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John Greenwood | 1 décembre 2016

Perspectives 2017 : Reprise économique dans divers marchés

Ces dernières années, les pays industrialisés et les pays émergents ont tenté tant bien que mal de se remettre de la Grande récession de 2008 et 2009 et leurs cycles économiques ont divergé.

Le redressement des pays industrialisés a été freiné par deux facteurs : la lenteur de l’assainissement des bilans, en particulier ceux des banques, et les conséquences divergentes de la mise en œuvre des mesures d’assouplissement quantitatif (AQ). Ensemble, ces facteurs ont donné lieu à une croissance économique inférieure à la normale, à un retour désespérément lent au plein emploi, à une faible croissance des salaires et à la grogne de l’électorat.

Par contre, les pays émergents ont mis en œuvre des programmes de relance musclés entre 2008 et 2010. Ces programmes ont donné de tellement bons résultats dans certains pays, comme la Chine, le Brésil et la Russie, qu’ils ont dû faire marche arrière en 2011 et en 2012. Par conséquent, entre 2014 et 2016, ils ont eux aussi connu des ralentissements économiques, des récessions, une dépréciation de la devise et ont dû s’astreindre au douloureux exercice du désendettement.

Les perspectives des pays émergents et industrialisés pour 2017 sont étroitement corrélées à la façon dont les différents problèmes susmentionnés seront abordés.

Pays industrialisés

Aux États-Unis, Donald Trump sera investi à la présidence le 20 janvier 2017 et le Parti républicain va contrôler les deux chambres du Congrès. Il a proposé plusieurs mesures de relance budgétaire, y compris des baisses d’impôts sur le revenu des particuliers et des entreprises, et de nombreux programmes de dépenses en infrastructures, le tout dans le but de stimuler la croissance et de favoriser le rapatriement des capitaux investis à l’étranger. De plus, il entend réformer la Affordable Care Act ou loi sur les soins abordables (pour abolir l’incitatif à employer des travailleurs seulement 29 heures par semaine), de lever les restrictions sur la production énergétique (pour libéraliser la production des gisements de schiste, de pétrole, de gaz naturel et de charbon propre) et de réviser la Dodd-Frank Act sur la réglementation des banques. Étonnamment, il vise un taux de croissance « d’au moins 3,5 %, pouvant même atteindre 4 %. »

En dépit des économies qui pourraient découler de la réduction des charges réglementaires et de l’annulation des sommes versées par les États-Unis aux programmes des Nations Unies sur les changements climatiques, le déficit budgétaire américain va probablement continuer d’augmenter, comme ce fut le cas sous la présidence de Ronald Reagan. Au-delà de ces économies, les déficits budgétaires ne peuvent être financés que par les impôts, l’emprunt ou la mise en circulation d’argent neuf et le crédit (comme dans le cas des mesures de relance budgétaire de la Chine entre 2008 et 2010). Étant donné que des hausses d’impôts sont hors de question et que la Réserve fédérale américaine va refuser de collaborer à l’impression injustifiée d’argent (d’ailleurs, on s’attend à ce qu’elle augmente son taux directeur en décembre 2016 et probablement à deux ou trois reprises en 2017), l’emprunt devient le seul et unique moyen de financer les déficits. Immédiatement après le dévoilement du résultat des élections, les rendements obligataires ont augmenté, tout comme les anticipations d’inflation, et le dollar américain s’est apprécié.

En matière de politique étrangère, M. Trump a annoncé son intention de renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), de se retirer du Partenariat transpacifique (PTP) et d’imposer des barrières tarifaires substantielles aux pays « manipulateurs de devises » afin de fermer la porte à l’acier subventionné illégalement et à d’autres matériaux industriels clés qui entrent au États-Unis à des prix inférieurs à ceux du marché. Il entend également décourager les entreprises américaines de délocaliser des emplois. Ce faisant, il vise à rétablir l’emploi dans le secteur manufacturier, les industries minière, forestière, sidérurgique et les autres industries lourdes.

Le programme de M. Trump a pour but de rebâtir les principaux secteurs d’activité de l’économie américaine en donnant un solide coup de pouce aux entreprises et aux ménages américains. Je m’attends à un taux de croissance (du PIB) réel de 2,5 % et à un taux d’inflation selon l’IPC de 2,1 % en 2017.

En Europe, les perspectives sont beaucoup moins reluisantes. La lenteur à résoudre les problèmes du secteur bancaire, la faiblesse du programme d’AQ de la Banque centrale européenne (BCE) qui a fait chuter les taux d’intérêt en territoire négatif ne sont que quelques-uns des freins à la reprise économique. Le taux de chômage en Europe continentale n’a pas descendu sous la barre des dix pour cent et la croissance des revenus est anémique. Résultat, les mouvements politiques populistes et xénophobes perturbateurs de gauche comme de droite se sont multipliés. Comme les gouvernements conventionnels de centre-droite ou de centre-gauche en Italie, dans les Pays-Bas, en France et en Allemagne devront faire face à des référendums ou à des élections au cours de la prochaine année, le risque d’autres changements politiques perturbateurs est élevé. Éventuellement, un ou plusieurs de ces électorats pourraient l’emporter sur les élites dirigeantes, ce qui risquerait de mettre en péril l’ordre établi et de remettre en question l’existence de l’Union européenne (UE) ou même de la zone euro. Je crois que le taux de croissance du PIB réel va se maintenir autour de 1,5 %, tout au plus, et que le taux d’inflation va chuter nettement en deçà de la cible de la BCE, qui s’élève à « un peu moins de 2 % ».

En comparaison, l’économie britannique s’était relativement bien comportée, en imitant le modèle américain d’assainissement graduel du bilan et d’injections de capitaux au moyen d’un programme d’AQ. Le taux de croissance du PIB réel du Royaume-Uni s’élève en moyenne à 2,3 % depuis 2013 et, contrairement à la zone euro, la déflation n’est pas un problème. Or, compte tenu du vote en faveur du Brexit en juin 2016, le Royaume-Uni risque de perdre l’accès sans barrières tarifaires au marché de l’UE et de subir une diminution de l’investissement étranger direct, sans compter que Londres pourrait perdre sa place de capitale financière de l’Europe. Jusqu’ici, le gros des retombées a été la chute de 14 % de l’indice pondéré en fonction des échanges commerciaux de la livre sterling, mais lorsque les négociations commenceront officiellement avec l’UE, après mars 2017, la devise pourrait facilement se déprécier davantage. Ces dépréciations de la devise feraient augmenter les prix des importations et se répercuteraient sur l’IPC, ce qui compromettrait la croissance des salaires réels. Étant donné que les dépenses de consommation représentent 65 % du PIB du Royaume-Uni, cela entraînerait un ralentissement marqué de la croissance économique au pays. Je m’attends à un taux de croissance de 1,4 % et à un taux d’inflation selon l’IPC de 2,5 %.

Au Japon, comme dans la zone euro, l’assainissement du bilan des banques et les réformes structurelles tardent à venir et l’efficacité des « mesures d’assouplissement qualitatif et quantitatif » (AQQ) est nettement inférieure aux attentes. Par conséquent, le pays enregistre un faible taux de croissance et la déflation a refait surface. Les politiques économiques du premier ministre Shinzo Abe, communément appelées «politiques Abenomiques», n’ont pas donné les résultats escomptés, si bien que les perspectives pour 2017 sont guère plus reluisantes que ne l’étaient celles de 2016. Je m’attends à un taux de croissance du PIB réel de 0,7 % et à des prix à la consommation stables.

Pays émergents

Dans les marchés émergents (ME), la création excessive de crédit et le surendettement entre 2008 et 2010 ont nécessité l’adoption de mesures correctives de 2013 à 2015, particulièrement au Brésil, en Russie, en Inde et en Chine. Cette phase semble avoir pris fin en 2016, puisque les marchés ont passé le creux et que nous avons assisté à une légère hausse des prix des produits de base pendant la première moitié de l’année, accompagnée de rentrées de capitaux dans les économies des pays émergents. Cependant, la Chine est une exception de taille, puisque le pays a amorcé une autre phase d’expansion du crédit au début de 2014. Comme la Chine est de loin le plus grand ME et le plus gros acheteur de marchandises sur les marchés mondiaux, la reprise de la croissance du crédit pourrait provoquer un autre épisode d’inflation en Chine. Non seulement cela ferait dérailler le passage de la Chine à un modèle de croissance davantage axé sur la consommation, mais cela aurait un effet d’entraînement considérable sur les autres marchés émergents, en particulier les producteurs de marchandises et l’économie des pays de l’Asie orientale voisins de la Chine.

Jusqu’ici, la croissance excessive du crédit en Chine semble se limiter essentiellement aux secteurs financier et public, mais on note des signes inquiétants qui laissent présager que l’explosion du crédit commence à s’étendre à l’ensemble de l’économie. Tout d’abord, nous avons assisté à une série de mini-bulles spéculatives sur les marchés boursiers (en 2014 et en 2015), de même que sur les marchés de l’immobilier résidentiel et des marchandises (p. ex. : la farine de soja, le PVC, le minerai de fer, le charbon à coke et les contrats à terme sur l’acier). Deuxièmement, les grandes sociétés d’État (SE) industrielles ont connu une hausse notable de la croissance et des bénéfices. Enfin, les prix à la production, qui ont été en baisse pendant quatre années consécutives, ont recommencé à augmenter en octobre. Plus tôt les autorités chinoises résoudront ces enjeux, moins l’économie et l’emploi vont en souffrir, mais plus la situation s’éternise, plus l’adaptation sera difficile le moment venu. Nul ne sait exactement comment les autorités chinoises vont composer avec ces enjeux en 2017 (que ce soit par la répression et les contrôles directs ou en restreignant le crédit et en permettant aux forces du marché de transmettre les ajustements nécessaires).

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