Blogue Invesco Canada

Perspectives, commentaire et expertise de placement

Kristina Hooper | 29 mars 2018

Les tarifs douaniers et les craintes d’une guerre commerciale contribuent à un repli boursier

La peur semble commencer à envahir les marchés. Non seulement les actions se sont repliées à l’échelle mondiale la semaine dernière, mais les investisseurs ont fui vers la sécurité des bons du Trésor américain, ce qui a fait chuter le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans à 2,817 %, du jamais vu depuis des semaines. La débâcle de la semaine dernière a été la chute la plus marquée des marchés boursiers en deux ans.

Événements marquants de la semaine dernière

Différents facteurs semblent attiser la volatilité des marchés boursiers :

La réglementation perturbe les marchés. Le repli a débuté dans le secteur des technologies de l’information, en raison des craintes entourant un renforcement de la réglementation du géant des réseaux sociaux Facebook. À mon avis, cela n’aurait pas dû être une source majeure de préoccupation. Après tout, il faut s’attendre à ce que les innovations technologiques mènent à une réglementation plus stricte, car cela fait partie du cycle de vie des produits. Nous devrions également supposer qu’il faut quelques années à la plupart des gouvernements pour comprendre à la fois les capacités et les inconvénients des nouvelles technologies, qu’il s’agisse des cryptodevises ou des médias sociaux, avant de se lancer dans des vérifications réglementaires. En fait, je crois qu’il serait temps de modifier la célèbre citation de Benjamin Franklin : « Dans ce monde, rien n’est certain, sauf la mort et les impôts » pour inclure une troisième certitude : la réglementation.

À mon avis, le problème le plus pressant qui touche le secteur des technologies de l’information est le plan annoncé par l’Union européenne visant à imposer les revenus générés par l’exploitation d’activités numériques. L’imposition des revenus générés par l’exploitation d’activités numériques pourrait nuire aux bénéfices des entreprises, ce qui est toujours préoccupant.

Les tarifs douaniers augmentent les probabilités d’une guerre commerciale d’envergure mondiale. Les craintes légitimes entourant la menace d’une guerre commerciale ont encore plus nui aux marchés boursiers la semaine dernière. Je considère les tarifs douaniers un peu comme des bactéries qui se multiplient dans une boîte de Petri et qui peuvent ralentir la croissance économique. Selon moi, l’Administration Trump a raison de porter les violations des droits de propriété intellectuelle par la Chine à l’attention de l’Organisation mondiale du commerce, comme l’expliquait James Bacchus du Cato Institute dans un récent article.1 Cela étant dit, je crois qu’il est risqué d’adopter des tarifs douaniers pour plusieurs raisons, dont celles énumérées ci-dessous :

  • Des représailles de la Chine sous forme de tarifs douaniers pourraient porter préjudice à certaines entreprises américaines. La Chine était le troisième plus gros marché d’exportation des États-Unis l’année dernière. Certains secteurs d’activité américains, dont l’aérospatiale et l’agriculture, exportent une grosse partie de leur production en Chine et risquent d’être touchées si la Chine adopte des mesures de représailles.
  • Je crois que l’imposition de tarifs douaniers sur les importations de produits étrangers aux États-Unis va faire mal aux consommateurs américains. Un porte-parole de la National Retail Federation a déclaré que les tarifs douaniers vont « punir les Américains ordinaires pour les violations de la Chine », et pourraient annuler les bénéfices de l’ensemble des mesures de réforme fiscale promulguées par le Congrès l’année dernière.2
  • Les représailles peuvent prendre d’autres formes que des tarifs douaniers. Comme je l’ai déjà dit, les gouvernements étrangers pourraient utiliser un outil beaucoup plus puissant, à savoir limiter les achats de bons du Trésor américain ou même vendre ceux qu’ils détiennent. La Chine est le plus gros propriétaire étranger d’obligations américaines, si bien que cela aurait un impact significatif sur les coûts d’emprunt aux États-Unis si elle décidait de réduire ses achats de titres de créance américains, ou encore de cesser d’en acheter. Ce n’est pas seulement une théorie. Dans un récent entretien avec Bloomberg Television, l’ambassadeur chinois aux États-Unis a déclaré que la Chine n’excluait pas la possibilité de réduire ses achats de bons du Trésor américain.

Un resserrement de la politique monétaire semble probable. Le fait que le Federal Open Market Committee (FOMC), aile politique de la Réserve fédérale américaine, s’apprête à adopter une position plus belliciste, a également exercé des pressions à la baisse sur les marchés boursiers. Malgré les estimations de croissance économique américaine révisées en forte hausse par la Fed, les dot plots présentés après la réunion de ce mois‑ci du FOMC prévoient encore seulement trois hausses de taux au total en 2018, ce qui me paraît plutôt surprenant. Cependant, cela pourrait changer si des signes d’inflation, en particulier la croissance des salaires, faisaient surface.

Et, même si la prescription des dot plots, qui prévoit trois hausses de taux en 2018, pouvait sembler rassurante, la projection médiane du taux des fonds fédéraux à la fin de 2019 s’établit maintenant entre 2,75 et 3 %. Cette fourchette représentait la position la plus belliciste du spectre avant la dernière réunion du FOMC, ce qui fait craindre une inversion de la courbe de taux.

Le projet de loi omnibus sur les dépenses et les portes tournantes à la Maison-Blanche n’ont rien pour calmer le jeu. À mon avis, ces autres facteurs ont également causé du tort aux actions la semaine dernière :

  • Après avoir surmonté les objections de la Maison-Blanche, le Congrès a adopté la semaine dernière un projet de loi omnibus qui prévoit des dépenses de l’ordre de 1,3 mille milliards $US. La bonne nouvelle est que cela a permis d’éviter la fermeture du gouvernement. L’envers de la médaille est la perspective d’une augmentation de la dette. Étant donné que les États-Unis dépendent des investisseurs étrangers pour acheter les titres de créance qui lui permettent de rembourser sa dette, il y a lieu de s’inquiéter d’une réduction des achats de bons du Trésor américain par les investisseurs étrangers.
  • On note également un léger soupçon d’inquiétude sous-jacente sur les marchés concernant le rythme effréné des changements de personnel à la Maison-Blanche. Pendant longtemps, les marchés boursiers semblaient insensibles à la tourmente à la Maison-Blanche et tout ce qui s’y passait semblait couler sur les marchés « comme sur le dos d’un canard ». Mais cela pourrait changer, du moins temporairement. Un sujet de préoccupation est l’influence grandissante des protectionnistes, en particulier Peter Navarro, faucon du déficit commercial qui est maintenant conseiller en chef du président Trump en matière de commerce. Par contre, quelques « globalistes » notables ont quitté, y compris l’ancien secrétaire d’État Rex Tillerson et Gary Cohn, qui a démissionné ce mois-ci de son poste de conseiller économique en chef de M. Trump.
  • Par ailleurs, en nommant John Bolton à titre de conseiller à la sécurité nationale en remplacement de H.R. McMaster, je crois que le président Trump a accru le risque que les États-Unis ne soient entraînés dans un ou plusieurs conflits armés, surtout que M. Bolton a une position plutôt belliciste en matière de politique étrangère. À cela s’ajoutent les récents changements apportés à l’équipe juridique de M. Trump dans la foulée de l’enquête du conseiller juridique spécial Robert Mueller sur l’ingérence électorale de 2016, qui risquent de déstabiliser les investisseurs.

Alors, comme vous pouvez le constater, on décèle une certaine inquiétude sur les marchés. Il est toutefois important de noter que les rentrées de capitaux dans les bons du Trésor la semaine dernière étaient plutôt modestes. D’une part, cela semblerait indiquer que les investisseurs ne sont pas très inquiets. D’autre part, cela pourrait indiquer que nous assistons à un changement de notion de « valeur refuge » de la part des investisseurs, étant donné que le prix de l’or a augmenté la semaine dernière. En fait, le prix de l’or augmente à mesure que le prix de l’argent baisse. Cela pourrait être considéré comme un signe que les préoccupations économiques s’accentuent. Lorsque le ratio du prix de l’or par rapport au prix de l’argent a augmenté par le passé, cela s’est généralement produit pendant les périodes d’agitation des marchés, comme la crise financière mondiale de 2008.

Bien que ce fut la plus dure semaine en deux ans pour les marchés boursiers, la grande question est la suivante : Est-ce que la tendance va se poursuivre? À mon avis, les marchés vont demeurer très turbulents en raison de la partie de bras de fer qui se joue entre les facteurs positifs et négatifs. Autrement dit, les cours boursiers vont probablement continuer de monter et de descendre et nous allons assister à des rotations des gagnants parmi les différents secteurs d’activité. J’ai déjà écrit sur le marché pour dire qu’il fait habituellement plus de peur que de mal. Pour ceux et celles qui célèbrent le Nouvel An lunaire, c’est l’année du chien; pour les investisseurs, c’est l’année du chihuahua.

À surveiller cette semaine

Confiance des consommateurs américains. Ces indicateurs vont probablement montrer que l’humeur des consommateurs américains demeure positive. Or, on note un écart entre la confiance et l’activité économique, à savoir que la confiance est plus positive que les dépenses en tant que telles. Par ailleurs, les statistiques sur les revenus et les dépenses personnelles aux États-Unis seront rendues publiques cette semaine, ce qui devrait nous indiquer si les dépenses des consommateurs reflètent davantage cette confiance positive.

Ventes au détail et production industrielle du Japon. Étant donné que les statistiques mondiales se sont détériorées récemment, il est important de surveiller attentivement les statistiques économiques des principaux marchés. Ces statistiques devraient nous donner un bon aperçu de l’évolution récente de l’économie japonaise.

Données sur le produit intérieur brut (PIB). Le PIB du quatrième trimestre des États-Unis va probablement indiquer une forte croissance économique, alimentée en grande partie par les dépenses de consommation. Bien qu’il soit important de confirmer cette donnée, il est beaucoup plus important de suivre de près le PIB du premier trimestre, étant donné que l’indicateur GDPNow de la Banque de réserve fédérale d’Atlanta laisse présager que la croissance va demeurer décevante.

Les estimations du PIB du Royaume-Uni, qui seront rendues publiques cette semaine, devraient donner une indication de la croissance économique dans un contexte de grande incertitude économique, alors que les négociations sur le Brexit, prévu pour l’an prochain, se poursuivent. Nous allons également suivre avec beaucoup d’intérêt les estimations du PIB du Canada, étant donné que la banque centrale a décidé de faire une pause dans les hausses de taux de crainte qu’elles ne provoquent un ralentissement de l’économie canadienne.

Confiance des consommateurs de la zone euro. L’indice de confiance économique de la zone euro mesure de façon générale la confiance des consommateurs et des entreprises. Cela devrait, du même coup, donner une indication de l’orientation de la croissance économique, en particulier compte tenu des signes récents de détérioration des statistiques économiques en Europe.

Abonnez-vous au blogue d’Invesco Canada et recevez les survols des marchés de Kristina dans votre boîte de réception.

Autres blogues de Kristina Hooper

Les tensions géopolitiques ne touchent pas seulement les actions et les obligations
18 avril 2018

Comme la saga commerciale entre les États-Unis et la Chine se poursuit, une position d’aversion au risque est-elle justifiée?
18 avril 2018

Cinq éléments à surveiller en avril
5 avril 2018

Les tarifs douaniers et les craintes d’une guerre commerciale contribuent à un repli boursier
29 mars 2018

La succession rapide des manchettes provoque un tiraillement boursier
23 mars 2018

Les dangers du protectionnisme
15 mars 2018

Le protectionnisme resserre son emprise
15 mars 2018

Cinq événements qui pourraient propulser les marchés
12 mars 2018

Trois préoccupations des marchés passent à l’avant-scène
1 mars 2018

Une mauvaise nouvelle aux allures d’une bonne nouvelle : déconstruction du repli boursier
14 février 2018

Leçons à tirer de la chute généralisée des cours boursiers
8 février 2018

Le monde a-t-il amorcé un virage en faveur de la protection économique?
1 février 2018

Les perturbations abondent, mais cela aura-t-il une incidence sur les marchés?
24 janvier 2018

Calcul des retombées de la réforme fiscale
18 janvier 2018

Décortiquer un scénario économique à la Boucle d’or
11 janvier 2018

Dix attentes pour 2018
5 janvier 2018

Qui surveillera le bol à punch en 2018?
21 décembre 2017

Le bitcoin : Devise numérique or tulipe numérique?
14 décembre 2017

Six grands enjeux à surveiller en décembre
6 décembre 2017

Perspectives de placement pour 2018 : Marchés mondiaux – Dix attentes pour 2018
6 décembre 2017

S'abonner au blogue

Abonnez-vous pour être informé sur la publication de : *


Voulez-vous vous abonner an anglais?

Abonnez-vous pour recevoir des courriels d’Invesco Canada Ltée au sujet de ce blogue. Pour vous désabonner, veuillez nous envoyer un courriel à blog@invesco.ca ou communiquez avec nous.

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *