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Invesco moderator | 30 mai 2019

Que signifient les résultats fragmentés des élections législatives pour l’Europe?

La semaine dernière, tous les yeux étaient rivés sur l’Europe. Premièrement, la première ministre britannique, Theresa May, a annoncé sa démission. Puis, nous avons assisté aux élections législatives européennes. Voici les éléments à retenir de cette semaine mémorable pour le continent européen.

Avec la démission de Theresa May, tout peut arriver avec le Brexit

Après que sa proposition de Brexit originale a été rejetée à plusieurs reprises, Mme May a déposé un autre plan de Brexit la semaine dernière, lequel incluait la possibilité d’un deuxième référendum. Cela a provoqué énormément de mécontentement au sein de son propre parti, le Parti conservateur, et les parlementaires ont une fois de plus exercé des pressions pour qu’elle remette sa démission et, cette fois-ci, elle a capitulé. Mme May a annoncé qu’elle démissionnerait de son poste de chef du Parti conservateur le 7 juin prochain, si bien que le parti devra choisir un nouveau chef. Elle va continuer d’occuper son poste de premier ministre jusqu’à ce que son successeur ait été choisi.

Son successeur le plus probable est Boris Johnson, un pro-Brexit endurci. Dans ce contexte, les probabilités d’un Brexit « sans accord » ont augmenté, puisqu’il est peu probable que le parlement appuie quelque plan de Brexit que ce soit venant de M.  Johnson, pas plus qu’il n’a appuyé la proposition de Mme May. Cela étant dit, tout est possible : il pourrait y avoir de nouvelles élections générales, un nouveau référendum ou le Royaume-Uni pourrait quitter l’Union européenne (UE) le 31 octobre. Par exemple, il ne faut pas sous-estimer la volonté de Jeremy Corbyn de regagner l’appui du Parti travailliste qu’il avait perdu en ne continuant pas d’appuyer le camp de ceux qui veulent rester dans l’UE. Il a déjà donné son appui à un deuxième référendum et je crois que ce mouvement va prendre de l’ampleur puisque les législateurs plus rationnels vont préférer cette solution à un Brexit sans accord. À court terme, tant que les marchés vont devoir composer avec cette incertitude, je m’attends à ce que la livre sterling, les actions britanniques et les obligations du Trésor britannique demeurent volatiles.

Les partis pro-européens ont conservé la majorité au Parlement

Comme prévu, le vote au Parlement européen s’est fragmenté et les partis plus extrêmes des deux côtés du spectre ont remporté plus de voix. Cependant, le résultat des élections n’a pas été aussi négatif qu’anticipé, car les partis eurosceptiques ont remporté moins de sièges que prévu. Or, comme les partis pro-européens ont conservé la majorité au Parlement européen, à mon avis, les élections ne devraient pas avoir d’incidence sur les politiques économiques de l’UE.

  • Au Royaume-Uni, le parti pro-Brexit de Nigel Farage a obtenu plus de votes que tous les autres partis britanniques. Mais ensemble, les partis qui soutiennent le maintien dans l’Union européenne ont remporté un peu plus de voix que ceux qui soutiennent le Brexit. Cela donne à penser que si un deuxième référendum avait lieu maintenant, la lutte serait serrée, mais l’option de rester dans l’UE l’emporterait probablement. Cela pourrait inciter le Parlement britannique à prendre les rênes du processus du Brexit.
  • En France, le parti d’extrême droite de Marine LePen a remporté plus de voix que celui du président Emmanuel Macron. Quoi qu’il en soit, il est peu probable que cela nuise à son leadership en France, ni même à sa stature au sein de l’UE. En fait, M. Macron a bénéficié de son leadership de facto de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE), conglomérat des partis pro-européens qui a gagné des appuis lors de ces élections. Il a fait ses armes dans les âpres négociations avec les autres pays européens à savoir à qui appartiendront les sièges du pouvoir au sein de la prochaine Commission européenne (CE). M. Macron a tenté de bloquer le choix de l’Allemagne de présider la CE et je suis ce dossier de près en raison des répercussions que cela pourrait avoir sur la présidence de la Banque centrale européenne (BCE). Si M. Macron remporte cette lutte contre le président de la CE, le prix de consolation pour l’Allemagne pourrait être la BCE, ce qui risque d’être très problématique, étant donné que le « candidat allemand » à la présidence de la BCE est Jens Weidmann, faucon monétaire qui pourrait modifier considérablement la politique monétaire de la région et saper la confiance.
  • En Italie, la popularité de la Ligue, parti de Matteo Salvini, pourrait encourager ce dernier à mettre fin à la coalition tendue avec le Mouvement Cinq étoiles, qui a obtenu beaucoup moins d’appuis lors des élections. Certains disent que la Ligue pourrait former un gouvernement avec la Forza Italia de Silvio Berlusconi ou avec un autre parti. À mon avis, M.  Salvini va préférer sa relation dysfonctionnelle avec le Mouvement Cinq étoiles, qui lui permet de garder le dessus. Je pense aussi qu’il va rester dans la coalition, au moins jusqu’à ce que les pourparlers sur le budget passent à la vitesse supérieure cet automne. Je m’attends également à une intensification des tensions dans les pourparlers sur le budget, quel que soit le parti qui forme le gouvernement de coalition avec M. Salvini, compte tenu du taux d’endettement élevé et de la croissance économique relativement faible de l’Italie. Nous assisterons probablement au même scénario que l’année dernière, c’est-à-dire qu’après de nombreuses querelles, l’Italie pourrait se faire taper sur les doigts par l’UE, puis poursuivre ses activités comme si de rien n’était.
  • En Grèce, l’Union européenne a en quelque sorte remporté la victoire aux élections législatives. Le parti au pouvoir, le parti Syriza, a obtenu de piètres résultats, tandis que le parti de la nouvelle démocratie, plus favorable aux entreprises et à l’UE que Syriza, a fait beaucoup mieux. À la lumière de ces résultats, des élections nationales ont été convoquées en Grèce et devraient avoir lieu d’ici quelques semaines, ce qui crée de l’incertitude à court terme.
  • En Allemagne, le parti de l’Union chrétienne-démocrate a été puni par les électeurs, alors que le parti Vert a recueilli des voix. Cette baisse de soutien politique donne à penser que la chancelière Angela Merkel pourrait devenir plus vulnérable et moins efficace. Cela pourrait poser problème, d’autant plus qu’on s’attend à un ralentissement de l’économie allemande.

Récapitulation des événements récents aux États-Unis

Bien que les élections européennes aient apporté des éléments positifs, nous ne pouvons pas faire fi des événements récents aux États-Unis qui sont plus préoccupants :

  • La semaine dernière, les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine ont été totalement rompues et aucune reprise des négociations n’est prévue dans un proche avenir, le tout couronné par la composition d’une chanson sur la guerre commerciale en Chine (dont le refrain dit à peu près ceci : « Guerre commerciale! Guerre commerciale! Pas peur du défi scandaleux! Pas peur du défi scandaleux ! Une guerre commerciale a lieu au-dessus de l’océan Pacifique !).1 À mon avis, nous devons partir du principe que la guerre commerciale sera longue et froide et qu’elle entraînera probablement une détérioration de la croissance économique, particulièrement aux États-Unis et en Chine.
  • L’indice préliminaire IHS Markit des gestionnaires en approvisionnement (PMI) des États-Unis a chuté à son plus bas niveau en trois ans en mai et les sous-indices des nouvelles activités et des attentes se sont détériorés.2 Je crois que cela témoigne de l’incidence négative du différend commercial qui oppose les États-Unis et la Chine. Nous allons suivre de près l’évolution de ce dossier, car l’indice PMI IHS Markit est un assez bon indicateur de tendance.
  • Le secrétaire du Trésor américain, Steve Mnuchin, a prévenu que le pays pourrait tomber en défaillance à la fin de l’été si le plafond de la dette publique n’est pas relevé. M. Mnuchin et d’autres responsables de l’Administration entament des négociations avec les dirigeants du Congrès sur un accord budgétaire de deux ans qui augmenterait également le plafond de la dette du pays, en combinant les deux enjeux de plafonnement des dépenses et de limitation de la dette. Je crains que ces négociations ne se polarisent à mesure que le Congrès et le président Donald Trump vont se tourner vers les élections de 2020 et se comporter comme s’ils étaient en campagne électorale. Cela pourrait avoir des conséquences négatives, car les agences d’évaluation du crédit Moody’s et Fitch ont prévenu qu’elles pourraient abaisser la cote de crédit des États-Unis.
  • Le président du conseil de la Réserve fédérale américaine, Jay Powell, a prononcé un discours la semaine dernière dans lequel il a fait une mise en garde à l’égard de l’endettement croissant des entreprises. Selon ses dires, « l’endettement des entreprises a clairement atteint un seuil qui devrait donner aux entreprises et aux investisseurs une bonne raison de prendre un moment pour réfléchir à la situation ».3 Par contre, il a insisté sur le fait que nous ne sommes pas au point d’envoyer un signal d’alarme et a ajouté « …qu’il n’y a pas lieu d’établir un parallèle avec la phase d’expansion hypothécaire qui a mené à la crise financière mondiale »3 et que « le système financier semble assez solide aujourd’hui pour composer avec les pertes potentielles du secteur privé, ce qui n’était manifestement pas le cas il y a dix ans avec les prêts hypothécaires à risque ».3 Ses mises en garde rappellent qu’en général, nous devons nous préoccuper de la hausse du taux d’endettement des gouvernements, des ménages et des entreprises.

Plus de possibilités ensemble

En terminant, la semaine dernière a marqué un grand moment pour Invesco également, puisque nous avons finalisé l’acquisition d’OppenheimerFunds. Je crois que les clients d’OppenheimerFunds pourront lire mon blogue pour la première fois aujourd’hui. Je suis ravie de vous accueillir à Invesco et ce sera un plaisir de partager avec vous ma chronique hebdomadaire pour vous éclairer sur les hauts et les bas de cette période passionnante de volatilité boursière en quête de plus de possibilités ensemble.

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