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Rob Waldner | 14 décembre 2018

Revenu fixe : Évaluation de l’effet d’entraînement du ralentissement de la croissance économique

Points importants à retenir

  • Aux États-Unis, nous croyons que la croissance a plafonné et nous nous attendons à un ralentissement pendant la deuxième moitié de 2019.
  • À l’extérieur des États-Unis, on note également des signes de ralentissement de la croissance.
  • L’inflation va probablement augmenter sensiblement, mais nous ne croyons pas que l’inflation par les salaires va être répercutée sur les consommateurs par des hausses de prix en 2019.

Macroéconomie mondiale

Aux États-Unis, nous croyons que la croissance a plafonné, mais nous nous attendons à ce que la croissance annuelle se maintienne à environ 2,75 % pendant la première moitié de 2019 avant de ralentir. Les mesures de relance budgétaire ont encore un effet positif sur la croissance, mais il va probablement s’estomper pendant la deuxième moitié de 2019. De plus, les vents financiers favorables qui alimentent la croissance économique pourraient revenir au point neutre si la politique monétaire continue de se resserrer. Par conséquent, même si les dépenses de consommation vont probablement faire augmenter la croissance pendant la première moitié de l’année, comme le coup de pouce procuré par les baisses d’impôt s’estompe, la question est de savoir combien les consommateurs seront disposés à dépenser par la suite. La consommation a augmenté au cours des derniers trimestres à un rythme qui ne pourra pas se maintenir indéfiniment, à notre avis, soutenue par un accroissement de la confiance des consommateurs et les baisses d’impôt. Un ralentissement marqué de la consommation pourrait avoir des retombées négatives sur la croissance en général. Ces effets signifient que les risques associés à la croissance économique seront plus élevés à la fin de 2019 que plus tôt pendant le cycle.

L’inflation va probablement grimper sensiblement en 2019, soutenue par les hausses des droits de douane sur les prix des biens. À part l’inflation provoquée par les droits de douane, les pressions vont probablement diminuer. Cependant, les salaires vont sans doute poursuivre leur lente ascension en raison de la pénurie de main-d’œuvre. Nous ne croyons pas que l’inflation par les salaires va être répercutée sur les consommateurs par des hausses de prix en 2019.

La combinaison d’un marché du travail vigoureux et d’une forte croissance rend fort probable  que la Réserve fédérale américaine (Fed) va continuer de relever graduellement ses taux pendant la première moitié de 2019. Cependant, si la courbe des taux continue de s’aplatir et que la situation financière se resserre, ce sera peut-être plus difficile pour la Fed de procéder à deux hausses de taux pendant la deuxième moitié de 2019.

Une forte correction a balayé le marché des bons du Trésor américain et les évaluations constituent désormais une aubaine par rapport aux caractéristiques fondamentales à long terme, à notre avis. Toutefois, les gros déficits budgétaires sont la raison pour laquelle le Trésor américain va continuer d’émettre des montants considérables d’obligations. L’accroissement de l’offre alliée à la baisse des achats de la Fed pourrait engendrer de la volatilité sur le marché des bons du Trésor américain au cours de la prochaine année.

La croissance aux États-Unis attire les capitaux et cela va probablement se poursuivre jusqu’à ce que les chemins de la croissance mondiale commencent à converger. À notre avis, cette situation est susceptible de prêter main-forte au dollar américain au cours des prochains mois. Si un ralentissement significatif aux États-Unis advenait l’an prochain, nous croyons qu’il sera probablement provoqué par la Chine (non pas de l’intérieur), si elle est incapable de s’extirper du ralentissement qu’elle connaît à l’heure actuelle.

À l’extérieur des États-Unis, on note également des signes de ralentissement de la croissance. Depuis le début de l’année, une croissance économique inférieure au consensus se dessine en Chine depuis le début de 2018. Le ralentissement actuel de la dynamique économique peut être attribué au durcissement de la réglementation et à la politique de désendettement mis en place à la fin de 2017 et au début de 2018, ce qui a conduit à un ralentissement marqué du marché du crédit au milieu de 2018. La politique commerciale américaine a généré encore plus d’incertitude. Les autorités chinoises ont réinstauré des mesures d’assouplissement en réaction à ces développements. Le succès ou l’échec de ce programme d’assouplissement aura sans aucun doute de profondes répercussions sur les marchés financiers mondiaux.

L’économie européenne tourne plus lentement que ce que nous avions prévu plus tôt cette année, car les effets des mesures de relance de 2015 et 2016 se sont estompés. De plus, plusieurs risques qui se pointent à l’horizon vont probablement faire obstacle à la croissance et aux marchés : les craintes entourant la politique en Italie et son budget, les tensions commerciales entre les États-Unis et l’Europe et l’incertitude provoquée par le Brexit. En outre, la Banque centrale européenne va probablement amorcer son cycle de hausse de taux dans le courant du quatrième trimestre de 2019. Ces facteurs de croissance et de politique nous donnent à penser que les taux d’intérêt de base européens devraient rester proches de leurs niveaux actuels au cours des six prochains mois.

Obligations de première qualité

La croissance mondiale concertée de 2017 semble s’être détériorée en 2018 et pourrait résulter en une plus grande dispersion économique entre les pays développés en 2019. Malgré cet obstacle et la menace d’un resserrement de la politique monétaire, les caractéristiques fondamentales des entreprises demeurent résilientes. Par conséquent, nous nous attendons à ce que les obligations de sociétés surpassent les emprunts d’État souverains comparables en raison du revenu additionnel que procurent les obligations de sociétés. Les primes de rendement des obligations de sociétés devraient également amortir les hausses de taux d’intérêt potentielles.

La croissance des marchés des titres d’emprunt, particulièrement celui des obligations de sociétés américaines notées BBB, suscite beaucoup d’attention comme source possible de risques. Bien que la combinaison de fusions et acquisitions et de migration des titres de créance ait fait croître la portion de qualité inférieure des obligations de première qualité, l’endettement des entreprises a généralement diminué après de tels événements. Les fusions et acquisitions en voie de se concrétiser sont moins nombreuses que ces dernières années et les sondages menés auprès des investisseurs montrent que les entreprises américaines souhaitent se désendetter.

Nous continuons de miser sur les obligations de sociétés. Cependant, le risque d’un resserrement non anticipé de la politique monétaire ou d’une décélération de la croissance mondiale pourrait résulter en une détérioration des caractéristiques fondamentales. Le nombre de risques « connus » pouvant en découler — allant de l’impact des droits de douane aux tensions géopolitiques — est en hausse et un seul d’entre eux pourrait modifier la trajectoire du cycle actuel. Nous continuons également de surveiller les tendances technologiques à long terme, dont les retombées potentielles sont immenses dans les secteurs du commerce de détail et du transport. Nous croyons que la répartition sectorielle et le choix des titres émanant d’un judicieux processus de sélection des titres de créance seront aussi vitaux en 2019 qu’en 2018.

Obligations à rendement élevé

Malgré les craintes d’un ralentissement de la croissance économique, les obligations à rendement élevé se sont toujours bien comportées dans une conjoncture de croissance modérée. Bien que le marché craigne que les bénéfices des sociétés aient atteint un plafond à court terme, les caractéristiques fondamentales dans l’ensemble sont suffisamment robustes pour que les entreprises puissent générer des flux de trésorerie disponibles et réduire leur endettement. La réduction de l’effet de levier se traduit généralement par une diminution des risques de défaut, ce qui peut entraîner un resserrement des écarts de taux. . Les rendements négatifs des obligations à rendement élevé découlent généralement des récessions, parce que les bénéfices des sociétés diminuent et les défaillances augmentent. Nous ne pensons pas être dans cette conjoncture aujourd’hui, vu que la Fed et la Banque centrale européenne ont prolongé le cycle économique. Leurs interventions ont profité au marché des titres de créance et permis à de nombreuses entreprises de réduire leur endettement.

En tant que détenteurs d’obligations à rendement élevé, nous sommes conscients du risque de duration et de la volatilité associés aux fluctuations des taux d’intérêt. Il y a trois raisons pour lesquelles les hausses des taux seules ne sont peut-être pas néfastes pour la plupart des obligations à rendement élevé.

  1. Normalement, les taux augmentent de pair avec la croissance économique, laquelle génère habituellement plus de profits pour la plupart des entreprises et une plus grande capacité de rembourser leur dette.
  2. Certaines obligations à rendement élevé comportent une clause de protection en cas de remboursement anticipé. Lorsque les taux sont en hausse, les émetteurs refinancent souvent leurs emprunts avant que les taux n’augmentent encore plus. Si un émetteur refinance ses emprunts avant l’échéance, il paie normalement une pénalité (prix de remboursement) qui varie entre 102 et 105. Cette pénalité de remboursement anticipé accroît le rendement des obligations à rendement élevé.
  3. La duration des obligations à rendement élevé est habituellement inférieure à celle des obligations de première qualité en raison de leur échéance plus courte et de leur taux d’intérêt nominal élevé.

Bien que l’histoire démontre que les récessions exercent une influence négative sur les obligations à rendement élevé, nous ne trouvons pas cela préoccupant dans l’immédiat, compte tenu de la santé de l’économie américaine, du resserrement graduel de la Fed et des excellentes caractéristiques fondamentales des nombreux émetteurs d’obligations à rendement élevé.

Obligations structurées

Titres adossés à des créances immobilières (TACI). Le facteur qui contribuera le plus au rendement des TACI en 2019 se résume à un principe simple d’économie, soit l’offre et la demande. La récente tendance à la hausse des taux d’intérêt devrait faire chuter l’offre de créances hypothécaires dans une certaine mesure, mais nous nous attendons encore à une offre nette de 225 milliards de dollars l’an prochain. Ce montant est conforme aux normes historiques et peut facilement être absorbé par le marché. Le problème est que l’impact de l’offre ressenti par le marché se chiffre à près du double. La Fed a cessé de réinvestir les remboursements de son portefeuille hypothécaire de 1,7 mille milliards de dollars américains, si bien que les remboursements par anticipation qui autrefois étaient réinvestis font désormais augmenter l’offre dans le reste du marché. Même si les écarts de taux des TACI ont bondi d’environ 20 points de base en 2018 en réaction à l’offre nette excédentaire1, nous croyons que le marché devra peut-être fléchir encore de 5 à 10 points de base, en raison de la volatilité actuelle, pour se débarrasser de l’offre nette excédentaire et se stabiliser.

Titres adossés à des créances hypothécaires résidentielles. Bien que les récentes statistiques du marché résidentiel indiquent un certain ralentissement de la construction et des ventes ainsi que des contraintes liées à l’accessibilité à la propriété, l’offre limitée de logements dans un contexte de marché du travail dynamique sous-tend nos perspectives positives en matière de prix des maisons et de performance des emprunteurs. Le volume des émissions demeure en deçà des remboursements antérieurs, ce qui entraîne une vive concurrence pour les actifs à taux variable et à durée limitée répandus dans ce secteur. Néanmoins, comme la courbe de taux des titres de créance est plate, il vaut mieux aborder avec prudence les titres de créance de qualité inférieure car, à notre avis, il est peu probable que les écarts de taux se resserrent davantage. Par contre, nous croyons que les titres les mieux notés recèlent un meilleur potentiel d’accroissement des écarts de taux que les autres titres de créance à revenu fixe. Bien que nous croyions que la prudence soit de mise à l’égard des écarts de taux des titres ayant une faible cote de solvabilité, nous ne sommes pas trop préoccupés par la qualité du crédit ultime des titres moins bien notés. À mesure que les taux d’intérêt à court terme augmentent, les occasions de placement se multiplient parmi les titres à taux variable, y compris les titrisations de créances locatives unifamiliales et les obligations de transfert du risque de crédit émises par Fannie Mae et Freddie Mac, deux émetteurs modérément aguerris. La majeure partie de la croissance des émissions de titres de créance immobiliers résidentiels proviendra probablement d’hypothèques non-admissibles, étant donné que la base d’investisseurs s’élargit et que le secteur continue de prendre de la maturité.

Titres adossés à des créances mobilières (TACM). Comme l’économie américaine arrive en fin de cycle, on s’attend à ce que les caractéristiques fondamentales, qui sont très bonnes en ce moment, reviennent graduellement à la normale en 2019. Cela demeure un facteur positif pour le rendement des TACM du secteur de la consommation et les titres sous-jacents. Tandis que la Fed poursuit le resserrement des conditions de crédit et que la courbe des taux s’aplatit, les TACM à plus courte échéance devraient demeurer très en demande. Par conséquent, nous nous attendons à ce que l’offre brute de TACM projetée soit facilement absorbée par les marchés. Même si l’attrait des TACM par rapport aux obligations de sociétés a diminué sensiblement, on trouve encore de bonnes occasions de valeur qui allient rendements raisonnables et courte échéance. De plus, les TACM procurent une diversification accrue par rapport à un portefeuille d’obligations de sociétés.

Titres adossés à des créances immobilières commerciales. Nous prévoyons que la hausse des prix des loyers et la plus-value des immeubles va se poursuivre dans le secteur de l’immobilier commercial, mais à un rythme plus lent parce que la nouvelle offre réduit la capacité d’absorption du marché. Nous croyons que la croissance du cybercommerce va continuer de nuire au secteur des immeubles du commerce de détail. Sur une note positive, les conditions de crédit demeurent très accommodantes sur les marchés immobiliers, malgré un léger resserrement des conditions de crédit et la hausse des taux. De plus, nous nous attendons à ce que le faible volume des nouvelles émissions soit facilement absorbé par les investisseurs. Compte tenu de nos perspectives neutres concernant les écarts de taux et la courbe aplatie des taux, nous avons une légère préférence pour les titres de créance déjà en circulation qui bénéficient intrinsèquement de la plus-value des propriétés et de la sensibilité réduite à la variation de l’écart de taux. Plus on avance dans le cycle immobilier, plus nous croyons que les titres de créance immobiliers commerciaux qui offrent des taux de portage avantageux et bénéficient de la plus-value réalisée seront attrayants.

Liquidités à l’échelle mondiale

Nous prévoyons une hausse des taux du marché monétaire américain en 2019, puisque la Fed continue de relever son taux directeur. Même si la Fed a relevé son taux directeur pendant trois années consécutives, les taux actuels sont considérés comme étant neutres et beaucoup d’investisseurs sont persuadés que la Fed peut encore réduire les mesures d’assouplissement quantitatif si nécessaire. Nous nous attendons à au moins deux hausses de taux en 2019. Par conséquent, les taux des titres du marché monétaire et les placements à faible duration pourraient bien devenir encore plus attrayants par rapport aux autres si le taux des bons du Trésor américain à cinq ans continue de baisser. Cela pourrait continuer de faire affluer les capitaux vers les fonds du marché monétaire, les fonds d’obligations à ultra court terme et les fonds négociés en bourse (FNB). Nous entrevoyons une abondance d’offre de bons du Trésor américain à court terme et de demande d’actifs de grande qualité pour maintenir les écarts de taux dans le bas de leurs récentes fourchettes. Les risques liés aux écarts de taux pourraient provenir d’une détérioration inattendue de l’économie américaine ou de signaux de fin de cycle laissant présager une récession.

Marchés émergents (ME)

Nous croyons que la croissance a plafonné dans les ME et qu’elle va ralentir en 2019. La croissance ralentit particulièrement en Chine, mais de façon progressive et contrôlée. Des mesures d’assouplissement ciblées vont probablement atténuer les risques liés à la croissance économique chinoise, mais on ne peut pas écarter des périodes de perturbations des marchés financiers pendant que les autorités cherchent à procéder à un désendettement généralisé. Nous entrevoyons une dépréciation du dollar américain en 2019, alors que la croissance mondiale va revenir à la normale, ce qui devrait soutenir les ME et les marchandises, car cela va favoriser les rentrées de capitaux et améliorer les termes de l’échange de marchandises. Cela étant dit, il y aura probablement des périodes pendant lesquelles le dollar américain va s’apprécier et les taux de rendement seront plus élevés aux États-Unis, ce qui pourrait provoquer des accès de volatilité. De plus, l’intensification des tensions commerciales mondiales pourrait continuer de mettre les marchés à rude épreuve. Dans l’ensemble, nous nous attendons à une recrudescence de la volatilité en 2019, alors que les grandes banques centrales vont retirer graduellement les mesures extraordinaires d’assouplissement monétaire.

À notre avis, les ME comportent plusieurs risques, y compris celui d’une résurgence de l’inflation aux États-Unis, qui pourrait entraîner un resserrement de la politique monétaire plus marqué que ce à quoi les marchés s’attendent et provoquer une forte détérioration de la situation financière par suite de l’appréciation du dollar américain pondéré en fonction des échanges commerciaux. Par ailleurs, les craintes d’un ralentissement de la croissance de l’économie chinoise pourraient passer sur le devant de la scène, ce qui exercerait des pressions à la baisse sur les marchandises industrielles et entraînerait un sentiment de risque généralisé qui irait au-delà des craintes suscitées par les différends commerciaux.

Désormais, la sélection des titres des ME revêt une importance capitale, particulièrement depuis les élections au Brésil, au Mexique et en Turquie, mais aussi en prévision des élections en Argentine et en Indonésie en 2019. De plus, le risque lié aux sanctions est élevé en Russie et, dans une moindre mesure, en Turquie. Les devises des ME demeurent très sensibles aux conditions de financement aux États-Unis, mais la stabilité du dollar américain en 2019 devrait les soutenir, compte tenu de l’ampleur de la dépréciation des devises des ME aux deuxième et troisième trimestres de 2018 et du ralentissement de la croissance aux États-Unis. Nous sommes portés à privilégier les devises des pays producteurs de marchandises, compte tenu des évaluations et de l’écart de taux favorable. Bien qu’en hausse, nous croyons que les taux d’inflation des ME vont demeurer bas, si bien que la prime de risque d’inflation des titres situés à l’extrémité longue de la courbe des taux de certains ME devrait continuer de baisser. À l’instar des devises des ME, nous privilégions les émissions en devises locales de producteurs de matières premières.

Titres à revenu fixe européens

La croissance économique européenne a ralenti en 2018, passant d’un taux supérieur à la tendance à un seuil qui nous paraît plus viable. En 2019, nous croyons que la conjoncture économique européenne de forte croissance, de faible taux d’inflation et de politique monétaire accommodante va soutenir les titres à revenu fixe européens. Les résultats prévisionnels de la Banque centrale européenne (BCE) sont bien documentés et, même si l’assouplissement quantitatif tire à sa fin, nous n’entrevoyons pas de hausses de taux d’intérêt avant le quatrième trimestre de 2019. À notre avis, les cibles de croissance de la BCE sont trop ambitieuses, mais cela ne devrait pas avoir une incidence marquée sur les marchés européens des titres à revenu fixe en général. Le cycle de crédit de l’Europe est moins avancé que celui des États-Unis, la tendance au désendettement des entreprises est plus marquée et les dirigeants des sociétés gèrent de façon plus prudente leurs flux de trésorerie discrétionnaires, ce qui joue habituellement en faveur des détenteurs d’obligations.

Nos principales préoccupations à l’égard de l’Europe gravitent autour de l’incertitude politique.

  • La situation politique de l’Italie demeure la plus grande inconnue. Or, tandis que la situation continue d’évoluer, il nous semble très peu probable que l’Italie quitte la zone euro. À l’aube de 2019, nous prévoyons que les frictions causées par le déficit budgétaire de l’Italie vont continuer d’ébranler la confiance des investisseurs et probablement provoquer des accès de volatilité, ce qui pourrait faire surgir de bonnes occasions de placement. Les évaluations des titres italiens nous semblent attrayantes, mais nous demeurons préoccupés par l’avenir politique du pays et la viabilité de sa dette à long terme, notamment en raison de ses maigres perspectives de croissance et du retrait des mesures de relance monétaire de la BCE.
  • Notre scénario de référence pour le Brexit est qu’un accord sera conclu, au détriment d’une plus longue période de transition. Par conséquent, nous croyons que les évaluations actuelles permettent de trouver de bonnes occasions de placement sur le marché des obligations de sociétés du Royaume-Uni, surtout parmi les émetteurs qui ont une forte présence internationale apte à réduire les obstacles potentiels à la croissance en cas de Brexit dur.

Somme toute, nous croyons que la forte croissance économique européenne, le faible taux d’inflation et la politique monétaire accommodante vont soutenir les actifs plus risqués de la région. Cela étant dit, nous croyons que la prudence est de mise, étant donné que la BCE est en voie de normaliser sa politique monétaire et que l’incertitude politique demeure élevée en Europe et à l’échelle mondiale.

Obligations municipales américaines

Nos perspectives concernant les obligations municipales en 2019 reposent en grande partie sur nos attentes en matière de nouvelles émissions. Le total des nouvelles émissions en 2018 sera probablement inférieur aux années précédentes, surtout en raison de l’élimination des émissions à remboursement anticipé en vertu de la Tax Cuts and Jobs Act (TCJA) de 2017. Ce changement a incité les émetteurs à précipiter les émissions de titres en 2017, ce qui a eu pour effet de réduire l’offre en 2018. Bien que l’abrogation des émissions à remboursement anticipé ait frappé directement le marché des obligations exonérées d’impôt, ces émissions sont encore abondantes (quoique rarement utilisées) sur le marché des obligations municipales imposables. Cela pourrait accroître le volume d’émissions en 2019. Cependant, même en tenant compte de cet apport possible, nous ne prévoyons pas que l’offre municipale dépassera de beaucoup celle de 2018; un résultat net positif pour les obligations municipales, à notre avis.

En ce qui a trait à la demande, nous nous attendons à ce que, désormais, les petits investisseurs jouent un plus grand rôle sur le marché obligataire municipal. Leur participation pourrait augmenter au début de la saison des impôts de 2019, car les baisses d’impôts en vertu de la TCJA seront potentiellement moins fortes que prévu. Cela peut être particulièrement vrai pour les résidents des États où les taux d’imposition sont élevés. De plus, les obligations municipales devraient continuer de procurer des avantages au chapitre de la diversification, puisqu’elles ont toujours été faiblement corrélées aux autres catégories d’actifs, comme les actions, les obligations de sociétés et les bons du Trésor américain.

Maintenant que les élections de mi-mandat aux États-Unis sont chose du passé et que les démocrates ont obtenu la majorité à la Chambre, la « réforme fiscale 2.0 » nous semble moins probable. Les dépenses en infrastructures, l’un des rares enjeux sur lesquels les deux partis s’entendent, pourraient augmenter en 2019, mais on en doute fort. Nous croyons plutôt que les démocrates vont faire des infrastructures l’un des enjeux clés de leur plateforme électorale de 2020 et que, dans l’immédiat, les ressources seront attribuées à la santé et à la politique d’immigration. Une fois que des décisions auront été prises en matière de dépenses en infrastructures, nous nous attendons à ce que le financement des projets provienne du marché obligataire municipal. Quoi qu’il en soit, nous nous attendons à ce que le rythme des émissions soit modéré.

Titres à revenu fixe indiens

Le marché indien des titres à revenu fixe s’est déprécié en 2018 en raison des craintes d’une hausse des taux par suite d’une augmentation du taux d’inflation intérieur et de la dépréciation de la roupie. Cependant, nous nous attendons à un redressement en 2019, parce que le taux d’inflation non corrigé va probablement demeurer sous la barre des 4 % pendant la majeure partie de l’année et que les attentes de hausses de taux, intégrées dans les taux obligataires, vont probablement diminuer au cours des prochains mois.

De plus, la dépréciation de la roupie a exercé de fortes pressions à la hausse sur les taux obligataires en 2018. Les craintes d’une guerre commerciale, l’augmentation des prix du pétrole qui a fait grimper le déficit du compte courant et l’aversion généralisée pour le risque à l’endroit des marchés émergents sont autant de facteurs qui ont fait chuter la roupie en 2018.

Nous entrevoyons une appréciation de la roupie lorsque les prix du pétrole vont se stabiliser et que le « sentiment d’aversion pour le risque » va s’estomper en 2019. La contraction du différentiel de taux d’inflation entre l’Inde et les États-Unis pourrait aussi contribuer à limiter la dépréciation à long terme de la roupie. De plus, les mesures d’accroissement des liquidités de la Banque de réserve de l’Inde, par le biais d’opérations sur le marché libre (achats d’obligations du Trésor britannique ou gilts), ont entraîné une demande positive nette de gilts. Dans l’ensemble, nous nous attendons à ce que les rendements obligataires augmentent en 2019 grâce à la baisse des taux obligataires et à la remontée de la roupie.

Titres à revenu fixe asiatiques

Nous sommes confiants à l’égard des titres à revenu fixe asiatiques, compte tenu de la stabilisation de la croissance économique chinoise et parce que nous entrevoyons une augmentation des investissements étrangers directs dans la région. Par contre, les risques géopolitiques vont probablement continuer d’occuper l’avant-scène, puisque les États-Unis s’apprêtent à augmenter les droits de douane en vigueur sur les exportations municipales chinoises en 2019 et à en imposer d’autres. Des élections générales se tiendront en Inde et en Indonésie pendant la première moitié de 2019, ce qui risque de faire les manchettes et d’attiser la volatilité.

Nous sommes optimistes à l’égard de la Chine, car ses mesures d’assouplissement de la politique monétaire semblent soutenir la croissance économique, après une phase de décélération au début de 2018, attribuable à une diminution de la consommation intérieure et aux retombées des efforts de désendettement. L’accroissement des liquidités dans le système devrait favoriser la croissance économique et neutraliser en partie les retombées négatives des différends commerciaux. En 2019, nous allons privilégier les obligations à courte échéance et aux taux attrayants émises par des sociétés qui ont une bonne cote de solvabilité. Nous surveillons de près les deux variables suivantes : 1) l’augmentation des liquidités injectées dans le secteur privé; et 2) le taux de change dollar américain-renminbi. Nous surveillons plus particulièrement les émetteurs chinois plus vulnérables à la variation du taux de change.

En dehors de la Chine, nous privilégions les marchés susceptibles de bénéficier de l’augmentation des investissements directs des États-Unis et de la Chine. Le gouvernement chinois va probablement investir des sommes considérables dans la région dans le cadre de l’Initiative Ceinture et Route, ce qui serait avantageux pour les pays visés. De même, les États-Unis et d’autres pays vont probablement augmenter leurs investissements dans la région pour faire contrepoids au programme chinois par le truchement d’initiatives telles que l’Alliance Indo-Pacifique dirigée par les États-Unis avec l’Inde et la Mongolie et la International Development Finance Corporation, qui investit dans des projets dans les pays en voie de développement. Nous allons garder l’œil ouvert sur les deux principaux risques : les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) pour éviter les perturbations potentielles causées par les soulèvements populaires, la corruption et les catastrophes environnementales et les crises financières provoquées par la vigueur du dollar américain qui pourraient toucher certains pays asiatiques, en particulier ceux qui ont une dette substantielle en dollars américains par rapport au PIB.

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1 Source : Bloomberg L.P., données du 31 décembre 2017 au 16 octobre 2018.

Ce contenu est destiné uniquement à des fins d’information et n’est pas une recommandation d’une quelconque stratégie ou d’un produit de placement pour un épargnant en particulier. Les épargnants devraient toujours consulter leur conseiller financier avant de prendre des décisions de placement. Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l’auteur; elles sont fondées sur la conjoncture actuelle et peuvent changer sans préavis. Ces opinions peuvent différer de celles d’autres spécialistes en placement d’Invesco. Ces opinions peuvent différer de celles d’autres spécialistes en placement d’Invesco. Rien ne garantit que ces perspectives se réaliseront. À moins d’indication contraire, toutes les données remontent au 31 octobre 2018.

Les obligations Masala sont des titres de créance libellés en roupies indiennes émis en dehors de l’Inde.

Tous les placements comportent des risques. Le rendement passé n’est pas garant des résultats futurs. Il n’est pas possible d’investir directement dans un indice. La diversification ne garantit pas un profit ou l’élimination du risque de perte. Invesco n’offre pas de conseils fiscaux.
Les titres à revenu fixe sont exposés au risque de crédit de l’émetteur et aux retombées des fluctuations de taux d’intérêt. Le risque de taux d’intérêt fait référence au risque que les cours obligataires chutent si les taux d’intérêt augmentent et vice versa. Un émetteur peut être incapable de rembourser les intérêts ou le capital de ses emprunts, ou les deux, ce qui fait chuter la valeur de ses titres de créance et abaisse sa note de crédit.
Les obligations municipales sont assujetties au risque que la législation ou la conjoncture économique empêche un émetteur d’effectuer des paiements de capital ou d’intérêts.

Les risques d’investir dans des titres d’émetteurs étrangers, y compris ceux des marchés émergents, peuvent inclure la fluctuation des devises étrangères, l’instabilité politique et économique et les problèmes liés à l’imposition étrangère.

La valeur des obligations à haut risque fluctue davantage que celle des obligations de qualité supérieure et peut chuter considérablement en un très court laps de temps.
Les titres adossés à des créances hypothécaires et à des créances mobilières comportent un risque de remboursement par anticipation ou de remboursement avant l’échéance, soit le risque que les paiements de l’emprunteur soient reçus plus tôt ou plus tard que prévu en raison de changements dans les taux de remboursement anticipé des prêts sous-jacents. Les titres peuvent être remboursés par anticipation à un cours inférieur au cours d’acquisition initial.

Habituellement, le rendement d’un placement concentré dans des émetteurs d’une certaine région ou de certains pays est étroitement lié à la situation qui prévaut dans cette région et est plus volatil que celui d’investissements plus diversifiés géographiquement.