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Kristina Hooper | 11 juillet 2018

Six enjeux qui influencent les marchés mondiaux

Au moment où j’écris ces lignes, tôt le 9 juillet, les actions mondiales ont atteint un sommet en deux semaines1 et le prix du cuivre monte. De toute évidence, les marchés se concentrent sur les données positives en ce moment, changement qui est le bienvenu. Voici un aperçu de six événements importants, tant positifs que négatifs, survenus la semaine dernière et des enjeux à surveiller.

1. La Réserve fédérale américaine suit l’évolution des tensions commerciales

Le procès-verbal de la réunion de juin du Federal Open Market Committee (FOMC) a été rendu public la semaine dernière. Le procès-verbal nous a appris que certains membres du FOMC s’inquiètent des retombées sur l’économie de la guerre commerciale qui se trame. Qui plus est, les présidents de la Réserve fédérale américaine (la Fed) en ont eu des échos de la part de leurs relations d’affaires dans leur district respectif qui se préoccupent de la menace d’une guerre commerciale. Certaines entreprises ont renoncé à des dépenses d’investissement, tandis que d’autres ont réduit leurs dépenses en raison de l’incertitude entourant l’orientation de la politique commerciale, ce que je craignais depuis longtemps.

Le procès-verbal révèle aussi les craintes suscitées par la possibilité d’inversion de la courbe de taux et indique que certains membres du comité croient qu’il faudra bientôt cesser de parler de politique monétaire américaine « accommodante », ce qui laisse présager qu’il pourrait être plus difficile de procéder à d’autres hausses de taux. Les craintes du FOMC à l’égard du commerce et de l’inversion de la courbe de taux me portent à croire que les probabilités d’une quatrième hausse de taux cette année ont à tout le moins légèrement diminué. Après tout, on pourrait dire qu’étant donné le rythme de la réduction de l’écart de taux entre les bons du Trésor à 2 ans et à 10 ans, nous pourrions bientôt nous retrouver à une hausse de taux près d’une courbe inversée.

Cela étant dit, tout le libellé du procès-verbal n’était pas accommodant. Un autre passage du procès-verbal a inquiété Wall Street : Les membres du comité s’attendaient à ce qu’il faille probablement « continuer à relever graduellement le taux cible des fonds fédéraux pour le porter à un niveau égal ou supérieur à leur estimation de son seuil à plus long terme d’ici 2019 ou 2020 ». Cela sous-entend que la Fed va peut-être réviser à la hausse le taux final des fonds fédéraux.

2. Forte croissance de l’emploi aux États-Unis et au Canada

Le rapport sur l’emploi de juin aux États-Unis a été rendu public la semaine dernière et marque un autre mois de forte croissance des emplois non agricoles (création de plus de 200 000 emplois) et une hausse du taux de chômage qui indique qu’un plus grand nombre de personnes cherchent activement un emploi.2 Cependant, la croissance des salaires demeure faible, si bien que la Fed n’a pas beaucoup de pression pour procéder à quatre hausses de taux cette année.

De même, le rapport sur l’emploi de juin au Canada a été rendu public et témoigne d’une forte croissance de l’emploi, alors que près de 32 000 emplois non agricoles ont été créés et que le taux de chômage a enregistré une hausse comparable, ce qui, tel que mentionné ci-dessus, indique qu’un plus grand nombre de personnes cherchent activement un emploi.3 Cela accroît les probabilités que la Banque du Canada, qui semble avoir déjà hâte de relever les taux d’intérêt, augmente son taux d’escompte à sa prochaine réunion.

3. Entrée en vigueur des tarifs douaniers aux États-Unis et en Chine

Le 6 juillet est une date très marquante pour le commerce mondial : Les États-Unis ont officiellement promulgué les tarifs douaniers annoncés précédemment sur 34 milliards de dollars américains d’importations chinoises et, comme promis, la Chine a immédiatement riposté en imposant des tarifs douaniers à hauteur de 34 milliards de dollars américains sur les biens américains.4

La Chambre de commerce des États-Unis a critiqué le plan de tarifs douaniers du président Donald Trump en le qualifiant de « rien d’autre que des hausses d’impôts pour les entreprises et les consommateurs américains », et pour cause, puisque les consommateurs sont souvent les principales victimes d’une guerre tarifaire. La Chine a accusé les États-Unis d’avoir déclenché « la plus grande guerre commerciale de l’histoire de l’économie ». Pour contrer les effets des tarifs américains, la Chine a récemment abaissé les taux d’imposition sur certaines marchandises importées d’Europe et d’Asie du Sud-Est. De plus, elle a proposé des ouvertures à l’Union européenne (UE) pour établir des relations commerciales plus étroites qui excluent les États-Unis. Jusqu’ici, l’UE a refusé l’invitation de la Chine, mais elle a promis de riposter aux tarifs américains.

4. Les pourparlers sur le Brexit progressent et la controverse prend de l’ampleur

Le cabinet de la première ministre britannique, Theresa May, a tenu un sommet qui a pris fin vendredi, dans le but de parvenir à une entente sur la relation post-Brexit du Royaume-Uni avec l’Union européenne. Les membres du cabinet se sont entendus sur une relation « favorable aux entreprises » que l’on pourrait qualifier de « Brexit doux », acquiesçant aux demandes de nombreux chefs d’entreprises britanniques nerveux.

Or, les membres pro-Brexit du gouvernement ont soulevé un tollé parce que la relation proposée est de toute évidence très similaire à celle qui a cours actuellement entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Deux piliers du cabinet May ont démissionné ces derniers jours, en l’occurrence le secrétaire du Brexit, David Davis, et le ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, ce qui laisse présager des dissensions, de l’instabilité et une possible remise en question du leadership de madame May. Madame May est critiquée de toutes parts dans sa tentative de parvenir à une entente qui satisfera tout le monde dans ce Royaume-Uni fragmenté et divisé. N’oublions pas que le Royaume-Uni est loin d’où il serait sensé être dans l’établissement du type de relation post-Brexit qu’il souhaiterait avoir avec l’UE et que la date butoir de mars 2019 arrive à grands pas. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que l’entente comporte un plan d’urgence au cas où aucune entente ne serait conclue, étant donné « le peu de temps qui reste avant la conclusion forcée des négociations ».

5. L’Union européenne parvient à un compromis en matière d’immigration

Le Conseil européen s’est réuni récemment pour discuter des politiques d’immigration et est parvenu à une sorte de compromis. La chancelière allemande, Angela Merkel, reconnaissant que son leadership en Allemagne est de plus en plus menacé, semble avoir somme toute capitulé en matière d’immigration, enjeu principal dans l’Union européenne en ce moment. Cependant, ce ne sera peut-être pas suffisant car, après l’annonce du compromis, elle a continué de faire face à des enjeux nationaux qui effritent son pouvoir.

6. On s’attend à ce que la Banque du Japon garde le cap

Dans son rapport trimestriel sur la conjoncture économique, la Banque du Japon est demeurée positive à l’égard de ses neuf régions, mais a indiqué que les augmentations de salaires et les pénuries de main-d’œuvre suscitent des craintes dans certaines régions. Comme le taux d’inflation est encore nettement en deçà de la cible fixée par la Banque du Japon, la politique monétaire devrait demeurer extrêmement accommodante.

Voici les événements à surveiller au cours des prochaines semaines :

1. Sommet de l’OTAN. Attendez-vous à une rhétorique belliqueuse entre les États-Unis et ses alliés occidentaux. On assistera fort probablement à une recrudescence des craintes, compte tenu de la rencontre prévue entre M. Trump et le leader russe Vladimir Poutine après le sommet de l’OTAN. Je soutiens que l’alliance de l’OTAN est une institution devenue vulnérable en raison des mouvances populistes et nationalistes. Cependant, il ne faut pas oublier que ce n’est que de la rhétorique et que, selon moi, ce sommet ne devrait pas avoir de répercussions majeures sur les marchés ni sur l’économie.

2. Détails sur le Brexit. Le livre blanc qui explique la position du gouvernement du Royaume-Uni sur le Brexit sera bientôt rendu public. Cette proposition devrait nous fournir de nombreux détails sur l’entente conclue au cabinet de Mme May vendredi. Il sera probablement examiné à la loupe et fera l’objet de discussions; il pourrait aussi inciter les Conservateurs Brexiteurs à contester le leadership de Mme May. Nous allons suivre ce dossier avec énormément d’intérêt car il est susceptible d’être le plus favorable pour le monde des affaires du Royaume-Uni.

3. Politique commerciale. Nous sommes intéressés de voir si d’autres pays ont l’intention d’annoncer d’autres tarifs douaniers cette semaine; nous verrons alors si les tarifs douaniers vont grimper rapidement ou se stabiliser. Fait à noter, un récent sondage mené par Invesco a révélé que 73 % des investisseurs sont préoccupés par la menace d’une guerre commerciale et croient que cela pourrait mener à un repli boursier cette année.

4. Dollar américain. Le dollar s’est déprécié récemment, probablement en réaction au procès-verbal du FOMC dont le ton est accommodant. Cela a eu des retombées positives sur les actions des marchés émergents.

5. Période de déclaration des bénéfices. Je crois que nous assisterons à une période de déclaration des bénéfices très favorable pour l’Amérique du Nord et l’Europe, mais moins reluisante pour l’Asie, si l’on se fie aux entreprises qui ont déjà déclaré leurs bénéfices. De mon point de vue, les perspectives de bénéfices sont beaucoup plus importantes que les déclarations de bénéfices. Nous allons prêter une attention particulière aux bénéfices des sociétés.

Éléments à retenir

Étant donné que les investisseurs à l’échelle mondiale retrouvent leur enthousiasme pour les actions, je maintiens l’importance de la prudence et du discernement. On note certes un engouement pour les actions, car on anticipe une excellente période de déclaration des bénéfices, mais il ne faut pas oublier que les déclarations de bénéfices équivalent à regarder dans un rétroviseur. De plus, fait à noter, le taux des bons du Trésor américain à 10 ans soulève davantage de craintes chez les investisseurs que les actions mondiales; habituellement les bons du Trésor américain sont une meilleure jauge de la peur.

Par conséquent, même si je crois que les marchés boursiers mondiaux vont poursuivre leur tendance à la hausse, je pense que l’élan ira en diminuant. Et, le spectre d’une intensification des guerres commerciales souligne l’importance de faire preuve de discernement dans la sélection des titres et de veiller à une bonne diversification de l’actif, en incluant des catégories d’actif alternatives, qui peuvent contribuer à protéger les portefeuilles contre la possibilité d’une chute généralisée des cours.

Dans un récent sondage mené par Invesco, nous avons découvert que les investisseurs ont été fortement ébranlés par la chute rapide généralisée des cours au premier trimestre. Je crains que le prochain repli prenne les investisseurs au dépourvu, car les marchés ont jusqu’ici fait fi des menaces de protectionnisme sans broncher. Il est important que les portefeuilles offrent un potentiel de plus-value du capital et une exposition à un revenu adéquat, mais il vaut mieux se préparer à la prochaine chute généralisée des cours.

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1 D’après l’indice MSCI Monde tous pays. Source : MSCI.
2 Source : Département américain de la main-d’œuvre.
3 Source : Statistique Canada.
4 Source : CNBC, « Trade War begins: US and China exchange $34 billion in tariffs », mis à jour le 6 juillet 2018.

Renseignements importants

Tous les placements comportent des risques, y compris le risque de perte.

La diversification ne garantit pas un profit et n’élimine pas le risque de perte.

Habituellement, les placements alternatifs comprennent plus de placements non traditionnels et emploient des stratégies de négociation plus complexes, y compris les opérations de couverture et l’effet de levier au moyen de produits dérivés, les ventes à découvert et des stratégies opportunistes qui évoluent au gré des conditions du marché. Les épargnants qui envisagent les produits alternatifs doivent se renseigner sur leurs caractéristiques uniques et sur les risques additionnels auxquels les stratégies utilisées les exposent. À l’instar de tous les placements, leur rendement va fluctuer. Vous pouvez perdre de l’argent.

L’indice MSCI Monde tous pays est un indice non géré que l’on considère représentatif des actions des sociétés à grande et à moyenne capitalisations des marchés développés et émergents.

Une courbe de taux inversée fait référence à une situation où, à cote de solvabilité égale, les obligations à court terme ont un rendement supérieur à celui des obligations à long terme. Lorsque la courbe de taux est normale, les obligations à long terme procurent un rendement plus élevé.

Un écart de taux représente la différence entre deux valeurs (comme le taux des bons du Trésor à 2 ans et à 10 ans).

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper au 9 juillet 2018. Ces commentaires ne doivent pas être interprétés comme des recommandations, mais comme une illustration des grands thèmes. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas le rendement. Ils comportent des risques et des incertitudes et sont fondés sur des hypothèses; nous ne pouvons pas vous garantir que les résultats réels ne différeront pas considérablement de ces estimations.

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