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Kristina Hooper | 19 octobre 2017

Les perturbations, les divergences et la dette continuent d’influencer les marchés

La semaine dernière, nous avons été témoins de plusieurs événements qui mettent en lumière ma vision des perturbations, des divergences et de la dette, trois facteurs critiques qui influencent les marchés et qui étaient très présents dans les manchettes récemment.

Perturbations

Les perturbations peuvent revêtir différentes formes, mais celles qui nous occupent en ce moment sont de nature géopolitique ou liées aux politiques monétaires.

Perturbations géopolitiques. Le populisme se porte très bien, comme en témoignent les résultats des élections qui se sont tenues en Autriche en fin de semaine. Malgré tous les problèmes rencontrés par le Royaume-Uni dans ses efforts pour se séparer de l’Union européenne (UE), les électeurs autrichiens ont adopté une attitude plus sceptique à l’égard de l’UE; le Parti populaire autrichien, parti nationaliste, a recueilli le plus de voix et va probablement former un gouvernement de coalition avec un autre parti de droite. L’Autriche fait écho à son voisin, la Hongrie, qui a aussi élu un président populiste.

Les élections autrichiennes surviennent alors que la Catalogne tente encore de négocier son indépendance de l’Espagne. La Catalogne est impatiente de se joindre à l’UE en tant que membre à part entière, mais ses efforts risquent d’être entravés par la doctrine Prodi, qui vise à pénaliser toute région qui se détache d’un État membre en retardant son entrée dans l’UE. Si la Catalogne ne peut pas adhérer immédiatement à l’UE et doit plutôt suivre le long processus de demande d’adhésion des non-membres, elle se retrouvera dans une situation désespérée sans partenaires commerciaux clés pendant une longue période. Il va sans dire que des mouvements plus populistes (nationalistes et plus régionaux) pourraient menacer la stabilité de l’UE.

De plus, il y a désormais énormément d’incertitude entourant l’accord nucléaire iranien, qui est maintenant sérieusement compromis par la décision du président américain Donald Trump de « décertifier » l’Iran. Cela ne signifie pas que l’accord ne tient plus, mais qu’il a de fortes chances d’être résilié. Le groupe de réflexion conservateur, le Cato Institute, s’oppose à la résiliation de cet accord, car s’il n’a pas résolu tous les problèmes liés aux relations entre les États-Unis et l’Iran, il a tout de même réussi à empêcher la prolifération des armes nucléaires. Qui plus est, la résiliation de cet accord conclu avec l’Iran pourrait nuire à toute stratégie visant à résoudre le conflit avec la Corée du Nord. Étant donné que les solutions pour freiner les tentatives de prolifération d’armes nucléaires en Corée du Nord sont plutôt rares, un accord semblable à celui qui a été conclu avec l’Iran était considéré comme l’un des seuls moyens viables de contenir les ambitions nucléaires de la Corée du Nord; si cet accord est résilié, cela éliminerait fort probablement cette option.

Par ailleurs, les négociations sur l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) se poursuivent sur fond de profonde rancune. Les États-Unis présentent des demandes, particulièrement en ce qui a trait aux exigences relatives aux « règles d’origine », ce qui risque de ne pas aboutir à un accord commercial, puisque le Canada et le Mexique s’y opposent farouchement. La Chambre de commerce des États-Unis appuie la mise à jour et la modernisation de l’ALENA, mais s’oppose à la résiliation de l’accord, qui semble être un scénario probable dans l’état actuel des négociations. Je me range du côté de la Chambre de commerce, qui soutient que la fin de l’ALENA pourrait nuire à l’économie américaine. En particulier, la Chambre de commerce a fait valoir que l’ALENA soutient près de 14 millions d’emplois américains, dont près de 5 millions créés spécifiquement par l’accord. L’un des secteurs de l’économie américaine qui risque d’être parmi les plus durement touchés est celui de l’agriculture, car les exportations vers le Canada ont triplé depuis l’entrée en vigueur de l’ALENA, alors que les exportations vers le Mexique ont quintuplé.

Perturbations liées aux politiques monétaires. La recherche d’un nouveau président du conseil de la Réserve fédérale américaine (Fed) se poursuit; le président Trump a interviewé des candidats la semaine dernière. Selon des rumeurs, le gouverneur de la Fed Jerome Powell est actuellement en tête, suivi de l’ex-gouverneur, Kevin Warsh, de la présidente en poste, Janet Yellen, et de l’économiste de l’Université de Stanford, John Taylor. Plus bas dans la liste, on trouve le directeur du Conseil économique national, Gary Cohn, et le président de la Fed de Minneapolis, Neel Kashkari. Ce choix revêt une importance capitale car la Fed se dirige vers l’inconnu, entamant la normalisation de son bilan et un resserrement graduel de sa politique monétaire. Tout dépendant des visées de son nouveau président du conseil, la Fed pourrait évoluer dans différentes directions.

Selon moi, le favori, M. Powell, est le candidat le plus susceptible de maintenir le statu quo, tandis que M. Warsh risque de déranger, si l’on se fie à ses critiques virulentes de la politique de la Fed ces dernières années. M. Warsh qui, selon moi et malgré les apparences, a de meilleures chances d’être choisi par le président Trump a de profondes convictions en matière de politique monétaire, qu’il a exprimées dans un certain nombre de ses écrits ces dernières années. En plus de favoriser la déréglementation financière, il semble plus enclin à adopter un processus de normalisation plus belliciste. Par exemple, il préconise d’abaisser la cible d’inflation de la Fed de 2 % à 1 %, ce qui accélérerait les hausses de taux. En outre, il est peu probable qu’il maintienne une politique monétaire « dépendante des statistiques » (dont l’orientation repose sur les données économiques), étant donné son appui apparent à une méthode qui s’apparente à « l’analyse des tendances » (qui permet de rajuster la politique monétaire en fonction des tendances émergentes). Nous allons suivre ce dossier avec énormément d’intérêt car cela pourrait être le poste le plus important au monde en ce moment, puisque le processus de normalisation de la Fed pourrait créer des perturbations sur les marchés.

Je tiens à préciser que M. Kashkari, bien qu’il soit un candidat improbable, pourrait s’avérer un bon choix. Non seulement il ferait probablement preuve de doigté en matière de politique monétaire (à un moment où il est probablement logique de jouer de prudence), mais, plus important encore, son expérience pendant la crise financière mondiale au sein de l’équipe du secrétaire du Trésor Hank Paulson pourrait être d’un précieux secours advenant une autre grave récession. À mon avis, son CV à lui seul pourrait calmer les marchés, tout comme l’expérience de l’ancien président de la Fed, Ben Bernanke, en tant qu’expert de la Grande Dépression, l’avait fait il y a une décennie.

Divergences

Le thème des divergences a également fait surface la semaine dernière, alors que le Fonds monétaire international (FMI) a révisé ses estimations de croissance pour certains grands pays. Le FMI a déclaré que « la reprise mondiale de l’activité économique se renforce » et a révisé à la hausse ses projections de croissance pour le Japon, la Chine, la zone euro et la Russie. Par contre, il a révisé à la baisse ses projections de croissance pour le Royaume-Uni, l’Inde et les États-Unis et identifié certains risques qui planent sur la croissance mondiale. Cela nous rappelle que, même dans une conjoncture de croissance mondiale, les perspectives peuvent varier d’une économie à une autre et qu’il peut y avoir des différences dans les évaluations régionales, ce qui, je crois, illustre bien la nécessité de la diversification internationale.

Dette et démographie

Le projet de réforme fiscale aux États-Unis a été analysé et le Committee for a Responsible Federal Budget (comité pour un budget fédéral responsable) estime que cette législation ajoutera 2,2 milliards de dollars américains au déficit fédéral au cours des dix prochaines années, soit 2 700 mille milliards de dollars en prenant en compte les intérêts. Cela s’ajoute aux prévisions du Congressional Budget Office, qui font état d’une augmentation de la dette publique des États-Unis de 15 mille milliards de dollars américains aujourd’hui à 25 mille milliards de dollars américains en 2027.

Le Japon se trouve dans une situation similaire, puisqu’il s’est appuyé sur des mesures de relance budgétaire pour stimuler la croissance économique, malgré le fait que cela a gonflé sa dette fédérale déjà passablement élevée; les élections anticipées au Japon la semaine prochaine laissent présager que la tendance va se maintenir. Par ailleurs, plusieurs pays européens, dont les Pays-Bas et la Belgique, se sont lancés dans des réductions d’impôts et la France devrait être le prochain sur la liste. La réforme fiscale néerlandaise vise la réduction du taux d’imposition des sociétés et la simplification des tranches d’impôt sur le revenu, ce qui s’apparente aux propositions qui sont sur la table aux États-Unis.

Or, je m’attends à ce que les opposants aux déficit aux États-Unis tentent de faire en sorte que le projet de loi sur la réforme fiscale ne soit pas adopté intégralement, voire même à ce qu’il soit profondément modifié, compte tenu des coûts que cela représente. Par exemple, la réduction de l’impôt sur les successions ajouterait 400 milliards de dollars américains au déficit au cours des dix prochaines années, et il va sans dire que cela ne ferait rien pour stimuler l’économie. Il faut se rappeler que toutes les réductions d’impôts n’ont pas la même valeur. Par conséquent, si seulement quelques-unes des réductions d’impôts se concrétisent, il vaudrait mieux que celles qui risquent le plus d’avoir une incidence positive sur l’économie soient adoptées; ce serait le scénario optimal.

Fait intéressant, la raison pour laquelle le FMI a abaissé légèrement ses prévisions de croissance pour les États-Unis la semaine dernière est qu’il ne croit plus qu’un projet de loi sur la réforme fiscale sera adopté. Comme l’expliquait le FMI : « La révision à la baisse des prévisions de croissance par rapport au document Perspectives de l’économie mondiale d’avril reflète une correction majeure des hypothèses de la politique budgétaire américaine. Étant donné l’incertitude considérable qui entoure l’action gouvernementale, la prévision macroéconomique du personnel du FMI repose maintenant sur une politique économique inchangée comme hypothèse de base, alors qu’en avril 2017, elle supposait une relance budgétaire du fait que des baisses d’impôts étaient alors prévues. »

Qu’est-ce que cela signifie pour les marchés?

Cela m’amène à parler de la conjoncture. De nombreux indices boursiers mondiaux ont atteint de nouveaux sommets la semaine dernière, sans doute aidés par l’amélioration des perspectives de croissance mondiale et par des politiques monétaires relativement accommodantes. Aux États-Unis, les actions ont atteint de nouveaux sommets, tandis que l’indice de volatilité du CBOE (ou VIX) demeure bas. De plus, l’évaluation des titres est beaucoup plus élevée sur les marchés boursiers américains qu’ailleurs dans le monde, ce qui les rend plus vulnérables, d’autant plus que le sentiment positif à l’égard des actions américaines repose sans doute en grande partie sur les attentes suscitées par le programme législatif de l’Administration Trump et plus particulièrement sur l’aboutissement de son plan de réforme fiscale. Alors que nous marquons le 30e anniversaire du krach boursier de 1987, nous devons nous rappeler que, peu importe le rendement du marché boursier, nous devons être vigilants.

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Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 16 octobre 2017. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas de ces estimations.

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