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Kristina Hooper | 31 mai 2018

L’Italie se dirige-t-elle vers une sortie de l’UE?

Nous avons consacré beaucoup de temps dans ce blogue hebdomadaire aux risques géopolitiques. Cependant, j’ai tenu à insister sur le fait que, bien qu’ils perturbent les marchés, les risques géopolitiques n’ont habituellement aucune incidence sur les paramètres fondamentaux, et ce, même s’ils provoquent parfois énormément de turbulences sur les marchés des capitaux à court terme. Un bon exemple est la situation politique en Italie, qui s’est détériorée ces derniers jours et qui remet en question l’avenir du pays au sein de l’Union européenne (UE).

 Que se passe-t-il en Italie?

Commençons par un bref rappel historique : le 4 mars, les élections nationales se sont soldées par un parlement sans majorité, mais le Mouvement Cinq étoiles et la Ligue, deux partis populistes, ont formé une coalition. Ce ne sont pas les premières élections au cours desquelles les partis populistes ont la faveur des électeurs. Cependant, c’est particulièrement préoccupant parce que la plateforme politique de ce gouvernement de coalition prévoit des impôts uniformes moins élevés pour les particuliers et les entreprises et un revenu de base pour les Italiens à faible revenu. Ces mesures entraîneraient inévitablement une augmentation de la dette publique et contreviendraient probablement aux dispositions du pacte de stabilité et de croissance de l’UE.

Pire encore, les médias ont divulgué un document confidentiel de politique du gouvernement de coalition qui fait allusion à une menace sérieuse pour l’intégrité de l’UE, car il propose que l’Italie quitte l’UE sans prévenir (c’est-à-dire sans référendum ni préavis). De plus, il suggère que l’UE radie une partie des titres de créance italiens qu’elle détient afin d’atténuer la détérioration de la dette du pays. C’est très irréaliste et, à mon avis, cela illustre bien à quel point ce nouveau gouvernement de coalition est irresponsable sur le plan financier.

La situation s’est envenimée ces derniers jours, parce que le président Italien Sergio Mattarella a rejeté le candidat au poste de ministre des Finances proposé par le gouvernement de coalition, choix extrêmement incendiaire, étant donné que ce candidat est l’architecte en chef du plan de sortie de la zone euro. M. Mattarella a jugé que cela posait un trop grand risque pour la stabilité de l’Italie et a décidé de nommer le candidat de son choix au poste de premier ministre et lui a confié le mandat de former un nouveau gouvernement. Cela signifie que le premier ministre par intérim devra fort probablement convoquer de nouvelles élections. La nomination d’un premier ministre par intérim devrait stabiliser la situation et empêcher l’Italie de quitter la zone euro, du moins à court terme. Cependant, cela signifie aussi que l’Italie se dirige probablement vers d’autres élections.

Qu’est-ce que cela pourrait vouloir dire pour les marchés?

Bien que la décision de M. Mattarella rende la situation encore plus incertaine, sans parler des appels à sa destitution, j’ai été rassurée de voir que la réaction des médias a été bien plus virulente que celle des marchés. Alors que les journaux ont titré que cela représentait une menace existentielle pour l’UE, la contagion de l’Italie vers les autres pays périphériques a été relativement modeste. Même si l’écart entre les taux des obligations italiennes à long et à court termes a augmenté considérablement, ce qui témoigne des craintes suscités par l’incertitude à l’égard de l’avenir, les écarts de taux obligataires des pays périphériques n’ont pas augmenté autant et, jusqu’à présent, ont réagi de façon beaucoup plus posée.

Je suis d’avis que la situation pourrait s’améliorer. Je souscris à la théorie optimiste selon laquelle il y a une méthode derrière le comportement apparemment inexplicable de la coalition, qui a voulu nommer Paolo Savona, architecte du plan de sortie de la zone euro, ministre des Finances. La théorie veut que la Ligue, percevant qu’elle est la plus populaire des deux partis populistes, a appuyé la nomination de Savona, parce qu’elle savait que cela entraînerait la tenue de nouvelles élections et qu’elle s’attend à obtenir plus de votes que le Mouvement Cinq Étoiles. Cela donnerait à la Ligue plus de poids dans l’élaboration d’une plateforme politique plus favorable aux entreprises qui, espérons-le, serait plus raisonnable sur le plan budgétaire (je doute qu’elle puisse être pire que la plateforme politique conjointe qui, selon moi, s’apparente au monstre du docteur Frankenstein). À mon sens, une politique favorable aux entreprises ne se limite pas à des baisses d’impôts, il faudrait aussi que le pays reste dans l’UE si la Ligue parvient à faire adopter des réformes convenables, particulièrement en matière d’immigration. Bien que je doute que cela se produise sous l’égide de la chancelière allemande Angela Merkel, chef de facto de l’UE, je crois que cela serait très possible avec le président français Emmanuel Macron aux commandes de l’UE.

Que se passerait-il si l’Italie quittait l’UE?

Supposons que ce soit le cas et que l’Italie souhaite orchestrer un « Italexit » de l’UE et de sa devise commune. À mon point de vue, si l’Italie décide de quitter la zone euro, cela va représenter davantage une menace existentielle pour l’Italie et beaucoup moins pour l’UE. Tout d’abord, l’Italie a un ratio endettement-PIB de 132 %, le deuxième plus élevé de l’Union européenne après la Grèce.1 Comme une forte proportion de la dette italienne est détenue par des entités italiennes, un Italexit porterait probablement un coup dur à ces entités, puisque la coalition propose de libeller la totalité de la dette publique dans une nouvelle devise qui serait dévaluée.

En outre, l’Italie peut considérer le cas du Royaume-Uni comme une mise en garde, et Dieu sait que le Royaume-Uni est beaucoup plus en mesure de fonctionner indépendamment sur le plan économique que l’Italie. Qui plus est, je crois que l’Union européenne peut exister sans l’Italie et les rapports faisant état de sa mort imminente sont grossièrement exagérés. Je conviens que l’Italexit exacerberait les conditions actuelles du marché, à savoir que cela provoquerait plus de volatilité boursière mondiale, une augmentation des écarts de taux (particulièrement dans les pays périphériques), une ruée vers les valeurs sûres (particulièrement vers les obligations américaines), une dépréciation de l’euro et une appréciation du dollar américain, mais je doute que cela durerait bien longtemps. En effet, en cas de divorce, l’UE garderait la Banque centrale européenne (BCE). Je me rappelle comment le président de la BCE, Mario Draghi, est parvenu rapidement à atténuer le stress systémique dans la zone euro pendant la crise de la dette grecque en rassurant simplement les marchés lorsqu’il a affirmé que la banque centrale utiliserait tous les outils dont elle dispose pour soutenir l’économie et je suis persuadée que cela pourrait se produire une fois de plus si la situation se détériorait.

Éléments à retenir

Bref, je ne veux surtout pas minimiser les risques d’un possible Italexit. Cependant, je garde espoir que la situation va s’améliorer et qu’à la limite, la BCE va intervenir pour calmer les marchés si cela s’avère nécessaire. Les épargnants à long terme doivent toujours garder à l’esprit que les risques géopolitiques créent de la volatilité à court terme sur les marchés des capitaux, mais ont rarement une incidence à plus long terme. Dans ce contexte, nous devrions être à la fois vigilants et opportunistes, sans toutefois céder à la peur.

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1 Source : Fonds monétaire international, octobre 2017

Renseignements importants

Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 29 mai 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de ces estimations.

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