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Kristina Hooper | 17 novembre 2017

À quel point le marché boursier est-il vulnérable?

La semaine dernière, le Sénat américain a déposé sa version du projet de loi sur la réforme fiscale, qui a inquiété les investisseurs. La version du Sénat a reporté la très attendue baisse de l’impôt des sociétés à 2019. De plus, étant donné qu’elle comporte des différences marquées par rapport à la version de la Chambre des représentants, on se demande maintenant si le Congrès sera en mesure d’adopter la réforme fiscale cette année, ni même jamais.

Cela a contribué au repli des cours boursiers américains et cela a eu un effet d’entraînement sur les actions de l’extérieur des États-Unis. En outre, l’indice VIX (bien qu’encore relativement bas) a augmenté. Même si les marchés boursiers ont très peu fléchi la semaine dernière, cela nous rappelle une prédiction formulée par le secrétaire du Trésor, Steven Mnuchin, il y a quelques semaines, qui disait au Congrès que si le projet de loi sur la réforme fiscale n’était pas adopté, les cours boursiers allaient chuter « considérablement ».

Cela nous incite à nous poser la question suivante : À quel point le marché boursier est-il vulnérable? Et, s’il est vulnérable, qu’est-ce qui risque de provoquer une correction?

Les signes avant-coureurs sautent aux yeux

À mon avis, bien que toutes les actions puissent être en proie à une correction, les actions américaines sont probablement les plus vulnérables, étant donné que leur évaluation est particulièrement élevée et que les cours ont augmenté pendant la dernière année en grande partie grâce aux attentes suscitées par le programme législatif de l’Administration Trump (pas uniquement la réforme fiscale, bien que ce soit la pièce maîtresse de son programme), ainsi que par la déréglementation et les dépenses en infrastructures.

On note des signes avant-coureurs :

  • Bien qu’il n’ait pas toujours donné une indication de ce qui allait se produire, le marché des titres à rendement élevé a parfois été un indicateur de tendance d’un repli boursier
  • Un autre signe avant-coureur est l’aplatissement de la courbe de taux, qui témoigne des craintes suscitées par un ralentissement économique potentiel
  • De plus, la durée de la reprise économique aux États-Unis peut être un signe avant-coureur. Après 101 mois, on peut dire que cette reprise est longue par rapport à la moyenne historique (la plus longue phase d’expansion économique de l’histoire des États-Unis a duré 120 mois). Et, on s’attend à ce que le marché boursier américain amorce un repli économique; d’ailleurs, la durée de la reprise a toujours été un indicateur de tendance
  • On se fie aussi à l’indice de confiance du Investors Intelligence Advisor Sentiment Survey, indicateur à contre-courant, qui montre que la confiance des conseillers est à son plus haut depuis septembre 1987.

Les risques géopolitiques et de politique monétaire sont omniprésents

Habituellement, les risques géopolitiques ne provoquent pas de corrections, à moins qu’ils ne soient très sérieux. Cela étant dit, je crains qu’un conflit armé éclate entre l’Arabie saoudite et l’Iran. L’Arabie saoudite a accusé l’Iran d’agression, notamment parce qu’elle a lancé des missiles du Yémen en sa direction. Une grande partie du drame semble se dérouler au Yémen et au Liban, mais détrompez-vous, il s’agit en fait d’une lutte de pouvoir entre les superpuissances régionales afin de déterminer qui exercera le plus d’influence sur la région. L’Arabie saoudite a demandé à tous ses ressortissants établis au Liban de revenir en Arabie saoudite, ce qui pourrait être un prélude à une guerre.

Alors que d’autres conflits au Moyen-Orient, comme celui qui sévit en Syrie, n’ont pas tellement d’incidence sur les marchés boursiers, celui-ci pourrait être différent. Un conflit entre l’Arabie saoudite et l’Iran pourrait provoquer une flambée des prix du pétrole; d’ailleurs, les prix ont déjà commencé à grimper. Si la hausse des prix se prolonge, ce qui pourrait très bien se produire étant donné que la demande mondiale contribue également à la hausse des prix du pétrole, cela risque de nuire à la croissance économique et d’exercer des pressions à la baisse sur les cours boursiers.

Un autre risque géopolitique qui pourrait ébranler les marchés des capitaux est la possibilité d’une guerre avec la Corée du Nord. Mark Fitzpatrick, directeur général pour les Amériques de l’Institut international d’études stratégiques (IIES), réservoir d’idées mondial, a laissé entendre que le risque de guerre avec la Corée du Nord est très élevé : « Compte tenu des personnalités en présence des deux côtés, j’évalue les probabilités que le statu quo se maintienne à moins de 50 % ». Pour sa part, l’ancien directeur de la CIA, John Brennan, estimait récemment la possibilité d’une guerre à 20 % ou 25 %, expliquant que le déclencheur le plus probable serait si la Corée du Nord interprétait mal une déclaration ou une décision du gouvernement américain. Et, cela semble se rapprocher de la réalité. Le 11 novembre, en réaction à des exercices militaires conjoints américano-sud-coréens au large de la péninsule coréenne, la Corée du Nord a averti les États-Unis que « la guerre nucléaire pouvait éclater à tout moment » en raison des « gestes imprudents d’agression ».

Ma plus grande préoccupation, comme je l’ai déjà mentionné, est l’adoption de politiques protectionnistes, qui risquent de nuire considérablement à la croissance économique. Ce risque a augmenté pendant la visite du président Donald Trump en Asie, mais il ne s’est pas concrétisé. Quoi qu’il en soit ce risque est toujours présent.

Évidemment, il y a aussi le risque d’erreur de politique monétaire. J’ai abordé ce sujet en long et en large dans mes commentaires précédents. Bien que ce risque ait diminué depuis la nomination de Jerome Powell au poste de président du conseil du Federal Open Market Committee, il n’a pas été éliminé. Comme nous sommes en terrain inconnu en matière de normalisation de la politique monétaire expérimentale, il y a un risque de perturbation. De plus, le risque de resserrement subsiste advenant qu’il y ait de grandes inégalités économiques dans une région. Cela pourrait se produire aux É.-U. comme ailleurs dans le monde. Par exemple, dans la zone euro, où le retrait graduel des mesures d’assouplissement quantitatif de la Banque centrale européenne va débuter en janvier, le taux de chômage chez les jeunes demeure élevé dans plusieurs pays périphériques. De telles statistiques montrent qu’une forte proportion de la population est vulnérable à l’amorce du resserrement de la politique monétaire de leur banque centrale respective.

Un autre type d’erreur de politique monétaire pourrait également survenir, à savoir que les banques centrales pourraient ne pas procéder à un resserrement assez rapide pour empêcher une forte hausse de l’inflation. Certains observateurs nous préviennent que si la croissance économique mondiale s’accélère suffisamment pour provoquer une augmentation de la demande de marchandises et si cette conjoncture entraîne une hausse des salaires et des prix, on peut s’attendre à une augmentation marquée de l’inflation qui ferait chuter les marchés obligataires et boursiers mondiaux.

Enfin, nous devons également rester à l’affût des risques que les marchés financiers des grandes économies pourraient poser aux marchés boursiers mondiaux. Le gouverneur sortant de la Banque populaire de Chine continue de faire des mises en garde concernant les risques qui planent sur le système financier chinois, allant des « cygnes noirs » (risques inattendus et très inhabituels) aux « rhinocéros gris » (risques que beaucoup voient, mais qu’ils ne règlent pas de la bonne manière), en passant par les « moments de Minsky » (moment auquel le cours des actifs s’effondre).

Éléments à retenir

En réalité, l’économie mondiale affiche une forte croissance sans le moindre signe de hausse marquée de l’inflation, sans contredit un scénario à la Boucle d’or, du moins pour le moment. Et, les actions sont certes soutenues, du moins en partie par l’amélioration des bénéfices à l’échelle mondiale. Par exemple, au troisième trimestre de 2017, 91 % des actions de l’indice S&P 500 ont déclaré des bénéfices et 74 % de ces entreprises ont enregistré des bénéfices supérieurs aux prévisions et 66 % ont obtenu des ventes plus élevées que prévu.1 Cela sous-entend que le marché boursier conserve un penchant à la hausse. Cependant, nous devons rester à l’affût de tous les risques qui pourraient mettre un terme à l’élan des marchés boursiers, en l’occurrence les cygnes noirs et les rhinocéros gris, sans oublier tous les autres.

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1 Source : FactSet Research Systems, au 10 novembre 2017

L’indice de volatilité du CBOE® (VIX®), l’un des principaux instruments de mesure des attentes de volatilité à court terme, est établi en fonction du prix de levée des options de l’indice S&P 500. L’indice VIX est le symbole de téléscripteur de l’indice de volatilité du Chicago Board Options Exchange (CBOE), qui fait état des perspectives de volatilité du marché sur 30 jours.

Le sondage Investors Intelligence Survey (indicateur de confiance des conseillers américains) compile plus de 100 bulletins indépendants qui portent sur les marchés pour mesurer le pourcentage d'optimistes et de pessimistes.

La diversification ne garantit pas un profit et n’élimine pas le risque de perte.

Habituellement, les placements alternatifs comprennent plus de placements non traditionnels et emploient des stratégies de négociation plus complexes, y compris les opérations de couverture et l’effet de levier au moyen de produits dérivés, les ventes à découvert et des stratégies opportunistes qui évoluent au gré des conditions du marché. Les épargnants qui envisagent les produits alternatifs doivent se renseigner sur leurs caractéristiques uniques et sur les risques additionnels auxquels les stratégies utilisées les exposent. À l’instar de tous les placements, leur rendement va fluctuer. Vous pouvez perdre de l’argent.

Les risques d’investir dans des titres d’émetteurs étrangers peuvent inclure la fluctuation des devises étrangères, l’instabilité politique et économique et les problèmes liés à l’imposition étrangère.

Les actions ordinaires ne garantissent pas le versement de dividendes. Les dividendes ne sont versés que lorsqu’ils sont déclarés par le conseil d’administration d’un émetteur et le montant de tout dividende peut varier au fil du temps.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 13 novembre 2017. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas de ces estimations.

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