Blogue Invesco Canada

Perspectives, commentaire et expertise de placement

Kristina Hooper | 9 août 2018

Quatre enjeux clés à surveiller en août

Voici venu le mois d’août et la tension continue de monter dans certains dossiers qui pourraient avoir une incidence sur les marchés pendant la deuxième moitié de l’année. J’ai cru bon de revenir sur trois événements importants survenus la semaine dernière et d’attirer votre attention sur quatre enjeux clés à surveiller en août.

La croissance de l’emploi aux États-Unis a été forte, mais pas exceptionnelle en juillet

Le rapport sur l’emploi de juillet aux États-Unis a été rendu public la semaine dernière. Voici les principaux éléments à retenir :1

  • La croissance des emplois non agricoles a clairement déçu à 157 000. Cependant, il faut se rappeler que des données sur un mois ne permettent pas de déceler une tendance; pendant cette remontée impressionnante du taux d’emploi, nous avons vu des statistiques de création d’emplois encore plus anémiques certains mois. Par exemple, en mars 2017, seulement 79 000 emplois non agricoles ont été créés (selon les données révisées à la baisse). De plus, n’oubliez pas que le nombre d’emplois non agricoles a été révisé à la hausse au cours de deux des mois qui ont précédé
  • Selon moi, le paramètre le plus important, beaucoup plus que les emplois non agricoles ou le taux de chômage, est la croissance des salaires. La hausse du salaire horaire moyen s’est maintenue à un maigre 2,7 %. Cependant, les secteurs où les salaires sont plus élevés, comme le secteur manufacturier et la construction, de même que les services professionnels et aux entreprises ont créé un nombre considérable d’emplois, poursuivant la récente tendance. Si la tendance se maintient, éventuellement, la croissance des salaires devrait augmenter. Toutefois, il faut savoir que les secteurs comme le secteur manufacturier sont vulnérables aux tarifs douaniers et/ou à la vigueur du dollar, si bien que nous devrons surveiller la situation de près

Ce rapport sur l’emploi ne change en rien ma perception des hausses de taux de la Réserve fédérale américaine (Fed). Je crois fermement que la Fed va relever son taux directeur en septembre et qu’elle ne procédera probablement pas à une quatrième hausse de taux cette année. Bien qu’une quatrième hausse de taux puisse certainement avoir lieu en 2018, je crois que cela reste à confirmer. Il peut s’en passer des choses en quelques mois, surtout en matière de politiques commerciales et de leurs retombées sur l’économie.

La Banque d’Angleterre a relevé son taux directeur malgré l’incertitude entourant le Brexit

La semaine dernière, la Banque d’Angleterre a pris la décision controversée de relever son taux directeur. Même si le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, a déclaré que les prochaines hausses de taux seraient « graduelles » et « limitées », la décision de procéder à une hausse de taux a été critiquée par certains gens d’affaires en raison de l’incertitude suscitée par le Brexit. Selon moi, leurs craintes étaient fondées et ont été mises en lumière par M. Carney, qui a admis dans une entrevue accordée récemment à la BBC que les probabilités d’un Brexit sans accord sont « inconfortablement élevées » et qu’un Brexit sans accord est « hautement indésirable », des propos qui pourraient passer à l’histoire comme étant l’euphémisme de l’année. Cependant, je crois que la probabilité de plus en plus forte d’un Brexit sans accord pourrait avoir incité la Banque d’Angleterre à relever son taux directeur car, après tout, elle aura sans doute besoin de munitions si tel est le cas.

La Banque du Japon adopte une politique monétaire plus souple

La Banque du Japon a apporté quelques petites modifications à sa politique monétaire la semaine dernière. Elle a annoncé son intention de se fier aux résultats prévisionnels pour déterminer l’orientation de son taux directeur afin d’accroître la viabilité de ses mesures d’assouplissement de la politique monétaire. Un porte-parole de la Banque a déclaré qu’elle assouplirait son programme d’achat d’obligations et que les taux d’intérêt à long terme pourraient fluctuer au gré de l’évolution de la situation économique et des prix.

De plus, la Banque du Japon prévoit effectuer ses achats d’actifs de manière plus souple : La Banque du Japon peut augmenter ou diminuer le montant de ses achats de fonds négociés en bourse (FNB) et de fiducies de placement immobilier (FPI) afin de se doter d’une plus grande marge de manœuvre. À mon point de vue, cela illustre bien la position délicate dans laquelle se trouve la Banque du Japon : le cadre conceptuel de sa politique monétaire est fort complexe, elle semble prise au piège en ce sens qu’elle se doit de maintenir son niveau actuel d’achats d’actifs, tout en se préparant à composer avec les effets négatifs de la hausse de la taxe à la consommation prévue pour octobre 2019. Pour soutenir son marché boursier et être davantage en mesure de gérer les problèmes à mesure qu’ils surviennent, la Banque du Japon a, dans la mesure du possible, compte tenu de sa situation, injecté une dose de souplesse dans sa politique monétaire.

Quatre enjeux à surveiller en août :

1.Le yuan. Le yuan s’est déprécié considérablement ces dernières semaines et la tendance s’est maintenue pendant la majeure partie de la semaine dernière. Non seulement la Banque populaire de Chine (BPC) a abaissé son taux directeur à plusieurs reprises au cours des huit derniers mois, mais elle est clairement inquiète des perspectives économiques de la Chine et ces deux tendances ont exercé des pressions à la baisse sur le yuan. Cependant, le yuan s’est quelque peu redressé ces derniers jours. C’est parce que la BPC a annoncé un léger ajustement à sa politique monétaire qui a contribué à l’appréciation de la devise : les négociateurs doivent maintenant placer des réserves égales à 20 % de leur position dans des contrats de change à terme, ce qui rend beaucoup plus coûteuse la vente à découvert du yuan.

De plus, on dirait que la Chine a appuyé sur la touche « pause » en matière de désendettement, puisque le président Xi Jinping s’est engagé la semaine dernière à adopter un ensemble de mesures visant à favoriser la croissance, qui comprend une augmentation des dépenses publiques, ce qui devrait avoir une incidence majeure sur certains secteurs comme les infrastructures et faciliter l’accès au crédit pour les banques et les entreprises. Je m’attends à ce que ces mesures visant à favoriser la croissance (y compris les prochaines baisses d’impôt pour les particuliers prévues cet automne) améliorent les perspectives économiques de la Chine, ce qui, du même coup, soutient le yuan. Cependant, il semble que la Chine va également tenter de maintenir la valeur de sa devise relativement faible pour favoriser le commerce, compte tenu de la hausse des tarifs douaniers, qui devrait donner lieu à un bras de fer qui risque de faire fluctuer la devise. Il ne s’agit pas d’une « arsenalisation » du yuan, mais je n’exclue pas ce phénomène si la guerre commerciale opposant les États-Unis et la Chine continue de s’intensifier.

2. Pourparlers sur le Brexit. Les pourparlers vont reprendre à la mi-août à Bruxelles et il est de plus en plus probable que le Royaume-Uni va quitter l’UE sans accord, car plusieurs représentants du gouvernement commencent à s’exprimer plus ouvertement et de façon plus transparente au sujet de la situation désastreuse dans laquelle se trouve le Royaume-Uni. Le secrétaire britannique au commerce international, Liam Fox, a récemment admis qu’il y a maintenant 60 % de probabilités qu’on assiste à un Brexit sans accord.2 Rappelez-vous que la véritable date butoir pour le Royaume-Uni n’est pas en mars prochain, mais en octobre prochain, compte tenu du temps nécessaire pour que tous les pays membres de l’UE ratifient l’accord. Autrement dit, les marchés financiers britanniques risquent de subir d’importantes perturbations alors que nous entrons dans une période où les négociations vont porter sur des enjeux d’une importance capitale. La livre sterling a déjà chuté à son plus bas en 11 mois, mais pourrait facilement se déprécier beaucoup plus encore si les probabilités d’une sortie sans accord continuent d’augmenter. Nous allons suivre ce dossier avec énormément d’intérêt.

3. Négociations sur l’ALENA. Après avoir dépassé l’échéance de mai 2018, ce qui laisse de moins en moins d’espoir de la conclusion d’un accord viable en 2018, les négociations de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ont connu récemment une résurgence. On rapporte que les États-Unis et le Mexique se rapprochent d’un accord sur la manière de réécrire des parties de l’ALENA, mais le Canada a été exclu de ces récentes négociations. L’Administration américaine est disposée à négocier des accords bilatéraux, mais le Mexique insiste pour que le Canada fasse partie de l’accord final, ce qui serait une bonne chose, à mon avis. Nous allons suivre cette situation de près, car il est de plus en plus probable qu’un nouvel accord de l’ALENA soit conclu avec succès par les trois pays.

4. Détérioration des relations commerciales entre les États-Unis et la Chine. La semaine dernière, les tensions commerciales sino-américaines ont monté d’un cran. La Chine a clairement indiqué qu’elle n’a pas l’intention de reculer et je crois que sa décision prise la semaine dernière de poursuivre ses mesures visant à favoriser la croissance prouve qu’elle se prépare à livrer un combat.

La Chine semble prête à faire face à des difficultés à court terme, même si son économie a déjà légèrement ralenti et elle est clairement capable de jouer à ce jeu beaucoup plus longtemps que les États-Unis. Il convient de noter que le déficit commercial des États-Unis a augmenté en juin, ce qui pourrait encourager l’administration Trump à adopter une politique commerciale plus vindicative. Comme je l’ai déjà dit, s’il y a une escalade dans cette guerre, je m’attendrais à des dommages des deux côtés, même si je ne suis pas d’accord avec les idées reçues selon lesquelles la Chine serait plus durement touchée. Ce qui est clair, c’est que cela risque de nuire à l’économie mondiale et c’est la raison pour laquelle nous devons suivre la situation de près.

Autres blogues de Kristina Hooper

Voici comment les pressions sur la devise en Turquie et ailleurs dans le monde pourraient se traduire pour les investisseurs
15 août 2018

Quatre enjeux clés à surveiller en août
9 août 2018

Faut-il craindre une crise des liquidités?
1 août 2018

Guerres commerciales : Inquiétude à l’échelle planétaire
27 juillet 2018

Tarifs douaniers, bénéfices et politiques : Qu’est-ce qui influence les marchés cette semaine?
20 juillet 2018

Six enjeux qui influencent les marchés mondiaux
11 juillet 2018

Six événements de la semaine dernière qui marquent une détérioration de la situation commerciale
4 juillet 2018

Que nous réservent les marchés dans la deuxième partie de 2018?
28 juin 2018

Les banques centrales occupent l’avant-scène
21 juin 2018

Le commerce occupe l’avant-scène tandis que les alliances de longue date deviennent tendues
18 juin 2018

Le protectionnisme se pointe encore le bout du nez
7 juin 2018

L’Italie se dirige-t-elle vers une sortie de l’UE?
31 mai 2018

Qu’est-ce que la hausse des prix du pétrole signifie pour les marchés boursiers?
28 mai 2018

Les perturbations des marchés ne prennent jamais de vacances
18 mai 2018

La croissance mondiale est-elle réellement « synchronisée »?
11 mai 2018

Cinq éléments à retenir d’avril et cinq éléments à surveiller en mai
3 mai 2018

Signaux envoyés par les taux : Déconstruction d’un indicateur clé du marché
25 avril 2018

Les tensions géopolitiques ne touchent pas seulement les actions et les obligations
18 avril 2018

Comme la saga commerciale entre les États-Unis et la Chine se poursuit, une position d’aversion au risque est-elle justifiée?
18 avril 2018

Cinq éléments à surveiller en avril
5 avril 2018

S'abonner au blogue

Abonnez-vous pour être informé sur la publication de : *


Voulez-vous vous abonner an anglais?

Abonnez-vous pour recevoir des courriels d’Invesco Canada Ltée au sujet de ce blogue. Pour vous désabonner, veuillez nous envoyer un courriel à blog@invesco.ca ou communiquez avec nous.

1 Source : U.S. Bureau of Labor Statistics, au 3 août 2018.
2 Source : CNBC, « UK trade minister says ‘no deal’ Brexit more likely than not », 5 août 2018.

Renseignements importants

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 6 août 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.
Ceci n’est pas une recommandation d’une quelconque stratégie ou d’un produit de placement pour un épargnant en particulier. Les épargnants devraient toujours consulter leur conseiller financier avant de prendre des décisions de placement. Invesco n’offre pas de conseils fiscaux. Les renseignements fiscaux contenus aux présentes sont généraux et non exhaustifs. Les lois fiscales fédérales et d’État sont complexes et changent constamment. Les épargnants devraient toujours consulter un conseiller juridique ou un fiscaliste concernant leur propre situation. Les opinions exprimées ci-dessus sont celles des auteurs; elles sont fondées sur la conjoncture actuelle et peuvent changer sans préavis. Ces opinions peuvent différer de celles d’autres spécialistes en placement d’Invesco.

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *