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Christopher Doll | 6 mars 2017

Questions et réponses : Qu’est-ce que le placement factoriel?

Les épargnants et les médias accordent beaucoup d’attention au placement factoriel depuis quelque temps. Or, ses origines remontent aux années 1960. En notre qualité d’innovateurs dans ce domaine, nous désirons repousser les limites de l’élaboration des portefeuilles en faisant appel à des outils plus précis et à des méthodologies factorielles qui vont au-delà des indices traditionnels afin de permettre aux épargnants de cibler des objectifs spécifiques en matière de risque et de rendement.

Nous avons récemment accueilli Tim Edwards, directeur principal des stratégies de placement indiciel, S&P Dow Jones Indices, pour nous entretenir avec lui sur le placement factoriel et son rôle potentiel au sein d’un portefeuille diversifié.

Avant de se joindre à S&P Dow Jones Indices, M. Edwards travaillait à Barclays Capital, où il était responsable, à l’échelle mondiale, de la conception de billets négociés en Bourse couvrant toutes les catégories d’actif, notamment les produits de base, la volatilité, les devises, les titres à revenu fixe et les marchés émergents. Il a obtenu un doctorat en mathématiques de la University College London.

Les questions et réponses suivantes sont tirées de la première partie de notre entretien. Restez à l’affût de sa deuxième partie, qui jette un regard détaillé sur les moyens de combiner plusieurs facteurs au sein d’un portefeuille.

Chris : Qu’est-ce que le placement factoriel? Quels sont les facteurs?

Tim : Un facteur doit comporter deux attributs afin de pouvoir porter ce nom. D’abord, il doit s’agir d’une caractéristique qui explique ou influence la divergence entre les rendements d’un titre ou qui permet d’expliquer la performance de certains aspects du marché. Par exemple, les petites et grandes entreprises se comportent souvent différemment ou, fréquemment, la taille d’une entreprise peut expliquer son comportement relativement bon ou médiocre. Donc, la taille est un facteur. Ensuite, un facteur doit pouvoir être mesuré ou pris en compte. Par exemple, il serait très utile de savoir si une entreprise sera en mesure de dégager des bénéfices supérieurs aux estimations, mais il n’y a aucun moyen réel de le déterminer. Donc, ce n’est pas un facteur. La taille, les dividendes, la volatilité et l’élan sont tous des facteurs, car ils peuvent être mesurés de façon explicite pour chaque titre et jouent un rôle pour nous permettre d’expliquer la divergence entre les rendements de divers titres ou segments boursiers.

Compte tenu du caractère mesurable des facteurs, il est possible de construire un indice ou un portefeuille axé sur des facteurs donnés (actions à faible capitalisation, titres à dividendes élevés, actions dotées d’un élan positif, et ainsi de suite). De plus, comme les facteurs permettent d’expliquer ou d’alimenter le rendement, les portefeuilles sont appelés à rendre compte des penchants factoriels de leurs composantes. Ainsi, le terme « placement factoriel » signifie en réalité investir dans des portefeuilles spécialement conçus pour prendre en compte certains facteurs.

Chris : Le placement factoriel est le fruit de plusieurs décennies de recherches. Pourriez-vous nous parler de certains des facteurs les mieux connus, c’est-à-dire ceux qui ont tendance à alimenter le rendement de façon plus régulière?

Tim : Je vais commencer par parler du facteur qui a fait le plus l’objet d’études universitaires, soit la faible volatilité – celui-ci repose sur le principe voulant que les titres moins risqués aient tendance à réaliser des rendements supérieurs. L’intérêt marqué des chercheurs à l’égard de ce facteur tient au fait que les données vont tout à fait à l’encontre de la sagesse universitaire qui veut que le rendement et le risque augmentent en parallèle. Or, au sein des marchés du monde entier, les titres moins risqués ont, par le passé, présenté un rapport risque-rendement beaucoup plus avantageux.

Un autre facteur, qui est peut-être encore plus célèbre dans le monde des placements, est la valeur. La notion de payer 9,00 $ pour un titre qui en vaut 10,00 $ constitue une stratégie de placement attrayante. La valeur est, effectivement, un facteur. Nous l’évaluons en examinant le prix d’un titre par rapport à sa valeur comptable, ou en effectuant d’autres comparaisons entre le prix d’un titre et ses caractéristiques fondamentales.

Deux autres facteurs communément examinés sont la taille – les petites entreprises ont tendance à devancer leurs grandes sœurs – et l’élan (le « momentum »), qui désigne les tendances identifiables des titres individuels comparativement à celles d’autres actions et à celles du marché.

Il s’agit là des facteurs les plus connus. Cela dit, les facteurs sont de plus en plus pris en compte depuis quelques années et, par conséquent, beaucoup de recherches sont effectuées à l’égard de nouveaux facteurs ou de facteurs plus ésotériques.

Chris : Pourquoi certains facteurs ont-ils, par le passé, dégagé de meilleurs rendements corrigés du risque que d’autres et cette tendance est-elle appelée à se maintenir à l’avenir?

Tim : Les excellents résultats de quelques facteurs, comme la faible volatilité, la valeur et l’élan, suscitent de nombreux débats parmi les chercheurs et les spécialistes. Leur performance à long terme, sur plusieurs cycles boursiers, intéresse bien entendu les chercheurs, qui se demandent : « Comment cela est-ce possible si le marché est efficient? ». Pour leur part, les épargnants visent plutôt à déterminer s’ils sont adéquatement exposés à ces facteurs et si les tendances en matière de rendements antérieurs se maintiendront.

Bien entendu, les raisons expliquant les bons ou piètres résultats d’un facteur donné sont propres au facteur en question et à la durée du placement. Prenons la faible volatilité.

Trois raisons sont citées à l’appui de l’excellente performance de titres considérés comme étant moins risqués. La première réside dans la préférence présumée des gestionnaires actifs pour les titres plus risqués, qui leur procurent une forte exposition au marché – et les aident ainsi à en avoir plus pour leur argent – et qui leur permettent d’obtenir un degré de participation élevé au marché, même si leur portefeuille détient des liquidités. Il est donc permis d’avancer que cette forte demande manifestée aux titres plus risqués se traduit par des prix plus avantageux pour ceux assortis d’un risque inférieur.

La deuxième raison, qui est de nature comportementale, est appelée « préférence pour les actions loterie ». Il s’agit de la notion voulant que les épargnants soient disposés à verser un prix excessif en contrepartie de la possibilité d’obtenir un rendement beaucoup plus élevé et qu’ils hésitent davantage à le faire si la probabilité est plus forte mais le rendement prévu, moins mirobolant. Ainsi, la préférence pour les actions loterie incite les épargnants à trop payer pour des titres plus volatils – qui pourraient leur rapporter gros – ce qui signifie que d’autres titres, moins volatils, connaissent de meilleurs rendements à long terme.

La dernière raison réside dans l’horizon temporel, facteur de prédilection au sein du milieu de la gestion de patrimoine. À court terme, la possibilité d’obtenir un rendement légèrement supérieur justifie peut-être un risque un peu plus élevé. À long terme, toutefois, l’effet multiplicateur de la capitalisation des rendements – et la probabilité de subir au moins certaines pertes en cours de route – met davantage en valeur les bienfaits de la gestion du risque. Dans cette optique, les indices de faible volatilité représentent seulement une stratégie de gestion des risques parmi tant d’autres.

Chris : Quelles ont été les incidences de l’évolution des placements indiciels pour les épargnants qui tentent de bénéficier de rendements factoriels?

Tim : À mon avis, nous avons été témoins, au sein du domaine des placements indiciels, de la démocratisation des secrets professionnels de la gestion professionnelle des portefeuilles.

Il y a quelques décennies, les gestionnaires étaient fortement récompensés pour avoir obtenu des résultats comparables à ceux du marché. Au fil des ans, leur performance a commencé à être de plus en plus comparée à celle d’indices du marché large. Ensuite, on a pu commencer à investir dans certains de ces indices, à peu de frais, par l’intermédiaire des premiers fonds indiciels. D’autres stratégies de gestion active ont ensuite vu le jour : celles axées sur la valeur, la gestion des risques ou l’élan qui ont été largement utilisées. Après un certain temps, il est devenu de plus en plus évident que les tendances de base de nombreux fonds en matière de rendement pouvaient être systématiquement reproduites à l’aide d’une exposition au marché et de quelques penchants factoriels. C’est ce que j’entends par démocratisation du processus, en ce sens que ces modes de placement sont examinés, systématisés, indexés et éventuellement offerts aux épargnants par l’intermédiaire de produits indiciels, normalement en contrepartie de frais beaucoup plus bas et d’une meilleure transparence.

Chris : À votre avis, est-ce que le placement factoriel représente un passe-droit pour les épargnants? Y a-t-il une façon pour eux de savoir quand délaisser un facteur au profit d’un autre pour aboutir avec des résultats supérieurs à ceux du marché?

Tim : Je mettrais les épargnants en garde contre la croyance que l’un de ces facteurs, ou leur combinaison, produira une performance supérieure à tout coup. La stratégie axée sur la faible volatilité, par exemple, a tendance à produire des résultats plus ternes lorsque le marché est résolument à la hausse. Le facteur de valeur risque d’être moins fructueux pendant certaines parties du cycle du marché. Il n’y a aucune recette magique qui produira la solution parfaite pendant toutes les périodes, car chacun des facteurs sera à un moment donné influencé par la conjoncture macroéconomique.

Cela dit, les épargnants ont, bien entendu, la possibilité de diversifier, d’accroître ou de réduire leur exposition à certains facteurs s’ils estiment que ceux-ci ont la capacité de produire d’excellents rendements à long terme ou qu’ils conviennent mieux aux conditions du moment.

À venir

Maintenant que nous avons examiné les rudiments du placement factoriel, nous nous pencherons, lors de la prochaine partie de notre entretien, sur la combinaison de facteurs, leur corrélation et les outils pouvant être utilisés pour mieux étudier et comprendre leur rôle au sein d’un portefeuille.

Si vous avez des questions ou des commentaires, veuillez les indiquer dans la case réservée à cette fin ci-dessous.

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