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Kristina Hooper | 6 décembre 2017

Perspectives de placement pour 2018 : Marchés mondiaux – Dix attentes pour 2018

L’économie et les marchés des capitaux ont connu une bonne année 2017. L’économie mondiale a enregistré un taux de croissance plus élevé qu’en 2016 et la valeur des actifs à risque a augmenté considérablement.1 Cependant, les investisseurs se demandent si la conjoncture actuelle va se poursuivre en 2018. Voici mes dix principales attentes pour la nouvelle année :

1. Penchant à la hausse des marchés boursiers mondiaux. À l’aube de 2018, deux principaux facteurs créent un penchant à la hausse pour les actions et d’autres actifs à risque à l’échelle mondiale, en l’occurrence la reprise de la croissance mondiale et le maintien des politiques monétaires accommodantes. Ce sont là deux facteurs très influents qui, selon moi, devraient soutenir l’ensemble des actifs à risque et plus particulièrement les actions. Cela ne signifie pas que nous sommes à l’abri d’une correction, surtout aux États-Unis, mais plutôt qu’elle serait de courte durée.

La zone euro, le Japon, les États-Unis et un certain nombre de marchés émergents connaissent une accélération de la croissance et cette tendance devrait se poursuivre pendant la majeure partie de 2018, mais il y aura probablement des hauts et des bas. De plus, on note une forte croissance des bénéfices et une amélioration de la conjoncture dans la plupart des principaux marchés, ce qui devrait également favoriser les actions mondiales. Parallèlement, la majeure partie de ces économies ont un taux d’inflation relativement faible, ce qui donne aux banques centrales une plus grande marge de manœuvre pour maintenir des politiques monétaires très accommodantes.

2. Plus de perturbations et une volatilité accrue. Les perturbations, tant positives que négatives, abondent en ce moment, ce qui accroît les probabilités d’une recrudescence de volatilité, alors qu’elle est extrêmement faible par les temps qui courent.

Perturbations géopolitiques. Les tensions s’intensifient un peu partout sur la planète, de la Corée du Nord jusqu’en Arabie saoudite. Cela étant dit, les perturbations géopolitiques n’ont habituellement aucune incidence sur les marchés boursiers, à moins qu’elles ne deviennent extrêmes. Et, lorsque c’est le cas, leur effet est généralement de courte durée. Ce qui m’inquiète le plus, c’est que divers pays en viennent à adopter des politiques plus protectionnistes en réaction aux perturbations géopolitiques provoquées par les mouvances nationalistes qui prônent la démondialisation. Il ne faut pas oublier que de nombreux économistes ont accusé le protectionnisme d’avoir exacerbé la grande dépression des années 30 et nous ne pouvons pas ignorer la menace très réelle du protectionnisme aujourd’hui.

Il y a aussi un risque de perturbations politiques aux États-Unis, compte tenu des attentes élevées suscitées par l’adoption des lois proposées par l’Administration Trump, notamment la réforme fiscale et les dépenses en infrastructures. Le marché boursier américain a monté en flèche après les élections, sous l’impulsion de l’augmentation des bénéfices des sociétés, mais surtout en raison de l’optimisme suscité par les promesses de nouvelles mesures législatives. Or, ces changements ne se sont pas encore concrétisés et, selon moi, ils risquent de ne pas être à la hauteur des attentes. Cela rend le marché boursier américain vulnérable.

Perturbations liées aux politiques monétaires. Les programmes d’achat d’actifs à grande échelle, qui ont été l’un des principaux outils de politique des grandes banques centrales au cours de la dernière décennie, sont des expériences qui ont eu un impact très significatif sur les cours des actifs et la volatilité des marchés. Maintenant que les banques centrales commencent à «normaliser» cette politique monétaire expérimentale, il y a un risque de perturbation des marchés des capitaux. Bien que ce ne soit pas mon scénario de référence, c’est fort probable, notamment parce que plusieurs facteurs augmentent les probabilités d’une erreur de politique monétaire. Premièrement, aux États-Unis, le nombre de membres du Federal Open Market Committee va augmenter considérablement en 2018, sans compter que l’organisme aura un nouveau président et vice-président du conseil. Deuxièmement, la Réserve fédérale américaine (la Fed) utilise simultanément deux leviers de politique monétaire : le taux des fonds fédéraux et le bilan de la Fed. Enfin, plusieurs autres grandes banques centrales commencent à normaliser leur politique monétaire, quoique très graduellement.

3. Taux bas pendant un certain temps encore et quête de revenu. Bien que de nombreuses banques centrales, dont la Fed, la Banque du Canada, la Banque d’Angleterre et la Banque centrale européenne (BCE), aient amorcé un léger resserrement de leur politique monétaire, celle-ci demeure très accommodante en termes relatifs. Les récents événements laissent présager que la tendance va se poursuivre en 2018, particulièrement la nomination en novembre 2017 de Jerome Powell au poste de président du conseil de la Fed, parce qu’on s’attend à ce qu’il maintienne le statu quo établi par la présidente sortante Janet Yellen, et la décision de la BCE de ne pas fixer de date butoir pour mettre un terme aux mesures d’assouplissement quantitatif. Dans ce contexte, on peut s’attendre à ce que la quête de revenu de placement se poursuive en 2018.

4. Augmentation de l’endettement. Je crois que l’effet de levier, y compris la dette publique et privée, va augmenter et comporter plus de risques dans certaines régions en 2018.

Le gouverneur sortant de la Banque populaire de Chine a fait des mises en garde répétées concernant le danger du fort effet de levier du système financier chinois et l’importance des réformes financières. On verra bien si le président chinois Xi Jinping accordera la priorité à ces réformes. De plus, la Banque populaire de Chine devra absolument gérer efficacement la politique monétaire, compte tenu des risques inhérents au taux élevé d’endettement et de la nécessité de soutenir l’économie chinoise sans provoquer de surchauffe.

Ailleurs, la dette du gouvernement japonais est très élevée, ce qui complique la normalisation de la politique monétaire de la Banque du Japon. Il en va de même de la dette du gouvernement américain qui risque d’augmenter considérablement. Qui plus est, le taux d’endettement des consommateurs américains a récemment atteint un nouveau record et le taux de défaut de paiement des prêts automobiles à risque va en augmentant. Au Canada, le taux d’endettement des ménages est encore pire; à la fin de 2017 en pourcentage du revenu disponible, il était plus élevé que celui des ménages américains en 2007, avant le début de la crise financière mondiale.

5. Incertitude persistante au Royaume-Uni et leptokurtose accrue. Je crois qu’il est de plus en plus probable que les négociations sur le Brexit aboutissent à une issue extrême, soit une relation semblable à celle d’avant le Brexit entre l’UE et le Royaume-Uni, soit une absence totale de relation. Plus il faudra de temps pour parvenir à une entente, plus il est probable que les entreprises commencent à se relocaliser. De plus, l’économie du Royaume-Uni est aux prises avec un autre problème : la Banque d’Angleterre a décidé en novembre de procéder à une première hausse de taux en plus d’une décennie. Bien qu’elle n’ait pas à endiguer une forte croissance, la Banque d’Angleterre tente de soutenir la livre sterling afin de lutter contre le taux d’inflation relativement élevé au Royaume-Uni par suite de la dépréciation de la devise en lien avec le Brexit. Or, la Banque d’Angleterre a laissé entendre dans sa décision qu’elle n’a pas l’intention de procéder à un resserrement marqué de sa politique monétaire et la livre sterling n’a pas été aussi forte que ce à quoi la Banque d’Angleterre s’attendait. Cette situation est problématique et ouvre la porte à un scénario de stagflation. Nous allons suivre de près l’évolution de la situation en ce qui a trait à la livre sterling et à l’inflation.

6. Plein cap sur les réformes économiques essentielles. Le président français, Emmanuel Macron, s’est lancé dans une ambitieuse réforme du droit du travail. Ce projet a déjà grandement amélioré la confiance des entreprises et pourrait entraîner une augmentation des dépenses en immobilisations. M. Macron entend également prendre l’initiative de réformes vitales pour la stabilité et la croissance futures de l’Union européenne. Pour sa part, le premier ministre indien, Narendra Modi, s’apprête à lancer son pays dans des réformes transformatives. En 2017, l’Inde a adopté une taxe sur les produits et services, un plan de démonétisation, une nouvelle loi sur la faillite, un politique cadre d’inflation cible pour sa banque centrale et une loi sur la réglementation immobilière. La croissance ralentit en Inde et le pays doit continuer de procéder à des réformes pour stimuler la croissance.

7. Besoins d’infrastructures. Un certain nombre de grands marchés ont désespérément besoin de dépenses en infrastructures, en particulier les États-Unis et l’Inde. L’Inde a fait des infrastructures une priorité, tant dans les zones rurales (maisons, routes, électricité) qu’à l’échelle nationale. Aux États-Unis, le temps est venu de remplacer et de reconstruire divers types d’infrastructures, que ce soit des réseaux d’aqueduc, des ponts, des tunnels ou des structures de télécommunications. Les infrastructures peuvent être un puissant moteur de relance budgétaire à court et à plus long termes. Je suis persuadée que les pays qui investiront judicieusement dans les infrastructures bénéficieront d’une nette amélioration de la croissance économique dans plusieurs secteurs d’activité (industrie, matériaux, télécommunications). En revanche, les pays qui ne feront pas des infrastructures une priorité l’an prochain risquent d’en souffrir.

8. Surprises à prévoir du côté des devises. Au cours de la dernière année, nous avons assisté à une dépréciation aussi marquée qu’inattendue du dollar américain, alors que les révisions à la baisse des prévisions de croissance et les revers politiques ont plombé la devise. De plus, les devises des marchés émergents ont réagi aux récents développements politiques. Je m’attends à d’autres surprises et épisodes de fluctuation en 2018. Un certain nombre de banques centrales vont probablement continuer de resserrer graduellement leur politique monétaire, ce qui devrait, tout dépendant du moment où les changements vont se produire, se répercuter sur les relations entre les différentes devises. Une reprise économique mondiale pas totalement synchronisée pourrait également contribuer à la fluctuation des devises.

9. Perspectives divergentes pour les marchandises. Bien que le dollar américain se soit déprécié, le prix du pétrole n’a pas augmenté considérablement en 2017, malgré une hausse du prix des métaux industriels. Cela dénote un changement de relations entre les différentes marchandises, le prix des métaux étant désormais davantage tributaire de la demande des marchés émergents. Je crois que les denrées agricoles vont bénéficier de l’augmentation de la demande mondiale et que le prix de l’or va subir diverses influences, notamment celle des investissements motivés par la peur et l’inflation. En gros, je m’attends à ce que les marchandises obtiennent des rendements divergents l’an prochain et à une moins forte corrélation entre les actions et les titres à revenu fixe.

10. Rotation possible des gagnants. Il faut savoir que nous sommes encore en présence d’une conjoncture fortement influencée par les événements macroéconomiques. L’évolution de la situation politique, plus particulièrement, l’adoption ou l’échec d’initiatives législatives clés, comme les réformes fiscales ou les dépenses en infrastructures, vont probablement provoquer des rotations relativement rapides des gagnants entre les titres de croissance et de valeur sur le marché boursier américain pendant l’année. Il est fort probable que nous assistions également à des rotations des gagnants entre les catégories d’actif, les styles et les secteurs, parce que la reprise économique mondiale ne sera pas totalement synchronisée et favorisera certaines régions et catégories d’actif à différents moments.

Perspectives du marché

En résumé, malgré les risques qui planent un peu partout, mon scénario de référence demeure que le marché boursier va continuer de bien performer en 2018. Cependant, compte tenu de la recrudescence des risques pour les marchés des capitaux, nous restons à l’affût du potentiel de volatilité à la baisse.

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