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Jeff Feng | 14 décembre 2018

Marchés émergents : Toutes les raisons sont bonnes d’être prudents en 2019

Points importants à retenir

  • Les marchés émergents (ME) traversent une période de grande incertitude en raison de la volatilité du marché boursier américain et des guerres commerciales.
  • Pourtant, nous croyons que la catégorie d’actif des ME est attrayante vu qu’elle est passablement sous-évaluée.
  • La qualité a été délaissée dans les ME en 2018, mais nous nous attendons à un retour à la moyenne dans un proche avenir.

Les ME sont l’une des rares catégories d’actif où l’inefficience informationnelle des marchés procure un terrain fertile aux adeptes de la sélection ascendante des titres (c.-à-d. les investisseurs qui préconisent la gestion active) pour procurer une valeur ajoutée. À notre avis, les tendances démographiques, la technologie, la diminution de la dépendance aux marchandises et la mondialisation sont autant de facteurs qui offrent un potentiel concret de croissance à long terme.

Perspectives à court terme mitigées

Dans un proche avenir, beaucoup de ME subissent des pressions émanant de la hausse des taux d’intérêt américains et de l’exode des capitaux. Résultat, les pays qui ont de gros déficits du compte courant et une lourde dette en dollars américains (tels que l’Inde, l’Indonésie et la Turquie) ont souffert d’une dévaluation marquée de leur devise. Par ailleurs, les pays producteurs de pétrole et les autres qui sont pour la plupart à l’abri des enjeux susmentionnés, comme le Moyen-Orient, le Chili et la Thaïlande, tiennent bon. Néanmoins, à l’exception de la Chine, nous ne nous préoccupons pas trop de la majorité des ME. Les problèmes actuels ne sont pas structurels et la dépréciation des devises à laquelle nous avons assisté l’année dernière en Égypte et, très récemment, en Turquie, pourrait jouer en leur faveur.

Pays asiatiques émergents

La dépréciation des devises, la hausse des taux d’intérêt et le prix élevé du pétrole exercent des pressions sur le bilan des gouvernements qui ont d’énormes déficits commerciaux et sur les sociétés dont la dette est libellée en dollars. Pour les investisseurs, cette combinaison signifie une détérioration des caractéristiques fondamentales dans un proche avenir et un frein sur les rendements exprimés en dollars américains.

Chine

La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine menace la demande en provenance de la Chine et sa croissance; cela risque de nuire éventuellement aux bénéfices des sociétés chinoises et aux pays qui exportent des biens de consommation chinois ou qui profitent de cette demande. En outre, la poussée sans précédent de l’endettement des ménages en Chine1 (qui a doublé depuis 2014) a porté le ratio service de la dette-revenu disponible des résidents chinois à plus de 100 %. À notre avis, ce taux d’endettement menace sérieusement la croissance de la consommation pour les prochaines années. En ce qui concerne le marché boursier, la correction des cours de grosses sociétés technologiques américaines a exercé des pressions sur les évaluations technologiques mondiales, en particulier pour les quelques sociétés chinoises les plus fortement pondérées de l’indice MSCI ME. La croissance de ces entreprises a aussi ralenti en raison de la maturité de leurs segments et de la faible demande attribuable au ralentissement de l’économie.

Inde

La conjoncture macroéconomique du pays est fragile à cause du problème des déficits jumeaux, le déficit du compte courant s’accroît par suite de l’augmentation des dépenses relatives aux importations de pétrole. Le déficit budgétaire augmente lui aussi en raison des subventions élevées sur le carburant et des pressions exercées sur le gouvernement pour qu’il dépense plus avant les élections nationales en 2019. Ces déficits jumeaux, alliés aux sorties de capitaux (attribuables aux hausses des taux d’intérêt et aux meilleures perspectives économiques aux États-Unis), ont engendré une chute considérable de la roupie indienne. Cette dépréciation devrait améliorer la compétitivité des entreprises indiennes, quoiqu’à notre avis, le gouvernement doive accroître la compétitivité des exportations pour réduire le déficit du compte courant. La situation politique en Inde est incertaine, vu que toute issue défavorable des élections générales de 2019 (p. ex. : absence de gouvernement majoritaire) devrait nuire aux marchés boursiers.

Indonésie

L’Indonésie (à l’instar de l’Inde) est aux prises avec une augmentation du déficit du compte courant et la dépréciation de la devise, mais la situation est moins pire qu’en 2013. La décision de la Banque d’Indonésie de relever les taux d’intérêt pour endiguer la chute de la devise a été efficace. Le gouvernement a aussi augmenté les droits à l’importation pour réduire le déficit du compte courant. Nous nous attendons à ce que les hausses de taux aient une incidence sur l’économie, mais les sociétés sont en meilleure posture qu’en 2013 et devraient poursuivre leur croissance, à notre avis, quoique à un rythme plus lent. Le président indonésien, Joko Widodo, est pressenti comme favori pour remporter les élections présidentielles de 2019 et son élection devrait être bien accueillie par le marché compte tenu de sa politique favorable aux entreprises.

Philippines

Malgré le déclin du peso attribuable aux sorties de capitaux, on s’attend à ce que l’économie des Philippines enregistre une forte croissance, aidée par les dépenses du gouvernement dans des projets d’infrastructures. L’industrie de l’impartition des processus d’affaires, de même que la consommation intérieure provenant des envois de fonds de l’étranger, va probablement être stimulée par la chute du peso.

Thaïlande

La Thaïlande connaît une reprise économique généralisée alimentée par la demande intérieure et extérieure. Le baht thaïlandais a surclassé les autres devises des ME en raison de l’excédent du compte courant du pays, de sa faible inflation et des réserves élevées de devises. La Thaïlande se rapproche de plus en plus d’élections qui ont été retardées longtemps et qui se tiendront en 2019, ce qui devrait donner lieu à un gouvernement stable et élu démocratiquement, après quatre ans de régime militaire.

Malaisie

En Malaisie, le nouveau gouvernement prend les mesures nécessaires pour lutter contre la corruption, améliorer la discipline budgétaire et favoriser une croissance équilibrée du produit intérieur brut du secteur privé et de la consommation intérieure. Les prix élevés du pétrole vont permettre d’améliorer le déficit budgétaire, mais on s’attend à ce que le gouvernement augmente les taxes et les impôts et vende ses intérêts dans des sociétés d’État pour accroître ses revenus. La Malaisie va probablement maintenir son excédent du compte courant par le biais de la croissance liée aux exportations qui, avec les réserves élevées de devises, devrait la protéger contre la chute vertigineuse du ringgit.

Brésil

Même si l’économie du Brésil n’a pas encore montré de signes de reprise significative après sa Grande récession, les prochaines élections présidentielles pourraient être le point de départ de la nouvelle orientation à long terme du pays. L’ex-capitaine des forces armées, Jair Bolsonaro, devra agir vite pour adopter les réformes budgétaires et des retraites dont le pays a désespérément besoin. En vertu de ce scénario, nous croyons pouvoir constater une amélioration de la confiance des entreprises et des consommateurs, alors que l’inflation et les taux d’intérêt n’ont jamais été aussi bas. Cela devrait favoriser les investissements privés et mener à une plus forte consommation et à de meilleures perspectives économiques pour 2019.

Argentine

L’Argentine a débuté l’année sur une note prometteuse, mais ses politiques budgétaire et monétaire n’étaient pas prêtes pour absorber l’impact que la hausse des taux d’intérêt américains a eu sur sa devise. La dévaluation marquée du peso et l’inflation galopante ont forcé la banque centrale à relever considérablement les taux d’intérêt et, de ce fait, l’économie est retombée en récession. Nous croyons que la consommation va demeurer faible pendant la première moitié de 2019, mais nous nous attendons à une légère amélioration pendant la deuxième moitié de l’année, vu que l’Administration du président Mauricio Macri s’affaire à stabiliser la devise et l’inflation. Cela devrait préparer le terrain pour un assouplissement de la politique monétaire.

Chili

Le Chili a bénéficié d’une forte reprise économique cette année, propulsée par le nouveau gouvernement et la remontée du prix du cuivre. Nous croyons que l’excellent rendement économique du Chili va se poursuivre l’an prochain, mais pouvons nous attendre à une faible décélération compte tenu des tensions commerciales internationales, de la baisse du prix du cuivre et de la hausse des taux dans d’autres régions du monde.

Mexique

Les résultats volatils du pays en 2018 sont attribuables à l’incertitude entourant le nouvel Accord Canada—États-Unis—Mexique (ACEUM), qui a remplacé l’ALENA, et au président populiste imprévisible nouvellement élu. Habituellement, les dépenses publiques sont au ralenti pendant la première année d’un mandat et ont tendance à remonter l’année suivante. Ce sera probablement le cas du Mexique l’an prochain, à notre avis. Vu que les investissements privés sont liés aux dépenses publiques, il est possible que l’activité économique et la consommation diminuent en 2019 comparativement aux excellents résultats enregistrés au cours des dernières années.

Russie

On attribue principalement la volatilité de la Russie aux tensions géopolitiques et aux sanctions imposées au pays, mais les prix élevés du pétrole ont stimulé l’activité économique cette année. On assistera à une période de resserrement budgétaire, étant donné que les autorités ont augmenté la taxe sur la valeur ajoutée de 2 % (pour la porter à 20 %) et haussé l’âge minimum pour les prestations de sécurité sociale. Nous nous attendons à ce que ces deux facteurs plombent la consommation pendant la première moitié de 2019. La politique monétaire restrictive devrait pouvoir contenir l’inflation, tandis que l’augmentation des dépenses publiques en matière d’éducation, de santé et d’infrastructures devrait favoriser la croissance à moyen terme. Cependant, il est possible que la Russie se voie imposer d’autres sanctions au cours des prochains mois; cela pourrait nous inciter à accorder une moins forte pondération à ce pays dans le portefeuille.

Turquie

La Turquie a dû relever une multitude de défis cette année alors que la tentative du gouvernement de relancer l’économie en assouplissant les conditions de crédit a donné lieu à une surchauffe de l’économie, à une hausse de l’inflation et à une forte dévaluation de la devise. Dans le but de maîtriser l’inflation et de renforcer sa devise, la banque centrale a rapidement relevé ses taux d’intérêt. Ces mesures ont eu une incidence sur la confiance des entreprises et des consommateurs et devraient ralentir considérablement la croissance économique du pays l’an prochain. Les banques ont dépassé leur capacité de prêt et vont probablement voir la demande de prêts du secteur privé s’estomper.

Afrique du Sud

L’économie, qui a traversé une mauvaise passe en 2018, a exercé des pressions sur les finances du gouvernement sud-africain et entraîné une dépréciation du rand. Le nouveau président s’attaque à la corruption et met de l’avant des réformes économiques favorables aux entreprises, ce qui devrait redonner confiance aux entreprises et aux investisseurs privés, tout en stimulant la croissance économique. L’ampleur de la reprise économique, le cas échéant, va dépendre du rythme de la mise en œuvre des réformes structurelles et du degré de crédibilité des politiques.

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