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Christopher Doll | 14 octobre 2016

Questions et réponses : Comment les conseillers canadiens ont-ils recours au facteur faible volatilité dans les portefeuilles?

Nous avons reçu deux experts des indices S&P Dow Jones et leur avons demandé de nous expliquer en détail la notion de faible volatilité comme facteur de placement. Dans cette dernière partie de notre entrevue, vous verrez les différentes perceptions qu’ont les conseillers de la notion de faible volatilité, comment elle se maille aux autres facteurs de placement et comment elle peut être utilisée dans les portefeuilles.

Je me suis entretenu avec Craig Lazzara, responsable mondial de la stratégie d’investissement indiciel, et Shaun Wurzbach, responsable mondial de la gestion du canal des conseillers financiers.

Dans la première partie, Questions et réponses : Comprendre les placements à faible volatilité, nous avons parlé des principes de base des placements à faible volatilité, de comment ces placements ont été créés et de leur fonctionnement. Dans la deuxième partie, Questions et réponses : Les stratégies à faible volatilité s’équivalent-elles toutes?, nous avons abordé les deux méthodes les plus utilisées pour bâtir un indice à faible volatilité : la méthode à variance minimale et la méthode sans contrainte.

Voici la dernière partie de notre conversation.

Chris : Comment devrions-nous envisager le facteur faible volatilité du point de vue de la construction d’un portefeuille?

Shaun : Les conseillers ne s’entendent pas à savoir si le facteur faible volatilité devrait être employé comme outil tactique ou comme outil de base. On peut dire toutefois que c’est une stratégie indicielle. Or, certains diront que, de par sa nature sélective, une stratégie indicielle ne peut jamais constituer un titre de base. J’ai toujours été d’avis que toutes les décisions dépendent de la manière dont les conseillers tentent d’aider leurs clients à atteindre leurs objectifs, comme en témoigne leur façon d’avoir recours aux stratégies indicielles et aux FNB.

Les conseillers ont recours au facteur faible volatilité de différentes manières. Prenons le marché canadien ou le marché américain par exemple; la même chose s’applique aux deux. Un conseiller pourrait opter pour la gestion tactique parce qu’il est persuadé que la volatilité va entraîner des pertes en capital sur le marché boursier local. Ainsi, il décide de se départir d’une portion de cette position de base et de se servir du produit de cette liquidation pour investir un montant égal dans des titres à faible volatilité, qui vont prémunir le portefeuille contre les pertes en capital liées à la volatilité. Le conseiller va conserver ce placement tant et aussi longtemps qu’il aura l’impression que le marché est en crise.

Si le conseiller utilise le facteur faible volatilité comme outil de base, c’est qu’il perçoit la faible volatilité comme une anomalie et estime qu’en maintenant cette exposition pendant assez longtemps, le portefeuille va finir par surpasser son point de repère, ce qui donne lieu à ce que certains économistes pourraient qualifier de « gain gratuit ». S’il croit qu’un degré de volatilité moindre peut procurer un rendement plus élevé, il est persuadé que c’est une décision plus prudente. Il se dit que s’il peut réduire le degré de risque auquel son client est exposé, tout en lui procurant un rendement plus élevé, il pense qu’il est de son devoir d’évaluer cette stratégie et d’y avoir recours s’il le juge opportun.

Ce sont-là deux exemples simples qui illustrent l’utilisation du facteur faible volatilité comme outil tactique ou stratégique que les conseillers emploient constamment.

Chris : Certains ne considèrent pas les placements indiciels à faible volatilité comme des titres de base. Selon vous, dans quelle mesure peuvent-ils être considérés comme des portefeuilles de base?

Shaun : J’ai l’impression que de nombreux conseillers les considèrent comme des portefeuilles de base, compte tenu des rendements qu’ils peuvent obtenir. Les conseillers accordent beaucoup d’importance à l’exposition aux actions, parce que ces titres peuvent procurer un rendement supérieur à long terme, si l’on se fie aux données historiques. Cela va de pair avec le rôle du conseiller, qui consiste à protéger le capital. C’est là sa responsabilité première. Évidemment, les clients seront d’autant plus heureux s’ils bénéficient en plus d’une certaine croissance du capital, mais l’objectif premier du conseiller dans le cadre de sa stratégie de placement est de protéger le capital.

Craig : Une façon de concevoir l’utilité du facteur faible volatilité se résume à ce que j’appelle le principe des deux P : protection et participation. Par rapport à l’indice composé S&P/TSX, ou à tout autre indice de référence, les portefeuilles à faible volatilité procurent une protection contre le risque de perte (il ne s’agit évidemment pas d’une protection parfaite, car le risque de perte ne peut jamais être éliminé complètement, mais les pertes sont souvent moins élevées en périodes baissières) et une participation à la hausse, pas complètement, mais en partie. Les stratégies à faible volatilité ont tendance à réduire le rendement dans les deux sens, ce qui est souhaitable pour de nombreux investisseurs.

Shaun : Il importe de comprendre que la plupart des conseillers ne voient pas les stratégies à faible volatilité comme des transactions binaires. On pourrait penser qu’il s’agit d’une décision binaire, à savoir que tout le capital doit être investi soit dans une stratégie à faible volatilité, soit dans l’indice de référence, et ce, sans compromis. Or, on constate que la majorité des conseillers allient les deux, mais ont un penchant en fonction du seuil de tolérance au risque de leurs clients ou de leurs perspectives quant à la volatilité des marchés. On voit souvent qu’ils rajustent le portefeuille en fonction de leurs perspectives. Certains conservent toujours des titres à faible volatilité mais, parallèlement, ils investissent aussi dans le point de repère et rajustent les pourcentages. La répartition peut être 30/70 ou 60/40 et ils conservent cette dynamique, du moins c’est ce qu’on observe habituellement.

Chris : Si l’on compare le facteur faible volatilité aux autres facteurs de placement, diriez-vous que d’autres facteurs s’allient bien à celui de la faible volatilité dans la construction d’un portefeuille?

Shaun : Je crois que la stratégie axée sur les dividendes est la première que les conseillers allient à la faible volatilité. Ils ont le sentiment de procurer un peu de protection contre le risque de perte en incorporant au portefeuille des titres d’entreprises qui ont toujours versé des dividendes qui vont en augmentant.

Une autre stratégie qui fonctionne bien avec le facteur faible volatilité est celle axée sur la qualité. Lorsque les conseillers ont des doutes quant aux perspectives des marchés boursiers, ils ont tendance à redoubler de prudence et à se tourner vers les titres de qualité. C’est ce qu’ils ont fait depuis des décennies. Parlez à des investisseurs plus âgés et ils vous diront que quand ça va mal, ils se replient sur les sociétés de premier ordre, parce qu’elles représentent un gage de qualité. Lorsque les gens étaient préoccupés par les risques de placement, ils privilégiaient les entreprises qu’ils jugeaient les plus solides. Par conséquent, outre les dividendes, je crois que la qualité est un facteur que beaucoup de conseillers allient à la faible volatilité.

Craig : Permettez-moi d’en ajouter un troisième : l’élan. Si vous observez la corrélation entre les rendements excédentaires des titres à faible volatilité par rapport au taux de rendement, à la qualité et à l’élan, l’une des plus faibles corrélations est celle entre l’élan et la faible volatilité. Cela signifie que la combinaison de ces deux facteurs peut avoir un effet intéressant sur le rapport risque-rendement. Cependant, la combinaison 50/50 de faible volatilité et d’élan ne donne pas d’aussi bons résultats lors des marchés baissiers parce que l’élan n’est habituellement pas une stratégie à caractère défensif. Par contre, pendant les marchés haussiers, le retard de rendement associé à la faible volatilité diminue considérablement compte tenu du facteur élan.

Chris : Selon vous, qu’est-ce qui incite les conseillers canadiens à s’intéresser au facteur faible volatilité?

Shaun : En ce qui concerne le marché canadien, nous nous sommes dit que les conseillers apprécieraient qu’on leur donne des outils qui s’ajoutent à leurs choix traditionnels. Par exemple, autrefois, les conseillers canadiens qui étaient préoccupés par les perspectives du marché boursier canadien n’avaient d’autre choix que de délaisser les actions au profit des titres à revenu fixe, ou de réduire la pondération des actions en faveur des liquidités ou d’adopter une combinaison de ces deux stratégies; tous des choix difficiles. À notre avis, les conseillers adoptent des stratégies à faible volatilité parce qu’elles leur procurent une autre solution de gestion des risques. Essentiellement, ils devaient autrefois positionner les portefeuilles quelque part entre les actions et les titres à revenu fixe ou entre les actions et les liquidités. Aujourd’hui, ils peuvent pencher d’un côté ou de l’autre selon leurs perspectives et la tolérance au risque de leurs clients. En ayant à leur disposition un outil de travail de plus, ils ont désormais plus de possibilités ou plus de choix à proposer.

Je tiens à remercier Craig et Shaun pour leur participation à cette conversation en profondeur sur les placements à faible volatilité. J’espère que nos lecteurs ont pu en bénéficier. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à nous les poser dans la section réservée aux commentaires ci-dessous.

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