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Kristina Hooper | 11 octobre 2018

Les valeurs technologiques provoquent une débâcle sur les marchés boursiers américains

ercredi, les marchés boursiers américains ont dégringolé et fait chuter l’indice Dow Jones des valeurs industrielles de plus de 800 points. Les valeurs technologiques sont les principales responsables de cette débâcle, comme en témoigne l’indice composé NASDAQ, qui a clôturé en baisse de 316 points; toutefois, tous les secteurs ont essuyé des pertes.1 Il s’agit du repli le plus marqué des marchés boursiers américains en une séance depuis février. Pendant la majeure partie de la journée, les cours obligataires ont fléchi eux aussi, mais à la fin de la journée, les investisseurs se sont tournés vers les bons du Trésor américain en raison du sentiment de sécurité qu’ils procurent, ce qui a entraîné une baisse des taux obligataires.

Qu’est-ce qui a provoqué ce repli boursier?

Les actions ont commencé à se replier la semaine dernière, après que le taux des bons du Trésor américain à 10 ans a monté en flèche par suite des commentaires du président du conseil de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jay Powell, qui a laissé entendre que la Fed pourrait relever considérablement les taux d’intérêt avant de mettre fin au présent cycle de hausse des taux. D’autres facteurs ont exercé des pressions à la baisse sur les cours des bons du Trésor, dont la normalisation du bilan et l’émission accrue de titres de créance en lien avec l’augmentation du déficit du gouvernement américain. Comme cela s’est produit par le passé, toute hausse marquée des taux à 10 ans provoque habituellement une réévaluation des actions. Il y a moins d’un mois, le taux à 10 ans s’élevait à 2,991 %, mais depuis il a augmenté rapidement pour franchir la barre des 3,2 % au cours de la dernière semaine.1 Étant donné que le secteur des technologies de l’information dégage des rendements très élevés depuis plusieurs années, il ne faut pas s’étonner qu’il ait subi une réévaluation plus marquée que les autres.

Cependant, à mon avis, il y a une autre raison qui explique ce repli : les guerres commerciales qui prennent de l’ampleur. À certains moments au cours de la dernière année, les menaces et les mesures protectionnistes ont provoqué de légers replis boursiers, mais les investisseurs ont voulu croire que la menace avait disparu au premier signe d’apaisement des tensions commerciales. Par exemple, après la baisse des cours provoquée par les différends commerciaux plus tôt cette année, le ton conciliant du président chinois Xi Jinping dans son allocution au forum de Boao en mars a suffi pour que les investisseurs réévaluent les actions à la hausse. En réalité, cette réaction asymétrique aux différends commerciaux (réactions exagérées aux bonnes nouvelles et insuffisantes aux mauvaises) ne tenait pas la route. De plus, les retombées négatives du conflit commercial qui perdure entre les États-Unis et la Chine ne s’étaient pas encore reflétées dans les données, surtout aux États-Unis dont l’économie s’accélère, ce qui donnait aux marchés une autre raison de faire abstraction de la menace. Or, le vent a commencé à tourner. Cette semaine, le Fonds monétaire international (FMI) a révisé à la baisse ses prévisions de croissance mondiale et de croissance en Chine aux États-Unis, compte tenu de l’intensification des tensions commerciales :

  • Le FMI prévoit que le produit intérieur brut (PIB) à long terme des États-Unis et de la Chine diminuera de 0,3 % par suite de l’application de tous les tarifs douaniers en vigueur à compter de septembre 2018.2
  • Il s’attend à ce que le PIB américain à long terme recule de 0,5 % et celui de la Chine, de 0,55 %, si les États-Unis imposent des tarifs douaniers de 25 % sur 267 milliards $, et si la Chine riposte.2
  • De plus, il s’attend à ce que le PIB américain à long terme recule de 0,9 % et celui de la Chine, de 0,6 %, si les États-Unis mettent à exécution leur menace d’imposer des tarifs douaniers de 25 % sur les importations d’automobiles et de pièces d’automobiles et que leurs partenaires commerciaux ripostent.2
  • Bien entendu, le FMI s’attend à ce que cela ait une incidence négative sur la croissance économique mondiale. Le PIB mondial à long terme devrait diminuer de 0,4 % si tous les tarifs douaniers susmentionnés entrent en vigueur.2
  • Comme le FMI s’attend à ce que les retombées du conflit commercial qui sévit se fassent sentir en 2019, il a révisé à la baisse son estimation de la croissance du PIB américain de 2,7 % à 2,5 % et celle du PIB chinois de 6,4 % à 6,2 %.2

En outre, les entreprises commencent à signaler que les tarifs ont un impact sur leurs activités. Mercredi, Fastenal, société américaine de matériaux industriels, a dévoilé ses résultats et parlé des vents contraires issus du conflit commercial, en particulier des plus récents tarifs douaniers qui « nuisent directement à la chaîne d’approvisionnement nord-américaine de nos clients ». Cette perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales est l’une des principales préoccupations des économistes et des stratèges. Comme l’expliquait le Cato Institute dans un commentaire rendu public plus tôt cette année3 : « Alors qu’au 20e siècle, la majeure partie des activités de production et d’assemblage d’une entreprise s’effectuait dans un seul endroit, souvent sous un même toit, le plancher de l’usine a depuis éclaté et traverse désormais les frontières et les océans. Aujourd’hui, taxer les importations équivaut à ériger un mur au centre de la chaîne de montage du 20e siècle, à entraver la production et à augmenter les coûts. Cela explique en partie l’opposition farouche des entreprises manufacturières américaines à la stratégie commerciale de Trump baptisée « Trump trades ». Les tarifs américains font augmenter leurs coûts et les représailles des gouvernements étrangers font chuter leurs revenus d’exportation, ce qui réduit les profits d’un côté comme de l’autre. »

Quelles sont les retombées possibles sur les placements?

Certains craignent que cela marque le début d’une correction boursière et ça pourrait bien être le cas. J’ai évoqué les probabilités qu’un repli semblable à celui de février survienne pendant la deuxième moitié de l’année, soit un repli bref, mais marqué, suivi d’une reprise.

Un sondage mené par Invesco avant et après le repli de février a révélé que la confiance des investisseurs dans les marchés boursiers a diminué après le repli : au premier trimestre, 80 % des investisseurs jugeaient que le moment était propice pour investir, mais le pourcentage est tombé à 69 % au deuxième trimestre. Qui plus est, avant le repli, 65 % des investisseurs étaient d’avis que nous étions en présence d’un marché haussier, comparativement à seulement 37 % après le repli, en avril. Cela me porte à croire que les investisseurs ont tendance à fuir les marchés boursiers au premier signe de difficulté.

Par conséquent, j’anticipe une certaine contagion à court terme; d’ailleurs, les marchés boursiers asiatiques se sont déjà repliés.1 Je m’attends à un repli marqué d’envergure internationale, mais je pense que les États-Unis seront les plus durement touchés. Cela étant dit, la période de déclaration des bénéfices sera probablement très bonne, à mon sens, ce qui soutiendrait les marchés boursiers et pourrait les aider à rebondir assez rapidement.

Quelles sont nos impressions de la situation?

Je m’évertue à dire depuis plus d’un an que les deux principaux risques pour l’économie et les marchés sont la normalisation par la Fed et le protectionnisme. Il semble que ces deux forces soient en jeu, réunissant les « conditions idéales » pour perturber les marchés. Cela étant dit, je crois qu’à plus long terme, les investisseurs, en particulier les investisseurs institutionnels, qui ont besoin d’un bon potentiel de plus-value du capital pour atteindre leurs objectifs de placement devraient envisager de continuer d’investir dans des actifs à risque, tout en mettant l’accent sur la protection contre le risque de perte. Par conséquent, cela pourrait créer des occasions pour ceux qui ont recours à la gestion active, surtout dans certaines catégories d’actif.

J’ai également insisté sur le fait que ces risques démontrent l’importance de miser sur un portefeuille largement diversifié, ce qui peut vouloir dire une diversification (régionale et factorielle) au sein des actions et (par sous-catégories d’actif) parmi les titres à revenu fixe, sans oublier d’investir dans une bonne proportion de catégories d’actif alternatives, qui sont toujours moins corrélées aux actions. À moins que l’investisseur ait un horizon temporel court, j’estime qu’il est important d’envisager un portefeuille de placement largement diversifié comprenant des actifs à risque. De plus, les investisseurs tactiques peuvent profiter des occasions de placement provoquées par le repli.

Qu’allons-nous surveiller?

Nous allons suivre de près l’évolution des enjeux commerciaux. Si la situation se détériore considérablement, il serait peut-être justifié de réduire la pondération des actifs à risque.

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1 Source : Bloomberg, L.P., 10 octobre 2018.
2 Source : Fonds monétaire international.
3 Source : Cato Institute, « Trump’s Trade Wars Are Incoherent, Angry and Misguided », 22 juin 2018.

Habituellement, les placements alternatifs comprennent plus de placements non traditionnels et emploient des stratégies de négociation plus complexes, y compris les opérations de couverture et l’effet de levier au moyen de produits dérivés, les ventes à découvert et des stratégies opportunistes qui évoluent au gré des conditions du marché. Les investisseurs qui envisagent les produits alternatifs doivent se renseigner sur leurs caractéristiques uniques et sur les risques additionnels auxquels les stratégies utilisées les exposent. À l’instar de tous les placements, leur rendement va fluctuer. Vous pouvez perdre de l’argent.

En règle générale, le cours des actions fluctue, parfois même considérablement, en réaction aux activités de la société émettrice, ainsi qu’à la conjoncture des marchés en général, à la situation économique et au climat politique.

Les titres à revenu fixe sont exposés au risque de crédit de l’émetteur et aux retombées des fluctuations de taux d’intérêt. De manière générale, les cours des obligations baissent lorsque les taux d’intérêt augmentent, et vice versa; c’est ce que l’on appelle le risque de taux d’intérêt. Un émetteur peut être incapable de rembourser les intérêts ou le capital de ses emprunts, ou les deux, ce qui fait chuter la valeur de ses titres de créance et abaisse sa note de crédit.

L'indice Dow Jones des valeurs industrielles est un indice pondéré selon la moyenne arithmétique du cours des 30 titres les plus fortement capitalisés et dont le capital est le plus largement réparti de la Bourse de New York.

L’indice composé NASDAQ est l’indice pondéré en fonction de la capitalisation boursière d’environ 3 000 actions ordinaires cotées à la bourse Nasdaq.

Le produit intérieur brut est un indicateur généralisé de l’activité économique d’une région qui mesure la valeur monétaire de tous les produits finis et services produits dans cette région au cours d’une période donnée.

La contagion désigne la probabilité que des changements économiques importants qui surviennent dans un pays se propagent à d’autres pays.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 11 octobre 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.

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