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Kristina Hooper | 28 mai 2018

Qu’est-ce que la hausse des prix du pétrole signifie pour les marchés boursiers?

Au cours des dernières semaines, le prix du baril de pétrole a atteint son niveau le plus élevé au cours des dernières années et je crois qu’il va continuer d’augmenter. Dernièrement, on m’a posé beaucoup de questions sur ce que cela signifie pour les marchés boursiers. Les prix élevés du pétrole peuvent avoir une incidence sur certains secteurs et industries, mais je crois que les retombées indirectes seront beaucoup plus grandes et pourraient se manifester de plusieurs façons.

Pourquoi les prix du pétrole ont–ils augmenté?

Il y a toujours de nombreux facteurs qui influencent les prix du pétrole, mais je vais me concentrer sur ceux qui ont eu un impact significatif récemment.

Premièrement, les États-Unis ont récemment refusé de recertifier l’accord nucléaire avec l’Iran, ce qui signifie que l’Iran n’a pas le droit de vendre du pétrole aux entités américaines. En outre, les États-Unis tentent d’empêcher les entités de l’Union européenne d’acheter du pétrole d’Iran. Ainsi, l’Iran ne sera peut-être pas en mesure de vendre son pétrole à une grande partie du marché mondial, ce qui réduirait l’offre mondiale et ferait augmenter les prix.

Deuxièmement, la crise qui sévit au Venezuela s’est intensifiée, ce qui réduit davantage la production de pétrole. D’après l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), la production de pétrole du Venezuela en mars 2018 a chuté à son niveau le plus bas en 30 ans, soit environ 1,4 million de barils par jour; la production de pétrole du pays est en déclin depuis plus d’un an alors que le pays s’enlise dans une spirale chaotique de corruption, de détérioration des infrastructures, d’inflation galopante et d’incapacité à rembourser sa dette. Selon moi, la situation au Venezuela va probablement continuer de se détériorer, étant donné la réélection du président Nicolas Maduro le 20 mai. Cela pourrait s’avérer très problématique, car le Venezuela détient plus de réserves mondiales de pétrole que tout autre pays.

Qu’est-ce que cela signifie pour les marchés boursiers?

Une question que l’on me pose souvent ces temps-ci est : qu’est-ce que cela signifie pour les marchés boursiers? Je crois que la meilleure façon de répondre à ce genre de question est de regarder l’histoire. Au cours des dernières décennies, la relation entre les prix du pétrole et les marchés boursiers mondiaux a varié au fil du temps et a changé à plusieurs reprises. Il y a eu des périodes de corrélation positive, de corrélation négative et d’absence quasi-totale de corrélation au cours des trois dernières décennies1. Je retiens de l’histoire qu’il n’y a somme toute pas de relation solide. Par conséquent, les investisseurs ne devraient pas supposer que la hausse des prix du pétrole va nécessairement nuire aux actions en général. Par exemple, en 2010, les prix du pétrole ont augmenté substantiellement, soit de près de 15 %, passant d’environ 78 dollars le baril en janvier 2010 pour le pétrole brut intermédiaire de l’Ouest du Texas à 89 dollars en décembre 2010. Malgré cela, l’indice MSCI Monde tous pays a dégagé un rendement de 12,67 % pour l’année civile 2010.2 C’est logique, puisque tellement de facteurs exercent une influence sur les cours boursiers en général, y compris la politique monétaire, qui peut avoir une très forte incidence.

On note plutôt une relation solide entre les prix du pétrole et certains secteurs et industries des marchés boursiers, plus précisément l’énergie et les transports. De plus, les actions des pays importateurs de pétrole ont tendance à souffrir de la hausse des prix du pétrole, tandis que les cours des actions des pays exportateurs de pétrole ont tendance à grimper lorsque les prix du pétrole augmentent.3 Je m’attends également à ce que, si les prix du pétrole augmentent suffisamment, cela puisse avoir une forte incidence sur les consommateurs à revenu faible et moyen, ce qui aura des répercussions sur une partie du secteur de la consommation discrétionnaire.

Cependant, je suis d’avis que la hausse des prix du pétrole pourrait avoir des retombées indirectes beaucoup plus grandes sur les marchés boursiers, et sur l’économie, et que cela se manifestera probablement de plusieurs façons. Par exemple, elle pourrait forcer la Réserve fédérale américaine (Fed) à accélérer son cycle de hausses de taux. Sachant que la Fed se concentre sur le taux d’inflation de base, qui exclut les prix des aliments et de l’énergie, plutôt que sur le taux d’inflation sommaire pour déterminer le rythme du resserrement de la politique monétaire, beaucoup d’investisseurs supposent que la hausse des prix du pétrole n’aura pas d’incidence sur le type d’inflation auquel la Fed s’intéresse.

Or, les prix élevés du pétrole ont une incidence indéniable sur le taux d’inflation de base, comme l’indique un commentaire formulé par la Fed en 2017.4 Les auteurs ont conclu que « les fluctuations des prix du pétrole ont un effet limité, mais durable, sur le taux d’inflation de base ». Par conséquent, les prix plus élevés s’infiltrent dans le taux d’inflation de base, lequel est exacerbé par d’autres forces inflationnistes telles que la croissance des salaires et les tarifs douaniers sur des produits comme l’aluminium et l’acier, ce qui peut amener la Fed à accélérer la cadence des hausses de taux. Cela peut nuire à l’économie, exercer des pressions à la baisse sur les marchés boursiers et faire chuter les cours boursiers. Certes, cela se produirait probablement avec beaucoup de décalage et, puisque ses effets sont généralement limités, je crois que cela ne devrait pas être une grande source de préoccupation à court terme, mais ce n’est pas un phénomène que nous devrions ignorer complètement.

Ensuite, il y a l’impact que la hausse des prix du pétrole peut avoir sur le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans. L’année dernière, la corrélation entre les prix du pétrole et le rendement des bons du Trésor à 10 ans était positive. C’est logique puisque le rendement des bons du Trésor à 10 ans est largement considéré comme un indicateur des attentes de croissance mondiale et d’inflation. Compte tenu de la hausse des prix du pétrole, qui exerce des pressions à la hausse sur l’inflation, je m’attends à ce que le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans continue d’augmenter, tant que la croissance mondiale restera forte. Cela pourrait à son tour entraîner une réévaluation des actions si le rendement des bons du Trésor à 10 ans franchit des seuils clés et exerce des pressions sur l’évaluation des titres.

En janvier, le Fonds monétaire international (FMI) émettait la mise en garde suivante : « Les évaluations élevées des actifs et les primes d’échéance très comprimées font craindre une correction sur les marchés financiers, qui pèserait sur la croissance et la confiance ». Cela s’est produit à plusieurs reprises ces derniers mois, alors que le taux des bons du Trésor à 10 ans a franchi de nouveaux seuils clés, ce qui a provoqué des replis boursiers à court terme.

 Éléments à retenir

À plus court terme, je ne serais pas étonnée de voir les prix du pétrole augmenter, ce qui entraînerait une hausse du taux des bons du Trésor américain à 10 ans et une nouvelle réévaluation des actions. Cependant, je crois qu’une augmentation de la production de pétrole aux États-Unis comblera en partie le vide laissé par la diminution de l’offre de l’Iran et du Venezuela, mais avec un certain décalage. Je crois aussi que les paramètres fondamentaux des marchés boursiers demeurent solides, ce qui apporte du soutien aux actions par suite des liquidations massives issues de la réévaluation des titres, tandis que le taux des bons du Trésor à 10 ans augmente. Par conséquent, les investisseurs devraient s’attendre à une plus forte volatilité des cours boursiers.

Qui plus est, la hausse des prix du pétrole nous rappelle un facteur dont il est important de tenir compte, à savoir que la protection contre l’inflation pourrait être un élément à prendre sérieusement en considération dans un portefeuille de placement, d’autant plus que nous sommes confrontés à une multitude de sources de pressions inflationnistes. Plusieurs catégories d’actif peuvent aider à atténuer les effets négatifs de l’inflation, notamment celles énumérées ci-dessous :

  • Marchandises : Si les prix des biens et services augmentent, ceux des marchandises peuvent augmenter d’autant
  • Immobilier : Même raison que les marchandises
  • Actions productives de dividendes : Ces titres peuvent offrir une protection contre l’inflation si les sociétés augmentent leurs versements de dividendes à un rythme égal ou supérieur à la hausse des prix
  • Titres protégés contre l’inflation : En règle générale, le capital impayé de ces obligations est lié à l’inflation, ce qui signifie que le capital augmente à mesure que l’inflation augmente, ce qui fait augmenter les intérêts payés sur ce capital. Les plus connus sont les TIPS (titres du Trésor protégés contre l’inflation émis par le gouvernement américain) et les LINKERS (émis par le gouvernement du Royaume-Uni).

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