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Kristina Hooper | 18 juillet 2017

Survol de la mi-année : le Canada et le monde en 3 dimensions

Les marchés mondiaux ont grandement progressé au cours de la première moitié de l’année 2017 malgré des risques géopolitiques et de politique monétaire. On se demande bien sûr si cette tendance peut se poursuivre au cours de la deuxième moitié. J’estime que ces deux risques causeront davantage de problèmes aux marchés à l’avenir, rendant la diversification et la gestion du risque des éléments encore plus importantes pour les portefeuilles des épargnants.

Survol de la première moitié d’année

Les actions canadiennes, représentées par l’indice composé S&P TSX, ont été surclassées par les actions américaines, représentées par l’indice S&P 500, et les actions internationales en général, représentées par l’indice MSCI EAEO. Le taux de rendement des obligations d’État canadiennes à 10 ans a reculé pour la plus grande partie de la première moitié d’année pour ensuite augmenter considérablement à la fin de la période. Les obligations du Trésor américain à 10 ans, les obligations d’État du Royaume-Uni à 10 ans et les obligations d’État de l’Allemagne à 10 ans ont réagi de la même façon1.

Voir le monde en 3 dimensions

Après avoir examiné la première moitié de l’année, j’estime que les thèmes suivants sont toujours très importants pour l’économie et les marchés :

  • Démographie. Les marchés développés subissent un vieillissement de leur population, tandis que les marchés émergents comptent sur une jeune population. Cela a des implications importantes pour la croissance économique et le taux d’endettement des gouvernements et des ménages
  • Décélération. Nous observons un potentiel de décélération de la croissance économique au Canada. La plupart des indicateurs suggèrent que l’économie croît à un bon rythme, mais des nuages menaçants se sont formés et les risques de perte se sont donc accentués
  • J’estime qu’il existe un potentiel croissant de perturbation des marchés – surtout dans deux secteurs clés : le risque géopolitique et le risque de politique monétaire

Risque de décélération

Le Canada a connu une excellente croissance économique dans la première moitié de 2017 grâce à la force de la consommation et des placements résidentiels. Par contre, l’économie canadienne fait face à différents défis. La situation du marché immobilier dans des régions clés constitue l’un de ceux-ci. Le marché immobilier de Vancouver s’est peut-être stabilisé après la mise en place de l’impôt aux non-résidents, mais il ne devrait pas s’améliorer de façon considérable à court terme en raison de la réglementation accrue au sujet du financement hypothécaire. De plus, la croissance des prix dans la grande région de Toronto a ralenti après l’introduction des récentes mesures réglementaires, particulièrement l’impôt de 15 % sur la spéculation pour les non-résidents, ce qui devrait prendre quelques mois avant de se stabiliser. Cette situation aura un impact négatif sur les placements résidentiels, une mesure représentée dans la croissance du PIB, et pourrait également avoir une incidence sur l’emprunt des ménages et les dépenses de consommation.

Le potentiel de protectionnisme constitue une autre menace. La Banque du Canada (BdC) a même inclus une section spéciale dans son Rapport sur la politique monétaire d’avril 2017 à ce sujet, indiquant qu’une « intensification du protectionnisme pourrait, selon le degré ou la portée de celui-ci, avoir une incidence importante sur les économies canadienne et mondiale ». Dépendamment des types de politiques protectionnistes, les Canadiens à revenu modeste pourraient être le plus durement touchés, ce qui aurait un impact négatif sur des secteurs clés de l’économie comme les dépenses de détail. En fait, certains économistes estiment que les tendances mondiales favorisant le protectionnisme dans les années 1930 ont contribué à la création de la Grande dépression ou l’ont empiré. Nous suivrons de près les développements dans ces deux secteurs.

Finalement, l’économie canadienne pourrait être touchée négativement par les mesures « trop précoces » de la BdC si celle-ci va trop loin dans le resserrement de la politique monétaire à court terme. La hausse prématurée des taux d’intérêt à un moment où l’économie fait face à d’autres défis internes et mondiaux pourrait constituer une erreur de politique.

Risque géopolitique

Il existe certainement un risque géopolitique aux États-Unis. Le 9 novembre 2016, après des années d’impasse gouvernementale, la branche législative et la branche exécutive sont passées au contrôle du même parti – un parti favorisant fortement la croissance. Le marché boursier a ensuite monté en flèche au cours des mois suivants, en partie grâce à l’amélioration des bénéfices, mais surtout sous l’effet de l’optimise au sujet du potentiel économique positif de l’agenda du président Donald Trump, particulièrement la réforme fiscale et les dépenses d’infrastructure.

Cependant, malgré le fait que les républicains contrôlent la Chambre des représentants, le Sénat et la Maison-Blanche, cet agenda ne s’est pas encore concrétisé et, selon moi, les attentes initiales pourraient ne jamais être atteintes. La priorisation constitue un problème puisque le Congrès s’efforce d’abord d’éliminer le Affordable Care Act (ACA) qui constitue la première priorité. De ce fait, les échéanciers des autres éléments de l’agenda ont été repoussés, particulièrement la réforme fiscale.

Plus spécifiquement, l’ampleur et le moment de la mise en place de la réforme fiscale sont à risque. Des renseignements internes récents suggèrent que la Chambre des représentants demandera un projet de loi n’ayant aucun impact sur les revenus, ce qui pourrait limiter considérablement le potentiel de stimulation de l’économie puisque des impôts ou des réductions de dépenses gouvernementales additionnels seraient nécessaires pour financer les réductions d’impôt proposées. Donc, aucune coupure importante sur l’impôt sur le revenu ne devrait être effectuée, et certaines rumeurs suggèrent que l’impôt de la fourchette d’imposition la plus élevée soit haussé. De plus, la réforme radicale des impôts des sociétés déjà vraisemblablement valorisée par le marché pourrait également ne pas être mise en place.

Il est également important de noter que les dirigeants des sociétés attendent l’adoption de la réforme fiscale aux États-Unis pour prendre des décisions importantes en matière de dépenses d’immobilisation et d’embauche puisqu’ils veulent connaître les changements qui seront apportés au code fiscal. L’inaction peut être dangereuse étant donné qu’il existe une relation inverse entre l’incertitude au sujet des politiques économiques et les investissements des entreprises. D’autres éléments à l’agenda sont également retardés, y compris législation sur les dépenses en infrastructure.

Aussi, les États-Unis pourraient être terrassés par une crise du plafond de la dette. Le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a discrètement demandé au Congrès d’augmenter le plafond de la dette avant l’interruption du mois d’août pour éviter que le gouvernement manque d’argent en septembre. Toutefois, cela pourrait être difficile pour les législateurs qui travaillent déjà sur la réforme des soins de santé – particulièrement si le plafond de la dette devient une question politique. Si le Congrès n’augmente pas le plafond de la dette à temps, le pays pourrait face à une fermeture du gouvernement, ce qui pourrait faire reculer les marchés et avoir un impact important sur la confiance des entreprises et des consommateurs. (Il s’agirait de la première fois depuis l’administration Carter que le gouvernement ferme lorsque le même parti contrôle la branche exécutive et la branche législative.)

Bien sûr, les risques géopolitiques vont au-delà des États-Unis :

  • Les actions de plus en plus agressives de la Corée du Nord sont très inquiétantes, les États-Unis, la Corée du Sud, le Japon et les autres alliés s’interrogeant sur la façon de réagir à cette grave menace
  • Au Royaume-Uni, la première ministre Theresa May persiste à effectuer un « Brexit dur » malgré l’incapacité de son parti d’obtenir une majorité lors de la récente élection parlementaire, ce qui devrait donner lieu à des perturbations puisque le pays fait face à un échéancier serré et à des pressions économiques
  • Les manœuvres de la Russie au cours des dernières années – de l’annexion d’une partie de l’Ukraine aux questions au sujet de sa participation à l’élection américaine – constituent également un sujet d’inquiétude
  • L’instabilité persistante au Moyen-Orient présente également des risques géopolitiques

Risque de politique monétaire

Certaines banques centrales importantes, notamment la Banque centrale européenne (BCE), semblent se situer à un point tournant, comme l’indique l’augmentation récente des taux de rendement. Les banques centrales semblent avoir atteint le sommet des mesures d’accommodations monétaires et devraient commencer bientôt à normaliser la politique monétaire. Ces mesures ont déjà commencé aux États-Unis et au Canada.

En revanche, après des politiques extrêmes comme l’assouplissent quantitatif agressif et des taux d’intérêt négatifs, il sera difficile de normaliser la politique monétaire sans déranger le marché d’une certaine façon. Aux États-Unis, la Fed entreprendra bientôt la tâche délicate de normaliser les bilans en plein cycle de hausse des taux d’intérêt. Bien que les plans de la Fed soient mesurés, bien pensés et visent à créer le moins de perturbation possible, il existe toujours des risques. La Fed doit comprendre que ses actions pourraient avoir un impact colossal sur la croissance du crédit. La Fed pourrait se rendre compte que la normalisation des bilans ne peut simplement pas se dérouler en arrière-plan, et qu’elle risque de prendre l’avant-plan. De plus, trois sièges du Federal Open Market Committee (FOMC) devront également être comblés bientôt, et un nouveau président pourrait être nommé, ce qui ajoute des risques. Les nouveaux membres pourraient adopter un ton plus belliqueux et mettre le FOMC sur une voie plus agressive en termes de resserrement.

Perspectives du marché

Alors que nous faisons face à ces risques potentiels, nous continuons toujours d’évoluer dans un environnement monétaire très accommodant, malgré qu’il le soit seulement un peu moins qu’auparavant, et les perspectives de croissance économique sont toujours très fortes. Je m’attends à ce que la croissance mondiale augmente de façon modeste compte tenu de la force de bon nombre de pays émergents et de la croissance économique améliorée en Europe. L’économie canadienne devrait continuer de croître à un fort rythme malgré la hausse des risques.

D’autre part, la croissance des bénéfices est toujours solide dans la plupart des marchés, ce qui devrait soutenir les actions mondiales. Le marché boursier canadien est plus attrayant que celui des États-Unis en termes d’évaluation1, mais il existe toujours un potentiel de perte étant donné les risques auxquelles l’économie canadienne est exposée. Les épargnants tireront profit de la sélection prudente d’actions canadiennes et américaines et de l’utilisation d’une diversification parmi différentes catégories d’actif et régions.

Leçons à tirer pour les épargnants

À Invesco, nous estimons que la meilleure occasion pour les clients d’atteindre leurs objectifs de placement uniques est d’utiliser un portefeuille bien construit qui combine gestion active, gestion passive et stratégies alternatives. Pour ce faire, il faut examiner les évaluations des titres, s’assurer de bien diversifier son portefeuille parmi une large gamme de produits et mettre l’accent sur le revenu.

À son sens le plus large, la diversification signifie être exposé à une large gamme de catégories d’actif qui ont, par le passé, affiché une faible corrélation les unes par rapport aux autres :

  • Pour bon nombre d’épargnants, cela pourrait signifier ajouter des placements immobiliers, des marchandises ou des stratégies alternatives (comme des stratégies « long-short » et de marché neutre)
  • Les épargnants devraient toujours discuter avec leur conseiller de leurs répartitions idéales dans les actions internationales, y compris les actions des pays développés et des marchés émergents, puisque bon nombre d’entre eux peuvent être sous-exposés aux titres à l’extérieur des États-Unis
  • La diversification peut également comprendre une exposition aux titres ayant de faibles évaluations. Cela peut être fait dans le cadre d’une stratégie à gestion active, factorielle, ou les deux
  • Les épargnants peuvent également avoir besoin de penser différemment pour générer un revenu adéquat de leur portefeuille. Cela pourrait signifier inclure des stratégies de dividendes, des obligations municipales, des obligations convertibles, des prêts bancaires et des stratégies « base plus » qui combinent les obligations de qualité et d’autres occasions d’obligations

Étant donné que les forces macroéconomiques devraient continuer de dominer les marchés pour la deuxième moitié de l’année, on pourrait observer un changement des catégories d’actif, des facteurs et des secteurs de tête. Les épargnants désirant tirer profit de ce genre d’environnement pourraient prendre en considération la répartition d’actif tactique ou la stratégie factorielle qui compte sur la flexibilité de chercher les meilleures occasions au sein de ces secteurs.

Pour les épargnants ayant un horizon à long terme, les caractéristiques fondamentales sont importantes. Comme Benjamin Graham l’a déjà affirmé, à court terme, le marché boursier constitue une machine de vote, mais à long terme, il s’agit d’une balance. En d’autres mots, les fluctuations du marché à court terme peuvent être basées sur la popularité, mais à long terme, les tendances proviennent de la valeur réelle d’une compagnie. Je crois qu’il est important pour les épargnants de maintenir une exposition adéquate aux actifs ayant un potentiel de croissance. Toutefois, ils doivent le faire avec prudence et en mettant l’accent sur la diversification et le revenu.

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1 Source : Bloomberg, L.P., au 12 juin 2017.

2 Source : FactSet Research Systems Inc., basé sur le ratio prix/bénéfices ajusté de façon cyclique (CAPE).

La diversification ne garantit pas le profit ou l’élimination du risque de perte.

Le ratio cours/bénéfices ajusté de façon cyclique (CAPE) est une mesure d’évaluation utilisée pour les indices généraux utilisant les bénéfices par action au cours d’une période de 10 ans. Il est également appelé ratio C/B 10.

Tous les placements comprennent des risques, y compris le risque de perte.
L’évaluation constitue la façon dont le marché mesure la valeur d’une société ou d’un placement.

Les stratégies factorielles utilisent des facteurs de risque/récompense afin de surclasser les indices basés sur la capitalisation boursière, de réduire le risque du portefeuille, ou les deux.

Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de Kristina Hooper, en date du 7 juillet 2017. Les commentaires ne constituent pas des recommandations, mais représentent une illustration de thèmes généraux. Les énoncés prospectifs ne garantissent pas les rendements futurs. Ils comportent des risques, des incertitudes et des hypothèses. Il n’existe aucune garantie que les résultats réels ne différeront pas de manière importante des attentes.

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