Blogue Invesco Canada

Perspectives, commentaire et expertise de placement

Kristina Hooper | 7 mars 2019

Quels compromis les États-Unis accepteront-ils pour conclure un accord commercial avec la Chine?

Les deux principaux risques (le commerce et la normalisation des taux de la banque centrale) ont eu une incidence disproportionnée (tantôt positive, tantôt négative) sur les marchés boursiers mondiaux pendant plus de un an. Ces deux enjeux clés ont évolué la semaine dernière.

À quel point sommes-nous près d’un accord commercial?

Au cours de mes déplacements la semaine dernière, la question que je me suis fait poser le plus souvent est celle-ci : « Quelle sera l’issue des négociations sur les échanges commerciaux entre les États-Unis et la Chine? » Les récents rapports indiquent que les États-Unis et la Chine sont très proches de conclure un accord commercial. Cela devrait être très bon pour les actions mondiales, en particulier les actions chinoises. Cependant, je vous préviens que les actions pourraient baisser tout aussi facilement si les négociations ne débouchent pas sur un véritable accord, ce qui me semble encore une possibilité très réelle.

Rien que la semaine dernière, le représentant américain au commerce, Robert Lighthizer, a jeté une douche froide sur les propos du président Donald Trump, qui disait qu’un accord commercial était imminent, en rappelant au Congrès qu’il y a encore beaucoup de travail à faire. En bout de ligne, la rapidité de la conclusion d’un accord commercial va dépendre des concessions que les États-Unis seront disposés à accepter de la Chine; si les États-Unis veulent seulement une réduction du déficit commercial, je crois qu’on peut s’attendre à ce qu’un accord soit conclu sous peu. Cependant, si l’Administration Trump insiste sur de réels changements en matière de protection de la propriété intellectuelle et d’accès aux politiques des marchés, alors je crois qu’il faudra attendre longtemps.

J’ai l’impression que M. Trump a hâte de conclure un accord et qu’il serait satisfait d’une réduction du déficit commercial, mais M. Lighthizer a dit clairement que, dans ses interactions avec le président, M. Trump veut beaucoup plus en matière de réformes structurelles. Comme M. Lighthizer l’expliquait dans son allocution au Congrès la semaine dernière, M. Trump est très patient et lui a donné des directives qui laissent entendre qu’il est prêt à attendre de véritables réformes structurelles : « Il m’a dit ceci : vous devez obtenir un excellent accord. Tant que nous n’aurons pas d’accord, nous attendrons d’avoir un excellent accord », a déclaré M. Lighthizer.1

Comme je l’ai déjà mentionné, je ne m’attends pas à ce que la Chine accepte de faire de grandes concessions telles que des protections majeures de la propriété intellectuelle. Cela créerait un dangereux précédent et pourrait inciter d’autres grandes économies à « jouer dur » avec la Chine afin d’obtenir des concessions commerciales. J’ajouterais que la Chine est moins disposée à capituler maintenant que les statistiques économiques chinoises s’améliorent. Par exemple, en février, l’indice généralisé des gestionnaires en approvisionnement (PMI) Caixin du secteur manufacturier de la Chine a augmenté, ce qui indique que les mesures de relance musclées (à la fois monétaires et budgétaires) adoptées par la Chine il y a plusieurs mois déjà commencent à faire effet. Cela étant dit, si un accord était conclu, ce qui, selon moi, se traduirait probablement par un engagement spécifique de la Chine en matière de réduction du déficit commercial ainsi que par un vague engagement de la Chine en ce qui concerne les réformes structurelles, je m’attendrais à ce que les cours des actions mondiales augmentent considérablement.

La Fed vante son approche dépendante des données

La semaine dernière, nous en avons également appris un peu plus sur les perspectives de la Réserve fédérale américaine (la Fed) et sa récente volte-face en matière de normalisation du bilan. Dans son témoignage semestriel Humphrey-Hawkins devant le Congrès la semaine dernière, le président du conseil de la Fed, Jay Powell, a expliqué la récente volte-face de la Fed, qui a adopté une politique plus accommodante : non seulement le taux des fonds fédéraux se situe au point neutre, mais le taux d’inflation est bas et de gros risques de perte persistent.1

Powell a réitéré que la Fed va orienter sa politique monétaire selon une approche « dépendante des données » et qu’elle fera preuve de patience et évaluera la conjoncture économique afin de déterminer la nécessité de procéder ou non à des rajustements. M. Powell a aussi profité de l’occasion pour vanter les mérites de cette approche dépendante des données dans ces termes : « Cette approche sensée de gestion des risques a bien servi le comité par le passé ».2 À mon avis, cela devrait favoriser les marchés boursiers et raviver la confiance des entreprises.

La semaine dernière, nous avons également entendu le vice-président du conseil de la Fed, Richard Clarida, qui a expliqué que la Fed réévalue constamment sa stratégie de politique monétaire. Il a ajouté une autre source de préoccupation pour l’avenir, comme si nous avions besoin d’en ajouter à la liste. Il a laissé entendre que l’aplatissement de la courbe de Phillips aurait des conséquences négatives et que cela pourrait vouloir dire que, comme il a fallu avoir recours à des mesures d’assouplissement monétaire sans précédent pour faire monter le taux d’inflation, il faudra peut-être que la Fed procède à un resserrement accru pour contenir la hausse du taux d’inflation le moment venu. C’est une crainte légitime qui mérite qu’on s’y attarde.

Six événements à surveiller cette semaine

Voici les nombreux événements et données à surveiller au cours de la prochaine semaine :

  1. Le Congrès national du peuple (CNP). Le CNP débutera en Chine cette semaine et établira le programme de politique économique pour l’année. Un certain nombre de sujets sont à l’ordre du jour, y compris des baisses d’impôts et des réformes structurelles, alors nous allons suivre ce congrès de près.
  2. Les négociations sur les échanges commerciaux entre l’UE et les États-Unis. La commissaire de l’Union européenne (EU) chargée du commerce, Cecilia Malmstrom, rencontrera cette semaine le représentant américain au commerce, Robert Lighthizer, à Washington, DC. C’est la suite des pourparlers qui se tiennent depuis que l’UE et les États-Unis ont conclu un accord en juillet pour travailler ensemble à la réduction des tarifs. Or, on craint que le ton monte dans la foulée du dépôt du rapport du département américain du commerce en lien avec l’article 232. Ce rapport, que le département a envoyé au président en février, fait état des résultats d’une étude qui cherchait à déterminer si l’importation de voitures constitue une menace pour la sécurité nationale. M. Trump disposait de 90 jours pour décider s’il convenait de donner suite aux conclusions du rapport, y compris en adoptant de nouveaux tarifs douaniers.
  3. La publication d’autres statistiques économiques chinoises. L’indice PMI du secteur tertiaire de la Chine pour février sera dévoilé cette semaine. Je m’attends à ce qu’on voie une légère amélioration (comme ce fut le cas du PMI manufacturier la semaine dernière), ce qui corroborerait l’amélioration de l’indice PMI manufacturier Caixin constatée la semaine dernière et indiquerait que les importantes mesures de relance budgétaire et monétaire de la Chine commencent à avoir une incidence positive sur l’économie.
  4. La réunion de la Banque centrale européenne (BCE). La BCE va se réunir cette semaine. Cette réunion est importante parce que la BCE va fournir une mise à jour de ses prévisions économiques, qui vont probablement être révisées à la baisse. On s’attend aussi à ce que la BCE laisse son taux directeur inchangé, mais elle pourrait aussi explorer d’autres formes d’accommodement, telles qu’un nouveau mécanisme de prêt à long terme (TLTRO) pour contrer le ralentissement de la croissance dans la région.
  5. La réunion de Banque du Canada. La Banque du Canada va se réunir cette semaine et on s’attend à ce qu’elle laisse les taux inchangés, compte tenu des enjeux économiques auxquels le pays est confronté, quoique le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, ait déclaré récemment que la banque centrale devra procéder à d’autres hausses de taux pour atteindre le point neutre. Cependant, la Banque du Canada est entre l’arbre et l’écorce, parce que le taux d’endettement des ménages canadiens a augmenté considérablement au cours de la dernière décennie, ce qui rend les ménages plus vulnérables à la hausse des taux d’intérêt et c’est la raison pour laquelle la Banque du Canada s’est affairée récemment à gérer la vulnérabilité des particuliers en périodes de hausse des taux d’intérêt. Selon moi, l’élément le plus important à retenir de cette réunion sera l’échéancier des prochaines hausses de taux.
  6. Le rapport sur l’emploi de février aux États-Unis. Compte tenu de la politique monétaire dépendante des données de la Fed, nous allons devoir surveiller attentivement les nombreuses statistiques économiques pour bien comprendre l’état de l’économie américaine, et le rapport sur l’emploi est certainement l’une d’elles. Par exemple, le marché de l’emploi joue un rôle tellement important dans la confiance et les dépenses des consommateurs. Nous allons suivre de près la croissance des salaires en particulier, étant donné qu’elle a augmenté récemment; si elle augmente suffisamment, elle pourrait forcer la Fed à adopter une politique monétaire moins accommodante.

Autres blogues de Kristina Hooper

Il y a du changement dans l’air alors que la Fed, la Banque du Canada et la BCE font volte-face
14 mars 2019

Quels compromis les États-Unis accepteront-ils pour conclure un accord commercial avec la Chine?
7 mars 2019

Que cache la volte-face de la Fed en matière de normalisation?
28 février 2019

Cinq épées de Damoclès suspendues au-dessus des marchés
13 février 2019

La Fed change son plan de match
4 février 2019

Marchés mondiaux : Huit enjeux à surveiller cette semaine
28 janvier 2019

Les marchés sont aux prises avec le dysfonctionnement du gouvernement
22 janvier 2019

La confiance des investisseurs est toujours au rendez-vous malgré les nombreuses sagas géopolitiques
14 janvier 2019

Est-ce possible qu’il y ait un vrai gagnant dans la guerre commerciale opposant les États-Unis et la Chine?
7 janvier 2019

Pas de congé en vue pour les perturbations mondiales
24 décembre 2018

Mettre le repli en perspective
12 décembre 2018

Les banques centrales à la rescousse? N’y comptez pas trop.
30 novembre 2018

À la lumière des craintes d’un ralentissement économique mondial, la Fed va probablement passer à l’action
26 novembre 2018

Nous connaissons les résultats des élections de mi-mandat, mais que signifient-ils pour les marchés?
13 novembre 2018

Anticiper l’issue des élections de mi-mandat aux États-Unis
8 novembre 2018

Cinq enjeux qui secouent les marchés mondiaux
26 octobre 2018

Le repli boursier mondial va-t-il se poursuivre?
17 octobre 2018

Les valeurs technologiques provoquent une débâcle sur les marchés boursiers américains
11 octobre 2018

Emplois, commerce et économie : Qu’avons-nous appris la semaine dernière?
10 octobre 2018

Cinq événements à surveiller en octobre
3 octobre 2018

S'abonner au blogue

Abonnez-vous pour être informé sur la publication de : *


Voulez-vous vous abonner an anglais?

Abonnez-vous pour recevoir des courriels d’Invesco Canada Ltée au sujet de ce blogue. Pour vous désabonner, veuillez nous envoyer un courriel à blog@invesco.ca ou communiquez avec nous.

1 Source : The New York Times, « Trump trade adviser defends china deal before Congressional skeptics », 27 février 2019.
2 Source : The Wall Street Journal, « Fed chief Jerome Powell says US economy ‘is in a good place’ », 28 février 2019.
La courbe de Phillips est la théorie selon laquelle il existe une relation inversement proportionnelle entre le taux d’inflation et le taux de chômage.
Les indices des gestionnaires en approvisionnement (PMI) Caixin/Markit de la Chine se veulent un indicateur de la santé économique des secteurs manufacturier et tertiaire chinois. Ils reposent sur des réponses à un sondage mené auprès des cadres supérieurs des achats.
Une opération ciblée de refinancement de long terme (TLTRO) est un outil de politique monétaire non conventionnel qui permet à la Banque centrale européenne de consentir des prêts à long terme aux banques et de les inciter à octroyer davantage de prêts aux entreprises et aux consommateurs de la zone euro.
Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 4 mars 2019. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *