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Kristina Hooper | 18 mai 2018

Les perturbations des marchés ne prennent jamais de vacances

Depuis plus d’un an, je vous parle des répercussions de plus en plus profondes que les perturbations ont sur les marchés mondiaux. Les événements de la semaine dernière illustrent bien que ce thème ne prend jamais de vacances.

Perturbations liées aux politiques monétaires

Il y a une dizaine d’années, beaucoup de grandes banques centrales ont adopté une politique monétaire ultra-accommodante, et la plupart ont eu recours à une politique monétaire expérimentale, en réaction à la crise financière mondiale. Étant donné que la normalisation de la politique monétaire, après des mesures aussi extrêmes, pourrait bien causer des perturbations, les banques centrales tentent de retirer délicatement les mesures de relance monétaire, ce qui est une expérience en soi.

La Banque d’Angleterre, qui se trouve dans une situation particulièrement complexe en raison du Brexit, en est le parfait exemple. Jusqu’à il y a un mois, on s’attendait à ce que la Banque d’Angleterre maintienne la politique de hausses de taux qu’elle vient tout juste d’adopter à sa réunion de mai. Or, après avoir signalé pendant des semaines qu’il n’agirait pas de la sorte, le comité de la politique monétaire de la Banque d’Angleterre s’est réuni la semaine dernière et 7 membres contre 2 ont voté en faveur de laisser le taux directeur à 50 points de base. Lors de la conférence de presse qui a suivi cette réunion, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, a justifié cette décision en disant que l’économie n’a pas atteint le taux de croissance attendu depuis sa dernière réunion et qu’elle a ralenti de façon marquée au premier trimestre, le Royaume-Uni inscrivant un taux de croissance d’à peine 0,1 %1 (taux que M. Carney a attribué en grande partie au mauvais temps). La Banque d’Angleterre a également révisé à la baisse sa prévision de croissance pour 2018, la ramenant de 1,8 % à 1,4 %.

Il est évident que la Banque d’Angleterre disposait de la marge de manœuvre nécessaire pour laisser son taux directeur inchangé, puisque le taux d’inflation était inférieur aux attentes d’un taux annualisé de 2,5 % pour le mois de mars.1 À mon avis, cette décision est logique compte tenu de l’incertitude entourant le Brexit. L’incertitude en matière de politique économique est une puissante force négative qui a toujours découragé les investissements des entreprises. La conjoncture qui règne au Royaume-Uni peut être qualifiée de très incertaine, étant donné qu’on ignore encore en grande partie comment l’économie va fonctionner après le Brexit. Rappelez-vous que le Royaume-Uni est parvenu à négocier une période de transition, qui lui donne jusqu’en janvier 2021; cela donne au Royaume-Uni un peu plus de temps pour négocier les détails du Brexit, mais cela a également pour effet de faire perdurer l’incertitude. Pour compliquer les choses, certains disent que la période de transition est trop courte. Lord David Hannay, ex-ambassadeur du Royaume-Uni à la Communauté économique européenne et aux Nations Unies, a déclaré ceci dans une récente entrevue : « À mon avis, il est fort probable que nous ne parviendrons pas à former un nouveau partenariat entièrement fonctionnel (avec l’UE) d’ici janvier 2021. Dans toutes mes lectures et conversations, je n’ai trouvé personne qui pense sérieusement le contraire ».2 Si la période de transition est prolongée, cela donnerait un peu de marge de manœuvre au Royaume-Uni mais, comme je le disais plus tôt, cela prolongerait aussi la période d’incertitude, ce qui, selon moi, risque de nuire aux entreprises britanniques. Le Brexit est le parfait exemple de perturbations géopolitiques qui ont des répercussions aux quatre coins du monde.

Perturbations géopolitiques

La majeure partie des risques géopolitiques que nous observons aujourd’hui, y compris le Brexit, découlent du populisme, qui est très puissant. Le populisme a pris des proportions gigantesques dernièrement dans divers pays, y compris l’Italie, où un gouvernement de coalition vient tout juste d’être formé entre le Mouvement 5 étoiles et la Ligue (l’ancienne Ligue du Nord). Cette coalition pourrait bien donner naissance à un monstre semblable à celui du docteur Frankenstein : la Ligue promet un taux d’imposition unique de 15 % pour les sociétés et les particuliers et le Mouvement 5 étoiles promet un revenu de base pour les Italiens à faible revenu, ce qui risque de faire augmenter les dépenses publiques et diminuer les recettes fiscales. Ensemble, ces promesses électorales discordantes pourraient aggraver la situation de la dette publique de l’Italie et faire en sorte que le pays ne respecte pas ses engagements dans le cadre du pacte conclu avec l’Union européenne.

Les perturbations géopolitiques ont semblé se multiplier la semaine dernière, alors que les États-Unis ont annoncé leur retrait de l’accord sur le programme nucléaire de l’Iran. Cela soulève énormément d’incertitude pour les entreprises européennes, qui se sont fait dire par les États-Unis de cesser de faire des affaires avec l’Iran. Le conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, John Bolton, a récemment lancé un avertissement disant que les États-Unis pourraient imposer des sanctions aux entreprises européennes qui continuent de faire des affaires avec l’Iran. La Russie et la Chine vont évidemment continuer de faire des affaires avec l’Iran, mais les entreprises européennes, qui ont considérablement augmenté leurs investissements depuis la signature d’un accord commercial multilatéral, devront peut-être faire un choix difficile si les États-Unis refusent de céder.

La préoccupation la plus immédiate est, bien sûr, la hausse des prix du pétrole, qui était prévisible. Le prix du baril de pétrole brut intermédiaire de l’Ouest du Texas a atteint un sommet en trois ans au lendemain de l’annonce du retrait des États-Unis de l’accord sur le programme nucléaire de l’Iran.3 Les prix du pétrole pourraient continuer d’augmenter mais, à mon avis, il y a un prix plafond intrinsèque, puisque des prix plus élevés pourraient déclencher une augmentation de la production aux États-Unis, qui finirait par exercer des pressions à la baisse sur les prix du pétrole. Mais comme cela n’arrivera pas du jour au lendemain, j’entrevois une hausse des prix du pétrole à court terme.

Éléments à retenir

Quand il y a des perturbations dans l’air, il ne faut pas s’étonner de voir les marchés réagir. Par exemple, les titres de créance des marchés émergents ont subi des pressions récemment, par suite des hausses de taux aux États-Unis. Les actions des marchés émergents ont été sous pression pendant la majeure partie de cette année, principalement parce que les investisseurs craignent que la Réserve fédérale américaine accélère la cadence de la normalisation de sa politique monétaire. L’écart de taux entre les bons du Trésor américain à 2 et à 10 ans rétrécit depuis un certain temps et est tombé à son plus bas niveau en une dizaine d’années; à l’heure actuelle, moins de 50 points de base séparent leurs taux respectifs.4 Aucun de ces événements boursiers ne laisse présager un danger imminent, mais ils indiquent que les marchés sont perturbés. La bonne nouvelle est que ces perturbations créent des occasions de placement pour les investisseurs qui ont le courage nécessaire et un long horizon de placement. À mon avis, cela est particulièrement vrai pour les actions des marchés émergents, qui offrent des valorisations attrayantes et un bon potentiel de croissance. Évidemment, en pareilles circonstances, il faut sélectionner les titres avec soin.

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1 Source : UK Office for National Statistics.
2 Source : Business Insider, « Britain is heading for a disastrous Brexit cliff-edge unless the ‘ridiculously short’ transition is extended », le 10 mai 2018.
3 Source : Bloomberg L.P., au 9 mai 2018.
4 Source : Bloomberg L.P., au 14 mai 2018.

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