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Kristina Hooper | 21 décembre 2017

Qui surveillera le bol à punch en 2018?

La semaine dernière a été marquée par la confluence de réunions et de décisions des banques centrales, le tout concentré sur deux jours. Il en ressort que les banques centrales sont soit en voie, soit sur le point, de procéder à un resserrement. Cela me rappelle les paroles de l’ancien président du conseil de la Réserve fédérale américaine (Fed), William McChesney Martin, qui disait que la tâche de la banque centrale consiste à « enlever le bol à punch juste au moment où la fête commence ». Et, plusieurs questions me viennent en tête : Est-ce que la fête vient vraiment tout juste de commencer ou ne dure-t-elle pas déjà depuis un bon moment? Qui sont les chaperons du bol à punch? Et, sont-ils vraiment stricts?

La Fed a procédé à des hausses de taux, comme prévu

La semaine dernière, le Federal Open Market Committee (FOMC) a tenu sa dernière réunion de 2017 et nous avons eu droit à quelques surprises. Le FOMC a relevé le taux des fonds fédéraux, comme prévu. Par contre, en dépit des révisions à la hausse des prévisions de croissance, il n’a pas modifié ses attentes d’inflation et a maintenu sa prescription de politique monétaire, qui prévoit trois hausses de taux en 2018. C’était aussi la dernière conférence de presse de Janet Yellen, présidente sortante du conseil de la Fed. Elle a admis que la valeur des actifs est élevée, mais a précisé que ce n’est pas une grande source de préoccupation pour elle, car elle est convaincue que l’ensemble des mesures de réforme fiscale proposées vont stimuler l’économie, malgré le fait qu’elles alourdiront la dette publique. Pour le moment, elle ne semble pas trop inquiète de la surchauffe de l’économie, car il serait très difficile de faire augmenter de beaucoup le taux de croissance. Par ailleurs, elle se réjouit de la possibilité que le projet de loi fiscal accroisse la productivité. En ce qui a trait à l’inflation, elle a laissé entendre que la Fed allait peut-être revoir les sources des poussées inflationnistes, ce qui laisse présager un changement de paradigme d’inflation.

La Banque d’Angleterre tente de composer avec une situation difficile

De même, la dernière réunion de 2017 de la Banque d’Angleterre nous a réservé son lot de surprises, puisque la Banque a décidé de laisser son taux directeur inchangé, après l’avoir relevé le mois dernier. Par ailleurs, la Banque prévoit de très faibles hausses de taux : « Les prochaines hausses de taux… devraient être graduelles et très restreintes ». La Banque d’Angleterre se trouve dans une véritable impasse : elle doit tenter de contenir le taux d’inflation élevé (issu des fluctuations de la devise provoquées par le Brexit), sans pour autant étouffer l’économie en perte de vitesse. La Banque d’Angleterre a expliqué son dilemme et admis que le Brexit crée énormément d’incertitude : « Les développements entourant le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, en particulier la réaction des ménages, des entreprises et des prix des actifs, sont les facteurs qui alimentent le plus l’incertitude quant aux perspectives économiques du pays ». Jusqu’ici (à l’exception du mois dernier), la Banque d’Angleterre a privilégié une politique monétaire accommodante. Or, comme le taux d’inflation a grimpé à 3,1 % en novembre1, nous sommes en droit de nous demander si la hausse du taux d’inflation ne va pas la forcer à resserrer davantage sa politique monétaire.

La Banque centrale européenne fait allusion à un resserrement plus rapide

De plus, la Banque centrale européenne (BCE) a tenu une réunion la semaine dernière et a décidé, comme on s’y attendait, de laisser sa politique monétaire inchangée et a réitéré sa décision d’amorcer un retrait graduel des mesures de relance dès janvier. Même si, à première vue, la réunion de la semaine dernière semblait plutôt insipide, ce fut tout le contraire. C’est que la BCE a révisé en forte hausse ses prévisions de croissance pour l’an prochain, soit de 1,8 à 2,3 %.2 Par ailleurs, le président de la BCE, Mario Draghi, s’est dit « de plus en plus confiant » que nous assisterons à une hausse du taux d’inflation. Cela signifie que si les prévisions de la BCE se concrétisent, elle pourrait devoir enlever le bol à punch un peu plus tôt que prévu, même si elle ne semble pas disposée à le faire pour le moment.

Qui surveillera le bol à punch en 2018?

En pensant à 2018, je me souviens d’une expérience que j’ai vécue au secondaire. En tant que membre du gouvernement étudiant, j’avais été chargée de me joindre aux chaperons d’une soirée dansante mixte pour les élèves du premier cycle du secondaire. Plusieurs chaperons se sont relayés tout au long de la soirée, allant des religieuses vigilantes (qui semblaient avoir des yeux tout le tour de la tête) aux jeunes enseignants novices (dont les grands yeux hébétés trahissaient le manque d’expérience). Puis, il y avait les parents, une classe à part. La majorité des chaperons passaient le plus clair de leur temps à maintenir une certaine distance entre les couples de danseurs et à surveiller l’haleine des élèves pour vérifier s’ils avaient consommé de l’alcool, mais un chaperon en particulier (un parent) avait décidé, contrairement aux autres, de prendre part à la fête. Elle passait son temps sur la piste de danse avec les élèves et ne prenait pas son rôle de surveillante très au sérieux. Les élèves ont été pris par surprise lorsque son tour de garde a pris fin, car elle a été remplacée par un enseignant très strict qui a immédiatement allumé les lumières et refroidi l’atmosphère.

Je ne peux pas m’empêcher de me demander si nous ne vivons pas un scénario similaire avec le FOMC et si toutes ou, du moins, la plupart des déclarations de Mme Yellen lors de sa conférence de presse la semaine dernière n’étaient que des suppositions. On présume que le FOMC va laisser sa politique monétaire inchangée en 2018, mais cette hypothèse pourrait être risquée car rien ne garantit que le statu quo va se maintenir lorsque Mme Yellen quittera ses fonctions. Après tout, en 2018, le conseil de la Fed accueillera de nombreux nouveaux « chaperons », en l’occurrence un nouveau président du conseil, vice-président du conseil et plusieurs nouveaux membres susceptibles de prôner une position plus belliciste, dont Marvin Goodfriend, qui a critiqué les mesures d’assouplissement quantitatif et qui a toujours préconisé une politique monétaire davantage fondée sur des règles. Même les deux membres dissidents qui se sont opposés à la décision de relever les taux en décembre, Neel Kashkari de la Fed de Minneapolis et Charles Evans de la Fed de Chicago, ne seront pas membres votants du FOMC en 2018. Et, même si les chaperons des autres banques centrales régionales ne changent pas, rien ne dit qu’ils ne vont pas adopter une position plus stricte si la conjoncture change.

Autrement dit, en 2018, les marchés pourraient se comporter comme des élèves du secondaire qui s’en donnent à cœur joie dans une soirée dansante mixte et qui ignorent quel sera le prochain chaperon, comment il appliquera les règles et à quelles infractions il décidera de sévir. Nul ne sait à quel point la Fed et les autres banques centrales se préoccupent de l’augmentation de la croissance et des perspectives d’une hausse du taux d’inflation, ni quels paramètres elles vont décider de suivre de plus près. Et, la possibilité qu’un projet de loi expansionniste sur la réforme fiscale aux États-Unis soit adopté ne fait qu’ajouter à ce climat d’incertitude.

Joyeuses fêtes

Ceci est ma dernière chronique hebdomadaire Survol des marchés de 2017. Je serai de retour en janvier pour analyser les grands événements auxquels les marchés seront confrontés tout au long de la nouvelle année. Je profite de l’occasion pour vous souhaiter, à vous et à vos proches, de joyeuses fêtes.

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1 Source : UK Office for National Statistics. Le taux d'inflation est représenté par l'indice des prix à la consommation du Royaume-Uni.

2 Source : Projections du personnel de la BCE.

Renseignements importants

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 18 décembre 2017. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas de ces estimations.

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