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Kristina Hooper | 6 septembre 2018

Sept enjeux que les investisseurs devraient surveiller en septembre

Le commerce arrive en tête de liste des enjeux avec lesquels les marchés devront composer ce mois-ci, tandis que les États-Unis menacent de déchirer l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et de quitter l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Et, ce n’est que la pointe de l’iceberg. Voici sept enjeux que les investisseurs devront surveiller en septembre.

1. Les problèmes commerciaux pourraient empirer

D’abord et avant tout, les pourparlers sur l’ALENA ont déraillé. Le Canada n’a pas respecté l’échéancier de vendredi dernier fixé par les États-Unis pour se joindre au nouvel accord conclu avec le Mexique. Le président américain Donald Trump a donné un sévère avertissement au Canada en matière de commerce s’il refusait de signer l’accord États-Unis-Mexique.

La bonne nouvelle est que la loi penche en faveur des investisseurs, puisque le Congrès doit recevoir un préavis de 90 jours concernant l’adoption de toute nouvelle loi commerciale américaine avant que le président ne puisse signer quelque accord que ce soit. Les États-Unis voulaient qu’un accord préliminaire soit conclu avant le 31 août, afin que la période de préavis de 90 jours prenne fin avant que le nouveau président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO) entre en fonction le 1er décembre. L’Administration Trump a informé le Congrès vendredi dernier qu’elle signerait un accord bilatéral avec le Mexique dans 90 jours et que le Canada pourra s’y joindre s’il le souhaite, mais qu’elle ira de l’avant avec ou sans le Canada. L’Administration a jusqu’à la fin septembre pour faire parvenir les détails de l’accord au Congrès.

Selon moi, ce serait une erreur pour les États-Unis de conclure un accord commercial uniquement avec le Mexique, parce que le Canada est un partenaire commercial important. (En fait, comme l’a noté la Chambre de commerce des États-Unis, 99,9 % des exportations américaines entrent au Canada en franchise de droits en vertu de l’accord actuel de l’ALENA.1) L’ALENA fonctionnait; évidemment, comme n’importe quoi, il aurait certes avantage à être amélioré et devrait être modernisé pour le 21e siècle. À l’ère de la mondialisation, je crois que les pays devraient éviter les accords bilatéraux et s’efforcer de conclure des accords multilatéraux plus efficaces et généralement plus favorables à la croissance économique mondiale. Voici ce que je considère comme des éléments positifs : Les États-Unis devront surmonter de nombreux obstacles pour pouvoir conclure un accord bilatéral avec le Mexique. L’ALENA était un accord trilatéral qui nécessitait l’approbation du Sénat pour pouvoir être adopté. La mise à jour de cet accord trilatéral ne nécessiterait donc que 51 voix du Sénat, tandis qu’un nouvel accord bilatéral nécessiterait 60 voix pour que les États-Unis puissent le ratifier. Bref, nous ne verrons pas de sitôt l’« accord de principe » conclu entre les États-Unis et le Mexique passer à l’étape d’un  accord commercial « signé, scellé et livré ».

Ce n’est pas tout. M. Trump a également menacé de se retirer de l’OMC même si cet organisme est l’équivalent des Nations Unies dans le domaine des échanges commerciaux; c’est un outil très coûteux dans lequel les États-Unis ont investi pendant des années afin de prévenir des problèmes encore plus coûteux. À ce sujet, en mai, l’analyse de politique no 841 de l’Institut Cato signalait que « si l’OMC ne continue pas à fournir un cadre mondial d’échanges commerciaux fondé sur des règles, cela entraînerait une accumulation dangereuse de perturbations et de confrontations économiques, car de plus en plus de pays imitent les États-Unis et ont recours à des pratiques autodestructrices qui restreignent les échanges commerciaux et la discrimination commerciale de toutes sortes. »2

Enfin, il y a aussi les tensions grandissantes avec la Chine, du fait que les États-Unis s’empressent d’imposer des tarifs douaniers sur 200 milliards de dollars de plus de biens chinois dès jeudi prochain. Par conséquent, je m’attends à ce que les relations commerciales se détériorent avant de s’améliorer. Et, cela risque de nuire à l’économie et aux marchés de différentes manières, comme je l’ai déjà mentionné dans mes blogues.

2. L’Italie cherche le juste équilibre entre ses besoins et ceux de l’UE

L’Italie a annoncé la semaine dernière que son budget va « calmer les investisseurs ». Ces propos rassurants de la part du sous-ministre italien des Finances ont contribué à apaiser les inquiétudes des investisseurs, après plusieurs semaines de déclarations acrimonieuses des autorités italiennes, ce qui a fait grimper le cours des obligations souveraines italiennes. Or, j’ai du mal à comprendre comment l’Italie parviendra à concilier ses besoins et ses désirs avec les règles établies par l’Union européenne (UE) en matière de prudence budgétaire. En résumé, je prévois que la prime de risque des obligations souveraines italiennes va augmenter en septembre.

3. Certains marchés émergents subissent des pressions

Plusieurs pays des marchés émergents parmi les plus vulnérables subissent de plus en plus de pressions, en particulier la Turquie et l’Argentine. L’Indonésie subit des pressions considérables, alors que la roupie a chuté à son plus bas niveau en plus de 20 ans.3 La banque centrale turque semble manifester l’intention de relever les taux d’intérêt. De son côté, l’Argentine a relevé les taux d’intérêt, mais cela n’a pas empêché sa devise de se déprécier, ce qui illustre bien que le resserrement de la politique monétaire par la banque centrale n’est pas une panacée et que cela pourrait ne pas suffire à alléger les pressions à ce stade-ci. À plus court terme, je crois que la situation va probablement se détériorer, d’autant plus qu’on assistera fort probablement à une hausse de taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) à la fin du mois, ce qui pourrait accroître les pressions sur les marchés émergents. Cependant, je suis persuadée que les chasseurs d’aubaines se préparent déjà à flairer la bonne affaire, compte tenu du potentiel de graves erreurs d’évaluation des titres, puisque tous les marchés de la région risquent d’être mis dans le même panier.

4. Une réglementation du secteur des technologies se pointe peut-être à l’horizon

M. Trump consacre aussi son attention au secteur des technologies de l’information et menace de réglementer des entreprises comme Google. Ironiquement, son Administration a aidé à stimuler la croissance du produit intérieur brut et à raviver la confiance des entreprises au moyen d’une grande vague de déréglementation. Or, menacer de sévir contre les entreprises technologiques aussi sévèrement pourrait avoir l’effet contraire. Bien qu’il s’agisse peut-être seulement d’une rhétorique de campagne électorale, nous allons suivre cette situation de près car le secteur des technologies a joué un rôle prépondérant dans le plus récent marché haussier.

5. La date butoir du Brexit arrive à grands pas pour le Royaume-Uni

Septembre sera un mois déterminant pour le Royaume-Uni qui tente de conclure un accord dans le cadre du Brexit. La livre sterling subit des pressions et je m’attends à ce que cela continue. L’incertitude en matière de politique économique suscitée par le vote en faveur du Brexit et la piètre gestion du processus de négociation commencent à se répercuter dans les statistiques, comme en témoigne l’indice PMI manufacturier du Royaume-Uni qui a chuté à son plus bas niveau en 25 mois.4

6. Les investisseurs vont-ils développer une aversion au risque?

On ne peut pas dire que la récente conjoncture d’investissement en était une d’« aversion au risque », on pourrait plutôt la qualifier de « conscience du risque ». Cela a incité les investisseurs à opter pour des actifs américains comme les actions américaines, qu’ils perçoivent comme étant plus sûres que les titres étrangers, plutôt que d’éviter carrément les actifs à risque. Je m’attends à ce que cette conjoncture perdure en septembre, à savoir que le gouffre entre les actifs américains et étrangers va probablement se maintenir également. Nous allons suivre de près l’évolution de ce dossier. L’attitude des investisseurs peut en tout temps passer de la « conscience du risque » à l’« aversion au risque », ce qui pourrait les amener à délaisser les actifs à risque en général.

7. Le dollar américain pourrait rester fort

Je m’attends à ce que le dollar américain demeure relativement fort en septembre, compte tenu des perspectives de croissance économique, des divergences de politiques monétaires et des relations commerciales. Le rapport sur l’emploi du mois d’août sera rendu public ce vendredi et je m’attends à ce qu’il soit très bon. Cela étant dit, je persiste à croire qu’il est de moins en moins probable que la Fed procède à une quatrième hausse de taux cette année car je soupçonne que des failles vont commencer à faire surface dans l’économie comme suite aux tensions commerciales et au resserrement de la politique monétaire, sans compter que la Fed pourrait commencer à s’inquiéter des pressions qu’elle exerce sur les marchés émergents. De plus, comme les attentes en matière de politique monétaire de la Fed ont tendance à avoir de fortes retombées sur la vigueur du dollar, je doute que la vigueur du dollar se maintienne jusqu’à la fin de l’année.

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1 Source : Chambre de commerce des États-Unis, « Trade Rumors (NAFTA Edition) », 31 juillet 2018.
2 Source : CATO Institute, « Policy Analysis No. 841: Was Buenos Aires the Beginning of the End or the End of the Beginning? The Future of the World Trade Organization », James Bacchus, 8 mai 2018.
3 Source : Bloomberg L.P., Gulf News, 3 septembre 2018.
4 Source : IHS Markit.

Renseignements importants

L’indice PMI manufacturier (indice des gestionnaires en approvisionnement) du Royaume-Uni est compilé par IHS Markit et se veut un indicateur de santé économique du secteur manufacturier. Il repose sur des réponses à un sondage mené auprès des cadres supérieurs des achats.

Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 4 septembre 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne sont pas garants du rendement futur. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de nos attentes.

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