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Kristina Hooper | 5 octobre 2017

Perspectives des marchés pour le quatrième trimestre : six tendances à surveiller

Au dernier trimestre, les cours boursiers mondiaux ont continué de grimper. La politique monétaire relativement accommodante et l’accélération de la croissance mondiale y sont pour beaucoup. Cependant, à l’aube du quatrième trimestre, je crois qu’il est important de se rappeler que le risque de perturbations est plus élevé, tant sur le plan de la conjoncture géopolitique que de la politique monétaire, ce qui pourrait attiser la volatilité des marchés des capitaux. Voici six éléments à surveiller au quatrième trimestre :

1. L’incertitude en Europe

Après les élections de la semaine dernière, Angela Merkel demeure au pouvoir en Allemagne, mais elle est affaiblie et s’est vue contrainte de former un gouvernement de coalition avec des partenaires inusités, à savoir le Parti Vert libéral et le Parti démocrate libéral (FDP) pro-entreprises. Ces délicates négociations risquent de durer plusieurs semaines et vont, au mieux, donner lieu à une alliance plus ou moins facile à vivre, puisque les deux partis minoritaires ont des plateformes très disparates. Il va sans dire que cela affaiblit le pouvoir de la chancelière, qui amorce son quatrième mandat à la tête de l’Allemagne. Or, malgré ces perturbations, on peut s’attendre à ce que le pays se concentre sur la croissance économique si le FDP prend la gouverne du ministère des Finances.

Au Royaume-Uni, les semaines et les mois à venir seront déterminants et nous permettront de savoir si le pays se dirige vers un « Brexit dur » ou un « Brexit doux ». Dans son allocution à Florence il y a plus d’une semaine, la première ministre Theresa May, qui a toujours milité en faveur d’un « Brexit dur », a adouci le ton. Elle a proposé qu’après le Brexit officiel en mars 2019, le Royaume-Uni maintienne pendant une longue période des relations très semblables aux relations actuelles avec l’Union européenne (UE). On rapporte que la première ministre est désormais davantage en faveur du « Brexit doux » préconisé par le chancelier Philip Hammond, en vertu duquel le Royaume-Uni entretiendrait des relations avec l’UE, ce qui sous-entend un cadre réglementaire qui lierait étroitement les deux entités afin qu’elles continuent de bénéficier des liens commerciaux qui les unissent. Cependant, il est fort probable que d’autres membres du cabinet tentent de l’attirer dans une autre direction à mesure que les négociations vont progresser. Par conséquent, je m’attends à ce que le marché boursier du Royaume-Uni soit plus volatil, étant donné que les investisseurs seront influencés par l’évolution des négociations, et à ce que les entreprises du Royaume-Uni subissent les contrecoups de l’incertitude en matière de politique économique, ce qui risque de freiner leurs dépenses.

De plus, la crise perdure en Espagne, où des épisodes de violence et des manifestations ont eu lieu pendant la fin de semaine, lors du référendum sur l’indépendance de la Catalogne, que l’Espagne juge inconstitutionnel. Nous allons suivre de près l’évolution du climat d’incertitude qui règne en Europe et des perturbations que cela va occasionner au cours des prochaines semaines.

2. Le débat sur la réforme fiscale aux États-Unis

Les « six grands » républicains qui ont été mandatés de rédiger la loi sur la réforme fiscale ont dévoilé leur plan la semaine dernière et la « reflation » de l’Administration Trump refait surface, elle qui avait été évincée par la remontée des marchés boursiers des derniers jours. Tel que promis, le plan de réforme fiscale est très vaste et englobe les trois volets abordés pendant la campagne électorale : la fiscalité des sociétés, la fiscalité des ménages et la fiscalité des capitaux rapatriés. La bonne nouvelle pour les marchés est que la réforme propose de ramener le taux d’imposition des sociétés à 20 %, ce qui devrait accroître considérablement la rentabilité des sociétés. La mauvaise nouvelle est que ce plan comporte des éléments très controversés et qu’il sera difficile d’obtenir suffisamment d’appuis du Congrès, en particulier : 1) l’abolition de l’impôt successoral, ce qui nuirait à la classe moyenne et augmenterait considérablement le déficit fédéral; 2) l’élimination de la déduction fiscale de l’État et locale, qui pourrait avoir une incidence disproportionnée sur les résidents des États où l’impôt foncier ou l’impôt sur le revenu, ou les deux, est plus élevé, ce qui toucherait non seulement les résidents à revenu élevé, mais aussi ceux de la classe moyenne et à faible revenu.

Le Committee for a Responsible Federal Budget prévoit que, globalement, cet ensemble de mesures fiscales va alourdir de 2,2 mille milliards $US le déficit fédéral au cours de la prochaine décennie, mais l’Administration Trump a répliqué en disant que ces baisses d’impôts vont générer une croissance économique telle, qu’elles vont s’autofinancer. Je m’attends à ce que les négociations sur l’ensemble des mesures fiscales aboutissent au Congrès d’ici quelques semaines, car l’Administration va négocier avec les différentes factions pour enfin faire adopter ce projet de loi. Étant donné que certains conservateurs fiscaux du Parti républicain risquent de s’opposer farouchement à ce projet de loi, l’Administration pourrait décider de déposer un projet de loi plus favorable à la classe moyenne pour récolter l’appui de suffisamment de démocrates pour le faire adopter. Mais, cela pourrait modifier passablement le projet de loi, au point où la tranche d’impôt sur le revenu la plus élevée risque d’augmenter. Selon moi, le seul élément du projet de loi qui est intouchable est sa pièce maîtresse, soit le taux d’imposition des sociétés. C’est à mon avis la composante la plus cruciale pour les marchés boursiers parce qu’elle a une incidence directe sur les bénéfices des sociétés. J’anticipe une recrudescence de la volatilité des marchés boursiers américains car les actions vont réagir aux hauts et aux bas des négociations.

3. L’incertitude entourant le prochain président du conseil de la Réserve fédérale américaine

Le président Trump a commencé à se pencher sur le choix du prochain président du conseil de la Réserve fédérale américaine (la Fed) et il semble de moins en moins probable que Janet Yellen obtiendra un nouveau mandat. Il a déjà commencé à interviewer des candidats et prévoit annoncer sa nomination d’ici quelques mois. Comme je l’ai mentionné dans des commentaires précédents, la nomination du prochain président du conseil de la Fed génère énormément d’incertitude, d’autant plus qu’il y a quatre sièges vacants au conseil, dont celui de président et de vice-président. Or, les marchés ne reflètent pas réellement cette incertitude, du moins pas encore. Cela pourrait changer puisque la date de la nomination approche, surtout si le candidat choisi a un profil non traditionnel (c.-à-d. qu’il ou elle provient du milieu des affaires, plutôt que du milieu universitaire ou de la Fed). La nomination du nouveau président du conseil de la Fed va probablement attirer beaucoup l’attention du Congrès, compte tenu de la reconnaissance grandissante du pouvoir incroyable rattaché à cette fonction. Je m’attends à ce que cette incertitude se reflète à tout le moins sensiblement dans les marchés au quatrième trimestre. Il ne faut pas oublier que les nouveaux dirigeants de la Fed pourraient modifier le plan de normalisation du bilan ou ne pas aborder les hausses de taux avec la même approche dépendante des données.

4. Développements à surveiller en matière de leadership en Chine

Le dix-neuvième congrès du Parti communiste chinois se tiendra plus tard en octobre. Ce congrès a lieu tous les cinq ans et est un événement crucial pour le gouvernement et l’économie du pays. Par conséquent, il est très important de suivre ce dossier pour les deux principales raisons énumérées ci-dessous.

Premièrement, ce Congrès, qui se tient au milieu du mandat de 10 ans du président chinois, marque habituellement un changement de garde qui signale l’émergence d’un nouveau leader qui remplacera probablement le président en poste à la fin de son mandat dans cinq ans. Or, il se peut que le président Xi Jinping manifeste son intention de rester au pouvoir après 2022. Bien qu’inhabituel, ce ne serait pas surprenant, car le président Xi consolide son pouvoir et de nombreux Chinois disent que c’est un moment unique et que le pays a besoin de conserver un leader fort. Après tout, la Chine est sans contredit plus que jamais menacée par le spectre du protectionnisme de l’Administration Trump. En outre, les tensions concernant la Corée du Nord et ses ambitions nucléaires ont nécessité l’intervention de la Chine et sa main ferme.

Deuxièmement, ce Congrès devrait nous donner une évaluation de l’avancement du « Rêve chinois », initiative du gouvernement visant à créer une « société modérément prospère », malgré les énormes différences géographiques, académiques et économiques de sa population. Cette évaluation devrait nous donner une idée de ce à quoi nous pouvons nous attendre de la troisième réunion plénière, qui se tiendra à l’automne 2018 et qui brosse habituellement le portrait du programme économique et politique de l’année suivante. Par exemple, la dernière troisième réunion plénière, à l’automne 2013, a donné naissance à un vaste programme de réformes économiques et politiques, dont une campagne de lutte anti-corruption. La Chine a de nombreux défis à relever, alors que son profil démographique change et qu’elle passe d’une économie axée sur l’exportation à une économie basée sur la consommation. Évidemment, comme ce qui se passe en Chine a une incidence sur l’économie mondiale, nous allons suivre de près ce Congrès et les réunions plénières subséquentes.

5. L’incertitude au Japon

Le premier ministre japonais, Shinzo Abe, a récemment déclenché des élections anticipées qui se tiendront plus tard cet automne. Il semble vouloir obtenir un autre mandat pour pouvoir gérer le dossier de la Corée du Nord avec plus de fermeté. Il aimerait aussi obtenir l’appui de la population pour faire adopter des mesures de relance d’envergure, incluant des dépenses en éducation, plutôt que de rembourser la dette publique, qui frôle la crise.

Or, le premier ministre Abe semble avoir commis la même erreur que la première ministre du Royaume-Uni, Theresa May, le printemps dernier, lorsqu’elle a déclenché des élections anticipées pour renforcer son pouvoir de négociation avec l’UE et en est sortie affaiblie en raison du peu d’appui qu’elle a reçue aux urnes. Il faut savoir que le premier ministre Abe a une vive concurrence d’un outsider politique. Même si le premier ministre Abe sera probablement réélu, il risque de perdre des appuis, ce qui l’affaiblirait. Il a des tâches très ardues à accomplir pour tenter de relancer l’économie, composer avec le taux d’endettement élevé et repousser la menace tangible à la sécurité nationale provenant de la Corée du Nord. Nous allons surveiller de près l’économie du pays pour voir si elle va se replier, après avoir dépassé les attentes récemment, si le pouvoir du premier ministre Abe s’effrite.

6. L’équilibre précaire des banques centrales

En gros, je m’attends à ce que les grandes banques centrales continuent de calibrer soigneusement leur politique monétaire afin de tenter de soutenir la croissance, tout en amorçant un retour à la normale. La Fed est le précurseur de ce mouvement, mais elle n’est pas seule. Le Canada a emboîté le pas en procédant à deux hausses de taux successives qui pourraient être suivies par d’autres hausses, ce qui risque de nuire à la croissance économique, d’autant plus que le gouvernement propose d’augmenter les impôts des propriétaires de petites entreprises. La Banque d’Angleterre semble sur le point d’en faire autant et c’est sans doute elle qui se trouve dans la situation la plus délicate, car elle doit maîtriser un taux d’inflation relativement élevé, tout en soutenant la croissance économique dans la conjoncture de grande incertitude provoquée par le Brexit.

Éléments à retenir

Voici les éléments sur lesquels j’aimerais insister :

  • D’abord, rien ne garantit que le plan de réforme fiscale sera adopté dans sa forme actuelle et il ne faut pas oublier que le taux d’imposition des ménages à revenu élevé pourrait augmenter. Plus important encore, les taux d’intérêt vont demeurer relativement faibles, surtout si le plan de réforme fiscale alourdit le déficit national de 2 mille milliards $US.
  • Je crois qu’il est important de toucher des revenus de diverses sources. Cela inclut les actions productives de dividendes, qui continuent de bénéficier d’un traitement fiscal favorable.
  • Bien que les marchés boursiers américains attirent les investisseurs en raison du plan de réforme fiscale en profondeur, je suis d’avis qu’il ne faut pas négliger les actions internationales, dont l’évaluation relative est souvent moins élevée et qui bénéficient de catalyseurs de croissance, dans la foulée de l’enthousiasme renouvelé à l’égard des actions américaines.

Bref, comme je m’attends à ce que les marchés soient tiraillés entre les événements géopolitiques et la politique monétaire, j’anticipe de fortes fluctuations des devises et le maintien de la rotation hors des secteurs et des capitalisations boursières qui obtiennent des rendements supérieurs. En pareilles circonstances, une stratégie gérée activement, dynamique et multi-actifs pourrait convenir. En terminant, il ne faut pas oublier que les risques vont en augmentant, en dépit du fait que la politique monétaire et la croissance mondiale jouent en faveur des actions. Les épargnants devraient peut-être opter pour une méthode de placement qui allie plus-value et protection du capital. Cela sous-entend une large diversification, qui peut inclure une exposition suffisante aux stratégies alternatives telles les stratégies en positions acheteur et vendeur ou les stratégies de marché neutre, qui peuvent contribuer à soutenir les portefeuilles en périodes de tensions boursières.

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Habituellement, les placements alternatifs comprennent plus de placements non traditionnels et emploient des stratégies de négociation plus complexes, y compris les opérations de couverture et l’effet de levier au moyen de produits dérivés, les ventes à découvert et des stratégies opportunistes qui évoluent au gré des conditions du marché. Les épargnants qui envisagent les produits alternatifs doivent se renseigner sur leurs caractéristiques uniques et sur les risques additionnels auxquels les stratégies utilisées les exposent. À l’instar de tous les placements, leur rendement va fluctuer. Vous pouvez perdre de l’argent.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 2 octobre 2017. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas de ces estimations.

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