont suscité la méfiance des gouvernements et des banques, ce qui a ouvert la porte à une cryptodevise rendue possible grâce à l’utilisation d’une technologie incroyablement innovante et révolutionnaire : la chaîne de blocs.

Bien que M. Macron ait commis quelques bévues et que le bitcoin soit loin d’être une devise de rechange parfaite, les deux représentent de nouvelles idées et de nouvelles occasions. Et, qui sait, peut-être que la dix-neuvième suspension des services publics aux États-Unis marquera le début de la création d’un troisième parti politique aux États-Unis ou jettera les bases d’une nouvelle forme de négociation du financement de l’État. Peut-être aussi que ces événements ne feront qu’attiser la volatilité des marchés. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre, cela ne devrait pas avoir d’importance pour les investisseurs qui ont un horizon de placement à long terme.

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Dans la théorie économique, la destruction créatrice décrit comment l'innovation peut briser des ententes de longue date et révolutionner les structures économiques.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 22 janvier 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas de ces estimations.

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