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Kristina Hooper | 2 novembre 2017

Pourquoi les manchettes géopolitiques n’ébranlent-elles pas les marchés?

Les risques géopolitiques se sont accentués dans de nombreuses régions du monde; d’ailleurs, plusieurs grands enjeux se sont envenimés la semaine dernière. Lorsque je voyage pour rencontrer des clients, on me demande de plus en plus pourquoi les marchés ne reflètent pas ces risques grandissants. Je dirais que c’est en partie parce que les marchés sont simplement désensibilisés. Cependant, je crois aussi que deux facteurs clés ont contribué à protéger les marchés financiers de l’incidence des risques géopolitiques : une politique monétaire accommodante et une économie mondiale en expansion. Dans le commentaire de cette semaine, je vous parle de toutes ces forces du marché qui rivalisent entre elles. 

Les tensions géopolitiques s’intensifient

Corée du Nord. D’abord et avant tout, la situation en Corée du Nord continue de se détériorer. La semaine dernière, un porte-parole nord-coréen a déclaré que les avertissements d’un éventuel essai nucléaire au-dessus de l’océan Pacifique devraient être pris au sérieux. Ensuite, le ministre de la Défense du Japon a annoncé que la menace nord-coréenne avait atteint un seuil « critique et imminent ». Le week-end dernier, le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, qui revenait tout juste d’une visite en Corée du Sud, a lancé un avertissement disant que la menace d’une attaque nucléaire de la Corée du Nord a augmenté, ce qui a « accentué l’urgence » de la coopération entre les États-Unis, la Corée du Sud et d’autres pays alliés.

Mattis a dit clairement que la diplomatie demeure le « plan d’action privilégié ». Cependant, il a tenu à préciser que les États-Unis s’engagent à se défendre et à défendre leurs alliés contre toute agression nord-coréenne, expliquant que « toute utilisation d’armes nucléaires par le Nord provoquerait une riposte militaire massive, efficace et écrasante ». Il semble que les commentaires de M. Mattis visaient la Chine; bien que les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon aient adopté de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord, ils estiment qu’elles n’ont pas été très efficaces parce que la Chine continue secrètement de faire du commerce avec la Corée du Nord. La réussite du plan d’action privilégié, la diplomatie, dépendra de la coopération de la Chine. Comme le président américain Donald Trump se rendra en Asie cette semaine, je m’attends à ce qu’il ait recours à la « méthode de la carotte et du bâton » pour convaincre la Chine d’appuyer les nouvelles sanctions (et de les respecter) imposées à la Corée du Nord en brandissant la menace du protectionnisme commercial, tout en faisant l’éloge du président chinois Xi Jinping pour sa force politique accrue et la consolidation de son pouvoir.

Espagne. La situation s’est détériorée en Espagne la semaine dernière, alors que le premier ministre espagnol Mariano Rajoy a rejeté la demande de la Catalogne de négocier les termes d’une plus grande indépendance. En réaction, la Catalogne, qui jusqu’alors semblait réticente à tenter une véritable sécession, a voté en faveur de la création d’un État indépendant. Ce geste a provoqué la dissolution du parlement catalan par M. Rajoy. Nous pourrions bientôt assister à plus de perturbations, alors que l’Espagne va tenter d’imposer sa tutelle et de remplacer les fonctionnaires catalans par des administrateurs pro-Espagne. Cependant, les marchés n’ont pas réagi, le rendement des obligations d’État espagnoles à 10 ans a augmenté, puis est redescendu. Les cours des actions espagnoles, représentées par l’indice espagnol IBEX 35, ont même augmenté ces derniers jours.

Royaume-Uni. Au Royaume-Uni (R.-U.), la première ministre Theresa May continue d’éprouver des difficultés à négocier les conditions du retrait du R.-U. de l’Union européenne (UE). Plus récemment, ses difficultés sont venues de l’intérieur du R.-U., en particulier de l’Écosse, qui a exprimé son inquiétude quant à la lenteur des négociations jusqu’à présent et qui craint qu’elle ne parvienne pas à conclure une entente en temps opportun. La première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a demandé à Mme May de confirmer qu’une entente de transition avec l’UE sera conclue d’ici la fin de l’année; Mme Sturgeon aurait dit à Mme May qu’elle craint de plus en plus que les négociations sur le Brexit n’aboutiront pas à une entente.

D’autre part, Mme May subit d’énormes pressions de la part des principaux donateurs conservateurs qui lui demandent de quitter l’UE sans une entente si elle ne parvient pas à obtenir des conditions favorables dans les négociations sur le Brexit. Ils insistent sur la situation difficile dans laquelle se trouve le R.-U., qui se voit contraint de s’entendre sur un « projet de loi sur le divorce » avant même de conclure un accord commercial, ce qui lui enlève la possibilité d’utiliser l’argent comme monnaie d’échange en matière commerciale. Il semble que le nombre d’issues possibles pour le R.-U. se soit multiplié, si bien que, désormais, tous les paris sont ouverts.

États-Unis. Des accusations ont été déposées aujourd’hui dans l’affaire Trump-Russie. Certains ont laissé entendre que cela pourrait mettre en péril le projet de loi américain sur la réforme fiscale, mais cela me paraît peu probable. Après tout, de nombreux membres du Congrès américain sont impatients de déposer un projet de loi sur la réforme fiscale, afin de pouvoir retourner voir leurs électeurs au printemps prochain avec le sentiment d’avoir réalisé un accomplissement important.

La politique monétaire et la croissance économique aident les marchés à faire abstraction des risques géopolitiques

Comme je l’ai mentionné plus haut, les risques géopolitiques ne sont rien de nouveau pour les marchés, qui ont souvent une réaction à court terme ou aucune réaction. Or, je crois aussi que la politique monétaire accommodante et la croissance économique contribuent à amortir les chocs.

Politique monétaire. Les risques géopolitiques augmentent, alors que le risque de politique monétaire semble diminuer. Cela tient au fait qu’on s’attend à ce que les grandes banques centrales maintiennent une politique plus « accommodantes »; en d’autres termes, elles sont plus susceptibles d’opter pour le statu quo. Aux États-Unis, M. Trump devrait nommer le nouveau président ou la nouvelle présidente du conseil de la Fed cette semaine et la rumeur veut qu’il nomme Jerome Powell, qui s’est joint au conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine sous l’Administration Obama. Comme je l’ai mentionné dans mes commentaires précédents, M. Powell partage l’idéologie de la présidente en poste, Janet Yellen, et est donc plus susceptible de maintenir le statu quo. S’il est nommé, ce sera un soulagement, car cela signifierait une moins forte probabilité d’erreur de politique causée par une « normalisation » plus rapide.

C’est aussi le cas de la Banque centrale européenne (BCE). La semaine dernière, comme on s’y attendait, le président de la BCE, Mario Draghi, a annoncé le début du retrait graduel des mesures d’assouplissement quantitatif. Or, les détails de son plan ne correspondent pas exactement à ce à quoi les observateurs s’attendaient. M. Draghi a annoncé que les achats d’obligations de la BCE diminueront de moitié dès janvier, mais qu’ils se poursuivront pendant un certain temps encore, au moins jusqu’en septembre 2018. Cela laisse présager que la prochaine hausse de taux viendra encore plus tard, puisque la BCE avait dit que les hausses de taux viendraient bien après la fin du programme d’achat d’actifs de la BCE. L’idée d’un processus de normalisation plus progressif devrait apporter un certain réconfort aux marchés européens, compte tenu des bouleversements géopolitiques qui prennent de l’ampleur.

Un scénario semblable se dessine au Japon. Compte tenu du succès remporté par le premier ministre Shinzo Abe lors des élections anticipées de la semaine dernière, le gouvernement a non seulement le mandat d’aller de l’avant avec ses politiques budgétaires, mais aussi avec sa politique monétaire. Cela signifie que la Banque du Japon pourra maintenir sa politique monétaire très accommodante.

Tout ceci laisse présager une politique monétaire plus accommodante de la part des grandes banques centrales, ce qui veut dire que les taux devraient demeurer bas pendant un certain temps encore. Plus précisément, cela réduit le risque que la normalisation du bilan des grandes banques centrales perturbe l’économie, car il semble désormais que le processus sera très lent et graduel. Les deux éléments que je retiens sont les suivants : 1) les marchés émergents devrait bénéficier d’un contexte monétaire plus accommodant; et 2) la chasse au revenu va se poursuivre dans une conjoncture de plus bas taux d’intérêt.

Croissance économique. L’économie mondiale a montré des signes d’amélioration la semaine dernière, alors que le département américain du commerce a fixé sa première estimation du taux de croissance annualisé du produit intérieur brut (PIB) pour le troisième trimestre à 3 %. Aussi la semaine dernière, le taux de croissance du PIB de la Corée du Sud a été dévoilé et se chiffre à 1,4 %, soit la croissance trimestrielle la plus rapide en sept ans. Par ailleurs, l’indice Ifo, qui mesure la confiance des entreprises en Allemagne, a atteint un sommet record en octobre. L’indice de confiance des entreprises françaises a lui aussi augmenté une fois de plus et le Japon a enregistré six trimestres consécutifs de croissance économique, sa plus longue période de croissance depuis 2006.

Éléments à retenir

En somme, la politique monétaire ne peut pas protéger les pays des armes nucléaires, mais elle peut apaiser les marchés. Si l’amélioration de la croissance mondiale ne peut freiner les mouvements sécessionnistes, elle peut favoriser la confiance des investisseurs. Qui plus est, du moins pour le moment, les risques géopolitiques ne peuvent pas faire frémir les marchés. Quoi qu’il en soit, nous allons suivre de près l’évolution de la situation. Je m’inquiète davantage de la vulnérabilité du marché boursier américain, malgré une bonne période de déclaration des bénéfices jusqu’ici et une faible volatilité selon l’indice VIX. Une raison de se méfier est que le sondage Investors Intelligence, considéré par beaucoup comme un indicateur à contre-courant, a franchi le seuil critique d’optimisme de 60 points pendant trois semaines consécutives. Comme tout autre indicateur, il n’est pas infaillible, mais c’est un signe qu’il faut faire preuve de plus de prudence et de discernement dans le choix des placements. Cela nous rappelle que même si les investisseurs qui ont un horizon temporel plus long ont habituellement besoin de plus-value du capital, ils ne doivent pas pour autant négliger l’importance de la protection contre le risque de perte.

À surveiller

Attendez-vous à une semaine pleine de rebondissements, alors que la période de déclaration des bénéfices bat son plein et que plusieurs réunions des banques centrales, notamment celles de la Banque du Japon, du Federal Open Market Committee des États-Unis et de la Banque d’Angleterre, sont à l’ordre du jour. Celle de la Banque d’Angleterre revêt une importance particulière parce que de nombreux observateurs s’attendent à ce qu’elle procède à une première hausse de taux en une décennie. Également au programme, citons l’annonce possible du nouveau président ou de la nouvelle présidente de la Fed, de même que les statistiques américaines sur les emplois non agricoles parmi d’autres statistiques importantes.

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Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 30 octobre 2017. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas de ces estimations.

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