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Perspectives, commentaire et expertise de placement

Kristina Hooper | 24 décembre 2018

Pas de congé en vue pour les perturbations mondiales

Au début de 2018, je vous ai mis en garde contre deux principaux types de perturbations qui constituent des risques pour les marchés : les perturbations de nature géopolitique et les perturbations liées aux politiques monétaires. La solution à la crise financière mondiale, la politique monétaire expérimentale, a accentué les inégalités de richesse, ce qui a provoqué des perturbations de nature géopolitique et la situation allait empirer en 2018. Cette politique monétaire expérimentale, en particulier les gigantesques programmes d’achat d’actifs, ont commencé à être retirés et ce fut une expérience qui, en soi, risquait de causer des perturbations.

En ces derniers jours de 2018, les perturbations, tant de nature géopolitique que liées aux politiques monétaires, refusent de prendre congé. Un tour d’horizon des manchettes du monde entier nous donne un aperçu des défis avec lesquels les marchés devront continuer de composer pendant la nouvelle année, et la Réserve fédérale américaine (Fed) va sûrement alimenter les manchettes à l’issue de sa prochaine réunion hebdomadaire.

Des statistiques décevantes de la Chine.

D’autres signes d’un ralentissement économique mondial sont apparus vendredi, alors que les ventes au détail de novembre en Chine ont augmenté à leur rythme le plus lent en plus d’une décennie.1 Les ventes d’automobiles en Chine ont été particulièrement décevantes. De plus, la production industrielle a chuté à 5,4 % sur douze mois en novembre, par rapport à 5,9 % sur douze mois en octobre.1 Ces nouvelles ont provoqué un repli des marchés asiatiques, qui s’est répercuté sur les marchés mondiaux.

De maigres concessions dans la guerre commerciale, mais les craintes subsistent.

Le ministère des Finances de la Chine a annoncé vendredi la suspension des tarifs douaniers additionnels sur les véhicules et les pièces d’automobiles fabriqués aux États-Unis pendant trois mois à compter du 1er  janvier 2019, après avoir annoncé une trêve dans la guerre commerciale. Le Conférence centrale sur le travail économique se tient cette semaine et devrait nous donner une meilleure idée des mesures que la Chine prévoit adopter pour stimuler l’économie intérieure face à ce ralentissement et de comment elle va s’y prendre pour gérer son différend commercial avec les États-Unis. Je ne m’attends pas à des concessions commerciales majeures, même si les discours des représentants du gouvernement semblent conciliants, car je ne vois toujours pas pourquoi la Chine ferait de telles concessions. Par conséquent, je pense que les craintes vont persister parce que le différend commercial pourrait facilement s’envenimer.

Des pressions sur le marché américain des titres de créance.

Le marché américain des titres de créance soulève également des craintes. Le Financial Times a récemment cité des données d’Informa et de Dealogic qui indiquent qu’il n’y a pas eu d’émissions d’obligations à rendement élevé depuis le début du mois.2 Par ailleurs, les taux des obligations à rendement élevé ont augmenté considérablement ces derniers mois, ce qui montre que les investisseurs se préoccupent des risques liés à ces titres. Qui plus est, on note une baisse d’intérêt à l’égard du marché des prêts à effet de levier, alors que deux émissions qui devaient être lancées la semaine dernière ont été reportées.

L’intrigue du Brexit se corse.

La première ministre britannique, Theresa May, a survécu à une « motion de censure » la semaine dernière, mais par une moindre marge que prévu. Elle a travaillé d’arrache-pied pour convaincre l’Union européenne (UE) de faire des concessions dans le cadre de l’accord sur le Brexit dans l’espoir que le Parlement adopte cet accord s’il obtenait de meilleures conditions pour le Royaume-Uni, en particulier en ce qui concerne les dispositions du filet de sécurité de l’Irlande. Sans surprise, l’UE n’a fait aucune concession, ce qui signifie que les options qui s’offrent à Mme May diminuent à mesure que la date du Brexit, fixée en mars 2019, se rapproche. En dépit des pressions politiques de plus en plus fortes en faveur de la tenue d’un scrutin référendaire, elle continue de résister. Cela va exercer davantage de pressions sur l’économie du Royaume-Uni, car l’incertitude en matière de politique économique exerce des pressions à la baisse sur les dépenses en immobilisations et sur l’embauche.

L’angoisse existentielle des États-Unis.

Aux États-Unis, une suspension partielle des services publics pourrait se profiler plus tard cette semaine, puisque l’Administration Trump et le Congrès ne s’entendent toujours pas sur le financement du mur frontalier entre les États-Unis et le Mexique proposé par M. Trump. De plus, l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) risque toujours de ne pas être adopté, parce que les syndicats exercent des pressions sur un certain nombre de sénateurs démocrates qui siègent au Congrès. Je m’attends à ce que ces tensions fassent chuter le peso mexicain.

L’Union européenne se fissure.

De plus, les « gilets jaunes » continuent de manifester en France et ce mouvement constitue une réelle menace pour le leadership du président Emmanuel Macron. Ce mouvement est particulièrement inquiétant pour toute la région, car depuis que le pouvoir d’Angela Merkel s’est effrité en Allemagne, M. Macron est devenu le chef de facto de l’Union européenne. Si son Administration était renversée, ce serait le chaos à la tête de l’UE, puisque l’Allemagne et la France sont les plus ardents défenseurs de l’UE face aux dissensions d’autres pays.

Incidemment, le 1er janvier marquera le vingtième anniversaire de l’euro. Certains ne s’attendaient jamais à ce que l’euro célèbre ses vingt ans, mais c’est pourtant le cas et j’irais même jusqu’à dire que l’Europe a survécu à la crise financière mondiale et aux autres crises qui ont suivi grâce à la Banque centrale européenne (BCE). D’ailleurs, dans un discours qu’il a prononcé en Italie la fin de semaine dernière, le président de la BCE, Mario Draghi, a rappelé les nombreux avantages de l’euro en réponse aux récentes critiques des populistes italiens et des « gilets jaunes » français, mais a admis que l’assouplissement quantitatif (AQ) était une solution très imparfaite à la crise et avait entraîné des inégalités de revenus, ce qui a conduit à la montée du nationalisme. M. Draghi a fait valoir que l’euro ne pouvait être tenu responsable de la contre-performance économique de certains pays de l’UE. Il a ensuite pris le temps de sonner l’alarme sur le nationalisme et son assaut contre l’UE : « La fascination pour les prescriptions et les régimes illibéraux se répand; nous voyons de petits pas en arrière dans l’histoire ».

Les banques centrales à la rescousse?

Dans le tumulte de ces bouleversements géopolitiques, les investisseurs doivent aussi se préoccuper du retrait du soutien des banques centrales, ce qui ne fera qu’amplifier la volatilité.

La semaine dernière, la BCE s’est réunie et a décidé de mettre fin à son programme d’AQ. Cependant, M. Draghi est parvenu à présenter une perspective plutôt accommodante qui n’a pas perturbé les marchés. Je crois qu’il est prêt à intervenir si nécessaire et à relancer le programme d’AQ de la BCE ou à avoir recours à d’autres outils, comme les prêts à long terme aux banques commerciales. Jusqu’à présent, M. Draghi est parvenu à contenir les tensions systémiques par ses paroles et je ne vois pas pourquoi il en serait autrement au cours des derniers mois de son mandat.

Plusieurs réunions des grandes banques centrales auront lieu cette semaine. La Banque du Japon va elle aussi se réunir et on s’attend à ce qu’elle maintienne une politique monétaire très accommodante. À mon avis, ce n’est pas par hasard que le récent sondage Tankan, qui mesure la confiance des entreprises japonaises, indique un regain d’optimisme. Les « options de vente des banques centrales » sont réellement très efficaces pour redonner confiance aux entreprises.

Nous aurons droit à un tour du chapeau si la Fed, qui va se réunir cette semaine, parvient à accomplir le même exploit que la BCE, à plus forte raison compte tenu du scepticisme grandissant du président du conseil de la Fed, Jay Powell (après tout, la Fed est à l’origine d’une grande partie des pressions exercées sur les actions cet automne). Je suis d’accord avec le consensus selon lequel la Fed va augmenter ses taux cette semaine mais, pour ce faire, elle devra être en mesure d’adopter un ton plus accommodant pour éviter d’accentuer les pressions à la baisse sur les marchés boursiers. Cela signifie que les dot plots ne devront plus préconiser trois hausses de taux l’an prochain, et je pense que ce sera le cas. Je m’attends aussi à ce que la politique monétaire préconise deux hausses de taux l’an prochain et ce nombre pourrait même être révisé à la baisse ultérieurement.

De plus, le Federal Open Market Committee (FOMC) va devoir modifier le libellé de ses déclarations pour indiquer un relèvement du seuil pour les prochaines hausses de taux. Si la Fed voulait véritablement raviver la confiance des investisseurs et provoquer un réel « redressement boursier du temps des fêtes », elle pourrait s’y prendre de l’une ou l’autre des deux manières suivantes : 1) relever les taux de seulement 12,5 points de base en décembre (cette idée a apparemment été lancée par l’ex vice-président du conseil Stanley Fischer il y a plusieurs années, lorsque la Fed amorçait le processus de normalisation); ou 2) annoncer un ralentissement de la normalisation du bilan, qui a clairement perturbé les marchés. Ces deux options sont très peu probables, mais méritent d’être mentionnées au cas où, par hasard, le FOMC tentait de faire preuve d’un peu de créativité pour pouvoir normaliser son bilan sans perturber les marchés. C’est un euphémisme de dire que tous les yeux sont tournés vers la Fed cette semaine, car les investisseurs attendent qu’elle leur lance une bouée de sauvetage.

À noter

Les perturbations ne prendront peut-être pas congé, mais moi oui. Je vous invite à lire mon prochain blogue le 7 janvier prochain. Je profite de l’occasion pour vous souhaiter, à vous et à vos proches, de joyeuses fêtes.

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