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Kristina Hooper | 18 avril 2018

Les tensions géopolitiques ne touchent pas seulement les actions et les obligations

La semaine dernière, les événements géopolitiques se sont bousculés, allant des sanctions imposées à la Russie par les États-Unis aux frappes de missiles en Syrie, et cela a touché le prix de diverses marchandises et certaines devises.

Frappes de missiles au Moyen-Orient

Premièrement, les problèmes s’intensifient au Moyen-Orient. Les rebelles yéménites Houthi soutenus par l’Iran mènent des frappes de missiles contre l’Arabie saoudite. Jusqu’ici, les missiles ont été interceptés, mais ils semblent viser les infrastructures pétrolières du pays. Ces frappes, qui s’ajoutent à l’intensification des tensions en Syrie, ont fait bondir le prix du pétrole de plus de 7 % la semaine dernière.1

Après la fermeture des marchés américains vendredi dernier, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont lancé des frappes de missiles contre des cibles précises en Syrie en réaction à des informations selon lesquelles le gouvernement syrien aurait lancé une attaque chimique contre son propre peuple. Cela pourrait entraîner ces trois pays dans un conflit plus direct avec la Russie, qui soutient le gouvernement syrien, et attiser les tensions.

Bien que la Syrie ne soit pas un important producteur de pétrole, ses pays voisins le sont, et ils pourraient être entraînés dans ce conflit. En outre, il semble plus probable que les États-Unis résilient l’accord nucléaire intervenu avec l’Iran, compte tenu de l’ajout récent de membres clés à l’Administration du président Donald Trump qui s’opposent à l’accord. Cela pourrait mener à la remise en vigueur des sanctions contre l’Iran et réduirait sa capacité de vendre son pétrole. Tous ces événements sont susceptibles d’exercer des pressions à la hausse sur le prix du pétrole et d’accroître la volatilité de certaines devises des marchés émergents.

Sanctions contre la Russie

Pui, il y a les sanctions imposées par les États-Unis contre diverses entités russes. L’une de ces sanctions cible Rusal, deuxième plus grand producteur d’aluminium au monde. Cela a fait monter le prix de l’aluminium d’environ 15 % la semaine dernière en raison des craintes d’une baisse de l’offre.1 En outre, les sanctions contre la Russie ont entraîné une hausse récente du prix du platine et du palladium. C’est parce que Nornickel, plus grand producteur mondial de palladium, est lié à Rusal ainsi qu’à un oligarque sanctionné par les États-Unis. Bien qu’aucune sanction n’ait été annoncée contre Nornickel, on craint que l’entreprise ne soit touchée. Les sanctions contre la Russie ont également exercé des pressions à la baisse sur le rouble.

À mon avis, ni les crises au Moyen-Orient ni les sanctions contre la Russie ne devraient être des sources de préoccupation à long terme. Même les événements géopolitiques les plus marquants n’ont généralement qu’un impact à court terme sur les marchés. Cependant, il est vrai qu’il pourrait y avoir d’autres frappes aériennes sur la Syrie par la coalition États-Unis-Royaume-Uni-France et la situation en Syrie pourrait s’envenimer avant de s’améliorer. D’autres sanctions pourraient également être imposées à la Russie. Et il y a, bien sûr, la probabilité que l’accord américano-iranien soit résilié. À plus court terme, ces événements devraient faire grimper les prix de certaines marchandises, comme le pétrole, et accroître la volatilité des marchandises et des devises ainsi que des marchés boursiers. (Par exemple, le marché boursier indien subira probablement des pressions temporaires, car l’économie du pays repose en partie sur le pétrole importé.) Mais à moyen terme, je ne m’attends pas à ce que ces événements aient une incidence marquée.

La principale préoccupation : le protectionnisme

Les craintes soulevées par le protectionnisme sont un autre facteur qui a joué sur les prix des marchandises la semaine dernière; elles ont fait chuter le prix du zinc. Et, depuis l’annonce de l’imposition de tarifs sur l’aluminium et l’acier le mois dernier, les prix de ces marchandises ont monté en flèche. Cela m’amène à un enjeu qui me préoccupe beaucoup plus que la crise en Syrie ou les sanctions contre la Russie, à savoir la montée du protectionnisme. Je comprends que les investisseurs aient poussé un soupir de soulagement collectif la semaine dernière, lors du discours de conciliation prononcé par le président chinois Xi Jinping au Forum de Boao. Cependant, je crois qu’il est erroné de supposer que nous assisterons à une diminution des tensions commerciales. Je persiste à croire que M. Xi Jinping ne fera pas de concessions majeures dans les négociations avec les États-Unis. Et, bien que beaucoup aient été encouragés d’apprendre que les États-Unis envisagent de se joindre au Partenariat Trans-Pacifique, cela m’étonnerait beaucoup étant donné que l’accord commercial a déjà été négocié. Il est peu probable que les partenaires acceptent d’apporter des modifications importantes à cet accord afin de le rendre acceptable pour les États-Unis sans demander des concessions en retour.

De mon point de vue, le protectionnisme demeure le plus gros risque duquel les marchés doivent s’inquiéter et le Federal Open Market Committee semble du même avis si l’on se fie au procès-verbal de sa réunion de mars. Or, bien malin qui pourrait dire ce qui pourrait arriver, même si nous savons que le protectionnisme peut avoir de nombreuses retombées sur les placements. Parce que cela injecte de l’incertitude dans la conjoncture économique, cela attise généralement la volatilité des marchés. Par ailleurs, ce différend commercial entre les États-Unis et la Chine pourrait avoir des retombées majeures sur les devises. Rappelons que l’arsenal de la Chine ne se limite pas aux tarifs douaniers et aux quotas; la Chine pourrait aussi dévaluer le yuan. Cela rendrait les produits chinois plus attrayants pour les acheteurs étrangers et ferait probablement augmenter le déficit commercial américain avec la Chine. En outre, cela pourrait avoir des répercussions sur d’autres devises asiatiques.

À quoi doit-on s’attendre?

Avant tout, je dois dire qu’il est très difficile de prévoir l’évolution des prix des marchandises parce qu’ils sont dictés par de nombreux facteurs autres que l’offre et la demande, notamment la vigueur du dollar américain, les politiques commerciales gouvernementales et les spéculateurs.

  • Je m’attends à ce que le prix du pétrole continue d’augmenter à court terme, en raison du conflit en Syrie et de la possibilité que les États-Unis se retirent de l’accord conclu avec l’Iran, ce qui réduirait l’offre de pétrole. Cependant, il est probable que la production augmente aux États-Unis et ailleurs pour compenser la diminution de l’offre
  • Je m’attends à ce que le prix de l’aluminium et de l’acier demeure élevé à court terme et à ce que les prix d’autres marchandises augmentent aussi. Cependant, la demande industrielle semble s’amenuiser et je crois que cela pourrait persister, ce qui exercerait des pressions à la baisse sur les prix plus tard cette année
  • Mes perspectives pour l’or sont positives. Les tensions géopolitiques accrues, l’inflation plus élevée et la montée du protectionnisme devraient contribuer à soutenir la demande d’or. Certains croient que l’or est en voie d’être remplacé par le bitcoin comme valeur refuge, mais je ne souscris pas à cette thèse
  • En ce qui concerne les devises, je m’attends à ce que les devises des marchés émergents demeurent volatiles, étant donné que les crises géopolitiques ne semblent pas pouvoir être réglées de sitôt. J’entrevois une certaine appréciation du yen japonais, parce que les investisseurs cherchent la sécurité en cette période d’incertitude

 

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