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Kristina Hooper | 13 novembre 2018

Nous connaissons les résultats des élections de mi-mandat, mais que signifient-ils pour les marchés?

Avant les élections de mi-mandat qui ont eu lieu hier aux États-Unis, notre scénario de référence était que les démocrates obtiendraient la majorité à la Chambre des représentants et que les républicains conserveraient le Sénat. C’est ce qui s’est produit et cela a eu un effet positif sur les marchés, puisque les marchés boursiers et obligataires américains ont progressé et que le dollar s’est déprécié. Cette réaction des marchés américains a assoupli les conditions financières mondiales et provoqué une appréciation des autres devises et des marchés financiers en général, y compris les marchés émergents.

Au-delà de cette réaction initiale des marchés, nous pensons qu’il faut explorer les retombées importantes de l’issue de ces élections sur les marchés mondiaux, sur les actions de divers secteurs de l’économie américaine et sur les grands enjeux macroéconomiques, notamment la politique de la Réserve fédérale américaine, les tensions commerciales mondiales et les relations entre l’exécutif et le Congrès, qui pourraient avoir une incidence sur la politique économique et le rendement des placements. Aujourd’hui, nous allons nous pencher sur les répercussions sur les marchés de quatre grands enjeux : la politique américaine, la politique budgétaire et monétaire, la politique intérieure et la politique économique étrangère.

1. Évaluation politique

Les États-Unis vont passer d’un contrôle républicain unifié à un gouvernement divisé pendant la deuxième moitié du mandat du président Donald Trump. En conséquence, nous nous attendons à de plus grandes difficultés, sinon à des impasses, dans de nombreux dossiers à l’ordre du jour du président, mais nous sommes loin de penser que les élections de mi-mandat vont empêcher M. Trump de poursuivre sur sa lancée. Bien que l’accès au contrôle de la Chambre par les démocrates vienne compliquer la situation sur les plans politique et juridique, il n’y a pas eu de « vague bleue », qui aurait signalé le rejet sans réserve du président, puisque les républicains ont gagné du terrain au Sénat.

  • Le contrôle de la Chambre par les démocrates signifie qu’un certain nombre d’enquêtes sur M. Trump, sa campagne et ses entreprises vont probablement être lancées. Il importe de noter que le Comité judiciaire de la Chambre relève désormais d’un président démocrate qui disposera d’un pouvoir de citation à comparaître illimité dans tous les domaines dans lesquels il choisira d’enquêter (contrairement aux enquêtes de Robert Mueller sur l’ingérence de la Russie dans les élections générales de 2016 sous la tutelle du Département de la justice). Nous pensons que les démocrates vont vouloir défier et tenter de distraire le président en passant au peigne fin ses relations commerciales passées et actuelles et ses déclarations de revenus et en soulevant la clause relative aux émoluments de la Constitution, qui interdit aux fonctionnaires américains de bénéficier personnellement de leurs fonctions. Cela dit, bien que la Chambre dispose d’un nombre suffisant de voix pour demander la destitution, il est très peu probable que le Sénat approuve pareille motion. Par conséquent, nous nous attendions à un scénario similaire à celui du président Bill Clinton en 1998. Autrement dit, les craintes voulant que M. Trump ne reste pas au pouvoir nous paraissent sans fondement.
  • Le Sénat américain demeure résolument républicain, davantage qu’avant les élections de mi-mandat. On désigne parfois le Sénat de « Service du personnel » du gouvernement américain, car il est chargé de confirmer toutes les nominations de haut niveau par le pouvoir exécutif. Il va pouvoir continuer de confirmer la nomination des candidats de M. Trump, et il y aura probablement moins de suspens que lors de la récente confirmation du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême, par exemple. Puisque la majorité républicaine est plus forte, nous nous attendons à ce que les candidats désignés par le président soient confirmés plus facilement et que les efforts de déréglementation se poursuivent. À tout le moins, il nous semble peu probable que le gouvernement fasse marche arrière dans le processus de déréglementation. Nous croyons que ces facteurs vont alimenter l’optimisme des entreprises et favoriser la croissance.
  •  Un gouvernement divisé après un taux de participation sans précédent à des élections de mi-mandat montre que l’électorat américain demeure polarisé. On s’attendant à ce qu’un taux de participation élevé donne un sérieux coup de pouce au parti démocrate, mais il semble aussi avoir profité aux républicains au Sénat et dans de nombreuses courses aux postes de membres du Congrès et de gouverneurs. Ce facteur suggère également que M. Trump est loin d’être un canard boiteux et nous nous attendons à ce qu’il continue à suivre son programme avec vigueur.

2.    Retombées sur la politique monétaire de la Fed et sur la politique budgétaire des États-Unis

  • Nous pensons que l’issue des élections de mi-mandat va faire en sorte que la Réserve fédérale américaine va rester sur la voie de la hausse graduelle des taux et de la réduction du bilan, plutôt que d’aller plus loin ou plus vite dans les hausses de taux, ce qui aurait été plus probable si nous avions assisté à un raz-de-marée républicain, car les probabilités d’un nouveau cycle de mesures de relance budgétaire auraient été plus fortes.
  • À notre avis, le gouvernement divisé réduit les probabilités d’une nouvelle ronde de baisses d’impôts «non capitalisées». Le président avait évoqué l’idée, même par voie de gazouillis, de baisses d’impôts pour la classe moyenne avant les élections de mi-mandat, probablement parce que la réforme de l’impôt des particuliers et de l’impôt sur le revenu était perçue comme avantageuse pour les riches (mais pas pour les électeurs de la classe moyenne) et comme une augmentation du fardeau fiscal des professionnels et des bien nantis, principalement dans les zones urbaines, dans les banlieues et dans les États côtiers (qui ont effectivement voté pour le parti démocrate, selon les résultats des élections jusqu’ici). En conséquence, une baisse des impôts de la classe moyenne pourrait nécessiter des réductions compensatoires de dépenses ou des augmentations d’impôts qui devront être approuvées par le Congrès. Une Chambre contrôlée par les démocrates tentera probablement d’empêcher le président d’adopter des politiques susceptibles d’augmenter ses chances d’être réélu aux élections générales de 2020.
  • Cette combinaison de politique budgétaire et de politique monétaire de la Fed laisse présager que l’économie américaine va poursuivre sa croissance, mais qu’elle pourrait ralentir en 2019-2020, lorsque les avantages des mesures de relance budgétaire vont s’atténuer en raison des hausses de taux. Or, à notre avis, cela réduit également les chances d’un éventuel scénario de surchauffe suivi d’une récession (en réduisant le risque d’une autre ronde de mesures de relance budgétaire susceptible de stimuler l’inflation, qui se situe déjà dans la fourchette cible de la Fed, en abaissant davantage le taux de chômage et en forçant la Fed à accélérer la cadence des hausses de taux).

3.    D’autres politiques économiques intérieures pourraient être importantes pour les marchés boursiers

  •  L’administration Trump pourrait très bien offrir une main tendue à ses adversaires et conclure un accord avec les démocrates qui siègent à la Chambre pour aller de l’avant avec un important programme de dépenses d’infrastructures, étant donné qu’il y a moins d’opposants aux déficits parmi les républicains qui siègent au Sénat. Si tel est le cas, nous pensons que ce programme va cibler certaines régions et certains projets et soutiendrait les titres du secteur des matériaux. Cependant, les éléments en faveur de la croissance globale du produit intérieur brut, de l’inflation et de la politique monétaire de la Fed sont probablement limités, car les gouvernements des États et les administrations locales sont les principales sources de dépenses d’infrastructures, et les projets « prêts à démarrer » au niveau fédéral sont peu nombreux.
  • En revanche, comme le président et les démocrates semblent s’entendre sur la nécessité d’adopter une réglementation plus stricte et d’imposer davantage les entreprises du secteur des technologies, nous croyons qu’il est fort probable que ces sociétés continuent de contre-performer, puisqu’elles sont surévaluées par rapport aux entreprises d’autres secteurs.
  • Le président et les démocrates sont également d’accord sur la réglementation du prix des médicaments, mais s’il y a une période de repli ou de contre-performance des actions des sociétés pharmaceutiques et biotechnologiques, elle ne devrait pas durer.  En fin de compte, nous pensons qu’il est très peu probable que les républicains du Sénat consentent à adopter un projet de loi sur la réglementation du prix des médicaments.
  • À notre avis, le fait que la Chambre soit contrôlée par les démocrates garantit presque qu’il n’y aura pas d’abrogation de la Affordable Care Act (ou loi sur les soins abordables aussi appelée Obamacare), ce qui devrait assurer plus de clarté et de stabilité en matière de réglementation et de tarification pour les assureurs, les hôpitaux et le secteur de la santé en général.
  • Enfin, le président et les démocrates préconisent une augmentation du salaire minimum fédéral. Même si nous pensons qu’il serait difficile de faire adopter ce projet de loi par le Sénat, son adoption exercerait des pressions sur les détaillants et les restaurants américains, mais il faut savoir que plusieurs États et certains gros employeurs comme Amazon ont déjà augmenté le salaire minimum. Par conséquent, les effets se feront sentir sur certaines entreprises, mais pas de façon généralisée.

4.    La politique économique étrangère ne changera probablement pas, du moins à court terme

  • Un gouvernement divisé signifie probablement que M. Trump aura plus de contraintes que jamais dans la mise en œuvre de sa politique intérieure et il se peut fort bien qu’il se concentre davantage, au moins au début, sur la politique étrangère, notamment le commerce et la sécurité nationale. Le président dispose de beaucoup plus de pouvoirs discrétionnaires en matière de politique étrangère en général et de commerce et de tarifs douaniers en particulier, que dans la plupart des sphères de la politique intérieure (à l’exception de l’application de la réglementation, que l’Administration Trump continuera vraisemblablement à modérer dans le cadre de ses efforts visant à améliorer le climat d’affaires). Cependant, il est fort probable que l’Administration adopte une attitude plus conciliante en matière de commerce, surtout si les statistiques montrent l’incidence négative croissante des tarifs douaniers sur l’économie, d’autant plus qu’elle va commencer à se concentrer sur ses perspectives de réélection en 2020.
  • Il se peut que la Chambre démocrate parvienne à collaborer avec le Sénat, composé de nombreux républicains en faveur du « libre-échange », et à récupérer certains pouvoirs en matière de tarifs douaniers si l’Administration Trump s’entête à garder le cap sur sa politique commerciale intransigeante. Comme la constitution américaine donne au Congrès le pouvoir de percevoir des tarifs douaniers, il n’est pas impossible que celui-ci tenter de récupérer certaines de ces compétences du pouvoir exécutif, en particulier si davantage de signes semblent indiquer que les tarifs douaniers causent du tort à l’économie américaine. Par contre, il est très peu probable que le Congrès parvienne à obtenir une majorité à l’épreuve du droit de veto du président, mais le simple fait que le Congrès tente de récupérer des pouvoirs pourrait amener l’Administration Trump à assouplir sa position en matière de commerce.
  • L’accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC), l’Accord de libre-échange nord-américain renégocié récemment, sera soumis à l’approbation du nouveau Congrès et devrait faire l’objet d’un examen approfondi, mais nous nous attendons à ce qu’il soit adopté, car l’économie de nombreux États est fortement intégrée à celles du Canada et du Mexique, et un échec aurait de profondes répercussions pour toutes les parties en cause.

Conclusion

Au cours de la première année de son mandat, l’Administration Trump a mis de l’avant des politiques phares très favorables à la croissance : déréglementation, réforme fiscale et mesures de relance budgétaire. Pendant la deuxième année, elle a mis l’accent sur des politiques susceptibles de nuire à la croissance économique, principalement le protectionnisme et une politique étrangère belliciste dans des domaines tels que les sanctions imposées à l’Iran. Cela a fait réagir les marchés mondiaux et les actions américaines ont affiché des rendements beaucoup moins reluisants en 2018 qu’en 2017. Compte tenu de la nouvelle composition du Congrès, certaines politiques de relance pourraient se concrétiser et l’Administration pourrait mettre de l’avant les éléments de son programme en faveur de la croissance si elle parvient à faire approuver plus facilement ses nominations politiques, ce qui nous amène à voir un potentiel de plus-value des actions américaines.

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Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper et d’Arnab Das au 7 novembre 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.

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